‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 45 sur 231 · PHILIPPE ET ALEXANDRE · texte numérisé non relu

PHILIPPE ET ALEXANDRE

Démaralos dut lui-même faire rofficcdc médiateur; bientôt le père et le fils furent réconciliés, et Alexandre revint à la cour. Mais Olympias n'oublia pas qu'elle avait été méprisée et chassée; elle resta en Epire, et poussa ses frères à prendre les armes pour briser le lien qui la tenait sous la dépendance de Philippe ^ Il est à croire qu'elle ne négligea pas non plus d'avertir et d'exciter son fils. Les sujets de méfiance ne manquaient pas ; Attale et ses amis dominaient partout. Les ambassadeurs du dynaste de Carie, Pixodaros, cherchaient à faire une ligue avec Philippe, et proposaient une alliance par mariage entre les deux maisons; on leur offrit comme époux pour la fille du dynaste Arrhidœos, fils du roi et de la Thessalienne. Alors Alexandre fut convaincu que ses droits d'héritier du trône étaient menacés : ses amis furent de son avis et lui conseillèrent de travailler avec résolution et en toute hâte à contrecarrer les plans de son père. Un homme de confiance, l'acteur Thessalos, fut envoyé au dynaste de Carie, pour lui dire qu'il ne fallait pas qu'il donnât sa fille à un bâtard idiot ; qu'Alexandre, fils légitime du roi et futur héritier du trône, était prêt à devenir le gendre d'un prince aussi puissant que le dynaste. Philippe découvrit l'intrigue et entra dans la plus grande colère; en présence du jeune Philotas, un des amis d'Alexandre, il reprocha à son fils l'indignité de sa méfiance et de sa dissimulation, disant qu'il n'était pas digne de sa haute naissance, de son bonheur et de sa destinée, s'il n'avait pas honte d'épouser la fille d'un Carien, l'esclave d'un roi barbare. Les amis d'Alexandre qui l'avaient conseillé, Harpalos, Néarchos, Ptolémée fils de Lagos, les frères Érigyios et Lao-

^) La nature de cette dépendance est mal définie. Satyros {fr. 5) dit de Philippe : r.ÇlOav/.'zr^âX1ù oï xa\ tt.v Moà6t-(ov ,3a<7'.).£:av yr,aa; 'OXv}JL7iia5a. Il doit donc y avoir eu dans les coutumes de l'Épire une espèce de succession féminine, en vertu de laquelle Olympias était, avec son frère Alexandre, héritière d'une moitié de la contrée, tandis que l'autre moitié appartenait à son oncle et tuteur Arybbas. Ce dernier avait été expulsé avec sa famille par Philippe, qui avait annexé encore les villes situées sur le golfe d'Arnbracie et cédé tout le royaume ainsi augmenté à Alexandre, à coup sûr en lui imposant certaines conditions. Antérieurement, l'Épire avait été sous la dépendance de la Thessalie : le roi Alcétas est désigné par Xénophon [Hellen.f

VI, 1, 7} comme à sv 'UrMpiù -j^ap-xo:.

98 PAIIMKMON I.N \Sli: I'' -

nicdoii, liiiciil liamiis dr l;i cunr cl. ilii royiiiiiiic ; rt'xLradiliim i\o riKîssîilos lui rxi^co à (joriiitlic '.

Ainsi arriva raiiiiùo 'J3(). Les |)r(''[),'inilirs pDiirla ^iieiTC de l^crse fiirenl poussés avec la [dus j:iaiid<' acLivlLc; on appela l(>s conliiii^^Mils des Mlals alliés, cl un corps d'année iniporlanl fut dirigé coninic avant-garde sur l'Asie, sous la conduite de Parniénion et d'Altale, pour occuper les places au delà de riI(dlesponl, délivrer les villes helléni(jues et ouvrir la voie à la grande armée fédérale ■. 11 est assez étrange que le roi divisât ainsi ses forces, et plus étrange qu'il en engageât ainsi une partie, qui en aucun cas ne pouvait être assez forte, avant d'être complètement sur des affaires concernant la politique intérieure. Les mouvements qui se produisaient en Epire ne lui échappaient pas; ils semblaient annoncer une guerre qui non seulement menaçait de faire différer encore davantage l'expédition de Perse, mais qui ne pouvait rapporter un grand avantage dans le cas où elle serait heureusement terminée, et dans le cas contraire anéantirait d'un seul coup l'œuvre qui avait coûté tant d'efforts et avait demandé au roi un travail de vingt années. Il fallait conjurer cette guerre : on ne pouvait pas laisser le Molosse dans une situation si équivoque vis-à-vis de la Macédoine. On le gagna par une proposition qui l'honorait, en même temps qu'elle assurait sa puissance : Philippe fiança avec lui Cléopâtre, sa fille et celle d'Olympias; le mariage devait avoir lieu dans l'automne de la même année, saison que le roi avait aussi choisie pour célébrer avec la plus grande pompe la fête de l'Union de tous les Hellènes et pour inaugurer en commun la guerre persique. Philippe avait interrogé le dieu de Delphes pour savoir s'il serait vainqueur des

^) Plut., Alex., 10. Arrian., IK, 6, 5.

2) Polyœnos (V, 44, 4) estime l'effectif de ce corps d'armée à 10,000 hommes. Trogue-Pompée (PvoL IX) dit : qiann hella Perska moUretur prxmissa classe cum duc ibus. Les autres renseignements sur cette expédition d'avant- garde se trouvent dans Diodore. Ce qui est étonnant, c'est qu'Arrien n'en dit mot : est-ce une raison pour considérer comme une fable cette tradition, qui remonte à Clitarque? Dans la lettre de Darius à Alexandre après la bataille d'Issos, il est dit que « le roi Philippe a commencé la guerre aotxt'a; Tcptoxo; iç [3a(7c)ia "Apa-r,v r,p|£V oOoèv «"/ap'. ex Ilspatov uaOojv (Arrian., II, 14, 2), ce qui ne peut se rapporter qu'à cette invasion sur le territoire perse.

336] LA FKTE NUPTIALi: b'ji:G.1i 99

Perses, et l'oracle avait répondu : « Voici que le taureau est couronné : finissez-en; le sacrificateur est prêt ».

