Scirophorion
Hyperbérétœos.
Comme on le voit, ce sont trois systèmes absolument différents, et il est impossible d'expliquer ces écarts par la difTérence des cycles intercalaires usités en Afrique et en Macédoine, car il ne s'agit pas ici d'une différence d'un mois; le l®'' Dios, début de l'année macédonienne, tombe, suivant I au sixième mois attique, suivant II, III, IV, au quatrième, suivant V au premier.
Ideler a démontré, par des observations consignées dans VAlmageste de Ptolémée, que, dans les années 245,237,229 avant notre ère, le mois Lôos est tombé dans le mois de juillet du calendrier julien (18. 20. 4 juillet); il est arrivé au même résultat avec l'inscription de Rosette, qui est de l'an 197. Ceci prouve clairement que la concordance établie par Plutarque sous le numéro V est impossible , et en efîet, Ideler ne l'a pas fait entrer en ligne de compte. Comme les indications contenues dans la lettre de Philippe lui ont paru être celles qui offrent le plus de garanties, il a été conduit à admettre qu'il a dû se faire en Macédoine, après le règne de Philippe, une grande réforme du calendrier, et que Plutarque, en mettant en regard le mois Lôos et le mois Hécatombaeon, à propos de la naissance d'Alexandre, a dû ou bien commettre une erreur de calcul, ou transporter à une époque plus ancienne la réforme du calendrier qui n'a été introduite que plus tard, probablement par Alexandre. Mais, dès 1839, j'ai essayé de démontrer que tous les documents insérés dans le discours Sur la Couronne sont apocryphes, et comme, depuis, tout le monde a fini par se ranger à mon opinion, les conséquences tirées de la lettre de Philippe pour les questions de calendrier tombent avec le texte lui-même.
Il faut reconnaître que les assertions émises par Plutarque à l'occasion de la naissance d'Alexandre concordent avec celles que lui suggère la bataille du Granique. Le malheur est qu'elles portent de part et d'autre la marque d'une source peu sûre. Du moins, les meilleures autorités, celles que suit
Arrien, mentionnent bien, à propos de la bataille du Granique, les raisons que Parménion invoquait pour la déconseiller, mais elles ne disent mot du scrupule relatif au mois Dœsios, ni de l'échappatoire qu'aurait imaginé Alexandre; et cela, bien qu'Aristobule aime d'ordinaire à citer de ces anecdotes [pieuses. Le chapitre de Plutarque sur la naissance d'Alexandre est pire encore. Nous ne sommes plus, il est vrai, en mesure de démontrer que le temple d'Éphèse n'a pas été incendié le jour de la naissance d'Alexandre, mais les trois heureuses nouvelles que Philippe aurait reçues xaxà tov auTov xpovov, au moment où il assiégeait Potidée, n'en sont pas moins fort étranges si Alexandre est né le 6 Hécatombœon, [car les jeux Olympiques se célébraient « vers la pleine lune de ce mois * », et il fallait bien huit jours et plus pour apporter la nouvelle d'Olympie à Potidée, tandis que [le courrier qui venait de Pella pour annoncer la naissance d'un fils pouvait certainement arriver à Potidée en deux ou trois jours, le 8 ou le 9 Hécatombseon. En somme, ce synchronisme, comme celui de l'incendie du temple d'Éphèse, n'a pas plus de valeur que tant d'autres semblables qui nous viennent de l'antiquité. Élien, dans le chapitre cité plus haut, est un exemple de ces rapprochements saugrenus ou de ces recettes mnémoniques à l'usage des écohers. Que l'auteur suivi par Élien soit Douris ou tout autre, il est clair que la source où Plutarque a pris ses renseignements n'était pas meilleure.
En conséquence, les deux indications de Plutarque (II, III et IV) ne pourront passer pour valables, au point de vue de la chronologie d'Alexandre, qu'autant que ce qu'on peut en tirer se trouvera confirmé par d'autres autorités plus sérieuses.
En fait de données chronologiques, Arrien nous fournit les suivantes :
II, 11, 10 : Bataille d'Issos, sous l'archontat de Nicocrate, en Maemactérion.
II, 24, 6 : Prise de Tyr, sous l'archontat d'Anicétos s, en Hécatombœon.
III, 7,1: Passage de l'Euphrate à Thapsaque ; archontat d'Aristophane, en
Hécatombœon.
III, 15, 7 : Bataille de Gaugamèle ; archontat d'Aristophane, en Pyanepsion. m, 22, 2 : Mort de Darius : archontat d'Aristophon, en Hécatombœon. V, 19, 3 : Bataille de l'Hydaspe : archontat d'Hégémon, en Munychion. VII, 28, 1 : Mort d'Alexandre: archontat d'Hégésias. Arrien ne donne pas le mois, mais le chiffre de l'olympiade (01. CXIV).
