‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 37 sur 231 · I, 2] ALEXANDRE II · texte numérisé non relu

I, 2] ALEXANDRE II

échapper à sa suzerainotù. Il mourut peu après, et eut pour successeur l'aîné de ses trois fils, Alexandre II, que sa mère, la princesse élymiote, fit bientôt périr. Celle-ci avait depuis long temps un commerce secret avec Ptolémée, homme d'une famille obscure et mari de sa fille. Tandis qu'Alexandre, que les Thessaliens avaient appelé à leur secours, combattait avec succès, elle engagea Ptolémée à prendre les armes contre lui. Ptolémée tint tète au roi qui rentrait en toute hâte : puis Thèbes se hâta d'intervenir, pour paralyser la Macédoine avant qu'elle n'eût obtenu de plus grands succès en Thessalie. Pélopidas ménagea un accommodement, d'après lequel Alexandre donna en otage trente jeunes gens nobles et Ptolémée obtint, à ce qu'il semble, une principauté particulière, avec la ville d'Aloros qui lui valut le surnom sous lequel il est connu. Cette transaction ne semblait être faite que pour perdre plus sûrement le roi : il fut massacré pendant une danse, un jour de fête. La mère d'Alexandre donna au meurtrier sa main et, sous couleur de tutelle pour ses jeunes fils Perdiccas et Philippe, la royauté (368-36o). Pausanias, que beaucoup de Macédoniens avaient appelé, revint de la Chalcidique, et s'éleva contre l'usurpateur. On lui donne le titre de « membre de la famille royale >k sans qu'il soit possible aujourd'hui de distinguera quelle branche il appartenait ^ Il fit de rapides progrès; Eurydice s'enfuit avec ses deux enfants auprès d'Iphicrate, qui se trouvait dans le voisinage avec des forces athéniennes. Iphicrate étouffa l'insurrection. Mais la position de Ptolémée n'en fut pas plus atferaiie pour cela : le meurtre d'Alexandre était une violation du traité conclu avec les Thébains : les amis du prince assassiné s'adressèrent à Pélopidas. qui était alors en Thessalie : celui-ci accourut avec des troupes levées rapidement ; mais l'or de Ptolémée dispersa les forces de ces ennemis. Pélopidas se contenta de conclure un nouveau traité avec lui : comme gase de sa fidélité, Ptolémée lui livra cinquante hétaïres et son fils Philoxénos. C'est peutêtre en cette occasion que Philippe alla aussi à Thèbes.

') D'après le scboliaste d'Eschine (De falsa kQ., § 27", ce Pausanias était ToO '^■xnù.'.y.vj ylvo-j; : par conséquent, ce n'est pas le Lynceste qu'Amvntas III a évincé en 390. Il est impossible de déterminer à quelle branche' de la famille royale il appartenait.

82 ptuDic.cAS m (36:)-3«9) [I, 2

iM.'iis Perdiccas III, aussilùl qu'il lui en A,i;e, vengea le momlic (le son IVi'ic dans lo sanj^" de rusurpaleur. Pour so soustraire à l'inlluencc de Tiièhes, il s'atlacha à Athènes et coniballit avec gloire aux côtés de Tiniothéc contre les Olynthiens. (l'est alors que les lllyriens, peut-être appelés par les Lvneesies, passèrent la frontière ; Perdiccas les condjatlit d'ahord avec succès, puis trouva la mort avec (juatre mille iiomnies dans une grande bataille. Les lllyriens ravagèrentau loin la contrée, et les Péoniens tirent aussi irruption par le nord dans le pays.

Telles furent les circonstances dans lesquelles Philippe prit les rênes du gouvernement (3^)9), d'abord au nom d'Amyntas, fils mineur de Perdiccas. Il était déjà — sans doute depuis la mort de ce dernier — rentré dans le royaume ; d'après un arrangement que Platon passe pour avoir conseillé à Perdiccas, il avait obtenu une principauté partielle, et les troupes qu'il en tira ^ lui fournirent un premier point d'appui. Le danger était grand : leslllyriensetles Péoniens étaient dans le pays ; les anciens prétendants, Argaîos etPausanias, arrivaient d'Athènes, soutenus parles princes de Thrace; trois bâtards de son père réclamaient la couronne. Fort de Fappui spontané du pays, Philippe surmonta les premières difficultés; à force de prudence, d'adresse, de fermeté, le pays fut sauvé des lllyriens, des Péoniens et des Thraces, la royauté débarrassée des prétendants, et la maison royale mise à l'abri de nouvelles intrigues et de nouveaux bouleversements. Les Athéniens avaient eu la folie de déserter la cause de ses ennemis parce qu'il avait reconnu leurs droits sur Amphipolis ; puis, inquiets de ses succès , ils avaient formé une ligue offensive et défensive avec (( Grabos l'Illyrien, Lykpeios le Péonien, Kétriporis le Thrace et ses frères » , comptant que les Barbares allaient briser la puissance macédonienne en l'attaquant de trois côtés à la fois, avant qu'elle fiit concentrée et affermie. Mais Philippe, qui déjà s'était emparé d' Amphipolis et en avait gagné leâ citoyens, se porta rapidement aux frontières, et les Barbares,