Parmi les jeunes nobles de la cour était Pausanias, remarquable par sa beauté et très en faveur près du roi. Enflammé de colère, à cause d'une grave injure qu'il avait reçue d'Attale dans un festin, il eut recours à Philippe, qui blâma bien l'acte d'Attale, mais se contenta, pour apaiser l'offensé, de lui offrir des présents et de le faire entrer dans les rangs des gardes du corps. Peu après, le roi épousait la nièce d'Attale, qui luimême épousait la fille de Parménion. Pausanias ne voyait aucun espoir de se venger; il couva d'autant plus avant dans son cœur son dépit, sa rancune et sa haine contre celui qui l'avait frustré de sa vengeance. Il n'était pas seul dans sa haine ; les frères Lyncestes n'avaient pas oublié ce qu'avait été* et leur père et leur frère : ils nouèrent des relations secrètes avec le roi de Perse ^ Ils étaient d'autant plus à craindre qu'ils le paraissaient moins. Le nombre des mécontents s'accroissait dans l'ombre de plus en plus; Hermocrate, le sophiste, attisait le feu par ses discours envenimés ; il gagna la confiance de Pausanias. a Comment obtient-on la plus grande gloire ? » demandait le jeune homme. « En tuant celui qui a accompli ce qu'il y a de plus grand », fut la réponse du sophiste '-.

L'automne arriva ^ et avec lui les fêtes des noces. Le mariage devait avoir lieu à ^Ega?, l'ancienne résidence royale où se trouvait encore, depuis que Pella florissait, le lieu de sépulture des rois. Les hôtes y accouraient en foule de tous les côtés ; les théores, en grande pompe, arrivaient de Grèce ; beau-

») Arriax., I, 25. Dans la lettre d'Alexandre à Darius, il est dit que les assassins d^. Philippe ont agi à l'instigation du roi de Perse, w? aOtoV £v tau £Ut(7xo)vai? Txpo: â'îiavTa; sxoij.TiàaaTS (Arrian. , II, 14, 5). Plularque [Alex., 10) dit qu Olympias et même Alexandre étaient au courant du projet de Pausanias.

'-) DiODOR., XVI, 94. Val. Max., VIII, 14. Plutarque rapporte la même anecdote au sujet d'Alexandre. Le vrai motif de l'assassin est mentionné par Aristote {Polit., VI, 10, 10).

3) Sur cette date, voy. ï Appendice à la lin du volume et l'étude Ueber die Aechtheit dev Uvkimden in Demoslhenes Rede com Kranz (p. 64 du tirage à part). D'après le calcul d'ÏDELER, l'avènement d'Alexandre tombe en septembre 336 (01. CXI, 1), sous l'archontat de Pylliodélos.

13U0THECA

KHI MOUT i>i; niiLin'i: Il 9

coup porlaicul des ('(um'oimics (Tor i)Our lMiili|»|M! '; les jn'inccs (\o^ Agriancs, des lY'oniciis, des Odryses, Jes gnmds du royaume, la noblesse clievalcrcsquc du pays, un peuple innonil)ral)le s'y réunissait. Le premier jour se passe en joiejjruyante, au milieu des salutations, des témoignages (Tlionneur, des processions solennelles cl des festins; des hérauls convient la foule à se réunir le lendemain matin au théâtre. Avant l'aube, la multilude se pressait déjà dans les rues, se portant pélemèlc vers le lieu du spectacle; enfin le roi, revêtu d'habits de fête, environné de ses jeunes nobles et de ses gardes du corps, s'approche ; il envoie sa suite en avant dans le théâtre, car il pense qu'il n'en a pas besoin au milieu de cette foule joyeuse. A ce moment, Pausanias se précipite sur lui, lui transperce la poitrine, et, pendant que le roi s'affaisse, court rejoindre les chevaux qui l'attendent tout prêts à la porte de la ville ; mais en fuyant, il fait un faux pas et tombe ; Perdiccas, Léonnatos et d'autres gardes du corps l'atteignent et le percent de coups.

La réunion se disperse dans une tumultueuse confusion; le trouble, la fermentation est partout. A qui doit appartenir le trône, qui sauvera le royaume ? Alexandre est le fils aîné du roi; mais on craint la haine sauvage de sa mère que beaucoup, pour plaire au roi, ont méprisée et injuriée. Déjà elle esta yEgsB pour présider aux funérailles de son époux; elle semble avoir pressenti, prévu la catastrophe ; on dit que le meurtre du roi est son ouvrage, que c'est elle qui tenait les chevaux prêts pour le meurtrier. On ajoutait qu'Alexandre aussi avait eu connaissance du guet-apens, signe de plus qu'il n'était pas le fils de Philippe, mais qu'il avait été conçu et mis au monde par un noir maléfice ; delà la répulsion du roi contre lui et contre sa farouche mère, de là le second mariage avec Cléopâtre ; c'était à l'enfant que celle-ci venait de mettre au monde- qu'appar-

') D'après Diodore, qui expose en détail tous ces événements, avec la couronne envoyée d'Athènes il y eut proclamation d'un décret du peuple portant : àv Ttç £Tctêo'j)>£"j(yaç ^iXititto) tôj paaiÀeî xaxa^uyr, Ttpb; 'A6r,vacoyç, Trapaè6(j'.\i.ov elvai toOtov (DiODOR., XVI, 92).

