‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 43 sur 231 · JEUNESSE d'alexandre · texte numérisé non relu

JEUNESSE d'alexandre

silé etrinvinciblc force de celte pensée qui l'excita à Faccomplir ; on pourrait môme douter qu'il la crut pratique, lorsqu'on le voit hésiter et tergiverser au milieu de préparatifs sans cesse renouvelés. Ces préparatifs étaient certainement nécessaires ; mais on a beau entasser Ossa sur Pélion, on n'en atteint pas davantage l'Olympe des dieux. Au delà de la mer, il voyait bien la terre de la victoire et de l'avenir pour les Macédoniens ; mais ensuite son regard se troublait, et sur ses plans se projetaient comme un nuage les formes indécises de ses désirs. Cette passion pour la grande entreprise se communiqua de lui k son entourage, à la noblesse, au peuple tout entier; elle devint le point central autour duquel s'agitait la vie macédonienne, le séduisant secret de l'avenir; on combattait contre les Thraces, on triomphait des Grecs, mais l'Orient était le but pour lequel on combattait et on triomphait.

C'est dans ce milieu que s'écoula l'enfance d'Alexandre ; l'âme de l'enfant put être d'assez bonne heure impressionnée par les légendes de l'Orient, le tranquille fleuve de l'or, la source du Soleil, le cep d'or aux grappes d'émeraudes et la prairie de Nysa, où était né Dionysos. Puis il grandit et entendit parler des victoires de Marathon et de Salamine^ des temples et des tombeaux que le roi des Perses, avec son armée d'esclaves^, avait dévastés et profanés ; on lui dit aussi comment son aïeul, le premier Alexandre, avait dû offrir aux Perses la terre et l'eau et leur fournir une armée contre les Hellènes, et comment maintenant les Macédoniens allaient marcher sur TAsie et venger son aïeul. Un jour qu'il vint à Pella des ambassadeurs de la cour de Perse, il les interrogea avec soin sur l'armée et les peuples de l'empire, sur les lois elles usages, sur l'organisation et la vie de ces peuples, elles Perses furent étonnés de cet enfant ^

Ce ne fut pas non plus une circonstance moins importante qu'Aristote, ce grand penseur de l'antiquité, ait été le précep-

^) Si celte anecdote, conservée par Plutarque, a un fond de vérité, le fait doit avoir eu lieu avant la guerre entre Périnthe et Byzance, par conséquent avant qu'Alexandre eût quinze ans. Déjà la cour de Pella avait accueilli des réfugiés venus d'Orient, le Perse Artabaze et son beau-frère, le Rhodien Memnon.

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t(Mii «If i';i(loI(\scent (.'<4;)-344). On dil (jiir IMiilippe, dès la naissance de son fils, sonda à ce snjet le philosophe ol qu'il lui écrivit: «('e qui me n^jonit, cr n'csl pas (jue cet enfant soit né, mais bien qu'il soil nr de vos jours ; élevé par vous, il sera digne de nous et «le la destinée qui sera un jour son héritage ' ». Celui qui a conquis le monde à la j)ensée éleva celui qui devait le conquérir à la pointe de Tépée; c'est à lui qu'appartient la gloire d'avoir donné à cet enfant passionné l'initiation et la grandeur des pensées, la pensée de la grandeur surtout ; c'est lui qui lui apprit à mépriser les plaisirs et à fuir la volupté", qui ennoblit ses passions et donna à sa force la mesure et la profondeur. Alexandre conserva toujours pour son précepteur le plus profond respect; il disait qu'il devait seulement à son père de vivre, mais qu'il devait à son maître de vivre bien.

Telles furent les influences sous lesquelles se forma son génie et son caractère. Plein d'activité et passionné pour la gloire, il allait jusqu'à s'aflliger des victoires de son père, parce qu'elles ne lui laisseraient plus rien à faire. Achille était son modèle, et il se glorifiait volontiers d'appartenir à sa race, lui qui devait ressembler à son héros par la gloire et la peine. Il aimait Héphsestion, son ami de jeunesse, comme Achille son Patrocle; et s'il estimait son ancêtre heureux de ce qu'Homère eût fait passer à la postérité la mémoire de ses hauts faits, les légendes héroïques des peuples de l'Orient et de rOccident ne se lassent pas d'orner le nom d'Alexandre de tout le merveilleux éclat d'une grandeur humaine et surhumaine. A son père il préférait sa mère, dont il avait l'enthousiasme et cette profonde vivacité de sentiment qui le distingue parmi tous les héros anciens et modernes^ Son

1) 11 est hors de doute que celte lettre, déjà célèbre dans ranliquilé, est apocryphe : Aristole, qui n'avait pas trente ans alors, n'avait pas encore la renommée que cette lettre suppose.

-) La continence est en effet une des plus belles vertus d'Alexandre, et il en a donné bien des exemples. Jeune homme, il était si éloigné du plaisir que ses parenlSj inquiets, cherchèrent à le tenter en lui envoyant une belle hétaïre, qui se glissa dans sa chambre à coucher. Alexandre se détourna d'elle tout honteux et se plaignit amèrement de l'aventure.

^) Parmi le grand nombre d'anecdotes rapportées à ce sujet, il en est une bien caractéristique ; c'est celle qui montre l'influence extraordinaire

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