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I, 1] DISCORDES ET CONFLITS

unis, crurent pouvoir se passer désormais de Thèbes et même réclamer la prépondérance dans le Péloponnèse. Ils portèrent secours aux Argiens, pour couvrir contre Athènes etCorinthe l'attaque que ces derniers dirigeaient contre Epidaure : ils envahirent la vallée de TEurotas et s'emparèrent d'une partie de la Laconie. Mais à ce moment les Spartiates reçurent de Denys le Tyran un secours de deux mille mercenaires celtes et repoussèrent les Arcadiens. Excités par cet échec, ceux-ci se retournèrent avec d'autant plus de fureur contre leurs voisins de l'Ouest, se jetèrent sur Olympie pour présider la solennité prochaine de la fête du dieu, et ce fut dans le sanctuaire même du dieu que se livra la bataille qui amena l'expulsion des Éléens : les immenses trésors que renfermait le temple se dissipèrent entre les mains des vainqueurs.

Ce qui se passait là se reproduisait partout : chacun avait son adversaire. Il semblait ne plus rester de force et de passion dans la race grecque que pour paralyser ce qui était encore puissant, et pour renverser ce qui menaçait de s'élever. De reconnaissance, de loyauté, de grandes pensées, de devoirs nationaux, il ne restait plus rien ou presque rien dans la politique hellénique ; l'agitation produite par les mercenaires et les bannis détruisait tout ordre stable et démoralisait les hommes.

Thèbes elle-même ne se sentait pas assez forte pour maintenir debout sa puissance nouvellement fondée. Elle craignait que Sparte et Athènes ne dénonçassent à la cour des Perses la fondation de Mégalopolis et de Messène comme une violation de la paix imposée par le Grand-Roi, et ne parvinssent à s'assurer l'or de la Perse pour prolong-er la lutte . Elle envoya Pélopidas avec quelques personnages du Péloponnèse vers Suse, oii déjà se trouvaient les ambassadeurs Spartiates et où ne tardèrent pas à arriver ceux d'Athènes. C'est maintenant devant le Grand-Roi, aux yeux de toute sa cour, que ces représentants de la Grèce étalent les hontes de leur patrie. Toutefois Pélopidas l'emporta. Le Grand-Roi ordonna que les Messéniens demeurassent autonomes, que la flotte d'Athènes évacuât la mer et qu'Amphipolis fut reconnue autonome sous la protection du roi des Perses, ajoutant qu'on devait com-

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haltre (|ui('onqiie ne se soumettrait pas à ces décisions, et ([mi toute ville (jiii ne les accepterait pas serait contrainte par la force.

C'était la paix d'Antalcidas au profit des Thébains. Ceux-ci apj)elèrent à eux les Elats de la Grèce pour leur communiquer Tordre du roi. Mais les Spartiates repoussèrent cet ordre; les Arcadiens protestèrent contre l'appel de Tlièbes; les Corinthiens refusèrent de prêter serment à la paix du Grand-Hoi, et les Athéniens, accusant de trahison leurs ambassadeurs, les mirent à mort à leur retour.

C'est alors que Pélopidas trouva la mort dans une seconde tentative pour délivrer laïhessalie. Épaminondas entreprit de rétablir l'ordre dans le Péloponnèse et vainquit à Mantinéeles Spartiates avec leurs alliés, lesÉléens, les Mantinéens et les Achéens, mais il succomba lui-même dans la bataille. Le vieil Agésilas se fit charger par les éphores Spartiates d'une expédition en Egypte; avec l'or égyptien, il enrôla mille mercenaires et les conduisit au roi Tachos, qui avait déjà 10,000 Hellènes à sa solde, afin de défendre contre le Grand-Roi la restauration du pouvoir des Pharaons.

Avec la journée de Mantinée finit la puissance de Thèbes. Cette puissance, qu'avaient élevée et ennoblie quelques grands hommes, ne sut, après leur mort, ni conserver les cités rendues à la liberté ou nouvellement fondées, ni se concilier soit les villes béotiennes qu'elle avait anéanties, soit les peuples voisins qu'elle s'était annexés par la force, les Phocidiens, Locriens, Maliens, Eubéens. Après la. courte ivresse de l'hégémonie, Thèbes en décadence était devenue d'autant plus insupportable qu'elle s'était habituée à l'orgueil et à l'insolence.