■2) D'après Diodore (XVII, 2), Cléopâtre mit au monde un fils « quelques jours » avant la mort de Philippe, Diodore suit ici Clitarque, qui, si porté

Auto?7me33Q] le slxcesseur de Philippe 101

tenait le trône. Attale, oncle de la reine, n'avait-il pas possédé la confiance du roi? il était digne de prendre la régence. D'autres pensaient que celui qui avait le plus de droits au trône était Amyntas, fils de Perdiccas, qui avait du, à cause de sa jeunesse, abandonner à Philippe les rênes de l'empire environné de dangers; la haute valeur de Philippe excusait seule son usurpation; d'après son droit imprescriptible, Amyntas devait maintenant monter sur le trône, dont il s'était rendu digne pendant tant d'années qu'il en avait été écarté \ D'un autre côté, les Lyncestes et leurs partisans prétendaient que, si l'on faisait valoir pour l'héritage de Philippe des prétentions plus anciennes, leur père et leur frère avaient possédé le trône avant Perdiccas et le père de Philippe, et qu'ils ne devaient pas en rester privés par une plus longue [usurpation ; que d'ailleurs Alexandre et Arnyntas n'étaient guère encore que des enfants: Amyntas avait été, dès son jeune âge, privé delà force et de l'espérance de régner; Alexandre, sous l'influence d'une mère avide de vengeance, était, par son arrogance, son éducation dans les goûts du jour, son mépris des bonnes vieilles mœurs, plus redoutable que Philippe son père lui-même pour les libertés du royaume^ tandis qu'eux ils étaient les amis du pays; ils appartenaient à cette race qui, de tout temps, s'était efforcée de maintenir les anciennes mœurs ; ils avaient vieilli au milieu des Macédoniens, s'étaient mis au courant des désirs du peuple ; ils étaient liés avec le Grand-Roi de Suse et pouvaient seuls protéger le pays contre sa colère, s'il en arrivait à demander satisfaction pour cette guerre que Philippe avait commencée avec une folle témérité; c'était un grand bonheur pour le pays que la main de leur ami l'eût délivré à temps

qu'il soit à forcer la couleur, est pourtant trop voisin de cette époque pour annoncer la naissance d'un garçon s'il était né une fille : on voit par Justin qu'il a noté le nom significatif de l'enfant, Caranum ex novercanatum (Justin., XI, 2, 3), bien que le même Justin (IX, 7, 12) désigne fenfant de Cléopâtre comme une fille, contradiction que Grote a essayé de concilier. Il est vrai que, 150 ans plus tard, Satyros appelle l'enfant de Cléopàlre une fille ; mais cette assertion me paraît devoir céder le pas au témoignage de Clitarque.

*) C'est probablement d'après Clitarque que le Ps.-Plularque dit : t.olgx 0 'JTiouXo; Tj Maxsôovt'a Tipbç 'AfjLuvxav aTiooXiTrouo-a xa\ touç 'AepoTïOu Traîoaç, c'est-à-dire, les Lyncestes ([Plut.,] De fort. Alex., I, 3).

102 AVl'lNKMENT It' VLKXANDIIE [I, 2

(11111 roi (jiii no conipl.'iiL i)i)m" rien le droil, \{\ him dupcîUjilo, l«'s sornicnls el l.i vcrin.

Ainsi parlaient les ])arlis; mais le jjeuple haïssait les nieiir- Iricrs (lu rni cl ne craignait pas la guerre; il oublia le lils de ('J(M)p;\tre, car le repivsentant de son parti était éloigné; il ne connaissait pasle lilsde Perdircas, dont Tinaclion semblait éln; une preuve suffisante d'incaj)acité. Du c('jté d'Alexandre était tout le droit, el lesinjui'es imméritéesdontilétait robjetnc faisaient qu'exciter la symjialhie ; de plus, il avait pour lui lagioire qu'il avait acquise dans les guerres contre les Mœdes et contre les Illyriens, celle delà victoire de Chéronée, la gloire plus belle encore de l'éducation, de l'allabilité, de la générosité ; déjà même il avait présidé avec bonheur aux affaires du pays; il possédait la conhanceet l'amour du peuple, et pouvait en particulier compter sur l'armée. Alexandre le Lynceste comprit qu'il ne lui restait aucune espérance ; il se hâta d'aller trouver le lils d'Olympias et fut le premier à le saluer roi de Macédoine \

Les débuts d'Alexandre ne furent pas « la simple prise de possession d'un héritage assuré »; ce jeune homme de vingt ans dut montrer qu'il avait, pour être roi, et la vocation et la force. D'une main ferme, il saisit les rênes du gouvernement, et les troubles cessèrent. 11 convoqua l'armée pourrecevoir ses hommages, comme c'était l'usage chez les Macédoniens: le nom seul du roi était changé ; la puissance de la Macédoine, l'ordre des choses, les espérances de conquête restaient les mêmes. Il maintint l'ancienne obligation du service militaire, mais dispensa ceux qui servaient de tout autre devoir et de toute autre obligation -. Les exercices nombreux, les marches fréquentes qu'il ordonna rendirent aux troupes l'esprit militaire

*) Arria:,-., I, 25. Clrt., YII, 1, 6.

2j D'après un passage d'Arrien (1, 16, 5), Schafer {Demosthenes^ ni,p. 65) concliiL que Vimmunitas cunctarum rerwa dont parle Justin (XI, 1, 10) ne portait (^ue sur l'impôt foncier. Elle n'était sans doute accordée qu'aux Macédoniens présents à l'armée, car on voit Alexandre, après la bataille du Granique, conférer aux parents et enfants de ceux qui avaient succombé Ttbv Te xaxà r/jv -/capav aTéXetav xa\ oaat àXXat yj tw atofxaTc XeiToupycai r^ xaxà Ta; ocTr.aetc âxatJTwv clo-:popa\ (Arrian., I, 16, 5 ; cf. VII, 10, 4). Ce sont, par conséquent, les privilèges de ceux qui s'acquittent du service militaire.

336] DÉBUTS d'alex.\m»ri: 103

que les derniers événements pouvaient avoir relâché, et on firent un instrument sur dans sa main '.

Le meurtre du roi demandait un châtiment exemplaire ; c'était en même temps le moyen d'atlermir le nouveau gouvernement. On découvrit que les frères Lyncestes, achetés par le roi de Perse qui craignait la guerre avec Philippe, avaient formé une conjuration, dans Tespérance de saisir la couronne à l'aide des Perses; Pausanias n'avait été que Tinstrument aveugle de leurs secrets desseins. Les conjurés furent exécutés le jour des funérailles ; parmi eux se trouvaient les Lyncestes Arrhahaeos et Héromène; leur frère Alexandre fut gracié parce qu'il s'était soumis: le fils d'Arrhabseos, Néoptolème, s'enfuit chez les Perses ".

1) îItih'.Ov; y,'x~tny.vj'xm Tr,v o-jvautv (DiODOR., XVII^ 2).

