‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 197 sur 231 · OL. cxiv, l] bagistane · texte numérisé non relu

OL. cxiv, l] bagistane

des défiles du Zagros, et habitée par des Hellènes qui, transportés là au temps des guerres médiques^ conservaient encore le langage et les mœurs helléniques, bien que ce ne fut pas dans toute leur pureté. En quittant cette ville, Alexandre s'avança dans le voisinage des défilés de Bagistane *et visita, dans la plaine qui s'étend en avant des montagnes, les jardins célèbres connus sous le nom de « Jardins de Sémiramis ». Puis il continua sa marche et arriva dans les champs de Nysa -, où paissaient en troupeaux immenses les coursiers des rois; il y trouva encore cinquante à soixante mille chevaux. L'armée s'arrêta pendant un mois dans cet endroit. Atropatès, satrape de Médie, y vint saluer le roi aux confins de sa satrapie; on raconte qu'il amena dans le camp cent femmes à cheval, armées de haches de combat et de petits boucliers, disant que c'étaient là des Amazones; ce récit a donné lieu aux amplifications les plus bizarres ■\

') Aujourd'hui encore, l'entrée occidentale, si riche en sculptures et en inscriptions, des défilés de Bisitoun (ou, suivant l'orthographe que IVIordt- MANN tient pour plus exacte, Béhistoun) s'appelle Tauk-i-Bostan, les « arceaux du jardin », et Diodore (II, 13) raconte que Sémiramis fit établir près du mont Bagistanos un jardin de douze stades de circuit et orner la montagne de sculptures.

-) D'après MoRDTMANN (p. 369 sqq.), l'emplacement des champs Nyséens est plus à l'ouest, entre la XaAwvîTi? et la Kapiva d'Isidore, c'est-à-dire entre la Serpoul moderne et Kerind : à coup sûr, il a raison de soutenir que Niçaya^ où Darius P"" battit Gaumata, est cette même plaine de Nysa : quant à savoir si le a château des Faucons » {Çikhthauvatis], où s'est livrée la bataille, d'après l'inscription de BMiistoun, est bien au village de Zidj-Pai- Tak, c'est une autre question.

^) Ni Ptolémée, ni Aristobule ne parlaient de cet incident (Arrian., VII, 13). Les exagérations proviennent de Clitarque (Strab., IX, p. 420. Cf. Plut., Alex., 41). Ce siècle érudit cherchait une confirmation historique du mythe des Amazones, et il est à supposer que le satrape de Médie, harcelé de questions à ce sujet, finit par amener au roi ce qu'il put trouver dans sa satrapie de ressemblant aux Amazones. En effet, dans les tribus nomades des montagnes, les femmes sont plus fibres, plus hardies et plus énergiques que dans le reste de l'Asie ; efies' prennent une part active à toutes les entreprises et tous les dangers. Malcolm (II. p. 446 trad. ail.) raconte en témoin oculaire un exemple fort intéressant de la hardiesse et de la dextérité avec laquelle une jeune fille kurde faisait caracoler un cheval. Plutarque, parlant de l'histoire des Amazones, cite les autorités pour et contre : Onésicrite, qui compte parmi les menteurs les plus effrontés, lut un jour au roi Lysimaque, dans le quatrième livre de ses Mémorahks. le passage relatif aux Amazones ; sur quoi Lysimaque répliqua : « Où donc pouvais-je bien être à ce moment-là? »

70 'i i:i .mkm; dk caiuha [IV, 3

lu iii('i<l(Mil scaiidalciix devait irUerrompre ce temps de repos. Dans rmlourai^c du roi se trouvaient Kiimènc et llé|djeslioii. MuniJ-ne de (lardia occupait la ])remièrc place dans le eabiiiel du loi, el, h cause de sa jurande liahilelé et de la conliance (ju'il inspirait, Alexandre Tavait conihlé d'honneurs. Dernièrement encore, aux noces de Suse, il lui avait donné en mariage la Mlle d'Artabaze. 11 senible toutefois que le secrétaire ne jouissait pas d'une bonne renommée pour ce qui est des aiïaires d'argent. On disait que le roi se montrait des plus généreux envers l'indispensable chancelier (àp7'.Ypaix;xzT£'jç), toutes les fois qu'il voyait l'intérêt de C3 fonctionnaire en conflit avec son devoir professionnel ou avec son dévouement. Un jour seulement, à ce que l'on raconte, — on était encore dans rinde, et le roi, dont la caisse était vide, avait laissé aux grands de son entourage, comme une marque d'honneur, le soin de construire la flotte d'eau douce. — Alexandre entra dans une (elle colère à propos des allures singulières du Gardien, qu'il ne put s'empêcher de lui faire bonté. Eumène devait verser trois cents talents ; il n'en donna que cent, disant qu'il avait même eu beaucoup de peine à réunir cette somme ; et cependant Alexandre connaissait sa fortune. Il ne lui fit aucun reproche, mais n'accepta pas la somme offerte; puis il donna l'ordre de mettre le feu, au milieu de la nuit, à la tente d'Eumène, afin de le livrer à la risée publique lorsque, effrayé par l'incendie, que du reste on devait éteindre aussitôt, il ferait sortir ses trésors. Mais le feu prit si rapidement qu'il dévora la tente entière, avec tout ce qu'elle contenait et particulièrement les nombreuses pièces de la chancellerie ; l'or et l'argent fondu qu'on retrouva dans les cendres se montaient à plus de mille talents. Alexandre lui laissa son argent et expédia aux satrapes et aux stratèges Tordre d'envoyer copie des lettres et instructions qu'on leur avait fait parvenir \ Eumène, qui

^) Plut., Eumcn., 2. Il faudrait savoir tout ce qu'il y a clans ce récit de détails empruntés à Douris, et par conséquent peu sûrs. Ce qui rend l'histoire extrêmement suspecte, c'est la somme mentionnée, surtout quand on songe qu'ils étaient alors 33 triérarques en fonction. Que la caisse royale ait été alors tellement épuisée {■/ç>r,[ici-oL, oO yàp r,v èvTtbpaafAsûi)), au beau milieu des immenses succès remportés dans l'Inde, c'est encore là chose fort extraordinaire.

Page 1