CHAPITRE DEUXIÈME
La Macédoine : le pays, la race, la dynastie. — Politique intérieure du roi Philippe II. — La noblesse; la cour. — Olympias. — Jeunesse d'Alexandre. — Dissensions dans la famille royale. — Attale. — Meurtre de Philippe II.
Mais Philippe était-il, ses Macédoniens étaient-ils des Grecs, pour être en droit d'entreprendre la lutte contre les Perses dans l'esprit du peuple hellénique et en suivant le courant de son histoire?
Les défenseurs de la vieille politique particulariste et de la (( liberté » grecque l'ont souvent contesté, et leur plus grand orateur, Démosthène, emporté par son zèle patriotique, va jusqu'à affirmer que Philippe n'est ni Hellène, ni parent des Hellènes, mais qu'il appartient à cette race de Barbares qui ne sont même pas bons à servir d'esclaves K
Des traditions plus anciennes nous donnent des Macédoniens une autre idée. Eschyle^ ainsi que nous l'avons déjà rapporté, fait dire à Pélasgos, roi d'Argos, que son peuple, appelé de son nom Pélasgien, s'étend jusqu'aux eaux limpides duStrymon et occupe, avec la contrée montagneuse de Dodone, les versants du Pinde et les vastes provinces de la Péonie. Ainsi le vieux combattant de Marathon considère les peuplades qui habitent les bords de l'Haliacmon et de l'Axios comme appartenant à la même race que les anciens habitants delà contrée qui s'étend depuis l'Olympe jusqu'au Ténare et que ceux de l'ouest du Pinde. La haute chaîne du Pinde, qui sépare la
1) Demosth., Phîlipp,III,% 32. Olynth. in,% 16. 2i. Defalsaleg., §305.
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Tlu'ssalic^ (!(' laronlroo moiilîii^iuMise do Dodonc ol do l'Kpii-o, f'oi'ino, on s'aN.'uiranl. voi's lo nord ins(nrau Tcliar-Da^li (Tancion Scardos), \i\ nuii'.iillo do srpiii'alioii oiilro la Maooduino et rillyrio; puis la cliaîiHi s'iiillocliil à Tosl, vers les sources du SIrymon, dont elle côtoie ensuite la rive gauche dans la direction du sud-est jusqu'à la cAte sousle nomd'Orbolos, et achève de former la frontière nalurelle du territoire rnacédono-péonien, qu'elle sépare également des peuples thraces àl'est et au nord. Dans la région ainsi enclose pénètrent l'IIaliacmon, l'Axios avec ses affluents, le Strymon, une seconde et une troisième chaîne de montagnes qui, à peu près concentriques au Pindc-Scardos-Orbelos, entourent la plaine centrale riveraine de la mer, celle qui va de Pella et Thessalonique jusqu'au golfe Thermaïque. La double ceinture de vallées à travers lesquelles se frayent un passage les trois fleuves pour venir, à deux au moins, l'IIaliacmon et l'Axios, atteindre la mer l'un près de l'autre dans cette plaine du littoral, divise naturellement cette population en tribus cantonales, et désigne la plaine de la côte pour être leur centre commun et leur lieu de réunion.
D'après le récit d'Hérodote, le peuple qui plus lard a porté le nom de Dorions fut chassé delà Thessalie, et vint s'établir près du Pinde dans la vallée de l'Haliacmon , où il porta le nom de Macédoniens \ D'autres légendes racontent qu'Argéas, J 'ancêtre des Macédoniens, sortit d'Argos pour aller s'établir en Orestide, dans le territoire où l'Haliacmon prend sa source. Ces légendes expliquent ainsi le nom d'Argéades, que l'on donnait probablement à la famille royale^ D'après une autre tradition^, qui était alors la plus répandue dans le pays, trois frères Héraclides, de la race princière d'Argos issue de Témé-
*) Herodot., I, 56. Pour plus amples détails sur ces légendes, voy. Abel, Macédonien, p. 97 sqq.
2) "Apyoç xb ev 'Opsaxct'a oOsv o! 'ApysaSat Maxeôovsç (Appian., B. Syr., 63). Cf. Strab., V, p. 329 : epit. fi\, 11, et les vers sibyllins cités par Pausanias (VII, 8, 9).
3) Herod., VIII, 137 sqq. V, 22. Thucyd., II, 99. Comme Thucydide parle expressément des u huit rois avant Archélaos y>, la généalogie royale qui remonte jusqu'à Caranos a dû être fabriquée plus lard, probablement — d'après Weissenborn et Gutschmid — par Euripide.