^) Amynlas « fils d'Arrhabaeos » doit être le frère de ce Néoptolème (Arrian., I, 20, 10) : comme il était à l'armée d'Asie, il ne prit sans doute aucune part à la conjuration. Il se distingua dans les campagnes d'Asie.

ClIAPirni^ JÏK)IS1I>ME

Dangers do l'oxlri iour. — Kxp(klilioii en drèco (33G). — licnoiivfllenionl de laliguedeCorinlhe. — lin d Allalc — Los voisins du .NokI. — Kxpodilion en Tlnace, sur le Danuho, conlicî los lllyrions. — Deuxième expodilioii en (irèee. — Ruini* de Tljôljos. — Scoonde rénovai ion do la IJi^ue de Corinllie.

D'une main ferme el prompte, Alexandre avait saisi les rênes du pouvoir et rélabli la paix intérieure . Mais les nouvelles les plus alarmantes arrivaient de l'extérieur.

En Asie-Mineure, Attale, comptant sur ses troupes, qu'il avait su gagner, avait formé le dessein de s'emparer du pouvoir, sous prétexte de défendre les droits de son petit-neveu, le fils de Cléopâtre. Ses forces militaires, et surtout les alliances qu'il avait formées avec les ennemis de la Macédoine, le i^endaient redoutable. Pour augmenter le danger, une agitation commençait à se manifester en Grèce qui faisait craindre une défection générale. En apprenant la mort de Philippe — Démostbène en avait été informé le premier par des messagers secrets du stratège Cbaridème, qui était en station tout près des côtes de Thrace \ — les Athéniens avaient célébré une fête de joie et consacré un décret d'bonneur à la mémoire du meurtrier ^ C'était Démostbène lui-même qui en avait fait la motion, et qui, parlant devant le Conseil, avait appelé Alexandre un « Jocrisse^ » qui n'oserait pas s'aventurer bors de

1) ôià TU)V xaTa<7X07rwv xtov Tcapà Xaptôr, jjlo'j 7i'j66[/.£vo; (^Eschin., In Ctesiph., % 77).

2) lepà p.£v lopuoraxo Itaucraviov, et; aiTtav oè zxtoiyyekîtav Ôvidia? Tr,v poy)>r,v y.a- Ti(7r/;<7£ (iÈsCHlN., ibid., § 160).

3) IlemployaTexpression équivalente deMapyîTT,; [JEscm:i.,ibid., § 160, INIarsyas, fr. 8).

Automne 336] agitation ex grèc.e lOo

la Macédoine. Il mit tout en mouvement, Athènes, Thèbes, la Thessalie, la Grèce entière, pour arriver à une rupture ouverte avec la Macédoine, prétextant que le serment fédéral que les villes avaient prêté au père ne les engageait pas avec le fils'; il envoya des messagers et des lettres à Attale; il entra en négociation avec les Perses au sujet de subsides contre la Macédoine. Athènes se prépara à la guerre et apprêta sa flotte ; Thèbes se disposa à chasser de la Cadmée la garnison macédonienne ; les Eloliens, jusqu'alors amis des Macédoniens, prirent la résolution de ramener à main armée ceux que Philippe avait bannis d'Acarnanie ; les Ambraciotes chassèrent la garnison macédonienne et restaurèrent la démocratie. Argos -, les Éléens, les Arcadiens étaient prêts à secouer Te joug de la Macédoine, et Sparte ne s'y était jamais soumise.

En vain Alexandre envoya des ambassadeurs pour assurer la Grèce de son bon vouloir et de son respect pour les libertés existantes, les Hellènes, enivrés par la certitude que les anciens temps de gloire et de liberté étaient revenus, croyaient la victoire assurée ; à Chéronée, disait-on, toutes les forces macédoniennes, commandées par Philippe et Parménion, avaient triomphé avec peine de l'armée d'Athènes et de Thèbes : maintenant tous les Hellènes étaient unis et n'avaient devant eux qu'un enfant à peine affermi sur son trône, qui aimerait mieux péripatétiser à Pella que s'aventurer à lutter contre l'Hellade ; Parménion, le seul général éprouvé qu'il eût à son service, était en Asie, ainsi qu'une partie considérable de ses forces, que les satrapes perses serraient déjà de près, tandis qu'uneautre partie, commandée par Attale, était prête à se déclarer pour les Hellènes contre Alexandre ; les

^) Nous ne connaissons pas le texte exact du pacte fédéral de Corinthe : on ne peut donc pas dire s'il était rédigé de façon qu'on pût l'interpréter en ce sens, à savoir, que la mort de Philippe mettait fin non seulement à sa stratégie contre les Perses, mais encore à la xotvr, s'.pvr, conclue et jurée sous ses auspices.

-) La participation d'Argos (Diodor., XVII, 3, 8} est aujourd'hui confirmée par le décret rendu à Atliènes en l'honneur d'Aristomachos d'Argos ... y.a\ (7UtiêàvT0ç xoivoO 7îoXé(xo["j 'A6r,vatot; tî y.a\ t?,] 7:01='. twv 'Apvsîwv 7:00; 'A)i?avôtpov... (C. I. Attic, II, nM61).

lOG SITlîATinN D'ArJlXANDHK [[, 3

ravali«'rs llicssaliens oiix-m»**mos, ainsi (|ne les contin«^oiils inililaires dos Thracos ri des Péonions, s'claicnt souslrails à la puissance macédonienne ; le cluîmin de la Grèce n'était même jiliis ouvert à Alexandre, puis(|iril lui faudrait courir le risque d'abandonnei" son royaume aux invasions de ses voisins du Nord et aux attaques d'Attale. En elVet, les peuples du Nord et de l'Est menaçaient de se soustraire à la dépendance de la Macédoine, ou d'envahir à la première occasion les frontières du royaume, pour le piller.

