‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 29 sur 231 · I, 1] ARTAXERXÈS II · texte numérisé non relu

I, 1] ARTAXERXÈS II

Déjà les Spartiates, sous la conduite d'Agésilas, s'étaient avancés dans les provinces extérieures pour tenter le sort des armes contre les Perses. Tissapherne était retourné à son ancien poste, mais son manque d'énergie et de succès fournit à la reine-mère l'occasion de venger la mort de son fils préféré dans le sang de ce satrape qu'elle haïssait : un successeur fut envoyé à Tissapherne, avec ordre de le mettre à mort.

Ce qui était fort sérieux, c'est que dans le même temps rÉgypte était en armes. A Cunaxa, les Egyptiens avaient encore combattu dans l'armée du Grand-Roi, mais on savait déjà dans l'armée grecque que l'Egypte avait fait défection. Ce Tamos, dont nous avons déjà parlé^ s'enfuit avec la flotte vers l'Egypte ; Sparte entra en rapport avec Memphis et en tira des subsides, avec promesse d'un secours ultérieur. Il n'était que trop facile aux cités phéniciennes et à Cypre, où le roi Evagoras introduisait avec zèle les mœurs de la Grèce, de suivre l'exemple de l'Egypte ; la puissance maritime des Perses était en jeu tout entière. En même temps, l'armée de terre des Grecs serrait de près les satrapes de l'Asie-mineure. Le danger que l'empire avait couru au temps de Périclès se représentait plus formidable encore. Comment y faire face ?

Le véritable moyen fut indiqué par l'Athénien Conon, qui avait trouvé asile à la cour d'Evagoras après la dernière défaite de la puissance athénienne. D'après son conseil, le satrape de la Phrygie d'Hellespont reçut ordre de réunir une flotte et de rendre possible, au moyen de l'or perse, une guerre de tous les Etats helléniques contre Sparte. La victoire de Conon à Cnide, la levée de boucliers de Thèbes, de Corinthe, d'Athènes, l'expédition navale que Pharnabaze avait poussée jusque sur la côte laconienne et l'apparition de ce satrape au milieu du Conseil fédéral à Corinthe, forcèrent Agésilas à retourner précipitamment dans sa patrie. Sparte, bientôt vigoureusement assaillie, rechercha la faveur et Talliance du Grand-Roi ; elle envoya Antalcidas pour conclure cette paix par laquelle Sparte abandonnait à l'empire les villes grecques d'Asie et Cypre par-dessus le marché. La Perse tenait la Grèce non plus par ses armes, mais par sa diplomatie; la cour de Suse, en favorisant tantôt les Spartiates, tantôt les Athé-

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nions, lanlûl les TlH''h;iins, tenait en lialeine his Etats de la Grèce encore capables de lutter : elle les laissait se déchirer entre eux.

Malheureusement pour le Grand-Roi, les pays' qui se révoltaient contre lui, tels que Cvpre, rÉgypte, les côtes de Syrie, trouvaient dans ces luttes qui désolaient la Grèce l'occasion d'en tirer des secours, et déjà les satrapes de l'Asie-Mineure ne se laissaient plus diriger seulement par la cour dans leurs rapports avec cette confusion qui régnait en Grèce. La main du trop débonnaire Artaxerxès n'était pas assez ferme pour serrer le frein. Après une g^uerre de dix ans contre le roi de Cypre, tout ce qu'il put obtenir fut que cette île paierait tribut comme avant. Déjà il n'était plus maître de l'Egypte, malgré l'armée de mercenaires helléniques qu'il y avait envoyée et malgré Ipbicrate qui la commandait. Ce fut en vain qu'il déploya toute la vigueur possible contre les Cadusiens qui s'étaient soulevés dans les montagnes voisines de la mer Caspienne; il ne put les soumettre. Les montagnards cantonnés entre Suse, Ecbatane et Persépolis s'étaient affranchis de sa domination ; lorsque le Grand-Roi avec sa cour traversa leur territoire, ils exigèrent et obtinrent un tribut pour le passage. Déjà quelques satrapes de l'Asie-Mineure se révoltaient : Ariobarzane dans la Phrygie d'Hellespont, Autophradate en Lydie, Mausole, Oronte; et ce fut seulement la trahison d'Oronte, que ces satrapes avaient choisi pour leur chef, qui conserva la Péninsule au Grand-Roi.

