‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 44 sur 231 · JEUNESSE d'alexandke · texte numérisé non relu

JEUNESSE d'alexandke

extérieur répondait aux qualités de son âme ; sa démarche vive, son regard étincclant, sa chevelure éparse, sa voix forte, annonçaient le héros. Lorsqu'il était en repos, il y avait un charme enchanteur dans la douceur de ses traits, le tendre coloris qui animait sa joue, son œil au regard humide, sa tète légèrement inclinée à gauche. Il se distinguait surtout dans les exercices équestres; il n'était encore qu'un enfant lorsqu'il dompta Encéphale, ce coursier sauvage de Thessalie sur lequel personne n'osait se hasarder et qui fut plus tard, dans toutes ses guerres, son cheval de bataille. Il fit ses premières armes sous la conduite de son père; tandis que Philippe assiégeait Byzance, il soumit les Msedes et fonda dans leur pays une ville qui porta son nom*; il acquit encore plus de gloire à la bataille de Chéronée, qui fut gagnée par sa bravoure personnelle. L'année suivante, il battit Pleurias, prince de rillyrie, dans un combat des plus acharnés -. Ce fut sans envie, dit-on, que Philippe vit dans son fils celui qui devait un jour exécuter ses plans. Malgré toutes les commotions que la succession au trône avait causées dans le pays, il dut être sans inquiétude sur l'avenir en voyant à ses côtés un successeur qui semblait doué des plus hautes qualités nécessaires à un roi, qui trouverait, selon le mot qu'on lui prête, « la Macédoine trop petite pour lui», et « n'aurait pas, comme son père, à se repentir de bien des choses qu'il n'était plus possible de changer ^ ».

Puis commencèrent des différends entre le père et le fils. Alexandre voyait sa mère délaissée par Philippe, qui lui pré-

qu'exerçait sur lui la musique. Un jour qu'Antigénide chautait un hymne guerrier avec accompagnement de tlùte, Alexandre bondit et saisit ses armes ([Plut.,] De fort. Alex., II, 2).

*) Le gouvernement du royaume lui était confié durant l'absence de son père. Plutarque emploie, pour définir son pouvoir, l'expression ocTioÀsicpOs'i; x'jpio; £v Maxîôov'a tcov TtpayfiocTcov xa\ xr,; (Tç^payioo; (Plut., Alex., 9).

*) CuRT., VIII, i, 25. Cette invasion des Illyriens doit avoir eu lieu dans les premiers mois de l'année 337. On voit par un passage de Démosthène [Pvo Coron., § 244) que l'orateur lui-même était ailé les trouver en qualité d'ambassadeur.

^) Plut., Apophth. Ph'U. 22. C'est à propos de l'enseignement d'Aristotô que Philippe dit à son fils : otiw; |xy) uoXXà xoiaOra TzpHr^Cj eç)' of; èvà) niT.poiy- (xévo; (j.£Ta[JLlXop,at,

96 riiii.iiMM: i:t alkxandui: [I, 2

fémil (les (lansciisos de Tlicssalie ou dos femmes galantes de Gri'cr. Le vo\ se chnisil mrmc uikî seconde i'ennne parmi les filles nobles du pfiys ; c'élail (Uéopiltre, nièce d'AlLale. Le mariage, raconte-t-on, fut célébré avec autant d'éclat que de brnil, selon les mœurs macédoniennes; on but et on rit. Comme on élail déjà échaulFé par le vin, Allale, oncle de la jeune reine, s'écria : « 0 Macédoniens, priez les dieux ! puissent-ils bénir le soin de notre reine et donner au royaume un légitime béritier du trône ! » Alexandre était présent ; enflammé de colère, il lui cria: « Me prends-tu donc pour unbàtard,gredin?)) et il lança sa coupe conire lui. Le roi, furieux, se leva, et, tirant son épée suspendue à son côté, se précipita sur son fils pour le transpercer; mais le vin, la fureur, la blessure qu'il avait reçue à Cbéronée, rendaient ses pas cbancelants ; il vacilla et tomba par terre. Les amis se bâtèrent d'éloigner Alexandre de la salle : «Voyez, mes amis, dit-il en sortant, mon père veut aller d'Europe en Asie, et il ne peut se traîner d'une table à une autre I » Il quitta la Macédoine avec sa mère : elle gagna l'Epire, sa patrie ; lui se retira plus loin, en Illyrie \

Peu après, Démaratos, Thôte et l'ami de Corinthe, vint à Pella. Le roi, après l'avoir salué, lui demanda comment allaient les choses en Grèce et si les Hellènes conservaient la paix et la concorde. « 0 roi », lui répondit son hôte avec une noble franchise, « pouvez-vous bien m'interroger sur la paix et la concorde en Grèce, vous qui avez rempli votre propre maison de trouble et de haine, vous qui avez chassé loin de votre personne ceux qui devaient être pour vous les plus proches et les plus chers ! » Le roi garda le silence : il savait combien Alexandre était aimé ; il savait ce qu'il valait et ce qu'il était ; il craignait que tout cela ne suggérât aux Hellènes de malins propos et peut-être des projets pires que les propos.

1) Le renseignement le plus ancien que nous ayons sur cette scène nous vient de Satyros [fr., 3 ap. Athen., XIII, p. 527). L'Illyrienne Audata, TElymiote Phila étaient prol.abiement décédées avant 357, car c'est Tannée où eut lieu le mariage de Philippe avec Olympias. Des deux Thessaliennes, Nicasipolis et Philinna, Satyros dit seulement qu'elles lui donnèrent des enfants ; elles n'étaient donc pas épouses légitimes. Philinna était la mère d'Arrhidaeos. Après elle, Satyros nomme la « Thrace » Méda et la nièce d'Attale, Cléopâtre, toutes deux avec la mention : Inciar^yoLye vr, 'ÛXu^xiitâot.

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