OL. cxiv, IJ la vie hellénistique
comparer les légendes des peuples avec leurs monuments, leur destinée avec leurs mœurs, et, malgré les innombrables erreurs et les fables de toute sorte que les soi-disant historiens d'Alexandre ont répandues, c'est cependant à cette époque que nous devons les matériaux et ensuite la méthode pour les grandes recherches historiques et géographiques. Sous bien des rapports, la science hellénique avait à apprendre directement des Orientaux, et la grande collection d'observations astronomiques à Babylone, Fart médical qui paraît avoir été très développé dans l'Inde, les connaissances particulières en analomie et en mécanique que possédaient les prêtres d'Egypte, acquirent entre les mains des chercheurs et des penseurs helléniques une importance nouvelle. Le développement particulier de l'esprit grec avait fait de la philosophie comme la substance de toutes les sciences: maintenant les diverses branches du savoir s'émancipaient; les sciences exactes commençaient à se développer en s'appuyant sur des expériences à elles, tandis que la philosophie, ne parvenant pas à se mettre d'accord sur les rapports de la pensée avec la réalité, donnait, faute de précision suffisante, tantôt les phénomènes, pour les pensées, et tantôt la connaissance pour les phénomènes.
Il est dans la nature des choses que les révolutions de la vie des peuples, sous le rapport moral, social et religieux, marchent plus lentement et, sauf quelques éruptions particulières, d'une manière imperceptible. Sous le gouvernement d'Alexandre, bien des nouveautés avaient été introduites dans la vie, mais, naturellement, elle l'avaient été avec trop de promptitude, sans préparation et souvent par la violence; aussi vit-on se produire, à la mort du roi, une réaction qui, pendant les trente années de lutte entre les Diadoques, se rallia tantôt à un parti, tantôt à un autre. Cependant, le résultat final fut que le nouveau passa en habitude, et que, modifié d'après les divers tempéraments nationaux, il prit des formes telles que la vie des peuples put s'y accommoder et se développer désormais sous l'aclion d'un même principe commun à tous. La disparition successive des préjugés nationaux, l'assimilation mutuelle au point de vue des besoins.
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(les iiKiMirs cl (les ojHiiioiis, l'altraclioii ri le ronlact immé- (liai (le nalioiialilrs jadis (Minciiiics, tout cria donna naissance à une vie loul à fait nouvelle, à une vie vrainuMit so(îiale. J)c iiH^nio que do nos jours certaines manières de voir, certains pr('îjug(';s, certaines convenances donl les mod(!S forment comme le dernicrcichelon, attestent l'unilé dn monde civilisé, de nuMiie, à cette (jj)0(|uo liell(3nistiqu(;, et, on doit 1(5 piésumer, sous des formes analogues, s'est élabor(3e une civilisation cosmopolite (]ui imposait sur les bords du Nil et sm* ceux de riaxarte les m(MTies formes conventionnelles comme constituant le ton de la bonne société, des gens cultivés. Le langage et les mœurs atliques furent la règle des cours d'Alexandrie et de Babylone, deBactrcs et dcPergame; et, lorsque Thellénismc perdit son indépendance politique en face de l'État romain, il commença à gagner à Rome l'empire de la mode et delà civilisation. C'est à bon droit qu'on peut nommer l'hellénisme la première unité du monde. Tandis que l'empire des Achéménides n'était qu'un agrégat de pays donl les populations n'avaient de commun entre elles que la même servitude, il resta dans les contrées assimilées par l'hellénisme, lors même qu'elles se furent séparées en divers royaumes, l'unité supérieure de la civilisation, du goût, de la mode, de quelque nom qu'on appelle ce niveau perpétuellement changeant des opi nions et des certitudes conventionnelles.
Les changements politiques auront ioujours sur l'état moral des peuples une influence proportionnée à la part directe que prennent aux fonctions de l'Etat soit un petit nombre, soit un grand nombre, soit la totalité des citoyens. Cette espèce de lymphatisme historique qui avait fait supporter jusque-là aux peuples de l'Asie les formes politiques les plus abrutissantes, le despotisme et le gouvernement sacerdotal, les laissa d'abord en grande partie indifférents et passifs en face de l'immense changement qui était venu les surprendre ; si Alexandre se conforma souvent à leurs convictions, sa conduite nous montre de quelle manière seulement il était possible de les relever peu à peu au-dessus d'eux-mêmes. Naturellement, le résultat de ces efforts fut très différent suivant le caractère des divers peuples, et^ tandis qu'il fallut commencer par