L'bistoire, écrite à la vérité par des Grecs, nous fait encore un tableau plus triste de la faiblesse du vieil Artaxerxès dans le domaine de sa cour, où il joue le rôle d'une balle entre les mains de sa mère, de son harem, des ses eunuques. Devenu nonagénaire, il désigna pour son successeur son fils Darius, et lui donna le droit de porter dès lors la tiare. Mais celui-ci forma une conspiration contre la vie de son père, à cause d'une faveur qui lui fut refusée, et Artaxerxès, en ayant eu connaissance, ordonna que Darius fut puni de mort. Le plus voisin du trône fut alors Ariaspe et, après lui, Arsame ; mais un troisième fils d' Artaxerxès, Ochos, poussa, dit-on, le premier au suicide par de faux bruits qu'il répandit d'une disgrâce de son

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père, puis se débarrassa du second en soudoyant des assassins. Aussitôt après, Artaxerxès mourut, et Ochos lui succéda.

La tradition nous représente Ochos comme un véritable despote asiatique, sanguinaire et rusé, énergique et voluptueux, et d'autant plus terrible que ses décisions étaient prises avec sang-froid et calcul. Un caractère comme le sien pouvait encore une fois rassembler les lambeaux épars de l'empire ébranlé jusque dans ses fondements et lui donner une apparence de force et de jeunesse : il pouvait contraindre à la soumission les peuples rebelles et les satrapes insolents en les habituant à être les spectateurs silencieux de ses caprices, de ses instincts sanguinaires, de ses voluptés insensées. Il commença par mettre à mort ses plus jeunes frères et leurs partisans, et la cour de Perse, remplie d'admiration, lui donna le nom de son père, qui n'avait eu d'autre vertu que la douceur.

La manière dont avait eu lieu la succession au trône, et peut-être même les sanglants événements qui l'avaient précédée, furent la cause ou le prétexte de nouveaux soulèvements dans les satrapies d'Asie-Mineure et d'un redoublement d'audace en Egypte : Oronte, qui gouvernait l'Ionie, et Artabaze^ qui gouvernait la Phrygie d'Hellespont, se révoltèrent. Des inscriptions attiques attestent l'alliance d'Oronte avec Athènes. Artabaze avait attiré près de lui deux Rhodiens, Mentor et Memnon, qui étaient frères et tous deux hommes de guerre habiles ; il avait épousé leur sœur, et les avait misa la tête de ses mercenaires grecs. Les stratèges athéniens, Charès, Charidème, Phocion, lui prêtèrent leur concours. D'autre s satrapes restèrent du côté du roi, notamment celui de Carie, Mausole, issu de l'ancienne famille des dynastes du pays. Sa première opération fut de détacher Rhodes, Cos et Chios delà ligue attique (3o7j. Les Athéniens n'en furent que plus zélés à seconder les satrapes révoltés. L'armée que le roi envoya contre eux fut battue avec le concours de Charès, et les Athéniens en ressentirent une joie aussi grande que s'il se fût agi d'une seconde victoire de Marathon. Mais une ambassade perse parut à Athènes pour porter plainte contre Charès et menacer d'envoyer aux ennemis des Athéniens un secours de trois cents

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Irirbmos. On se liAta alors d'apaiser hi coli'i-c du roi cl de. conclure hi paix avec les .dliés rcvollés ('M')")). Arlabazo, privé du secours des Alliénicns, n'en p(Hirsni\il pus moins la lullc. Son beau-frère Meninon enlrepril une cx]»édilion conlre le lyran du Bosphore cimniérien, (pii élail en guerre avec lléraclée, la ville plus ini|)0]'lanle de la côle de 15ilhynic sur le Pont. Arlabazc lui-même avait réussi à tirer du secours des Tbébains, qui lui envoyèrent leur général Pamménès avec cinq millemerccnaires ; avec ce secours, il délit en deux batailles les troupes du roi. MaisArtabazc, ayant cru s'apercevoir de pourparlers entre le général tbébain et l'ennemi, fit jeter Pamménès dans les fers; le Grand-Roi avait envoyé à Tbèbes des sommes considérables, et il est possible que le général eût reçu de sa patrie des instructions secrètes pour agir ainsi. A partir de ce moment, la fortune d'Artabaze déclina rapidement : il dut fuir (vers 351) et trouva asile, ainsi que Memnon, à la cour de Macédoine ; Mentor s'en alla en Egypte.

