I, 1] PHILIPPE EN GRÈCE
plus dans sa politique défaire de la Grèce une province macédonienne ; seuls les Thébains reçurent le cluitiment que méritait leur défection. Ils doivent rouvrir leurs portes aux bannis, et constituer parmi eux un nouveau Conseil, qui prononça contre ceux qui jusqu'alors avaient conduit et séduit la cité la peine de mort ou le bannissement. La ligue béotienne fut dissoute, les communes de Platée, d'Orchomène, de ïhespies, reconstituées ; Oropos, que les Thébains avaient enlevée à FAttique vingt ans auparavant, fut restituée à Athènes ; enfin, une garnison macédonienne occupa la Cadmée, poste d'où elle assurait la tranquillité, non seulement à Thèbes, mais en Attique et dans toute la Grèce centrale.
Autant on avait été sévère pour Thèbes, autant Ton fut indulgent pour Athènes. Dans la première exaltation qui suivit la défaite, on s'y était préparé à une lutte à outrance ; on avait voulu placer Charidème à la tête de l'armée ; on avait parlé d'armer les esclaves. Le sort de Thèbes et les offres du roi calmèrent l'excitation. On accepta la paix telle que le roi la fit offrir par un des prisonniers, l'orateur Démade. On rendait aux Athéniens tous les prisonniers sans rançon ; ils gardaient Délos, Samos, Imbros, Lemnos, Scyros, et rentraient en possession d'Oropos ; on les laissa libres, peut-être seulement pour la forme, de participer s'ils le voulaient à la paix générale entre le roi et les Hellènes, et d'entrer au Conseil fédéral qu'il allait établir de concert avec eux. Le peuple athénien décerna au roi toutes sortes d'honneurs^ lui donna, ainsi qu'à son fils Alexandre et à ses généraux Antipaler et Parmenion, le droit de cité, et lui éleva une statue sur l'agora, comme « au bienfaiteur de la patrie ^), etc.
Ce n'était donc pas seulement sur la crainte que Philippe voulait fonder son œuvre dans la Grèce, et le parti macédonien sur lequel il comptait ou qui était en voie de se former ne se composait donc pas seulement de traîtres et d'hommes gagnés à prix d'argent, comme le dit Démosthène. Ce qui est, en effet, significatif, c'est que Démaratos de Corinthe fut un des plus fidèles partisans du roi, lui, l'ami et le compagnon d'armes de Timoléon dans la délivrance de la Sicile, lui qui était plus que tout autre rempli de la grande pensée d'une
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gucrn; iiaLioiialc ronli'c les JN'i'scs. jyaulrcs (uicorc p(!uv(înl avoir parta^^é l'opinion qu'Aristolo (îxpriniail on disant (jm^ la royauté seule était, \mv sa nalurc, capable de dominer les partis qui désorganisaient les Etats hellénicjnes, et que c'était le seul régime avec lequel on put arriver à un gouvernement de juste milieu, <( car l'office d'im roi est de veiller à ce que les possesseurs ne soient point lésés dans leurs biens, et à ce que le peuple ne soit point traité avec arbitraire et insolence ». La tyrannie, lant de fois expérimentée, n'a pu arriver à ce résultat, « car elle n'a pas pour fondement son propre droit, conim(î une royauté fondée depuis longtemps, mais la faveur du peuple, ou la violence et l'injustice ».
Mais Philippe agit-il alors dans ce sens?
Sans toucher au territoire attique, il s'avança vers le Péloponnèse. Mégare, Corinthe, Épidaure et quelques autres villes avaient pensé à se défendre derrière leurs murailles; mais elles demandèrent la paix, et le roi l'accorda séparément à chacune d'elles. Il imposa cependant aux Corinthiens la condition de recevoir une garnison macédonienne dans l'Acrocorinthe. Puis il continua sa route à travers le Péloponnèse et conclut partout des traités de paix semblables, en donnant ordre d'envoyer à Corinthe des plénipotentiaires pour la conclusion de la paix générale. Sparte seule refusa les propositions du roi. Philippe traversa le territoire laconien jusqu'à la mer, puis, d'après la sentence d'un tribunal arbitral composé de tous les Hellènes, il traça les frontières de Sparte du côté d'Argos, de Tégée, de Mégalopolis et delaMessénie, de telle manière que les défilés les plus importants fussent aux mains de ceux que l'anéantissement de cette cité, objet de leur haine, devait délivrer de tout souci dans l'avenir.
Déjà tous les envoyés des États helléniques, Sparte exceptée, se trouvaient réunis à Corinthe; on y conclut une « paix générale et un traité d'alliance », peut-être sur les bases d'un projet pro-posé par Philippe, mais à coup sur pas sous la forme d'un ordre macédonien. Liberté et autonomie pour chaque Etat hellénique, possession paisible de leurs territoires avec garantie réciproque, liberté du commerce et paix perpétuelle entre eux, tels furent les articles principaux de cette Union.