OL. cxiv, 1] projets d'alexandre
quête de l'Asie, les historiens désignent sous ce nom les tribus au sud de Cyrène.
Parmi les autres ambassades, on cite en particulier celles des Scythes d'Europe, des Celtes et des Éthiopiens. Cette dernière était peut-être d'autant plus importante aux yeux du roi qu'il s'occupait précisément alors de son projet de contourner l'Arabie avec ses vaisseaux, de continuer la route de mer qui déjà réunissait l'Inde et l'Euphrate, et de la prolonger jusque dans la mer Rouge et sur la côte orientale de l'Egypte.
Déjà, en effet, on avait envoyé en Phénicie l'ordre de lever des matelots^ de construire des navires et de les conduire démontés par voie de terre jusqu'à l'Euphrate. jXéarque fut chargé de faire remonter l'Euphrate à la flotte jusqu'à Babylone, et, aussitôt après l'arrivée du roi dans cette ville, on devait commencer l'expédition contre les Arabes. Dans le même temps, Héraclide, fils d'Argaeos, était envoyé sur les côtes de la mer Caspienne avec une troupe de charpentiers ; il était chargé de couper du bois pour les constructions navales dans les forêts de FHyrcanie, et de construire des vaisseaux de guerre avec et sans pont, d'après l'usage hellénique. Cette expédition avait aussi pour but de rechercher d'abord si la mer Caspienne offrait un passage au nord, et si elle était en communication avec le lac Maeotide ou avec la mer ouverte du Nord et, par elle, avec la mer de l'Inde K Alexandre pouvait espérer que cette expédition lui donnerait l'occasion d'accomplir cette campagne contre les Scythes dont il avait parlé avec le roi des Chorasmiens, cinq ans [auparavant. On avait également levé, pour les troupes de terre, de nouvelles et importantes recrues qui devaient se réunir à Babylone dans le cours du printemps. Il était manifeste qu'Alexandre formait de grands projets; il semble que des campagnes simultanées devaient être entreprises dans le nord, le sud et l'ouest: peut-être Alexandre avait-il l'intention de les confier à divers généraux,
*) La mission d'Héraclide trahit l'intenlion de faire par la suite une expédition dans le pays des Scythes : ce qui autorise à former cette conjecture, c'est, outre la vraisemblance intrinsèque de la chose, le bruit mentionné par Arrien (VII, 1, 3).
71(1 MAHc.ni: d'alkxandhk fïV, 3
on so réservant de los diriger tonles do Babylone, la capitale do son ('m[>ir('.
Les Ironpes et leurs chefs doivent avoir été en proie à une impatience in(juiMe, craignant ou espérant de nouvelles campaiiues, pendant<ju'elles descendaient vers IJahylone. Elles no savaient pas combien leur roi était profondément abattu depuis la mort de son ami, comment c'était en vain qu'il s'cdorçait d'étouiïer, par des plans toujours plus hardis, le chagrin qui lui rongeait le cœur ; elles ignoraient jusqu'à quel point la joie de sa vie était brisée, combien son âme était pleine de sombres pressentiments. Avec lléphestion, sa jeunesse était descendue dans la tombe: à peine au seuil de l'âge viril, il commençait à vieillir, et la pensée de la mort se glissait dans son âme *.
On avait traversé le Tigre ; déjà l'on apercevait les créneaux delà ville géante, lorsque les principaux d'entre les Chaldéens et les prêtres astronomes de Babylone vinrent au-devant de l'armée; ils s'approcbèrent du roi, le prirent à part et le conjurèrent do ne pas poursuivre sa route vers la ville, car la voix du dieu Bel leur avait fait connaître que l'entrée dans Babylone en ce moment lui serait funeste ^. Alexandre leur répondit par le vers du poète, que « le meilleur devin est celui qui annonce d'heureuses nouvelles ». Alors ils ajoutèrent : « 0 roi, ne t'approche pas de Babylone en regardant l'occident, ni en venant de ce côté du fleuve; tourne autour de la ville, jusqu'à ce que tu voies l'orient ».
Il fit camper l'armée sur la rive orientale de l'Euphrate, puis, le lendemain, il lui fit descendre le fleuve pour le traverser ensuite et entrer ainsi dans la ville du côté de l'occident: mais la rive du fleuve était marécageuse sur une grande étendue; il n'y avait de ponts que dans l'intérieur de la ville, et un plus long circuit eût été nécessaire pour arriver à Babylone parles quartiers de l'ouest. Alors, dit-on, le sophiste Anaxarque
') Arrien (VII, 16, 13) dit qu'a Alexandre aurait mieux aimé mourir avant « Hépheslion que lui survivre, absolument comme Achille aurait choisi de u mourir avant Patrocle, plutôt que de venger sa mort».
-) Arrian , VII, 16, 5. D'après Plutarque et Diodore, les Chaldéens, qui avaient peur de parler à Alexandre ('?), firent parvenir leurs avertissements à l'amiral Néarque, qui effectivement était déjà arrivé avec la flotte.