Depuis longtemps, l'Egypte était le véritable foyer de la lutte contre l'empire perse. Déjà, sous le règne d'ArtaxerxèsII, Tachos, fils de Nectanébo, avait préparé dans ce pays une grande entreprise. Avec une armée de 80,000 Egyptiens et de 10,000 mercenaires grecs, auxquels Sparte en adjoignit mille autres sous la conduite d'Agésilas, avec une flotte de deux cents vaisseaux placée sous les ordres de l'Athénien Chabrias, Tachos espérait même conquérir la province de Syrie. Mais il s'était tellement aliéné le roi Agésilas par sa méfiance et ses dédains, et le peuple de l'Egypte par ses extorsions, que, tandis qu'il était en Syrie, Psectanébo II, fils de son oncle, se fit proclamer Pharaon ; et, comme Agésilas se rangea avec ses troupes du côté du nouveau roi, il ne resta à Tachos d'autre parti à prendre que de s'enfuir à Suse et d'implorer la clémence du Grand-Roi. Contre Nectanébo s'éleva bientôt à Mendès un autre prétendant, qui vit accourir des adhérents en masse : la chose alla si loin, que le Pharaon, avec ses Grecs, fut cerné et entouré de fossés et de retranchements qui les resserrèrent de plus en plus, jusqu'à ce que le vieil Agésilas, se précipitant à la tête de ses Grecs contre les cent mille hommes du prétendant, dispersât toute cette

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bande et la mît en fuite. Ce fut le dernier exploit du vieux roi Spartiate ; il mourut au moment où il se disposait à rentrer dans sa patrie (358).

Les documents insuffisants que nous avons sur cette époque nous apprennent seulement qu'ArtaxerxèsII avait encore eu le temps d'envoyer son fils Ochos contre les Egyptiens, que l'entreprise échoua, et que Ochos, dès qu'il fut monté sur le trône, combattit les Cadusiens et les vainquit.

Peu d'années après, vers 354, Athènes était en proie à la plus vive inquiétude au sujet des préparatifs que faisait le roi Ochos; depuis Xerxès on n'en avait point vu de pareils. On disait qu'il voulait d'abord réduire l'Eg-ypte, et ensuite se précipiter sur la Grèce. C'était ainsi, disait-on, que Darius avait d'abord soumis l'Egypte, puis s'était tourné contre la Grèce ; Xerxès également n'avait entrepris son expédition contre les Hellènes qu'après avoir dompté les Egyptiens. Ochos eut été déjà en route, qu'on n'eût pas parlé autrement à Athènes. On racontait comment sa flotte était toute prête à transporter ses troupes : 1,200 chameaux devaient porter le Trésor à sa suite; son or devait lui servir à lever en foule des mercenaires helléniques qu'il adjoindrait à son armée d'Asie; on ajoutait qu'Athènes, qui n'avait oublié ni Marathon, ni Salamine, devait commencer la guerre contre lui. En réalité, l'armée royale ne se réunissait pas aussi promptement. Avant qu'elle fut rassemblée, les Phéniciens, se joignant à la révolte qui durait encore en Asie-Mineure, s'étaient soulevés; les Sidoniens, sous leur prince Tenues, entraînèrent, à la diète de Tripolis, les autres villes dans leur défection; on s'allia à Nectanébo ; on détruisit les châteaux et les paradis royaux, on brûla les magasins, on massacra les Perses qui se trouvaient dans les villes. Toutes les cités, et en particulier la riche et industrieuse Sidon, armèrent avec la plus grande activité^ enrôlèrent des mercenaires et mirent leurs vaisseaux en état. Le Grand-Roi, dont l'armée se réunissait à Babylone, ordonna àBélésys, satrape de Syrie, et à Mazaeos^ gouverneur de Cilicie, d'attaquer Sidon. Mais Tenues, soutenu par 4,000 mercenaires grecs envoyés par Nectanébo et conduits par Mentor, opposa une heureuse résistance. En même temps, les neuf villes de Cypre

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se lii^uônMil avec les Kgypiicns et les Pliéiiiciens pour èlre, comme eux, indépciKl.nilcs sous le gouvornement de leurs neuf jn'inces; elles é(juij)èiriil .iiissi Iciiis vaisseaux, et cnrùlèrenl des mercenaires grecs. iNeclaného lui-même élait parfaitement préparé ; il avait à la tète de ses mercenaires T Athénien Diophantos et le Spartiate Lamios.