La situation d'Alexandre était difficile et pressante. Ses amis — ceux même qui avaient été récemment banni s étaient rentrés — le conjuraient de céder avant que tout fut perdu, de se réconcilier avec Attale et de ra})pelerles forces envoyées on avant, de laisser faire les Hellènes jusqu'à ce que les premières fumées fussent dissipées, de gagner par des présents les Thracos, les Gètes, les Illyrions, et de désarmer les rebelles en leur faisant grâce. Par ces moyens, en effet, Alexandre aurait pu s'affermir en Macédoine et gouverner en paix son pays; peut-être même fiit-il arrivé à recouvrer la même influence et la même puissance qu'avait eues son père sur la Grèce et sur les Barbares circonvoisins^ et cùt-il pu à la fin songer à une expédition en Asie, ainsi que son père avait fait toute sa vie. Alexandre fut d'un autre avis ; la résolution qu'il prit le montre dans toute la force et toute la hardiesse de son esprit : « son génie le poussait », comme on a dit en parlant d'un héros des siècles postérieurs.

Les périls qui s'enchevêtraient autour de lui se rangeaient on trois catégories : ceux du Nord, ceux de l'Asie, ceux de la Grèce. S'il marchait contre les peuples du Nord, Attale avait le temps d'affermir sa puissance et peut-être de revenir en Europe ; la ligue des villes helléniques se fortifiait, et il était forcé de combattre comme une trahison et une rébellion ouverte des Etats ce qui jusqu'à présent pouvait être seulement puni comme une affaire de partis et une suggestion de démagogues criminels gagnés par l'or des Perses. S'il marchait contre la Grèce, il suffisait des moindres forces pour le retenir et arrêter sa marche à travers les défilés, tandis que rien n'empêchait Attale d'opérer sur ses derrières et de

Afilo?7mp^M] RÉSOLUTION d'alkxandrk J07

s'unir aux Thracos rcvollés. Marcher conUv AUalo lui-mùmo était encore le parti le moins prudent, car alors les villes grecques seraient trop longtemps laissées à elles-mêmes ; les Macédoniens se trouveraient entraînés contre les Macédoniens à une guerre civile, dans laquelle les satrapes perses auraient peut-être le dernier mot : enfin Attale, qui ne devait être regardé que comme un traître, serait traité comme une puissance, et le roi, en le combattant, amoindrirait son prestige aux yeux des Grecs et des Barbares. Si Ton arrivait à frapper Attale, la chaîne était brisée et le reste se trouvait de soi.

Attale fut décrété de haute trahison et condamné à mort ; un des « amis ^ », Hécataeos de Cardia, reçut l'ordre de se rendre en Asie à la tête d'un corps de troupes, de s'unir aux forces de Parménion, et d'amener Attale, mort ou vif, en Macédoine. Ensuite, comme, au pis aller, on n'avait à redouter des ennemis du Nord que des incursions dévastatrices et qu'il serait toujours facile de les soumettre par une expédition ultérieure, le roi résolut d'envahir l'Hellade avec son armée avant qu'on eût pu réunir, pour lui barrer le chemin, des forces considérables.

Vers cette époque arrivèrent à Pella des courriers envoyés par Attale pour démentir les bruits qui s'étaient répandus sur son compte, témoigner de sa soumission par de belles paroles, et donner la preuve de la loyauté de ses sentiments en remettant aux mains du roi les lettres qu'il avait reçues de Démosthène au sujet des préparatifs en Grèce ^ D'après ces documents et d'après la démarche d'Attale, le roi put conclure qu'il ne rencontrerait en Grèce qu'une faible résistance ; il ne rapporta pas son ordre, sachant qu'il pouvait se reposer sur la fidélité du vieux Parménion, bien que celui-ci eût Attale pour gendre.

1) [si';] Ttov cptXwv (DiODOR., XVII, 2). La question est de savoir si le titre de cptXoç avait déjà à l'époque une valeur officielle dans la hiérarchie sociale en Macédoine. Le texte de Quinte-Curce {ex prima cohorte amicorum. CuRT., VI, 7, 17) ne suffit pas à la trancher. Dans Arrien (I, 25, 4), Alexandre convoque en conseil toÙ; cptXouç, et pour désigner lesavis qu'ils lui donnent, il se sert de l'expression lôôxsi xoî; kiaipoi;. Il est vrai que les expressions d'Arrien ne sont pas toujours exactes au point de vue technique.

2) DiODOR., XVn, 5.

1(18 ALEXANDRE KN THKSSAUE [[, '.]

Il marcha on pcrsonno sur la Tlnissalic et se dirigea en longeant la côte vers les défilés du Pénée ; mais il trouva le ])assage principal de Tempe et l<^ délilé latéral de Callipeuké fortement occupés. S'en emparer de vive force était difficih^, el tout retard plein de dangers : Alexandre s'ouvrit une voie nouvelle. Au sud du délilé principal s'élèvent les masses rocheuses de rOssa, un peu moins escarpées du côté de la mer que du côté du Pénée. (iC fut vers ces endroits moins escarpés qu'Alexandre conduisit son armée; puis, faisant creuser des degrés dans le roc^ là où cela était nécessaire, il gravit la montagne et déboucha dans la plaine de la Thessalie, sur les derrières des postes thessalicns ^ Sans avoir tiré l'épée, il était maître du pays, qu'il voulait gagner et non soumettre, afin de pouvoir compter sûrement, au moment de la guerre contre les Perses, sur l'excellente cavalerie thessalienne. Convoquant alors les nobles de la contrée à une assemblée, il rappela l'origine commune des deux races, qui descendaient d'Achille, les bienfaits de son père, qui avait délivré le pays du joug sanguinaire des tyrans de Phères et l'avait toujours mis à l'abri des insurrections et de la tyrannie en restaurant les anciennes tétrarcliies d'Aleuas -. Il ajoutait qu'il ne demandait rien que ce qu'ils avaient librement donné à son père et la reconnaissance de l'hégémonie de la Grèce, que la Ligue hellénique avait conférée à Philippe. Il promit de laisser et de protéger chaque famille et chaque contrée dans ses droits et dans ses libertés, comme avait fait son père, de donner à leurs cavaliers leur part entière du butin dans les guerres de Perse, et d'honorer par l'exemption d'impôts Phthie, la patrie d'Achille, leur ancêtre commun ^. Les Thessaliens se hâtèrent d'accepter des conditions si avantageuses et si honorables, et

1) PoLYiEN., IV, 3, 23. Je ne vois aucune raison de tenir le fait pour une pure invention. Ce renseignement se trouve dans la troisième série des extraits de Polyœnos, qui, d'après Petersdorff, paraissent avoir été puisés à des sources différentes, la première série (§1-10) peut-être dans Callislhène, la seconde (§ 11-22) probablement dans Clitarque ; la troisième (§ 23-32) dans un auteur qu'on ne peut plus déterminer.