Il y a une huitième indication dans les Indica d' Arrien ^ : nous y reviendrons tout à l'heure. Les données rangées ci-dessus ne fournissent aucun renseignement direct sur les dates macédoniennes, pour la bataille de Gaugamèle surtout, où la conversion du mois macédonien en mois attique a donné par erreur Pyanepsion : sans cette faute, on pourrait au besoin démontrer par la date de cette bataille que le cycle intercalaire macédonien était le même que celui d'Athènes, ou du moins l'était encore cette année-là.
1) Ideler, Uebei' clan Todesjahr, p. 264. — 2) Le vrai nom de l'archonte est Nicétès (G. I. Attic, II, n» 173). — 3) Amixy., Indic, 2i.
792 APPKNDK'.E. — VI
Eu et' (|iii conccriM' les (Icniicrs jours (rAlrxundn', nous avons Ià-(lf*ssiis les Éjihi^inih'itlts^ cl, iik^iiic en |i!irli(' doiiMc. lMnlan|U(3* les donrio uvi'c l;i (l«''sif<iiiiti<m inacrdoniciiiic des jours cL avec. la rctnarquo suivante : TOÛTwv xà K).eiara xaxà )i^tv èv -rat; l^r,\i.zçÂfnv O'jto) yiy[j'-XTZ':'xi. ]ji \'vd<^uu'i\\. conservé par Arricn est hicii plus détaillé, (lonnnc l'auteur dit : xai aï Pa(Tt)-etoi èçYijxspîoE; J)0£ £-/0'jTi2, on peut oroiro qu'il les reproduit mot i)Our mot; mais il évite d'employer les dat(^s macédoniennes; il se contente de compter, à partir du début de la maladie, « le lendemain, le troisième, le quatrième jour », et ainsi de suite.
Les Épymrridvs ôhns Plutarque donnent bien, comme date exacte de la mort d'Alexandre, le 28 Dîesios, mais cela n'est d'aucun secours pour le jtroblème (jui nous préoccupe, puisque nul texte, du moins nul texte méritant confiance, ne nous dit à quel mois attique correspond le mois Dœsios. Sans doute, Justin écrit : dcccssit Alcxdivkr même Jiinio (mnos <re.s et tri(/in((i nalua^, et l'année de la mort d'Alexandre (01. CXIV,1) finissant, d'après la table d'Ideler,"le 12 juillet, l'avant-dernier mois, celui de Tliargélion, finit le 13 juin; de sorte que, comme Alexandre est mort en juin d'après Justin, le 28 Dœsios d'après les Éph&mn'ides, la concordance établie par Plutarque entre Tharg-élion et Dœsios paraît justifiée. Mais ce mois de juin de Justin n'est lui-même qu'une conversion de la date que Trogue-Pompée trouvait dans son guide grec, et rien ne nous dit si c'est sur une date attique ou macédonienne qu'il a opéré; rien ne nous garantit que son calcul soit exact ou qu'il soit erroné.
Plutarque* dit qu'Aristobule a placé la mort d'Alexandre deux jours plus tard que les É})hémérides, c'est-à-dire le 30 Dœsios. Arrien ne parle pas de cette divergence d'Aristobule ; il dit : ÈTeXsvTa [xàv ôy) 'A)iEavopoç -cExapT-r, xa\ ôîxâf/, xa'i exaToarî) 'OXu[i.Titâô'., iià 'Hyr^ffcou ap/ovroç 'Aôi^vYjatv eêco) oï vjo xa\ rpiâxovTa st/) xa\ xoO xpiToy (XTiva; eucXaêcV oxtw, wç Xsyet 'ApcorooouXoç* £oac7iXcU'7c ôà ôoSôexa £ty] xoi Toùç oxTa) to-jtou; {XYivaç-^. Ce passage constate avec certitude deux faits : d'abord, qu'Alexandre n'est pas né en Lôos, mais au commencement de Dios ; ensuite, qu'il est monté sur le trône vingt ans plus tard, à peu près à la même époque de Tannée macédonienne.
En face de l'autorité d'Aristobule, on ne saurait accorder beaucoup d'importance à ce que prétend Diodore, à savoir qu'Alexandre a régné douze ans et sept mois^, ou aux variantes d'Eusèbe, qui donne tantôt douze ans et six mois, tantôt douze ans et trois mois, tantôt douze ans. Quinte- Curce fait dire à Alexandre, qui vient d'être blessé dans la ville des Malliens (c'est-à-dire à la fin de l'automne 326) et qui s'adresse à ses amis : Victor utriusqiie regionis post nonum regni mei, post vigesimum atque octaviim œtatis annum, etc. "^j mais nous verrons plus loin d'où vient ce chiffre saugrenu^.
