I, 1] LA LIGUE HELLÉNIQUE
Pour en assurer rexéculioii, on établit un « Conseil fédéral» auquel chaque Etat devait envoyer des assesseurs. Les attributions de cette diète furent en particulier deu veiller à ce que, dans les États confédérés, on ne permit aucun bannissement ou exécution contraire aux lois existantes, aucune confiscation, amnistie, partage des biens ou aOrancbissement des esclaves dans un but révolutionnaire ». Une ligue olFensive et défensive perpétuelle fut conclue entre les Etats ainsi réunis et le royaume macédonien ; aucun Hellène ne devait servir contre le roi, ni prêter secours à ses ennemis, sous peine de bannissement et de conliscation de tous ses biens; le Conseil des Amphictyons devait connaître des transgressions du traité d'alliance. Enfin, comme conclusion du tout, la guerre contre les Perses fut décidée, « pour venger le sacrilège qu'ils avaient commis contre les sanctuaires helléniques», et le roi Philippe fut nommé chef de cette guerre et investi d'une puissance illimitée sur terre et sur mer.
Philippe retourna en Macédoine pour préparer la guerre nationale, qu'ilpensait pouvoir commencer au printemps prochain. Les secours que les satrapes avaient envoyés en Thrace lui fournissaient un motif de guerre contre le Grand-Roi.
Chose remarquable, ce fut dans ce même temps que la Sicile fut régénérée d'une façon tout opposée. Les patriotes siciliens, réduits à la situation la plus déplorable, opprimés par les tyrans, menacés par les Carlhaginois, s'étaient tournés vers Corinthe pour lui demander du secours. Cette ville leur envoya un homme déterminé, Timoléon, à la tète de forces peu nombreuses. Celui-ci, après avoir renversé la tyrannie à Syracuse, et successivement dans les autres villes , refoula les Carthaginois dans leurs anciennes frontières à Fouest de l'île (339); il attira ensuite dans les villes ainsi délivrées une quantité considérable de nouveaux colons helléniques, et restaura parmi eux l'autonomie et la liberté démocratique. Un instant la forme de gouvernement qui périssait dans la mère patrie sembla refleurir en Sicile ; mais cette prospérité nouvelle ne survécut pas longtemps au célèbre capitaine {337): même avant que les Carthaginois eussent tenté de nouvelles entreprises, ces démocraties, retombant dans les querelles de
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voisins, étaient sur la voie de Toligarchio ou delà tyrannie. Moins qn(^ jamais elles pouvaienl espérer leur saluL de la (iiaude-Grèce, dont les villes qui n'avaient pas encore succombé étaient alors de nouveau foulées par les mouvements rapidement progressifs des peuples de l'Italie. Le jour même, (lit-on, où Pliilijjpe remportait la victoire à Chéronée, le roi de Sparte, Archidamos, que les Tarentins avaient pris à leur solde, trouvait la mort en combattant les Messapiensà la tète de ses mercenaires.
La -bataille de Chéronée et la ligue corinthienne avaient créé sur le sol national des Hellènes une union qui garantissait la paix intérieure et assurait au dehors une politique nationale et commune. Cette union était fondée non seulement sur le droit international, mais encore sur un droit constitutionnel, comme celle que Thaïes et Bias avaient jadis recommandée^aux Ioniens; ce n'était pas une hégémonie comme celle qu'Athènes, aux jours de sa gloire, n'avait été que trop tôt forcée de transformer en domination afin de pouvoir la maintenir; encore moins était-ce une hégémonie telle que Sparte avait tenté de l'établir par la paix d'Antalcidas, au nom du Grand-Roi et par une application de sa politique; c'était une constitution fédérale, avec un Conseil et un tribunal organisé ayant juridiction sur les États alliés, lesquels conservaient leur autonomie communale, avec une paix durable, la liberté du commerce entre eux, la garantie de tous pour chacun ; constitution réglée de telle façon, en vue de la guerre décidée contre les Perses, que l'essentiel de la^puissance militaire et de la politique extérieure de chaque Etat se trouvait confié, en vertu du serment fédéral, au roi de Macédoine déclaré chef de la ligue.
. Quelques rudes combats, quelques mesures sévères qu'eût exigés ce résultat, le roi de Macédoine se faisait honneur à lui-même et aux Hellènes en supposant que la guerre contre les Perses, qu'on allait entreprendre aussitôt que possible, l'extension de la puissance nationale commune, les succès au dehors et la prospérité au dedans que promettait Tœuvre une fois menée à bien, feraient oublier les défaites et es sacrifices que la genèse du nouveau régime avait coûtés.