Oclios dut se retirer « avec honte et déshonneur », comme dit un orateur athénien du temps. Il prépara une troisième expédition et somma les États helléniques de le soutenir. On en était alors arrivé à la dernière phase de la guerre Sacrée: Thèbes du moins lui envoya 1,000 mercenaires conduits par Lacratès, et Argos 3,000 sous le commandement de Nicoslralos; dans les villes grecques de TAsie, on leva 6,000 hommes qui furent placés sous les ordres de Bagoas. Le Grand-Roi ordonna au satrape Idricus de Carie d'attaquer Cypre, et luimême se tourna contre les villes phéniciennes. Devant des forces aussi supérieures, les révoltés perdirent courage: seuls les Sidoniens se déterminèrentàpousser la résistance jusqu'au bout : ils brillèrent leurs vaisseaux pour se rendre la fuite impossible. Mais le roi Tennès, d'après les conseils de Mentor, avait déjà commencé des négociations: tous deux trahirent la ville. Quand les Sidoniens virent la citadelle et les portes aux mains de Tennemi, comprenant alors que tout salut était impossible, ils incendièrent la cité et cherchèrent la mort dans les flammes; 40,000 hommes, dit-on, périrent ainsi. Les rois de Cypre perdirent aussi courage et se soumirent.

Sidon tombée, la route de l'Egypte était libre. L'armée du Grand-Roi s'avança vers le sud le long de la côte, et après avoir éprouvé des pertes considérables dans le désert qui sépare l'Asie de l'Egypte, elle arriva à la frontière sous les murs de la forteresse de Pélusion,que défendaient o, 000 Grecs commandés par Philophron. Les Thébains, que conduisait Lacratès, jaloux de confirmer leur renommée guerrière, commencèrent aussitôt l'attaque : ils furent repoussés, et l'arrivée de la nuit les sauva seule d'un plus grand désastre. Nectanébo devait espérer pouvoir soutenir la lutte ; il avait 20,000 Grecs, autant de Libyens, 60,000 Égyptiens, et un grand nombre de bateaux du IN il pour barrer sur tous les points la traversée du

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fleuve à l'ennemi, lors même qu'il aurait pu s'emparer des forlifications qui défendaient toute la rive droite.

Le Grand-Roi divisa ses forces. Lui-même remonta le Nil, menaçant Memphis; les mercenaires béotiens et l'infanterie perse, sous les ordres de Lacratès et de Rœsacès, satrape de Lydie, devaient investir Pélusion; les mercenaires d'Argos, commandés par Nicostratos, et 1,000 Perses d'élite]conduits par Aristazane, furent envoyés avec quatre-vingts trirèmes pour tenter un abordage sur les derrières de Pélusion; enfin un quatrième corps, comprenant les mercenaires de Mentor elles 6,000 Grecs de Bagoas, se porta au sud de Pélusion pour couper les communications entre cette place et Memphis. Le hardi Nicostratos réussit à aborder sur les derrières des lignes ennemies et battit les Egyptiens qui s'y trouvaient ainsi que les mercenaires grecs qui, sous la conduite de Clinias de Cos, accouraient pour les soutenir. Nectanébo se hâta de concentrer alors ses troupes en arrière sur Memphis. Après une vaillante résistance, Philophron rendit Pélusion à condition de pouvoir se retirer librement. Mentor et' Bagoas se tournèrent contre Bubastis. La sommation faite aux habitants de se soumettre, la menace de leur infliger, en cas de résistance inutile, le même châtiment qu'à Sidon, firent éclater la discorde entre les Grecs, qui étaient prêts à risquer leur vie, et les lâches Egyptiens. Les Grecs continuèrent à combattre. La prise de la ville, qui eut lieu enfin, aurait coûté la vie à Bagoas, le favori du roi, si Mentor ne se fût hâté de le sauver; cette prise fut suivie de l'occupation de toutes les autres places de la Basse- Egypte. En présence des forces supérieures qui s'avançaient, Nectanébo ne se crut plus en sûreté dans sa capitale ; il s'enfuit en Ethiopie avec ses trésors en remontant le Nil.

