ol. cxiv, IJ fêtes d'ecbatane
espace de près de trois milles ; au nord se dressaient les sommets du haut Oronte, laissant apercevoir entre leurs dentelures les grands aqueducs de Sémiramis.
C'est dans cette ville vraiment royale qu'Alexandre célébra les Dionysies de l'automne 324; elles commencèrent par les grands sacrifices qu'Alexandre avait l'habitude d'offrir aux dieux en actions de grâces pour les faveurs qu'ils lui avaient accordées. Vinrent ensuite des fêtes de toute espèce, des joutes d'armes, des processions solennelles, des concours artistiques; des banquets et des festins remplissaient le temps entre les réjouissances. Parmi ces festins, celui d'Atropatès, satrape de Médie, se fit remarquer par son luxe effréné. Ce satrape avait invité à son banquet l'armée tout entière ; et les étrangers, qui de près et de loin étaient accourus en foule à Ecbatane pour contempler les fêtes, se tenaient autour de l'immense rangée de tables où les Macédoniens se livraient à la joie et faisaient annoncer par les cris des hérauts, au milieu du fracas des trompettes, les santés et souhaits qu'ils adressaientauroi, et les présents qu'ils lui consacraient. Les applaudissements les plus bruyants furent ceux qui accueillirent le discours de Gorgos, maître d'armes royal ^ : « Au roi Alexandre, fils de Zeus Ammon, Gorgos consacre une couronne de trois mille pièces d'or, et, s'il assiège Athènes, dix mille armures, autant de catapultes, et tous les projectiles qu'il faudra pour la ^ guerre - ».
Telles furent les nombreuses et bruyantes solennités de ces journées. Cependant Alexandre n'était pas disposé à la joie: Héphestion étaitmalade. En vain Glaucias, son médecin, déployait tout son art ; il ne réussissait pas à arrêter les ra-
*) C*est peut-être le u métalleute » Gorgos, dont parle Strabon (XV, p. 700. Cf. ci-dessus, p. 552, 2), probablement le même lasien qui s'emploie auprès d'Alexandre en faveur des Samiens expulsés par les clérouques athéniens, comme l'expose en détail l'inscription publiée par C. CuRTius {Urkimden zur Geschichte von Samos, p. 40. Voy. ci-dessous, Appendice^ v). D'après l'inscription, il est fils de Théodotos, ce qui ne permet plus d'identifier, comme on a essayé de le faire, ce Gorgos avec le fondateur d'Ambracie (Fopyo'j — c'est ainsi que Meineke écrit au lieu de ToXyou — ToO Ku'I'éXo'j XTicrjxa. Strab., VII, p. 325).
'^) Ephipp., fragm. 3 : texte où le satrape est appelé Satrabatès.
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vagos de la lièvre. Alexandre ne pouvait se dérober aux fùLes ; il devait (jiiiller son ami malade [)Our se montrer à l'armée et au peuple. On était au septièim; jour, et les jeunes garçons faisaient leur assaut d'armes; le roi se trouvait précisément au milieu de la foule, dont le Ilot joyeux oscillait dansle stade, lorsqu'on vint lui porter la nouvelle qu'lléphestion se trouvait plus mal : il courut au château, entra dans la chambre du malade; lléphestion venait de mourir*. La main des dieux ne pouvait s'appesantir plus lourdement sur Alexandre; pendant trois jours, il ne quitta pas le cadavre de celui qu'il avait aimé, tantôt pleurant longuement, tantôt muet de douleur, sans boire ni manger, tout au chagrin et au souvenir de Tami si tendre qui lui était arrac^hé à la Heur de Tàge. La fête se lut; armée et peuple pleurèrent le plus noble des Macédoniens, et les mages éteignirent le feu sacré dans les temples, comme si un roi venait de mou^r^
*) Arrian., VII, 14. Plut., Alex. ,72. Le récit de Plutarque ne clément pas son origine.
^} DiODOR., XVII, 110, 114. Arrien, toujours judicieux et cligne, se contente de dire (VU, 14) : « On raconte une foule de choses sur le deuil « d'Alexandre, mais tous s'accordent à dire qu'il fut très grand : quant à ce '( que fit le roi, chacun le rapporte à sa façon, suivant qu'il ressent de la <c bienveillance ou de l'antipathe pour Héphestion ou pour Alexandre lui- « même. Parmi ceux qui se sont livrés à des exjigérations, les uns, à ce « qu'il me semble, ont voulu faire honneur à Alexandre en montrant dans « ses actes et ses paroles l'excès de sa douleur en face du cadavre de cet « ami cher entre tous ; les autres, au contraire, ont voulu le rabaisser en « représentant sa conduite comme indigne d'un roi et d'un Alexandre : « ceux-ci disent qu'il s'est roulé presque toute une journée sur le cadavre en « gémissant, sans vouloir s'en séparer, jusqu'au moment où ses amis l'en « arrachèrent; ceux-là, qu'il a tenu le corps embrassé toute la journée et « toute la nuit ; d'autres vont jusqu'à prétendre qu'il a fait pendre (Plut^ tarque dit « mettre en croix ») le médecin Glaucias pour lui avoir mécham- « ment administré du poison, sans s'apercevoir qu'Héphestion était mort « d'un excès de vin ; ils ajoutent qu'Alexandre fit raser sa chevelure en « l'honneur du mort et se livra à d'autres extravagances, à l'imitation, je « suppose, d'Achille, qu'il s'était proposé pour modèle dès l'enfance ; d'au- « très, que je me refuse absolument à croire, affirment qu'il conduisit iui- « même le char funèbre. D'autres rapportent qu'il fit détruire le sanctuaire « d'Asclépios à Ecbatane ; c'eût été l'acte d'un barbare, un acte qui necon- « vient nullement à un Alexandre, mais plutôt à un Xerxès... Ce qui me « paraît avoir été écrit de moins invraisemblable, c'est que, sur la roule de « Babylone, Alexandre reçut de nombreuses ambassades venues de l'Helu lade, et dans le nombre, une députation des Épidauriens ; qu'il accorda à