OL. cxiv, i] DÉPART d'alexandre
Lorsque furent passés les jours de la première douleur et que les intimes furent parvenus, à force de prières, à éloigner le roi du cadavre de son ami, Alexandre organisa le convoi funèbre qui devait transporter le cadavre à Babylone. Sur la proposition d'Eumène, les stratèges, les hipparques et les hétseres apportèrent des armes, des joyaux, des dons de toutes sortes pour orner le char sur lequel reposait le corps * ; Perdiccas reçut l'ordre de l'escorter à Babylone; c'était là que le bûcher devait être élevé, là qu'au printemps devaient avoir lieu les fêtes funèbres. Perdiccas fut accompagné par Dinocrate, qui devait diriger la construction du splendide bûcher.
On approchait de la fin de l'année 324, et déjà une épaisse couche de neige couvrait les montagnes lorsqu' Alexandre quitta Ecbatane avec son armée pour revenir à Babylone, en passant par les montagnes des Cosséens. Il avait choisi cette saison, parce que les tribus avides de pillage seraient alors dans l'impossibilité de s'enfuir de leurs vallées pour aller se réfugier sur les montagnes couvertes de neige. Tandis que le reste de l'armée suivait la grande route, le roi s'avança, avec
u ceux-ci ce qu'ils lui demandaient et leur donna même une offrande à por- (( ter à Asclépios en disant : ^< J'offre ce présent, bien qu'Asclépios ne se soit « p.is conduit d'une manière convenable à mon égard, n'ayant pas voulu me « conserver un ami qui m'était aussi cher que ma propre tète». La plupart « des auteurs rapportent encore qu'il ordonna d'honorer à perpétuité Hé- « phestion comme un héros : d'aucuns ajoutent qu'il envoya consulter l'ora- « de d'Ammon pour demander au dieu si on pouvait lui rendre même les « honneurs divins, mais qu'il n'en obtint pas la permission ». Voilà tout ce que dit Arrien. Plutarque est moins circonspect Dans la Vie de Pélopîdas (§34) il raconte, — d'après quelles autorités on le devine après avoir lu la critique d'Arrien, — qu'« Alexandre, àlamortd'Héphestion, non seulement fit (( couper les crins aux chevaux et mulets, mais fit enlever les créneaux des « murailles, afin que les villes eussent l'air de porter le deuil... » Il dit aussi {Alex , 72) que, u ayant recours à la guerre pour se distraire de son chagrin, « Alexandre partit comme pour une chasse à l'homme et extermina le peuple « des Cosséens, égorgeant tous les adultes et appelant cela un sacrifice u funèbre en l'honneur d'Héphestion ». Tout aussi absurde est l'histoire du Samien Agathocle, que Lucien raconte dans son traité De la défiance à l'égard des calomnies i§ 18).
*) acpâçTS aOxouç xa\ ta ouXa 'HçataTt'wvi àvé6eaav àuoOavôvTt (Arrian., VII, 14, 9). L'expression d'Arrien manque au moins de clarté, car rénumération pompeuse de Diodore (XVII, 115) : v.OLxznY.vjalev siowXa ôt'è/i?avTO; xa\ Ttbv a>v)v(ov Tcbv 6au(xa^o{j.£V(ov Tvap' àvOptÔTro'.c, ne contient pourtant rien de semblable.
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la partie la ])lns Ir^vn^ do sos [troupes, vers le sud, direclion dans laquelle erraient ri liahilaieut ces peuplades de pasteurs, jus(ju'au (ci riloii'e des LJxiens, qui étaient de menne race. On traversa les gor<^es des montagnes, en deux colonnes, dont l'une était conduite par le roi etTautrepar leLagide Ptoléniéc;. Les hordes de ces pasteurs, qui résistaient partout avec une audace incroyable, étaient pour la plupart peu nombreuses ; elles furent vaincues séparément : leurs repaires de brigands furent forcés; des milliers de ces gens furent tués ou faits prisonniers, les autres furent soumis et contraints avant tout à avoir des demeures fixes et à cultiver la terre. Dans l'espace de quatorze jours, la dernière tribu qui habitait la contrée montagneuse des défilés était réduite à l'obéissance et recevait au moins un commencement de civilisation, ainsi qu'on avait fait précédemment pour les Uxiens, les Cadusiens, les Mardes et les Parœtacënes\
Alexandre descendit alors vers la Babylonie, en marchant à petites journées, afin que les différents corps qui débouchaient des vallées pussent le rejoindre. Il voulait]>éunir toutes ses forces à Babylone, pour s'engager dans de nouvelles entreprises. Babylone devait être le centre de Fempire et la résidence royale. Cette ville, par sa grandeur, son antique gloire et sa position, était digne d'être la capitale; elle était Fentrepôt du commerce du Midi, des aromates de rinde, des épices de l'Arabie; elle se trouvait placée entre les peuples de l'Occident et ceux de TOrient, plus près de rOuest, où le regard entreprenant d'Alexandre devait se porter après la conquête de l'Orient. C'est à l'ouest qu'était située cette Italie, où l'époux de sa sœur, le roi des Epirotes, avait perdu et l'honneur et la vie; plus loin l'Ibérie, avec ses abondantes mines d'argent, la terre des colonies phéniciennes, dont les métropoles appartenaient maintenant au nouvel em-
1) Arrian., VII, 15. DiODOR , XVII, 112. XIX, 20. Plut., Alex. 72. Strab., XVI, p. 744, PoLYyEiX., IV, 3, 31. On a déjà fait remarquer plus haut que les auteurs grecs sont seuls à croire que le nom de Cosséens, identique au fond avec celui des Uxiens, désigne un tout autre peuple. Les groupes subjugués par Alexandre doivent avoir habité dans les vallées des affluents supérieurs de la Kerka et du fleuve de Dizfoul.