2) Theopomp. ap. Harpocrat., s. v. xsTpapxî'a. Pour plusamples détails, voy. A. S CHÀF ER, Démo sthene s, II, p. 402.

2) Philostr., Heroic, p. 130.

Fm de 33Q] Alexandre en grèce 109

de conlirmer, par un vole commun, Alexandre dans les droits de son père * ; ils lui promirent même de marcher avec lui sur la Grèce, s'il en était besoin, pour y étouffer l'agitation-. Après les Thessaliens, il attira à lui par des avances semblables les peuples voisins, les ^Enianes, Maliens, Dolopes, toutes tribus dont chacune avait une voix au conseil des Amphictyons, et dont l'alliance lui ouvrait la route dos Thermopyles.

La rapidité avec laquelle la Thessalie avait été prise et pacifiée n'avait pas laissé aux États helléniques le temps d'occuper les importants défilés de la chaîne de l'CEta. Il n'entrait pas dans le plan d'Alexandre de donner, par des mesures rigoureuses, un prétexte et un air sérieux à un mouvement qui devait être tout au plus considéré comme l'œuvre insensée d'un parti. Effrayés par l'approche des forces macédoniennes, les Hellènes se hâtèrent de prendre l'apparence d'une paix profonde. Comme, par conséquent, il n'y avait rien de changé aux institutions établies par Philippe, Alexandre convoqua les Amphictyons aux Thermopyles ^ ; il demanda et obtint un décret reconnaissant formellement son hégémonie. Dans le même but, il garantit aux Ambraciotes l'autonomie qu'ils avaient rétablie chez eux après avoir chassé la garnison macédonienne, en leur disant qu'il avait eu l'intention de la leur offrir et qu'ils l'avaient simplement devancé.

Les Thessaliens et les Amphictyons avaient reconnu l'hégémonie d'Alexandre, mais aucun envoyé de Thèbes, d'Athènes, de Sparte, n'avait paru aux Thermopyles. Maintenant encore

Tr,; 0s(y(7a)-;aç ûoyp-axi (DiODOR., XVII, 4). Eœemplo pcitris (lux unkersx gentis creatus erat et vectiyalia omnia reditusquc suos et tradiderunt (Jl'Sïlx., XI, 3, 2] . L'expression de Justin semble désigner la fonction de Tagos : d'après Diodore, Alexandre ne réclame que les pouvoirs lui appartenant en sa qualité de (7Tpar/)yoç aOxoxpàTwp de la Ligue hellénique. En dépit du titre des Thessalorum reges, la situation officielle qu'avait Philippe en Thessalie n'est pas claire.

2) yÎEscHiN., In Ctesiph., § 161.

3) xà auvop-'CovTa Ttbv eôvcov (DlODOR., XVII, 4, 2).

^) L'expression de Diodore ("o -cbv 'Afx^ixvjovwv cr'jvéop'.ov auvavaywv) signifie sans doute qu'Alexandre convoqua une assemblée extraordinaire, et qu'il ne s'agit pas de la 7î'j)>«ta oTcwpivir, habituelle.

lin ALKXANKiu. i;r m;s aiiikmk.ns I, 'i

|HMil-rli-(', Tlif'lx's l'iiisail (l(''j\'( lion ; dlo jiviiil jni cninpier siirhi (•()iiiiiv('iicoetpcul-«Hre sur r.ippui dcplusicMirs Klals. IlosI viai «liiccrs Kliils n'c'laionl pas préparcs; Sparic iTavail pu so relever, depuis qu'Ejïaminondas avait campé aux Ixtrds de TKurolas; la ('adiuée, Clialcis en Eubée, l'Acrocorinlho ' élaienl. encore occupées par des garnisons macédoniennes; à Athènes, comme toujours, on déclamait lieaucoup et Ton n'agissait guère ; même à rannonce que le roi était déjà en Thcssalie, qu'il allait entrer en Grèce avec les Thessaliens et qu'il avait uianifesté une grande irritation contre l'aveuglement d'Athènes -, on n'en poussa pas avec plus de zèle les préparatifs, bien que Démosthène n'eût pas cessé de prêcher la guerre. Une marche rapide des Macédoniens pouvait épargner à la Grèce un grand malheur.

Alexandre, quittant les Thermopyles, descendit dans la plaine de la Béotie et vint camper près de la Cadmée : les Thébains n'essayèrent pas de résister. Quand on apprit à Athènes que Thèbes était aux mains d'Alexandre, si bien que deux jours de marche pouvaient amener l'ennemi aux portes de la ville, les défenseurs les plus acharnés de la liberté eux-mêmes perdirent courage. On résolut de mettre à la hâte les murs en état de défense, d'évacuer le pays plat, de faire entrer dans Athènes tous les biens meubles, « de sorte que cette ville, si admirée et si disputée, ressemblait à une étable de bœufs et de moutons^ ». En même temps, on décida d'envoyer des ambassadeurs au roi, pour l'apaiser et lui demander pardon de ce que les Athéniens n'avaient pas immédiatement reconnu son hégémonie. Peut-être pouvait-on sauver encore la possession d'Oropos, que les Athéniens avaient reçue des mains de Philippe deux ans auparavant ^. Démosthène était un des ambas-

') Pour l'Acrocorinlhe, nous avons le témoignage de Plutarque (Araf. 23); pour Chalcis, un passage de Polybe (XXXVIII, I c, 3 éd. Hullsch) et surtout l'envoi de Protéas contre la flotte perse en 333 (àvàysTai àub Xy.lYj.ooc. Arrian., II, 2, 4) rend l'occupation vraisemblable.

-) ToO veav'c-xo'j xo Tiptotov -Kxpoç'jvOlvTo; z\Y.ÔT(ti;[/EsCH]S., InCtCSiph.,^ 161).

^) C'est l'expression employée dans le discours 'TTikp t?,; ôa)0£xaeTca;(§14;, mis sous le nom de Démade.

