‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 27 sur 231 · I, 1] LA RELIGION DES PERSES · texte numérisé non relu

I, 1] LA RELIGION DES PERSES

schid devint roi, il régla la vie de son peuple et les castes de son royaume. Sous Téclat de sa souveraineté, les animaux ne mouraient pas, les plantes ne se flétrissaient pas ; il n'y avait disette ni d'eau, ni d'herbe; le froid et la grande chaleur étaient inconnus ainsi que la mort et la souffrance, et la paix régnait partout. Il dit dans sou orgueil : « C'est par moi que Tintelligence a brillé; jamais homme semblable à moi n'a porté la couronne; la terre est devenue telle que je la voulais; par moi les hommes ont la nourriture, le sommeil et la joie ; la puissance vient de moi et j'ai chassé la mort de dessus la terre ; c'est pourquoi les hommes doivent m'appeler le créateur du monde et m'honorer comme tel » . Alors la splendeur de Dieu se retira de lui; le funeste Zohak l'assaillit, le renversa et inaugura sa domination terrible. Suivit une époque de soulèvements violents, mais Féridoun, qui en fut le héros, en sortit enfm vainqueur ; lui, et après lui sa race, celle des « hommes de l'ancienne foi», régnèrent sur Iran, renouvelant toujours leurs rudes combats contre les sauvages Touraniens, jusqu'à ce que, sous le règne de Gustasp, sixième successeur de Féridoun, Zarathustra, le messager du ciel, parut pour instruire le roi afin qu'il pensât, parlât et agît conformément à la loi.

Le point essentiel de la nouvelle loi était le combat éternel de la lumière et des ténèbres, d'Ormuzd et des sept grands princes de la lumière contre Arhiman et les sept grands princes des ténèbres. Ormuzd et Arhiman avec leurs phalanges armées combattaient pour l'empire du monde. Toute chose créée appartient à la lumière, mais les ténèbres prennent part au combat sans trêve. Seul, l'homme est placé entre les deux partis, avec la liberté de choisir entre le bien ou le mal. Les Iraniens, fils de la lumière, livrent ainsi le grand combat pour Ormuzd, afin de soumettre le monde à son empire, de l'organiser sur le modèle du royaume de la lumière, et de le maintenir dans la prospérité et la pureté.

Telle était la foi de ce peuple et les impulsions d'où découle sa vie historique. Il se divisait en tribus d'agriculteurs et en tribus de bergers, qui habitaient les âpres montagnes de la Perse sous l'autorité de leurs familles nobles, dont les innombrables forteresses sont encore après des siècles un sujet de 1 4

50 HfcGNK I)K DAUIUS (')2 1-485) [1, 1

convcrsalioii. A Niii" UMo est la rac^o des Parsagados, donl la iiliis MoM<' iiKii^oii, cfllc (les Arlirinriiidcs, est en j)Ossessinn (le |;i lovante, iialioii.ilc. (^ynis, un (ils ch; roi, a vu tantd'or- «Mii'il laut dii dissoluliou, tani de luéprisahles courtisans à la cour du Grand-Uui à Echalani;, (ju'il pense que ce serait un orand bien s'il pouv.iit faire tonibiu* la puissance aux mains d'un peuple plus austère, tel ^[uv le si(;n. Il réunit les tribus, dil la légende; pendant un jour, il leur fait défricher la terre et leur fait senlir tout le poids de la sujétion ; puis le lendemain, il les convoque à un festin solennel et leur ordonne de faire un choix entre cette triste servitude qui les attache à la glèbe et la vie glorieuse des guerriers, et ils choisissent le combat et la victoire. Cyrus se précipite contre les Mèdes, les défait et s'empare de leur royaume, qui s'étend jusqu'à THalys et ta riaxarte. Continuant à combattre, il soumet le royaume de Lydie et toute la contrée jusqu'à la mer des laones, et le royaume de Babylone jusqu'aux frontières de l'Egypte. Cambyse, fils de Cyrus, ajoute à ces conquêtes le royaume des Pharaons; aucune des vieilles nations, aucun des anciens royaumes ne peut résister à la force du jeune peuple. Mais les Mèdes mettent à profit l'expédition du Grand-Roi dans les déserts au delà de rÉgypte et sa mort si prompte; leurs prêtres, les Mages, choisissent un d'entre eux pour Grand-Roi, en le faisant passer pour le plus jeune fils de Cyrus ; ils exemptent les peuples du service militaire et du tribut pendant trois ans, et les peuples se soumettent volontairement. Au bout d'un certain temps, Darius l'Achéménide se soulève avec les chefs des six autres tribus; ils massacrent le mage et ses principaux partisans. « J'ai restauré la puissance qui avait été arrachée à notre race, dit une inscription de Darius; j'ai rétabli les sanctuaires et le culte de Celui qui est le protecteur du royaume ; j'ai recouvré, par la grâce d'Ormuzd, ce qui nous avait été enlevé, et je rends heureux le royaume, la Perse, la Médie et les autres provinces, tel qu'il était jadis. »

