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LA COUR et la noblesse

dominé par ses passions, et toutefois, dans ces moments même, il restait entièrement maître de lui et aussi réfléchi et froid que l'exigeaient ses desseins, tellement qu'on peut douter si c^est dans ses vertus ou dans ses défauts que son individualité propre se manifestait le mieux. Les mœurs de son siècle, la politesse, l'habileté, la frivolité du temps, le mélange de grandes pensées et de souplesse raffmée qu'on y rencontre, se reproduisent en lui comme dans un miroir.

Olympias, son épouse, formait avec lui un contraste frappant. Elle était fille de Néoptolémos, roi desEpirotes, etappartenaitàla race d'Achille. Philippe, dans sa jeunesse, avait appris à la connaître dans la célébration des Mystères à Samothrace, et l'avait épousée avec le consentement d'Arybbas, son tuteur et son oncle ^ Belle^, peu communicative, pleine d'ardeurs concentrées, elle étaitpassionnément adonnée au culte mystérieux d'Orphée et de Bacchos et à la sombre magie des femmes de Thrace ; dans les orgies nocturnes, on la voyait, dit-on, se précipiter à travers les montagnes en tête de toutes les autres, en proie aune surexcitation sauvage, brandissant le thyrse et le serpent. Ses songesrépétaient les fantastiques images dont son

*) Plut., Alex., 2. Son père Néoptolémos est mentionné déjà à côlé d'Alcétas, son père à lui, dans la décision votée en 377 par la Ligue athénienne (C. I. Attic, II, no 17, ligne 14). Après la mort d'Alcétas, Néoptolémos partagea avec son frère Arybbas le royaume des Molosses, qu'ils avaient gouverné quelque temps ensemble, et à la mort de Néoptolémos, les enfants de celui-ci, Olympias et Alexandre, passèrent sous la tutelle de leur oncle Arybbas. Olympias devint en 357 la femme de Philippe : bientôt après, son frère venait la rejoindre à la cour de Macédoine [in Macedoniam nomme sororis arcessit omnique sludiolspe rcfjni soHlcitatum, etc. Justin., VIII, 6). Dès 352, Philippe trouva occasion de chercher querelle à Arybbas (Demosth., Olynth. I, § 14). Plus tard, quand Alexandre eut vingt ans, il le poussa à prendre les armes contre son oncle [creptmn Avyhhœ rcgniim piœro admodîim tradi t. 3 vsrm., ibid.). Réîugié k Athènes, Arybbas obtint du peuple un décret portant que les stratèges athéniens prendraient des mesures otiwç à[v a'JTo]; xa\ ot Tiaîos; aùioO [Y.o[i'.](Jiùviaii Tr,v àpxv "^V 'JTûCTp[(oavJ (G. I. Attic, II, n° 115). C'est à ce moment que Philippe prit encore les villes fondées par les Éléens dans la Cassopie, sur le golfe d'Ambracie, et les remit aux Molosses. Arybbas paraît être mort peu de temps après ; Alexandre resta seul seigneur et maître de l'Épire.

-) On ne saurait dire si l'image d'Olympias, sur une monnaie d'or qui se trouve au Cabinet des Médailles de Berlin (un exemplaire unique, à ce qu'il paraît), est garantie par une tradition authentique. D'après von Sallet {Niim. Zeitimg, III, p. 56), la médaille doit être du temps de Caracalla.

92 ArTiTrnKS df: piiiuprE [I, 2

imni»inali(m<''l.iil rciiiiilic ; la niiil (jiii pi-i'-crda son mariage, cllo rrva, (lit-on, (|ii'('lle rtait enveloppée pai' niic Niolcnle Icmpèle et qnc la fondre enllammée pénétrail dans son sein : il s'en échappait ensuite un feu impélueux qui promena au lr)in ses llanniies dévorantes et s'évanouit.

J^orsque la tradition nous rapporte que, entre autres signes prodiiiieux survenus la nuit oii Alexandre naquit, le temple d'Artémis à Ephèse qui, avec ^ouinégabijze, ses eunuques et ses hiérodules, était pour les Grecs un véritable sanctuaire oriental, fut détruit par un incendie; lorsqu'elle ajoute encore que Philippe, au moment où il apprit la naissance de son fils, reçut en même temps trois messages de victoire \ elle ne fait qu'exprimer sous une forme légendaire le sens g"énéral d'une vie héroïque si pleine de faits, ce sens que la recherche scientifique a tenté si souvent de dégager et qui la plupart du temps lui a échappé.

« Tout bien compté », dit Théopompe en parlant de Philippe, (( rEurope n'a jamais vu un homme semblable au fils d'Amyntas - ». Tenace, calculateur, infatigable au travail comme il l'était, il lui manqua pourtant, en définitive, pour accomplir l'entreprise dans laquelle il voyait le but de sa vie, quelque chose qui n'entrait pas dans ses aptitudes. Il peut s'être emparé de cette grande idée comme un moyen d'unifier le monde grec et d'élever de plus en plus haut les regards de ses Macédoniens ; c'était une idée que lui donnait la civilisation et l'histoire de la Grèce ; la nécessité des circonstances au milieu desquelles il avait eu si longtemps, si péniblement à se débattre l'amena à la concevoir : mais ce ne fut pas la néces-

-) C'est-à-dire une victoire olympique (01. CVI), la prise de Potidée, et une victoire de Parménion sur les Dardaniens d'Illyrie (Plut., A/ea?,, 3). D'après le calcul d'IoELER (Ahhundl. d.Berh Akad.. 1820 eiiS2i,e[.Handb . der. ChronoL, I, p. 403 sqq.), la naissance d'Alexandre tombe en Boédronion 01. CVI, 1 (16 sept.-14 oct. 356'. On verra dans V Appendice qu'elle doit être placée après le 24 septembre et avant la mi-décembre. Or, il est impossible que la nouvelle de la victoire remportée à Olympie vers le 17 juillet ne soit parvenue au roi que fin septembre. Le synchronisme de ces trois événements est, comme tant d'autrae synchronismes de l'histoire grecque, soit une combinaison populaire, soit un moyen mnémonique employé dans les écoles : il n'a en tout cas aucune valeur historique.

-) Theopomp., /"ra^w., 27, ap. Polyb., VIII, 11.

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