^) D'après Garystios de Pergame, ô-.aTpéçiwv ô' IvTaOOa ô-Jva|j.'/>, w; à'jtéôave Ilspotxxaç, Il £xo''[J.o'j ô-jvafJLîw; {ni'xpyo'Jdr,^ £7riuîTe loXç 7îpày[xa(T'. (ap. Athen,, XI, p. 507).

1,2] PHILIPPE FILS d'amyntas (359-336) 83

qui étaient encore loin d'être prêts, durent se hâter de faire leur soumission *.

Vers 3o6, les frontières étaient complètement à l'abri des Barbares. En peu de temps, les partis disparurent de la cour; Ptolémce et Eurydice, qui étaient attachés à celui des Lyncestes, étaient morts; un des fils d'Aéropos, Alexandre, fut gagné plus tard par son mariage avec la fille du fidèle Anlipater, tandis que les deux autres, Héromène et Arrhabîeos', furent satisfaits par diverses faveurs ; Néoptolémos et Amyntas, fils d'Arrhabaîos, furent élevés à la cour. Le nom des deux prétendants, Argaeos et Pausanias, disparait des documents historiques. Enfin Philippe, qui d'abord avait pris les rênes du gouvernement au nom d' Amyntas, fils de Perdiccas et légitime héritier du trône, attacha ce dernier à ses intérêts en lui donnant la main de sa fille Cynane lorsqu'il fut en état de se marier ^

*) L'assertion de Diodore (XV, 22) est maintenant éclaircie par l'inscription (E9-/;}j.. Apx., 1874, n° 435. G. I. Attic, II, p. 406) qui contient la au[x[xayia 'A6r,va;tov Tipo; KeTp:7topi[v xov ©pôtxa xai t:o]uç aosXcpouç xat upo^ A'juTueiov Tov [Ilaiova xa\ Tzpoç Fpâjgov tov 'iXXupiov, alliance conclue sous l'archontat d'Elpine (356/5). On connaissait une médaille avec la légende KETPIIIOPIOS, dont Waddington (iîeu. iAww/sm., J863, p. 240) signalait l'origine thrace, ainsi qu'une autre, déjà décrite par Eckhel, de AYKKEIO ou mieux AYKriEIO (Six, Numism. Chron., 1875, I, p. 20). Cette inscription leur assigne leur place dans la chronologie. Si les monnaies portant AAAIOT (Pellerin, Peuples et villes, I, p. 183) appartiennent à cette époque — ce qui ne me paraît plus probable — il pourrait se faire que Philippe eût mis ce personnage comme prince de Péonie à la place du Lykpeios susnommé, naturellement en l'obligeant au service militaire, et l'on pourrait reconnaître en lui le [Péonien] Addœos que les comiques cités par Athénée (XI, p. 468, XII, p. 532) caractérisent d'un mot énergique en l'appelant 6 toO ^luimo'j àXexTpuojv. Les monnaies avec la légende EYIIOAEMOil, que l'on plaçait jadis dans la série péonienne {Beii. Katal., 1851, p. 262), appartiennent probablement à un autre pays, et certainement à une époque postérieure.

-) Arrian., I, 25. On a fait remarquer que, vu leur âge, ces Lyncestes ne pouvaient pas être les fils d'Aéropos, qui était roi en 396. Mais l'objection n'a pas grande valeur. Si, à la mort de leur père, ces enfants avaient 8, 5 et 3 ans, ils pouvaient parfaitementàlamort de Philippe, qui était alors dans la soixantaine (336), comploter leur intrigue. Les lils d'Arrhabœos, Néoptolémos et Amyntas, étaient déjà des hommes en 334 : Amyntas était même hipparque des sarissophores (Arrian., I, 14, 1). Ces chiffres montrent que ïr^yt\KUô'^ Aéropos mentionné par Polyœnos (.IV, 2, 3) n'est pas le père de ces frères Lyncestes, mais probablement un fils d'Alexandre ou d'Héro* mène, qui portait le nom du roi son grand-père.

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