OL. cxiv, 1] le sosik d'alexandrk
dent et les ennemis de la race g^rccque en Afrique et en Italie*.
Alexandre présida lui-même à l'incorporation des troupes nouvelles, et spécialement à celle des milices perses. La solennité eut lieu dans le jardin royal : le roi était assis sur le trône d'or et portait le diadème et la pourpre royale ; de chaque côté, les amis occupaient des sièges plus bas à pieds d'argent; derrière eux, à distance respectueuse, se tenaient les eunuques, les bras croisés à la mode orientale et revêtus du costume des Mèdes. Les troupes défilaient devant le roi, division par division ; elles étaient passées en revue, puis réparties entre les phalanges. Ainsi se passèrent plusieurs journées. Comme le roi se trouvait un jour fatigué par une longue et pénible attention, il se leva du trône, y déposa le •diadème et la pourpre, puis se dirigea vers un bassin du jardin afin de s'y baigner. D'après le cérémonial de la cour, les amis l'avaient suivi, tandis que les eunuques restaient à leur place. Dans ce court intervalle, un homme s'approcha, traversa tranquillement les rangs des eunuques, qui d'après l'étiquette des Perses n'avaient pas le droit de l'arrêter, gravit les degrés du trône, se para de la pourpre et du diadème, s'assit à la place du roi et se mit à regarder fixement devant lui. Les eunuques déchirèrent leurs vêtements, se frappèrent la poitrine et le front, et poussèrent des cris de douleur à cause de cet effrayant pronostic. Le roi revenait précisément à ce moment ; à la vue de cet homme qui tenait sa place sur le trône, il fut frappé d'effroi et donna l'ordre d'interroger ce malheureux ; qui était-il ? que voulait-il ? L'homme resta immobile sur le trône, regardant toujours fixement devant lui; enfin il répondit : « Je m'appelle Dionysios et je suis de « Messène ; je suis accusé et l'on m'a amené, chargé de fers, « depuis la côte jusqu'ici. Maintenant le dieu Sarapis m'a déli- « vré, et m'adonne l'ordre de prendre la pourpre et le diadème « et de m'asseoir tranquillement ici » . On le mit à la torture ; il devait avouer s'il avait eu de mauvais desseins et s'il avait des
') C'est à peu près tout ce qu'on peut tirer du passage de Diodore (XVIII, 4).
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romplirc^s ; mais il persista ;i dire qu'il avait obéi à l'ordro du (lien. On s'apeirnl que la raison du malheureux était égarée, et hîs devins deinandi'rent sa mort '.
On pouvait èlre au mois de mai 323; la ville d(; IJahylone était pleine d'une animation guerrière; les milliers de troupes nouvelles soupiraient a[)rès la campagne où elles devaient faire leurs premières armes, et s'exerçaient à combattre d'après la nouvelle méthode. La Hotte, qui déjà se tenait à l'ancre et sous voiles, quittait prescjue chaquejour sa station pour faire des excursions hors de la capitale, au milieu d'une immense multitude de spectateurs, afin d'habituer les matelots à gouverner et à ramer; la plupart du temps, le roi était présent et distribuait aux vainqueurs dans ce concours des louanges et des couronnes d'or-. On savait que la campagne ne tarderait pas à s'ouvrir, et on pensait que les sacrifices et les festins pendant lesquels le roi avait coutume d'annoncer le commencement de nouvelles opérations guerrières suivraient immédiatement les fêtes funèbres en l'honneur d'Héphestion.
Un nombre immense d'étrangers affluaient à Babylone pour les fêtes, et parmi eux se trouvaient des ambassadeurs de l'Hellade, qui, par suite des décrets accordant au roi les honneurs divins, avaient pris le caractère de théores sacrés. Ils parurent en cette qualité devant le roi et l'adorèrent, en lui consacrant, selon l'usage hellénique, les couronnes d'or que les Etats de la mère patrie envoyaient en rivalisant de zèle pour honorer le dieu-roi. Les théores d'Alexandre revinrent ensuite de l'Ammonion ; ils étaient allés demander comment le dieu ordonnait qu'Héphestion fût honoré, et ils rapportaient la réponse qu'on devait lui sacrifier, comme à un héros^ Après
') Arrian., VII, 24 (d'après Aristobule). Diodor., XVII, 116. Plut., Alex., 74 (avec quelques variantes). Cet incident eut lieu quelques jours avant les fêtes et sacrifices qui, d'après les Ephcmérides, tombaient en Daesios. On verra dans VAjjpendice que probablement ce mois se trouve à peu près partagé entre mai et juin.
2) Arrian., VII, 23, 5.
3) C'est du moins ce que dit Arrien (VII, 23, 8). Diodore (XVII, 115) dit au contraire que l'oracle d'Ammon ordonna de lui décerner les honneurs divins et de l'invoquer comme uàpeôpo; (correction faite d'après Lucian., De calumn. non cred., 17). La première version est confirmée par ce qu'on dit de Clèomène, satrape d'Egypte, qui éleva au défunt un héroon à Alexan-