av. J.-C.J organisation de l'armée
qui suivirent son règne ^ Se fondant sur cette obligation du service militaire, il créa une armée nationale qui, s'accroissant peu à peu, finit par compter à peu près 40,000 hommes '.
Il sut non seulement se créer cette armée, mais encore la soumettre à une discipline et la former à Fart militaire. On nous le montre proscrivant les équipag-es inutiles, les chariots de bagages pour l'infanterie, n'accordant qu'un seul écuyer à chaque cavalier, et faisant souvent faire aux soldats, même pendant les chaleurs de Tété, des étapes de six à sept milles, avec charge complète et provisions pour plusieurs jours. La discipHne était si sévère dans Tarmée, que, dans la guerre de 338, deux officiers supérieurs furent cassés pour avoir amené une joueuse de lyre avec eux dans le camp^. Avec le service militaire lui-même se développa la hiérarchie des commandants et des subordonnés et un cadre d'avancement fondé sur le seul mérite et sur la capacité reconnue.
Les suites de cette organisation militaire se montrèrent bientôt; elle eut pour résultat d'apprendre aux diverses provinces du royaume à se considérer comme formant un tout, et aux Macédoniens à sentir qu'ils étaient un seul peuple ; elle rendit possible la fusion intime des territoires nouvellement conquis avec l'ancienne Macédoine. Avant tout, avec cette unité et le caractère militaire qui devint désormais prédomi-
1) Anaximène {fragm. 7} attribue raugmentation de la cavalerie des hétaeres et de l'infanterie des pézétœres, ainsi que la division de cette infanterie si; Xôyo'jz y.a\ osxàoaç y.a\ xàç aXXa; àpyoï.;, à Alexandre, le frère aîné de Philippe. D'après le portrait bien connu que fait Démosthène {Olynth. II, § 17) de l'armée de Philippe, on pourrait croire à une distinction bien tranchée entre la levée d'une part, et de l'autre, Tannée permanente des Hivo-. et •izs^éTa'.po'., si cette assertion n'était évidemment et peut-être intentionnellement erronée. On voit cependant que les ^ivoi, qui sont bien des mercenaires, jouent dès le début un rôle dans cette orn:anisation militaire, comme en Thessalie, du temps de Jason, les 6,000 ^ivoi dont parle Xénophon [Eellen., VI, 1, 4).
-) C'est le chiffre donné par Frontin {Strateg., IV, 2, 4\ dont la parole n'est pas une preuve. On en croirait plutôt Diodore {XVI, 85) : seulement, il est clair qu'il y a une erreur dans le chiffre de 3,000 cavaliers à côté de 30,000 hommes d'infanterie.
^) oi-éZo Tiavôoxsîo'j •JyaXTpt'av u.'.crO(0(7a[xsvo'. (Poly.ex., IV, 2, 3). L'auteur nomme Aéropos et Damasippos comme ceux auquel la chose arriva. Elien {Var.Hist.j XIV, 49) expose en détail la sévérité de la discipline.
8() l'iiiniM»!: r.T la civilisation [I, 2
nanl, cllf donna an iM'upIc inacédonien le sentiment inliine de sa val»Mir t^uerrière et la force morale produite par une hiérar- {'\\\o an sonnnrl de lacpielle était le ini Ini-mème. Pour atteindre son linl, ('{'Ini-ci li'onva dans la [)opulalion agricole du pays une malii're souple et résistante, tandis que la noblesse des hétaïres lui composait un cadre d'officiers pleins d'honneur et d'émulation '. Une armée de cette nature devait être supérieure aux bandes de mercenaires et même aux levées de citoyens telles qu'elles se faisaient à la mode traditionnelle dans les États helléniques; un peuple de cette rudesse et de cette vigueur devait remporter sur la race grecque saturée de civilisation et surexcitée ou blasée par la démocratie et la vie des cités. Cette terre macédonienne avait conservé, par une faveur du destin, l'ancienne vigueur et les mœurs antiques, jusqu'au jour où il lui fut donné de faire ses preuves dans de grandes entreprises. Dans la lutte entre la royauté et la noblesse, la Macédoine avait donné la préférence, non pas comme en Grèce, des siècles auparavant, à Torgueilleuse caste des seigneurs, mais à la royauté. Cette royauté chez un peuple agriculteur fort et libre, cette monarchie militaire donnait maintenant à la nation la forme, la force, la direction dont les démocraties helléniques elles-mêmes avaient reconnu la nécessité, mais qu'elles avaient été impuissantes à conserver et à convertir en institutions durables.
Au contraire, la civilisation, qui était le fruit tout particulier de la vie hellénique, devait être importée complète et tout d'une pièce dans le peuple macédonien. Il fallait donc poursuivre l'œuvre commencée par les princes précédents . L'exemple du roi et de sa cour était là d'un très grand poids, et la noblesse du royaume prit bientôt une position aussi naturelle qu'efficace, en devenant la partie policée de la nation. Dans aucun des grands Etats de la Grèce cette différence n'avait pu s'accuser de la même manière : les Spartiates étaient tous
*) Un exemple de ce sentiment de l'honneur, c'est l'histoire de ce Pausanias qui, accusé de muliebriapati, répond à ce reproche en couvrant de son corps le roi au moment où celui-ci, dans une bataille livrée aux Illyriens, courait un grand danger, et en se faisant hacher en morceaux (Diodor., XVI, 93). On en verra un autre exemple donné par un autre Pausanias.