Darius a organisé le royaume. Autrefois la civilisation de Babel et d'Assur avait pu vaincre et transformer même intérieurement les sujets soumis par la force ; mais, comme il n'y avait point de civilisation perse, comme la religion de la lu-

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niièrc, qui était la force propre et le privilège du peuple pcrse^ ne voulait ui ne pouvait convertir, il fallait que l'unité et la sécurité du royaume fût basée sur Torganisalion de la puissance qui avait fondé cet empire et qui devait le gouveruer. C'était tout à fait Topposé de ce que nous avons vu se produire dans le monde hellénique. Dans ce dernier, nous trouvons un seul peuple divisé en mille petits cercles complètement autonomes, se créant des caractères différentiels par l'isolement de sa vie et l'inépuisable fécondité de son génie mobile et original. En Perse, au contraire, nous voyons quantité de nations dont la plupart n'ont plus d'existence particulière et n'en sont même plus capables, et qui sont réunies par la force des armes et maintenues dans cet assemblage par la domination rigide et orgueilleuse du peuple perse ayant à sa tête le Grand-Roi, « l'homme semblable aux dieux >;.

Cette monarchie, qui s'étend depuis la mer Hellénique jusqu'à l'Himalaya, depuis le désert d'Afrique jusqu'aux steppes de la mer d'Aral, laisse aux peuples leur individualité, leurs coutumes traditionnelles ; elle les protège en « ce que demande leur droit », est tolérante pour toutes les religions, favorise le commerce et la prospérité des peuples, leur laisse même leurs dynasties princières, pourvu qu'elles se soumettent et paient tribut ; mais elle leur impose une unité militaire et administrative solidement établie et dont tous les dépositaires sont choisis dans la nation dominante, celle des « Perses et Mèdes ». La similitude de religion, la vie rude et austère des champs et des forêts, l'éducation à la cour et sous les yeux du Grand-Roi de la jeunesse noble appelée au service des armes, et de plus les forces militaires réunies autour du roi et qui se composent des dix mille Immortels, de deux mille soldats armés de lances et de deux mille cavaliers, la multitude des nobles qui, de tous les points de cet immense empire, se réunissent dans la capitale et entassent dans le Trésor les tributs et les présents qu'ils ont recueillis, la hiérarchie rigoureuse de rang et d'emploi de tous ces nobles réunis à la cour, depuis le plus humble jusqu'aux a commensaux » et aux « parents » du Grand-Roi, tout cet ensemble donne à la capitale du royaume la force et l'éclat nécessaire pour être le centre de

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ruiiilc cl (lu pouvoir. Lo rùseau dos grandes routes (jn'oii trace à li avers le royaume, les stations de poste où se trouvent des estafettes toujours jjrètes, les fortilications qui protègent les délités et les frontières, assurent l'union et rinlervention aussi prompte (pie possible du pouvoir central. Les courriers du Grand-lloi peuvent ainsi porter des dépêches de Suse à Sardes, à 350 milles de dislance, en moins de dix jours, et dans chaque province, les forces militaires se tiennent prêtes à accomplir les ordres transmis.

Pour l'administration, Darius partage le royaume en vingt satrapies dont la division n'est fondée ni sur la nationalité, ni sur les raisons historiques; ce sont des territoires géographiques, tels que les fixent les frontières naturelles. Les rapports des indigènes avec l'empire consistent seulement en ce qu'ils doivent rester dans l'obéissance, payer leur tribut, fournir le service militaire lorsqu'on fait une levée générale, et enfin entretenir le satrape avec sa cour et les troupes qui occupent les principales villes et les forteresses des frontières de leur domaine. Les satrapes, véritables « rois soumis seulement au Grand-Roi », sont responsables de l'obéissance et de Tordre dans leurs satrapies. Pour protéger ou agrandir leur territoire ou pour augmenter le tribut, ils font la guerre et concluent la paix avec ou sans Tordre de la cour. Ils confient eux-mêmes au besoin certains districts de leur territoire à des indigènes ou à leurs favoris, qui alors perçoivent le tribut et gouvernent dans la région ; les troupes se tiennent à leur disposition, mais sous l'autorité de commandants que le roi envoie directement et qui souvent commandent à la fois dans plusieurs satrapies contiguës. La vigilance et Tbabileté des troupes, la fidélité des satrapes, la surveillance continuelle que le Grand-Roi exerce sur eux au moyen de ses envoyés, cette pyramide graduée de l'organisation monarchique, est la forme qui embrasse et contient dans la sujétion les régions et les peuples.

