OL. cxiv, 1] funérailles d'héphestion
avoir reçu ce message, le roi donna l'ordre de célébrer les fêtes funèbres et le premier sacrifice pour le héros Ilépbestion.
Une partie des murailles de Babylone avait été abattue : là se dressait sur cinq terrasses en retrait et s'élevant jusqu'à une hauteur de deux cents pieds l'édifice pompeux du bûcher ; le roi avait consacré à sa construction dix mille talents, et les amis, les grands, les ambassadeurs, les Babyloniens, en avaient ajouté deux mille autres. Le tout resplendissait d'or, de pourpre, de peintures, de sculptures; au sommet de l'édifice se trouvaient des figures de Sirènes d'oii les chœurs funèbres faisaient entendre leurs chants en l'honneur du mort^ Au milieu des sacrifices, des cortèges de deuil et des chants funèbres, le feu fut mis au bûcher. Alexandre était présent;
drie et un autre dans l'île de Pharos. Cléomène, qui craignait la colère du roi à cause de ses exactions, eut soin de l'informer de ses dédicaces et des autres hommages qu'il avait inventés en l'honneur d'Héphestion, et il reçut de la part d'Alexandre une lettre de remercîment dans laquelle il était dit, entre autres choses : « En apprenant que les sanctuaires de l'Egypte sont u bien tenus et notamment les héroons d'Héphestion, j'ai résolu de te parce donner les fautes que tu as pu commettre antérieurement, et si tu en « commets quelque autre à l'avenir, tu n'auras rien à craindre de moi ». (Arrian., VII, 23, 8). Arrien lui-même juge sévèrement cette réponse du roi, et il aurait raison si Alexandre n'avait eu d'autre motif que la satisfaction que lui causaient ces honneurs rendus à Héphestion. Mais il faut songer que Cléomène était un financier distingué et un administrateur capable de rendre de grands services ; sa satrapie était de la plus haute importance pour les expéditions qu'on allait entreprendre, et, né en Egypte, il connaissait le pays comme personne : peut-être aussi était-il impossible, dans les circonstances actuelles, de lui demander compte de ses actes dès maintenant et de si loin ; peut-être le moindre signe de la disgrâce royale aurait-il suffi pour le décider à prendre la fuite, auquel cas les immenses trésors amenés par lui auraient été perdus pour la satrapie et pour le royaume. Ce sont là des raisons qui se présentent à première vue : sait-on s'il n'y en a pas beaucoup d'autres, plus secrètes et plus personnelles, qui ont pu rendre le message du roi nécessaire? Tout ce que nous savons d'Alexandre nous avertit d'être circonspects et de ne pas le rabaisser tout de suite au dernier échelon.
1) La description du bûcher, telle qu'elle se trouve dans Diodore (XVII, 115), est trop peu technique pour qu'on puisse restituer l'édifice avec quelque certitude, d'après de telles indications. Les dessins si vantés de Qua- TREMÈRE DE QuiNCY sout tout ce qu'ou voudra, excepté conformes au génie de l'architecture hellénique.
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sons SCS yeux l'œuvro admirable s'iibîinu dans les llamiiios, 110 laissanl après ollo que la (IcsLruclioii, lu vide, le deuil de celui qiron avait pei'du. J*uis vinrent les sacrifices en l'honneiir du héros Jlépliestion ; Alexandre lil lui-menn' la première libation à son ami élevé au rang des héros; dix mille taureaux furent sacrifiés à sa mémoire et distribués à toute Tarmée, que le roi avait conviée au banquet de fête.
D'autres solennités remplirent les jours suivants; le roi sacrifia de la manière habituelle aux dieux qu'il honorait, car déjà le jour était iixé pour le départ de la Hotte et kî commencement de la campagne d'Arabie. Il olFrit un sacrifice à la Bonne Fortune, et, d'après le conseil de ses devins, il sacrifia aussi aux dieux qui conjurent le mal. Pendant que Tarmée entière se réjouissait, attablée au banquet du sacrifice et buvant le vin offert en libation par le roi, Alexandre avait réuni les amis autour de lui pour le repas d'adieu qu'il donnait à Néarque, son amiral. Ceci se passait le 15 Dœsios, vers le soir; déjà la plupart des invités s'étaient retirés, lorsque le Thessalien Médios, un des hétseres, se présenta et pria le roi d'honorer encore de sa présence une petite réunion dans sa demeure; il devait y avoir un joyeux festin. Alexandre, qui aimait le noble Thessalien, alla avec lui, et la gaieté de ses intimes finit par le gagner ; il porta leur santé à la ronde : vers le matin, on se sépara^ en se promettant de se retrouver dans la soirée suivante \
Alexandre revint au palais, prit un bain et dormit jusqu'à une heure avancée du jour ; dans la soirée, il retourna se mettre à table chez Médios, et l'on but de nouveau joyeusement jusque fort avant dans la nuit. Lorsque le roi se retira, il se trouvait mal à l'aise; il se baigna, mangea un peu et se coucha avec la fièvre. Le matin du 18 Dsesios, il se sentit sérieusement malade; les émotions des derniers temps, les festins qui s'étaient succédé rapidement depuis quelques jours, ne le prédisposaient que trop à une maladie. Il fut pris d'une
1) Plut., Alex., 75. Athen., X, p. 432. Arrian., VII, 24, 25, Je ne fais que mentionner l'absurde soupçon d'après lequel on aurait chez Médios donné au roi un poison fourni par Aristote et apporté par Cassandre.