La double indication d'Aristobule nous fait approcher de la solution du
1) Plut., Alex., 76. — 2) Arrian., V, 25, 1. Cf. 26, 1. — 3) Justin., XII, 16, i. — i) Plut., Alex., 75. — 5) Arrlvn., VII, 28, 1. — 6) Diodor., XVII, 117. — ~i) CuiiT., IX, 6, 21. — 8} Voy. ci dessous, p. 797.
problème que nous nous sommes posé; mais, pour le résoudre complètement, il nous manque encore un facteur, et les concordances établies par ailleurs entre les mois macédoniens et les mois attiques ne peuvent pas nous le donner, puisque nous les avons trouvées suspectes et contradictoires entres elles. Pour que nous puissions arrêter la concordance entre les calendriers" et fixer ainsi la date julienne de la naissance, de favènement et de la mort d'Alexandre, il faut que ce chaînon intermédiaire se trouve dans les auteurs dont nous sommes sûrs.
Arrien, parlant du moment où Néarque est parti de Tlnde, dit que l'amiral prit la mer lorsque les moussons qui soufflent tout Tété (toO ôlpeo; TYjV faipr^v TTÔccrav) furent tombés : tots ôf, wpjxr.vTO ETi't ap-/ovTO; *A6r,vr,a'. Kr,ri<roôtopo'j, Etxaôi ToO Bor,opo[jL:a)voç [JLr.vb; -xa-oTS 'AOr.vaîoi ayovo-'.v, co; oï May.îoovs; T£ xa\ 'Aaiavo\ r.yov to âvoéxaTOv J^aa'.AeOovTo; 'AXô^avopou ». D'abord, cette indication est erronée en ce qui concerne l'archonte, car l'archontat de Céphisodoros tombe en 01. CXIV, 2, l'année qui suit la mort d'Alexandre : nous savons par un décret du peuple des Athmonéens- que le départ de rinde a eu lieu en 01. CXII, 4, sous l'archontat d'Anticlès, et qu'Anticlès n'était pas, ainsi qu'on l'a supposé, -jffTspov ap-/wv, comme ce fut le cas, trente ans plus tard, pour Nicias^ En second lieu, le fait qu Arrien, dans le passage précité, ne nomme pas le mois et jour macédonien en regard du mois et jour attique, montre qu'après MaxsoovEç le nombre ordinal et le nom du mois ont disparu.
Ailleurs, Arrien dit que les moussons, qui soufflent du sud, et non pas du nord comme dans les eaux helléniques, rendent la mer de l'Inde impraticable durant l'été : à-b ôï toO yeiixiôvo; tt;; à-pyj,: io oltio TîXeiàôwv ô-jcsto; e; ts ETî'i xpoTia; aç£v -/î'.jiiv. o r).ioQ STrKrrplçst, -îrXoVfjLa îTvat tx-jt?; £t/;yyéA).eTO^. Ideler remarque avec raison ^ que, d'après Callippe, le contemporain d'Alexandre, le coucher des Pléiades avait heu le 13 novembre, et que, par conséquent, l'assertion d'Arrien affirmant que Xéarque a mis à la voile le 20 Boédromion, c'est-à-dire le 21 septembre, ne peut pas être exacte.
D'autres relations dignes de confiance nous donnent heureusement des renseignements plus précis. D'après le passage d'Arrien qui vient d'être cité, Xéarque reçut pour instruction de ne partir qu'à la fin des moussons, c'est-à-dire au coucher des Pléiades. Seulement, vu l'agitation menaçante de la population du Bas-Indus, il ne put attendre le moment fixé. Strabon cite de Xéarque un passage qu'Arrien a laissé de côté dans son extrait : xa\ ôïj xa\ ç!r((7\v à Néap'/o; T,ôr, toO fJa(Ti).£a); teaoOvto; tt,v oôov a'JTOç {jLôTOTiajpo'j xatà tcXeckoo; £7:itoXy;v IcTiEpiav apEaaOai toO tiaoO, {i.T,7ïto |X£V tcov tïvevjicIctwv oix£Î(ov ovTiov, TCOV û£ (îapoâpwv ETT'.'/EtpoOvTtov aOtoî; xa\ £^£),a'jv6vT(Jv ^. Le lever du soir a Heu pour les Pléiades, d'après Columelle", le 10 octobre (TTIc/.OcYo^W*' Ycrgiliœ exoriuntur vespera). Mais les indications de Columelle ne sont pas
4) Arriax., Indic. 21, 1. — 2) C. I. Attic, II, n" 5*9. — 3) C. I. Ame, II, n- 299. Yov. l'Appendice du tome II. — 4) Arrian., VI, 21, 2. — 5) Op. cit., p.215.— g/Strah., XV, p. 121. — 71 Colu.m., De rc vust., XI, 2 ;p. 440 éd. Bipout.).
