OL. r.xiv. i] réception des ambassades 7H
pire. Là se trouvait aussi cette Carlbage qui, depuis la première guerre médiqueet l'alliance qu'elle avait faite alors avec les Perses, n'avait cessé de combattre contre les Hellènes en Libye et en Sicile. Les grands changements qui s'étaient accomplis dans le monde de l'Orient avaient porté la gloire d'Alexandre jusque chez les peuples les plus reculés; les uns avec espérance, les autres avec anxiété devaient jeter les yeux sur cette puissance gigantesque; ils devaient reconnaître la nécessité de se mettre en rapport avec ce pouvoir qui tenait dans ses mains les destinées du monde, et d'aller au-devant de lui pour s'aplanir à eux-mêmes les voies de l'avenir.
C'est à ce moment qu'arrivèrent au camp des ambassades, envoyées par divers peuples, même éloignés : elles venaient, les unes offrir des hommages et des présents, les autres solliciter du roi une sentence décisive au sujet de contestations avec des peuples voisins. Alors seulement, dit Arrien, il sembla au roi et à son entourage qu'il était le maître sur terre et sur mer ^ Alexandre se fit remettre la liste de ces ambassades, pour fixer leur rang d'audience; il donna le pas à celles qui avaient pour objet des choses sacrées, notamment aux députations d'Élis, d'Ammonion, du temple de Delphes, de Corinthe, d'Épidaure, etc. , selon l'importance du lieu d'où elles venaient ; onfitpasser ensuite celles qui voulaient entretenir le roi de contestations avec leurs voisins, celles qui étaient chargées de traiter d'afi'aires intérieures et privées, et en dernier lieu les envoyés helléniques qui devaient faire des représentations au sujet du rappel des bannis.
Les documents que nous avons pour l'histoire d'Alexandre négligent, comme une chose qui n'en vaut pas la peine^ de nommer toutes ces ambassades ; ils mentionnent seulement celles qui étaient mémorables sous quelque rapport, et ce n'est que dans ce que nous apprenons par ailleurs de l'histoire des peuples mentionnés ici que nous trouvons quelques renseignements sur l'objet immédiat de leur ambassade. Arrien nous fait connaître, sans s'étendre davantage, qu'il vint des
*) Arrian., VII, 15, 5. Dans cet endroit, Arrien ne dit pas qu'il y eût parmi les envoyés des Hellènes, comme Diodore l'affirme, mais on peut l'inférer d'un passage antérieur (VII, 14, 6).
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«Mivoyés cl(^s Hrcl lions, dos Lucanions cl dos l^trnsques, mais il (loiilo i\\w los Koniains on aionl cgalomont envoyé, ainsi (|uo lo rii[)portont [)lusieurs historiens. C/esl Fa situation de rilalio à roltc époque qui doit nous apprendre s'ils ont eu des motifs do le faire.
Les Brettienset Lucanions, dtqniis la guerre avec le Molosse Alexandre, avaient assez de raisons pour ci'aindre la puissance de son beau-frère, le vainqueurde l'Asie et le protecteur naturel du monde hellénique. Le Molosse, que la riche et commerçante ville do Tarente avait appelé à son secours contre eux, les avait battus dans une grande bataille près do Pa^.stum; il avait refoulé du mémo coup les Messapiens et les Dauniens sur la côte orientale de la péninsule: sa puissance s'étendait d'une mer à l'autre, et les Romains avaient fait alliance avec lui' pour attaquer en commun les Samnites, dont les combats dans le sud leur avaient fourni l'occasion d'étendre leur territoire jusqu'à la Campanie et d'y implanter leur domination au moyen de colonies romaines. Mais la puissance croissante de l'Epirote, et peut-être la crainte qu'il ne voulût s'ériger en maître de la Grande-Grèce, porta les Tarentins à se tourner du côté de ceux contre qui ils l'avaient appelé; un banni lucanien assassina le roi. Les Samnites eurent ainsi le champ libre pour se tourner contre les Romains, qui s'étaient emparés de Cumo, la plus ancienne cité hellénique sur cette côte, et de Capoue. La tentative qu'ils firent pour se rendre également maîtres de Néapolis et de Palaeopolis, commença (328) la grande guerre du Samnium, qui^ après des succès divers, trouva une première solution dans les Fourches Caudines et dans un traité de soumission imposé aux Romains. Les cités grecques d'Italie, au lieu de profiter de ces années favorables pour elles, désunies et sans énergie comme elles étaient, préférèrent niettre leur espoir dans le vainqueur de l'Asie. G 'était une idée aussi naturelle que la crainte qu'avaient les Italiotes de le voir venir et arracher de leurs mains les riches cités maritimes dont ils étaient enfin parvenus à s'emparer. N'avait-il pas envoyé aux Grotoniates une part du butin de la victoire de
*) Tite-Live (VIII, 17) fait mention de cette alliance.