C'est ainsi qu'Artaxerxès III soumit l'Egypte, vers 344. Il fit sentir tout le poids de sa colère à cette contrée qui pendant soixante ans avait été séparée de l'empire; les temps de Cambyse se renouvelèrent; les exécutions y eurent lieu en masse; on y commit les plus affreuses dévastations ; le Grand-Roi transperça de sa propre main le bœuf sacré Apis ; il ordonna d'enlever des temples leurs ornements, l'or et jusqu'aux livres sacrés. Le peuple lui donna depuis lors le surnom de « Poi-

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gnaid <>. Puis, iipii's avoir élalili IMuTciidace comme satrape vA renvoyé dans leur pairie les mercenaires grecs chargés de riches présents, le roi, couvert de gloire, s'en retourna à Suse avec un immense hulin.

Dix ans auparavant, dès les premiers préparatifs d'Artaxerxès III, les orateurs d'Athènes avaient peint la gravité du péril que courait l'Ilellade lorsque l'Egypte aurait fait retour à la Perse. Maintenant, on n'avaitsouci à Athènes que de la puissance croissante du roi de Macédoine, qui déjà étendaitla main vers Périnthe et Byzancc. Réellement, Philippe pouvait hien penser qu'il devait se hâter s'il voulait prévenir l'invasion en Europe de la puissance des Perses, qui trouvait de mercenaires grecs et d'alliés grecs ce qu'elle en voulait payer ; c'est sur son territoire que le flot des Barbares eût commencé à se répandre.

L'empire des Perses était maintenant aussi puissant que dans ses meilleurs jours. Il avait appris à faire la guerre avec des généraux grecs et des mercenaires grecs, et cette circonstance semblait devoir lui assurer une nouvelle prépondérance tant que le monde grec resterait tel qu'il était, plein de forces vagabondes, morcelé en une quantité infinie de localités autonomes, avec une domination de partis toujours changeante dans chaque ville. Le Grand-Roi avait recouvré tout le royaume de ses pères, à l'exception des territoires au delà de l'Hellespont jadis incorporés par Darius et Xerxès à l'empire, c'est-àdire la Thrace, la Macédoine et la Thessalie. Dans son chiliarque Bagoas et dans le Rhodien Mentor, il avait deux excellents instruments pour continuer ses opérations; liés ensemble parla foi jurée, ils servaient le maître et le dirigeaient. Bagoas était tout-puissant à la cour et dans les satrapies supérieures, et Mentor, qui connaissait à merveille la côte de l'Asie Mineure, avait été placé à la tête des forces militaires de la région, probablement en qualité à^Karanos, comme autrefois Cyrus.

A l'instigation de Mentor, le Grand-Roi fit grâce à Artabaze, à Memnon et à leur famille, qui avaient trouvé asile à la cour de Macédoine; ils rentrèrent en Perse. On rapporte un trait qui se passa dans ce temps et qui ouvre des aperçus instructifs.

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Un Bithynien du nom d'Euboulos, changeur de son métier, avait acquis, probablement en aiîermant le tribut, la ville d'Alarnée, la forteresse d'Assos et la riche côte qui s'étend en face de Lesbos. Il les avait léguées par héritage à son fidèle Hermias, qui était un esclave trois fois échappé, comme on disait dans la maligne Athènes, où Hermias était connu comme un disciple de Platon et un ami d'Aristote. Ce dernier même, sur l'invitation d'Hermias, avait consenti à venir se fixer pendant un certain temps [oiS-iT) à Atarnée, après la mort de Platon. Mentor se tourna cordre ce riche tyran, et, sous le prétexte de lui faciliter les moyens de rentrer en grâce près du Grand-Roi, il l'attira à une conférence. Là, il le fit arrêter et l'envoya à Suse où il fut crucifié, tandis que Mentor s'emparait de ses trésors et de son territoire. Seule la nièce d'Hermias, qui était en même temps sa fille adoptive, parvint à se sauver et s'enfuit près d'Aristote : le philosophe prit pour femme cette jeune fille maintenant pauvre, mais modeste et

courageuse.