^) Tov 'QpoTîbv ave-j Tipeagstaç Àagciv (Demad., ihid., § 9). Aristote (fr. 561 éd. Rose) mentionne Oropos, et {fr. 560; Drymos, située dans la partie du

Fin de 336] alexandrin a cokinthe 1 1 1

sadeiirs ; mais, arrivé au Cithéron, soit qu'il se souvînt de ses lettres à Attale, soit qu'il craignît de dévoiler ses relations avec les Perses % il s'en retourna, laissant aux autres envoyés le soin de porter les prières du dclmos athénien. Alexandre les reçut avec bonté ', pardonna le passé, renouvela les traités précédemment conclus avec son père, et demanda seulement que, pour les négociations ultérieures, Athènes envoyât des plénipotentiaires à Corinthe. Le peuple jugea convenable de décréter pour le jeune roi de plus grands honneurs que ceux qu'il avait accordés à son père deux ans auparavant \

Alexandre poursuivit sa marche vers Corinthe, où les plénipotentiaires des Élats de la Ligue avaient rendez-vous '\ Sparte elle-même paraît avoir été invitée ; c'est ce que fait supposer la déclaration des Spartiates: « que leur habitude n'était pas de suivre les autres, mais de les conduire ^ ». Alexandre aurait pu facilement les contraindre, mais c'eût été peu habile et la chose n'en valait pas la peine; il ne voulait en somme que l'apaisement aussi prompt que possible de la Grèce et la reconnaissance de Thégémonie de la Macédoine contre les Perses. C'est en ce sens que fut renouvelée et jurée la formule

territoire attico-béotien qui confine à la JMégaride. Ces deux fragments sont tirés des Aty.att6(xaTa 'EX)>r,vîocj)v iiôlîbiv, kl wv ^îXiUTro; xà? çiXoveixi'a; tûv 'EXXr,vwv od\'jatv[yit.Arist.Marcian.^ ap. Rose, ARisTOT.,Pse«<iejJ., I,p. 246). *) yËscHiN., In Ctesiph., § J6i. Suivant Dinarque {In Demosth., § ^2), il refusa de faire partie de l'ambassade envoyée au roi.

2) cptXavôpcoTïO'j; aTîoxpîas'.ç ool; (DioDOR., XVII, 4). Justin dit au contraire : quibiis aiidltis et graviter increpatls (Justin., XI, 3) : il confond les deux expéditions d'Alexandre, celle-ci et celle de l'année suivante, et il met au compte de la première ce qui est vrai de la seconde. Une inscription nous a conservé quelques fragments du traité conclu avec Alexandre : ... oOô[è ciuXa £[7r]oî[(7to eni 7r-/)(xovr) Ètt' oOôéva tcov] £[jLtx£vôv[i]a)V Iv T[r, £'.p"r|Vr, oute xairà yr,vj ouT£ xa-rà 6[.àXaa(7av... ovôs ^/wpjîov xoLxoi.''kr^^o\i[ai... £7î\ ■koH][jm o'joîvo? tcov xjt; £tpiqvr,ç xotvtovo'JvJTwv xi'/y\y)] o-jdz[i.i[-x... et plus loin : "/at 'KoXz[J,[r,]<7(ii xCo [... uapa]êatvov[Tt y.aÔoTi... zCo xa\ 6 r,y£[xc6v.., (C. I. AxTiC, II, ïi° 160).

3) Arrian., I, 1, 3. C'est à cette circonstance que doit se rapporter, dans l'inscription où Lycurgue rend compte de son administration (Cf. Kohler, in Hermès, V, p. 224), le passage où il est dit que deux couronnes d'or ont été votées à Alexandre. On peut mentionner aussi l'honneur que firent au roi les Mégariens en lui accordant chez eux le droit de cité. Alexandre, elç yÙMii 6£{jL£voç Tr,v ano'JÔT^^ a'jTtbv, accepta cet honneur, parce qu'ils lui dirent qu'ils l'avaient jadis décerné à Héraclès (Plut., De monareh.^ 2).

*) o\ (TuvEops'Jîtv £Iw66t£; (DlODOR., XVII, 4, 9). S) Arriax., I, 1, 2.

112 ALKXANDIU: K.N (illKC.K |l, 3

(lu |>a(l(' fédéral, ol Alexiiudrcfut nommé stratège des llellùiics avec des pouvoirs illimités.

Alexandre avait atteint le l)ut qu'il se proposait. Il serait intéressant de connaître en (|uelle disposition se trouvaient alors à son égard les contrées helléniques; il est vraisemblable qu'il y avait moins d'exaspération et d'hypocrisie à son égard que pourraient nous le faire croire le zèle acharné des orateurs altiques pour la liberté, ou la haine que les moralistes grecs du temps de l'empire romain allectaient pour la tyrannie. On voit les choses sous un jour bien dillércnt, quand on songe que Délios d'Ephèse, le disciple de Platon, envoyé par les Hellènes d'Asie, vint trouver Alexandre^ 1' » excita de toutes ses forces et l'entraîna » à commencer la guerre contre les Perses'. Parmi ceux qui étaient le plus étroitement liés avec Alexandre étaient Erig^yios et Laomédon, originaires de Lesbos, qui étaient venus s'établir à Amphipolis et qui devaient suffisamment connaître la misère de leur patrie dominée par les amis des Perses. L'état de ces pays était en effet un triste exemple de l'autonomie que le Grand-Roi avait garantie aux îles, depuis Rhodes jusqu'à Ténédos, par la paix d'Antalcidas : c'en était fait là-bas de la civilisation grecque, à moins qu'Alexandre ne vint et ne triomphât ^ Dans l'Hellade elle-même, ïhèbes seule avait à déplorer la perte de son autonomie, dont elle était bien un peu la cause ; à Athènes, l'opinion de la foule la plus mobile qui ait jamais exercé le pouvoir dépendait plus que jamais des dernières impressions et des prochaines espérances. L'abstention boudeuse de Sparte témoignait plus de faiblesse que de force, plus de mauvaise humeur que de dignité. On doit supposer que la partie la plus sensée du peuple hellénique se tournait du côté de la grande entreprise nationale qu'on était sur le point d'entreprendre, et du jeune héros qui se pré-

1) Plut., Adv. Colot., 32.

