‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 26 sur 231 · I, 1] LA GUERRE NATIONALE · texte numérisé non relu

I, 1] LA GUERRE NATIONALE

Ce n'étaient pas seulement les déclarations répétées de Philippe et le devoir qu'il avait assumé dans le traité d'alliance qui garantissaient aux Hellènes que ses armes seraient consacrées à la grande guerre nationale ; son propre intérêt lui avait, dès le commencement, tracé la politique qu'il devait suivre : réunir les forces de la Grèce afm de pouvoir tenter la lutte contre la puissance des Perses, puis entreprendre cette guerre, afm de réunir d'autant plus sûrement les forces saines qui pouvaient encore exister dans les cités helléniques et les fondre ensemble d'une manière durable.

Seule, sa puissance couvrait la Grèce comme un rempart protecteur contre les Barbares du Nord, sous l'effort desquels l'Italie succombait déjà; et maintenant cette puissance se trouvait assez étendue et assez solidement fondée pour qu'il put entreprendre, à la tête de la Grèce unie, la lutte contre les Barbares d'Orient. Le résultat de cette guerre^ c'était d'abord d'affranchir les îles et les villes helléniques, qui depuis la chute d'Athènes, depuis la paix d'Antalcidas, étaient de nouveau tombées sous le joug- des Perses ; c'était ensuite d'ouvrir l'Asie au libre commerce et à l'industrie de la Grèce, d'y déverser le trop-plein de la vie hellénique, de dériver de ce côté la surabondance d'éléments d'agitation, de fermentation, de surexcitation, qui menaient à l'agonie la Grèce étouffée par le désordre tumultueux de ses petits gouvernements, de donner à toutes ces forces, qui devenaient plus subversives à mesure que le pays était plus malade, de l'espace, des occasions et des perspectives attrayantes, un champ tout nouveau où elles pourraient se déployer à l'aise et trouver un exercice sain en s'attaquant à une quantité de tâches nouvelles.

Le commerce avec toutes les nations, la masse des exilés, les mercenaires, les courtisanes, les lumières même de la civilisation avaient développé parmi les Hellènes, à côté de leur particularisme opiniâtre, un esprit cosmopolite. Pour que cet esprit ne détruisit pas inutilement ce qui restait encore de stable parmi les institutions nationales, il fallait lui trouver, dans une activité régularisée et des effets prévus, un mode d'action qui correspondît à sa nature . L'expédition contre l'Asie atteignait ce but.

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On ne sail (|ue peu de cliose sur Ja nature et la constitution de ce royaume des Perses : les quelques renseignements que nous avons sont pour la plupart très superficiels, et nous viennent de gens aux yeux desquels les Perses n'étaient (jue de méprisables Barbares. Ce n'est que dans la grande figure de Darius, telle que nous la dépeint un des cond)attants de Maratbon dans son drame des Perses^ qu'on entrevoit quelque chose de la nature puissante pourtant et vigoureuse de ce noble peuple.

Peut-être pourrait-on compléter et éclaircir cette impression par l'expression la plus directe que ce même peuple ait donnée de son génie et de sa vie intime, c'est-à-dire par sa religion et son histoire religieuse. Elles témoignent de la haute force morale avec laquelle les Perses entrent dans l'histoire, en comparaison des autres peuples, de l'idée sérieuse et solennelle qu'ils avaient du but assigné à la vie de l'individu et de la nation.

Etre pur en actes, pur en paroles, pur en pensées, voilà ce que cette religion ordonne. La sincérité, la sainteté de la vie, l'accomplissement du devoir avec une abnégation complète de soi-même, voilà la loi telle que l'a révélée Zarathustra, l'interprète de la parole de Dieu. Dans les légendes de Djemschid et Gustasp et des combats contreTouran, les exemples symboliques de ce que la vie réelle doit rechercher ou éviter enseignent tout autre chose que les Hellènes dans leurs chants sur Troie, sur Thèbes et les Argonautes.

Dans la plus haute antiquité, des hordes sauvages parcouraient en tous sens les plaines élevées qui s'étendent depuis Demawend jusqu'au Sindh. Alors le prophète de l'ancienne loi, Ilaoma, le pasteur des hommes, apparut et annonça sa doctrine au père de Djemschid, et les hommes commencèrent à habiter des demeures fixes et à cultiver les champs. Quand Djem-

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