TOI AJMM'-NDir.i:. — VI
toujours corrodes, commo le démontre Iilrlcr', (|iii lixc !•• Icvit du soir pour It'S IMéiades jiii 25 Sfplomhro'.
Ainsi donc, oncoro qu'Arrion, en doiiiiaiil l;i dalc du d('|iarL do Néarquo, se trompe sur le nom dt> l'archonte; bien (|ue la désignation macédonienne correspondant au mois et au jour attique ait disparu ; nous sommes cependant en droit de tenir pour exacte la date ({u'il donne, le 20 Boédromion, attendu (pie le renseignem(Mit extrait de Néarque parStrahon vient à l'appui.
L'année d'Anticlès (01. CXIII, ^i) est, d'après la table d'Ideler, une année intercalaire et commence le 5 juillet, de sorte que le 20 Boédromion de la dite année correspond au 21 septembre. Seulement, comme le remarque Kobler, on a une inscription ^ d'après laquelle l'année d'Anticlès serait une année commune. Il est vrai qu'il est obligé de restituer le nom de l'archonte, èiù 'AvTi]x)>£to'j; apyovxoç, et que, l'inscription n'étant pas écrite oTOf/^,ôbv, on pourrait aussi bien combler l'espace vide avec ln\K-zr,Gi]xlzio'ji ap-/ovToç, ce qui laisserait intact le tableau d'Ideler, où l'année de Ctésiclès (01. CXIII, 3) est portée comme année commune : mais Kôhler, prudent comme il l'est, a certainement eu ses raisons pour restituer le texte de cette façon, des raisons qu'il donnera dans la deuxième partie de ses publications. Il y a d'autres inscriptions encore, connues seulement dans ces derniers temps, qui montrent que les dates des actes officiels à Athènes sont bien souvent en désaccord avec le tableau du calendrier de Méton dressé par Ideler, aux sixième et septième cycles. Pour les dernières années du sixième cycle, les années intercalaires sont réparties comme il suit :
1) Ideler, Uebe7' Ovids Faste?i (Abhandl. der Berl. Akad., 1822, p. 153.)
2) Le professeur W. Fôrster m'écrit à ce propos : « Conformément à votre désir, j'ai fait des calculs relatifs au lever des Pléiades, et j'ai obtenu les solutions approchées que voici :
A l'embouchure de l'Indus (latitude 23°), en Tan 325 (324 pour les astronomes), le lever visible ou apparent des Pléiades le soir a dû avoir lieu
le 12 octobre
tandis qu'à Alexandrie (latitude 31* 2'), ce lever a eu lieu, vers
la même époque, le 4 octobre
et à la latitude de Rome (41° 9'), le 24 septembre.
Peut-être vous intéresse-t-il pour vos comparaisons de savoir que vers l'an 0 ce phénomène s'est produit :
A Alexandrie, le 6 octobre.
A Rome, le 26 septembre.
Entre ces deux époques (de 0 à 324), le véritable lever du soir (lever acronychique) a retardé sur le lever apparent ou visible de 16 jours en moyenne à Alexandrie et de 23 jours à Rome ».
Voilà ce que contient l'intéressante note de Fôrster. Il n'est pas probable que les indications relatives au départ de la flotte d'Alexandre se rapportent au lever des Pléiades observé à l'embouchure de l'Indus : on aura voulu parler d'une date conventionnelle, de celle qui passait en Grèce, — à Athènes, par exemple (latitude 38* 1'), — pour celle du lever des Pléiades, à peu près le 30 septembre.
3) G. I. Attic, II, n° 179.
APPENDTCK. — VI 79o
D'après Ideler. D'après les Inscriptions.
B. 01. GXÏII, /i arch. Anliclès'.
CXIV, 1 Hcgésias.
— 2 Céphisodoros.
B. — 3 B. Philoclès2.
— -4 ....... . Archippos.
CXV, \ B. Néaechmos^.
B. — 2 Apollodoros.
Du moment que l'année d'Anticlès était une année commune, il faut ou que l'intercalation se soit faite dans celle d'Hégésias ou qu'il y ait eu trois années communes à la suite l'une de l'autre : dans un cas comme dans l'autre, le système d'intercalation de Méton se trouverait détruit.
Mais cet écart entre le calendrier officiel et le tableau dressé par le calcul ne tiendrait-il pas peut-être à l'introduction du canon de Callippe, qui commence à l'année après la bataille de Gaugamèle, l'année de la mort de Darius (01. GXII, 3), et qui, d'après le système plausible de A. Mommsen ♦, a été mis en vigueur pour le calendrier macédonien à partir de la dite année? D'après ce canon, les années intercalaires sont réparties comme il suit :
Canon de Callippe. Inscriptions.