La seconde ligue maritime d'Athènes n'eut pas non plus un grand succès. Livrée à la négligence et à Favidité, mal conduite par des hommes d'Etat à expédients, Athènes, qui était habituée depuis longtemps à mettre en ligne des mercenaires au lieu de ses propres citoyens, laissait ses stratèges extorquer de l'argent aux amis et aux ennemis, installer des fonctionnaires athéniens et des garnisons athéniennes dans les villes de la ligue, au lieu de faire la guerre, enfin violer si complètement les droits et les devoirs imposés par le pacte fédéral, que les

I, l] ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ EN GRÈCE 29

plus puissants d'entre les alliés saisirent la première occasion pour faire défection. En vain Athènes chercha-t-elle à les contraindre de nouveau ; pour la seconde fois elle perdit l'empire de la mer, mais conserva toutefois Samos et quelques autres places. Dans ses chantiers, elle avait plus de 3o0 trirèmes, c'est-à-dire plus que n'en possédait aucun autre État hellénique.

La décadence de la puissance des Grecs ne semblait pas moindre en Occident. Jusqu'à sa mort, Denys de Svracuse avait tenu sa domination haute et ferme. Sous son fils, qui portait le même nom que lui, les philosophes, Dion, Callippos, Platon lui-même, entreprirent de réaliser leur idéal philosophique à la cour du jeune tyran, jusqu'à ce que celui-ci, dégoûté, commençât à montrer l'autre face de son caractère. C'était un esprit stérile et mal venu. Pendant les dix années de son règne dissolu et les dix années suivantes, qui ne furent pas moins remplies de désordres, la dynastie croula et l'empire de son hardi fondateur s'en alla en morceaux.

Ce qui est merveilleux, ce sont les productions que, même à cette époque, la Grèce enfanta dans la poésie, dans les arts et dans toutes les sphères de la vie intellectuelle ; les noms de Platon et d'Aristote suffisent pour montrer quelles créations ce siècle ajouta à celles des siècles précédents. Mais la société, publique et privée, était gravement malade : son état était sans remède, si Ton continuait à tourner dans le même cercle.

Non seulement les antiques liens des croyances religieuses, des mœurs, de la vie de famille, ainsi que l'ordre politique et social, étaient brisés ou relâchés par une civilisation dissolvante ; non seulement le sentiment qui attache l'homme au sol avait péri dans les vicissitudes politiques d'autant plus rapides qu'elles avaient pour théâtre de petites communes, mais encore le danger de nouvelles et plus terribles explosions s'accroissait toujours davantage avec la masse flottante des bannis politiques : une multitude de mercenaires dissolus, mais déjà complètement rompus au «métier», se répandaient sur le monde, prêts à combattre pour ou contre la liberté, le despotisme ou la pairie, pour ou contre les Perses, les Carthaginois, les Égyptiens, partout où il y avait une solde à gagner. Le

'.]0 MALAISK POLITIQUK ET SOCIAL [l, 1

piiv, c'est que cotlo (irèce si cultivée aiigmonlait encore le mal (prcllc voulait f'uérir, par 1rs eiïorts incessants qu'elle faisait afin de rraliser l'idéal de KKlal ; partant de fausses prémisses, elle arrivait à des conclusions non moins fausses ; uniquement préoccnpée de l'autonomie, même pour les plus poliles communautés, voulant la liberté illimitée et une part du ^gouvernement pour chacun, elle ne trouvait aucune forme même pour assurer simplement cette autonomie et cette liberté, à plus forte raison pour protéger l'héritage des grands biens nationaux et l'existence même de la nation, déjà sérieusement menacée.

La Grèce n'avait pas à chercher bien loin ce qui lui manquait. (( Parmi les Etats qui jusqu'ici ont possédé l'hégémonie », dit Aristote, « chacun a cru qu'il était de son intérêt d'amener toutes les villes qui dépendaient de lui à une constitution analogue à la sienne, et qui pour les uns était la démocratie, et pour les autres l'oligarchie ; leur but était leur propre avantage, et non celui de ces villes ; de sorte que jamais ou presque jamais on n'arrivait à un juste milieu; et l'habitude s'était formée dans les populations non de chercher l'égalité, mais de vouloir dominer ou être dominées » . En quelques mots énergiques, le grand penseur a dépeint la situation, qui se résume en ces mots: exils, violences, retour des bannis, partage des biens, amnistie, affranchissement des esclaves dans un but révolutionnaire. Tantôt le démos se précipite sur ceux qui possèdent, et tantôt les riches exercent leur violence oligarchique sur le peuple. Ni la loi, ni la constitution ne protègent plus nulle part la minorité contre la majorité ; celle-ci ne s'en sert plus que comme une arme contre celle-là ; il n'y a plus de sécurité pour le droit ; la paix intérieure est à chaque instant en péril ; chaque ville démocratique est un asile pour les bannis démocrates, chaque ville oligarchique en est un pour les oligarques ; ni les uns ni les autres ne reculent devant aucun moyen, ils n'en négligent aucun pour rentrer dans leur patrie et y provoquer une révolution afm d'infliger aux vaincus les mêmes maux qu'ils ont dû souffrir. Entre les États helléniques, si petits qu'ils soient, il n'existe plus d'autre droit piiblic que cet état de guerre passionnée entre les factions; à peine une

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