^) Il est possible que Ténédos se soit dès ce moment déclarée pour la cause grecque (xà; (7Tr,Xa; Ta? Tipbç 'A)i^avôpov y.a\ xoùç "EX)>r)vaç yevofxlva: acpÎTi. Arrian., II, 2, 2). Il est probable que cette accession a eu lieu alors et non pas seulement en 334, attendu que les conventions de 334 paraissent avoir été conclues avec Alexandre seul, et non. pas avec Alexandre et la Ligue de Corinthe.

336] MORT d'attale 113

sentait pour l'accomplir. Los jours qu'Alexandre passa à Corinthe senil)lent nous en donner la preuve. De tous les côtés, artistes, philosophes, hommes politiques, accouraient dans cette ville pour voir le jeune roi, l'élève d'Aristote; tousse pressaient près de lui, cherchant à obtenir de lui un regard ou une parole. Diogène de Sinope seul resta tranquille dans son tonneau, sur la palestre du faubourg. Alexandre vint alors à lui et le trouva couché au soleil devant son tonneau ; il le salua et lui demanda s'il n'avait point quelque désir : « Ecarte-toi un peu de mon soleil », fut la réponse du philosophe. Sur quoi le roi dit à ceux qui Faccompag-naient : « Par Zeus ! si je n'étais Alexandre, je voudrais être Diogène * ». Peut-être n'est-ce là qu'une anecdote comme on en a tant conté sur cet homme bizarre.

A l'hiver, Alexandre retourna en Macédoine pour se préparer à marcher contre les Barbares des frontières, expédition qu'il avait retardée jusqu'à celte époque. Attale n'était plus à craindre ; Hécatœos s'était uni à Parménion, et, comme ils ne croyaient pas leur armée assez forte pour aller s'emparer d' Attale au milieu des troupes qu'il avait su gagner, ils le firent assassiner, selon l'ordre qu'ils avaient reçu " ; les troupes séduites, qui se composaient partie de Macédoniens, partie de mercenaires grecs ^ rentrèrent dans le devoir.

Telle était la situation en Asie. En Macédoine, Olympias avait profité de l'absence de son fils pour savourer jusqu'à la dernière goutte le plaisir de la vengeance. Le meurtre de Philippe avait été, sinon son ouvrage, du moins certainement son

1) Plut., Alex. 14. Pausan., II, 2, 4, etc. C'est probablement à cette époque que se rapporte aussi l'histoire, assez spirituellement inventée d'ailleurs, de la visite d'Alexandre à Delphes. Comme la Pythie ne voulait pas prophétiser, attendu que ce n'était pas la saison (Apollon passait pour être absent durant les mois d'hiver), Alexandre la prit par le bras pour la mener malgré elle au trépied : elle s'écria : « 0 mon fils, tu es irrésistible! » et Alexandre enchanté accepta son exclamation comme un oracle.

^) DiODOR.,XVII, 5. CuRT., VII, 1, 3. Comment fut accompli le meurtre, les sources ne le disent pas : Diodore fait entendre que l'autorité de Parménion ramena les troupes à l'obéissance.

*) Diodore (XVII, 7) désigne les uns et les autres comme étant sous les ordres de Calas, qu succéda à Attale dans le commandement.

\\ï i/AVANr-(;.\iU)i; i<:\ asik |1,3

<l(''sir; in.'iis ceux pouf cjni (;llo cL son lils avjiienl dû soullrir iiii iiidii^no IrailciniMil vivaionL oncoro : la j(Mini3 vouvo (Uéopà- Iro cl sou poLil enfant (h'vaiont mourir aussi. Olyinpias fit niassacror l'enfant sur le sein dv, sa mère, et força celle-ci à s'étrangler avec sa propre ceinture '. On rapporte qu'Alexandre s'emporta contre sa mère à ce sujet ; mais un fils ne pouvait que se mettre en colère. Toutefois, le courage de ses adversaires n'était pas brisé ; toujours on découvrait de nouvelles (rames : Aniyntas, fils du roi Perdiccas, au(juel Philippe avait donné la main de sa fille Cynane, se trouva im})liqué dans un com])lot contre la vie d'Alexandre, et fut exécuté".

Pendant ce temps, le corps d'avant-garde qu'on avait envoyé en Asie s'était étendu le long de la côte, à l'est et au sud : la ville libre de Cyzique, sur la Propontide, protégeait le flanc gaucbe de cette armée; sur la droite, au sud du Caïcos, Parménion occupait Gryneion. Déjà le démos d'Éphèse s'était soulevé et avait renversé l'oligarchie amie des Perses ; cette place était un point d'appui important qui permettait à Parménion de s'avancer davantage ^ Certainement le démos des autres cités, opprimé, soit par des tyrans, comme dans les villes de l'ile de Lesbos, soit par des oligarques, comme à Chios et à Cos, ou assujetti à l'obéissance des Perses, considérait avec une agitation croissante les progrès des troupes macédoniennes. L'envoi de cette avant-garde avait pu être une faute, et pour Alexandre un embarras au commencement de son règne ; mais maintenant ce corps et l'excitation qu'il avait causée pouvait servir au moins à couvrir les derrières de l'armée d'expédition contre les Thraces ; les positions dont il s'était emparé, et la flotte macédonienne qui stationnait dans

*) Plut., A/tvc. 10. Diodor., XVII, 2. Justin., IX, 7. Pausanias (VIII, 7, 7) parle d'un genre de mort plus horrible encore.

-) Amyntas qui mihi consobriniis fuit et in Macedojiia capiti meo impias comparavit insidias, dit Alexandre dans le procès de Philotas (Curt., VI, 9, 17. Cf. Arrian., ap. Phot., § 22). La date est fournie parles fiançailles de Cynane avec le prince des Agrianes (Arrian., I, 5, 4).

^j Les événements de Magnésie, où le général perse Memnon avait la haute main, sont antérieurs à la mort d'Attale, que Polyœnos (V, 44, 4) nomme à côté de Parménion, et appartiennent encore, par conséquent, à l'année 336.

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