C'était le temps où Philippe s'avançait contre la Thrace et où Byzance et Périnthe paraissaient menacées. Démosthène recommanda alors aux Athéniens d'envoyer des ambassadeurs au Grand-Roi pour lui faire connaître quel était le but des préparatifs macédoniens; un des plus puissants amis de Philippe, qui était initié à tous ses plans, était déjà pris, disait-on, et entre les mains du roi. Arsitès, satrape delà Phrygie d'Hellespont, envoya aux Périnthiens de l'argent, des provisions, des armes et des mercenaires, sous la conduite de l'Athénien Apollodoros. Mais à la demande des ambassadeurs athéniens qui réclamaient des subsides de la Perse, le Grand-Roi répondit par une lettre « fort orgueilleuse et barbare ». Qu'il méprisât les Athéniens, ou même qu'il méditât leur perte, les événements n'en allèrent pas moins vite en Grèce, et ils s'accomplirent au moment où une prompte mort vint enlever le Grand-Roi.

Depuis le glorieux retour d'Egypte, le roi, rentré dans sa capitale, gouvernait avec un arbitraire et une cruauté effrénée. Tous le craignaient elle haïssaient; celui auquel il avait donné sa confiance en abusait. Son confident Bagoas était un Egyp-

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lien; hiciMjH il eùl aidé à l;i iiiiiuî dii sa]»atri(î, il élait copeii- (kiiil dévoué iui\ croyances et iui\ sn[)('rslilions de sa race, et n'avail [)as oublié le pillage des sanctuaires de son pays, ni le meurtre de l'Apis sacré. A mesure que croissait l'animosité contre le Grand-Iloi dans l'empire et à la cour, les plans de son astucieux favori devenaient pins hardis. L'eunnque gagna le médecin du roi, et un breuvage empoisonné mit lin à la vie de ce roi détesté. L'empire était aux mains de l'eunuque; pour aiïermir d'autant plus sa position, celui-ci lit sacrer le plus jeune fils du roi, Arsès, et massacrer ses frères, dont un seul, Bislhanès, parvint à se sauver. Ceci se passait à peu près au moment »lc la bataille de Chéronée.

Bientôt Arsès sentit Finsolent orgueil de l'eunuque; il ne lui pardonnait pas le meurtre de son père et de ses frères. Bagoas se hâta de le prévenir et le fit assassiner avec ses enfants, après un règne de deux ans. Pour la seconde fois, la tiare était dans ses mains ; mais la maison royale était épuisée : Ochos avait massacré les fils d'Artaxerxès II, et Bagoas les fils et le petit-fils d'Ochos, à l'exception de ce Bisthanès qui avait cherché son salut dans la fuite. Il restait pourtant encore un fils de ce Darius auquel son père Artaxerxès II avait donné la tiare et refusé une faveur : il se nommait Arboupalos. Mais les yeux des Perses se tournèrent sur Codomannos, qui appartenait aune ligne collatérale de la famille des Achéménides. C'était le fils d'Arsame, fils du frère d'Artaxerxès II, et de Sisygambis, fille de ce même Artaxerxès. Dans la guerre que fit Ochos aux Cadusiens, il avait accepté le défi du géant qui leur servait de général, ce que personne autre n'avait osé faire, et l'avait vaincu. Les Perses lui avaient alors décerné le prix de la valeur; tous, jeunes et vieux, avaient célébré son nom, et le roi Ochos, après l'avoir comblé de présents et de louanges, lui avait donné la satrapie d'Arménie. Soit que Bagoas eût cédé à l'opinion publique ou qu'il se fût bercé de l'espoir que Codomannos, ayant reçu la tiare de ses mains, lui resterait dévoué, il reconnut bientôt combien il s'était trompé. Le roi, qui prit le nom de Darius, haïssait le meurtrier et méprisait ses conseils. Basroas résolut de se débarrasser de lui et mêla du poison dans sa coupe; Darius averti fit appeler l'eunuque et

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