‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 194 sur 231 · OL. cxiv, 1] macédoniens et grkcs G · texte numérisé non relu

OL. cxiv, 1] macédoniens et grkcs G

apprendre aux Uxiens etauxMardes à labourer la terre, « aux Hyrcaniens à vivre conjugalement, aux Sog-dianiens à nourrir leurs vieux pères au lieu de les tuer », l'Egyptien, au contraire, avait déjà commencé à oublier son mépris pour les étrangers sans castes, et le Pbénicien ses horribles sacrifices à Moloch. Cependant, la suite des temps pouvait seule établir peu à peu une manière nouvelle et uniforme d'être, de penser et d'agir, d'autant plus que, pour la plupart des anciennes populations asiatiques, les fondements de leur morale, de leurs relations personnelles et du droit légal étaient contenus dans la religion, qui leur communiquait la certitude et la force, tandis que, chez les Hellènes de cette époque, ils semblent ne reposer que sur la loi positive ou dans la connaissance développée des principes de la morale. Eclairer les peuples de l'Asie, les délivrer des entraves de la superstition et d'une piété servile, réveiller en eux la volonté et la force d'une intelligence indépendante, les amener à en accepter toutes les conséquences, salutaires aussi bien que dangereuses, en un mot, les émanciper pour la vie^historique, tel fut le travail que l'hellénisme tenta d'accomplir en Asie et qu'il accomplit au moins en partie, bien qu'il n'y soit parvenu qu'assez tard.

La transformation des conditions morales s'est manifestée d'une manière plus prompte et plus décisive dans la population macédonienne et hellénique. Ce que l'on constate chez toutes deux, au temps d'Alexandre, c'est le développement de Ténergie et de la volonté sous toutes ses formes, l'élan démesuré des ambitions et des passions, la vie préoccupée du moment présent et en faisant son but, le réalisme à outrance. Et cependant, que ces deux peuples sont différents sous tous les rapports! Le Macédonien, que nous trouvons encore, trente ans auparavant, avec toute la simplicité champêtre, attaché à la glèbe et satisfait de l'indifférente uniformité de l'existence qu'il mène dans un pays pauvre, ne rêve plus maintenant que gloire, puissance et combats ; il se sent maître d'un monde nouveau, et il est plus fier de le mépriser que de l'avoir conquis ; dans ses continuelles expéditions guerrières, il a contracté cette morgue suffisante, cette raideur froide du soldat, ce dédain du danger et cette indifférence pour sa propre vie

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(|ii(' nous nionlro assez soiivcnl en caricature l'A^o des l)iadocjues. Si les f;raii(l(îs e.\[)ériences hisloii(jU(iS laissent leur cmpreinle sur la niauif're de penser (it la ]diysiouomie des peuples, les ci('alriees de cett(î guerre de dix années dans les contrées de r()rient, les rides profondes creusées par des fatigues sans lin, des privations et des excès de toutes sortes^ constituent le type des Macédoniens. Bien dillérente est la race hellénique chez elle. Son temps est passé ; ces lîellènes, jadis si entreprenants, mais que ne relèvent plus maintenant ni l'ardeur pour de nouveaux exploits, ni la conscience d'un pouvoir politique, se contentent de l'éclat de leurs souvenirs; la jactance remplace pour eux la gloire, et, saturés de jouissances, il en recherchent d'autant plus la forme la plus superiicielle, le changement : plus l'individu est inconsidéré, volage, «parrhésiastique )),plus il est enclin à se soustraire à toute responsabilité et à toute autorité, et plus aussi la race grecque tout entière, sans cohésion et sans discipline, se laisse aller à cette activité superficielle et nerveuse, à cette culture incomplète, tout apprise, qui marque toujours la dernière étape dans la vie des peuples ; toute croyance positive, tout ce qui retient l'individu et maintient la société, même le sentiment d'être passé à l'état de rebut, disparaissent ; la civilisation a accompli son œuvre.

On peut bien dire que cette civilisation, si niveleuse et répugnante qu'elle paraisse dans le détail, a brisé le ressort du paganisme et rendu possible un développement plus spiritualiste de la religion. Sous ce rapport, rien n'a été plus efficace que ce singulier phénomène de la fusion des dieux, de la théoci^asie, à laquelle tous les peuples de l'hellénisme ont collaboré dans les siècles suivants.

S'il est vrai de dire que les divinités, le culte, les mythes du paganisme sont l'expression la plus originale et la plus vive de la diversité ethnographique et historique des peuples, c'est là que se trouvait la plus grande difficulté pour l'œuvre que voulait créer Alexandre. C'est dans sa personne et dans son gouvernement que devait d'abord se manifester l'unité de l'empire : aussi sa politique touchait-elle la fibre sensible lorsqu'il réunissait dans son entourage immédiat aussi bien le pénitent

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