Les nobles et le peuple de la Perse participent à la souveraineté de leur roi par de riches dotations, par des dons gracieux sans cesse renouvelés, par des honneurs, par la solde élevée qu'ils reçoivent pour le service militaire. Tout cela et,

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d'un autre côté, la surveillance et le contrôle continuels, la discipline sévère, la justice arbitraire et souvent sanglante du roi, retiennent dans la crainte et le devoir ceux qui sont appelés à servir l'Etat. Malheur au satrape coupable seulement de négligence pour l'agriculture ou la prospérité de sa province, pour les soins à donner à l'irrigation, pour l'établissement de paradis! Malheur à celui dont la province se dépeuple ou dans le territoire duquel la culture du sol rétrograde, à celui qui opprime les sujets ! La volonté du roi est que, dans toute leur conduite, ils soient les justes serviteurs de la pure doctrine. Tous doivent diriger leurs regards sur le roi et ne voir que lui. Le roi, comme Ormuzd, dont il est l'image et l'instrument, gouverne le monde de la lumière et combat contre celui du pervers Argès, c'est-à-dire Arhiman ; aussi, avec son pouvoir illimité et son infaillibilité, il est au-dessus de tous et de tout.

Tels sont les principaux traits de l'organisation de cette puissance, qui fut le résultat du caractère particulier du peuple perse, de son antique et simple attachement au chef delarace et de l'orgueilleux instinct de légitimité qui régnait dans l'ancienne constitution nobiliaire. Cette grandiose organisation de puissance despotique reposait sur l'idée que la dignité et l'énergie personnelle du roi se renouvelait dans chacun de ses successeurs, sur le fait que la cour et le harem près de lui, et au loin les satrapes et les généraux, ne cessaient pas d'être dirigés et commandés par lui, et enfin que la race dominante restait elle-même fidèle à son austérité, à sa rudesse première ainsi qu'à son dévouement aveugle au dieu-roi.

C'est sous Darius que la puissance des Perses atteignit le plus grand éclat dont elle était capable. Les peuples subjugués eux-mêmes bénissaient son gouvernement ; même dans les cités grecques, il se trouvait partout des hommes remarquables qui, pour obtenir la tyrannie, se soumettaient volontairement, eux et leurs concitoyens, au joug des Perses, ce qui n'était pas de nature à augmenter l'estime morale des nobles Perses pour les habiles Hellènes. Après Darius, après les défaites de Salamine et de Mycale, on commença à apercevoir des signes de stagnation et de décadence auxquelles cet empire, incapable d'un développement intérieur, devait suc-

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coinhcr (li's <|iril (rssiM'iiil de rroUro par sps victoires et ses coïKjuèles. Dès la (in du ri'j^iir de Xerxès, le rclAchemcnt de la puissance despotique et l'induence de la cour et du liarem étaient déjà sensibles ; les conquêtes sur les côtes de laThrace, de rilellespont et du Bosphore, ainsi que les îles et les villes grecques sur la cùle de l'Asie-Mineure, étaient perdues; bientôt quelques-uns des peuples soumis cherchèrent à secouer le joug; déjà le soulèvement de l'Egypte et la restauration de Tancienne dynastie indigène trouvaient l'appui de la Grèce. D'un autre côté, à mesure que les satrapes des provinces extérieures étaient plus heureux dans leurs guerres et qu'ils voyaient se détendre la volonté personnelle et l'énergie de leur maître, ils furent d'autant plus hardis à recbercher leur propre intérêt et cherchèrent à se faire dans leurs satrapies un pouvoir indépendant et héréditaire. Toutefois la solide organisation de l'empire était encore assez forte, la vieille discipline et la fidélité de la noblesse et du peuple perse encore assez vivace pour cicatriser les blessures que cette organisation recevait çà et là.

Le danger devint plus grave lorsqu'à la mort de Darius II (424-404), Cyrus, son plus jeune fils, leva l'étendard de la révolte contre son aîné, Artaxerxès II, qui déjà avait ceint la tiare. Artaxerxès était né avant que son père ne fut parvenu au trône ; Cyrus, qui au contraire était né quand son père était roi, se croyait dans son droit en réclamant la couronne, car c'était en vertu de cette même règle que Xerxès avait succédé à Darius. De plus, Cyrus, qui était le bien-aimé de sa mère Parysatis, avait été envoyé par son père comme Karanos en Asie-Mineure, et avait reçu en souveraineté, parait-il, les satrapies de Cappadoce, de Phrygie et de Lydie. Tissapherne et Pharnabaze, qui jusque-là avaient gouverné les satrapies maritimes, s'étaient conduits en rivaux pendant la lutte acharnée d'Athènes contre Sparte et avaient favorisé tantôt l'un, tantôt l'autre des deux adversaires ; Cyrus, adoptant une politique évidemment conforme aux intérêts de l'empire, se déclara promptement et résolument pour Sparte. D'après le témoignage des Grecs eux-mêmes, ce jeune prince était plein d'esprit, d'énergie, de talent militaire, à la manière austère de

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