OL. CXI, 2] bataille du granique
portèrent la nouvelle que les ennemis se tenaient sur la rive opposée en ordre de bataille, la cavalerie déployée en ligne sur la berge argileuse et escarpée du Granique, avec l'infanterie à petite distance derrière elle. iVlexandre comprit aussitôt le défaut de la disposition des Perses, qui employaient à la défense d'un terrain difficile les armes propres à une attaque impétueuse, tandis qu'ils réduisaient leurs excellentes troupes mercenaires helléniques au rôle inactif de spectateurs d'un combat qu'eux seuls auraient pu soutenir. Une charge hardie de cavalerie devait suffire pour atteindre l'autre rive et gagner la bataille ; les hypaspistes et les phalanges devaient suivre pour confirmer et utiliser la victoire. 11 donna l'ordre aux colonnes de marche de s'étendre à droite et à gauche, et de se former en ordre de bataille. Parménion vint le trouver pour le dissuader du combat. Il était prudent, disait-il, de camper d'abord sur la rive du fleuve, car l'ennemi, inférieur en troupes de pied, n'oserait passer la nuit près des Macédoniens; il se retirerait, et le lendemain, avant que les Perses aient eu le temps de revenir et de se reformer, on pourrait sans danger opérer la traversée du fleuve : à cette heure, au contraire, l'entreprise ne semblait pas sans péril : le jour baissait; le fleuve était en maint endroit rapide et profond ; la rive opposée était escarpée, et, comme on ne pourrait traverser en ligne, il faudrait passer en colonnes que la cavalerie prendrait en flanc et massacrerait avant qu'elles aient pu se préparer au combat. Enfin, les suites d'un premier échec ne seraient pas seulement fâcheuses pour le présent, mais auraient une influence décisive sur le sort de la campagne K Le roi répondit : (( Je vois bien tout cela; mais j'aurais honte, après avoir si facilement passé l'Hellespont, si ce filet d'eau nous retenait et nous empêchait de passer, tous tant que nous sommes ; cela
1) Le récit de Plutarque {Alex. 16) — à savoir qu'Alexandre, sachant que les rois de Macédoine avaient l'habitude de ne pas livrer de bataille (elàyetv tV (TTpaTtàv) durant le mois Dœsios, avait tourné la difficulté en appelant ce mois le second Artémisios — ne peut guère servir à déterminer avec quelque précision la date de la bataille. Personne autre ne dit que le mois Artémisios ait été en Macédoine le mois intercalaire, et Tidentification du Thargélion attique (mai) avec le Daesios macédonien ne peut être acceptée qu'avec bien des réserves.
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conviendrait aussi peu à la f^loirc des Macédoniens qu'à nos habitudes en face du danf^er ; et les Perses, je pense, s'enhardiraient, s'iniaginant qu'ils peuvent se mesurer avec les Macéoniens parce qu'ils n'auront pas fait tout de suite l'expérience |u'ils redoutent». Sur ce, il renvoya Parniénion à l'aile gauche ju'il devait conduire, tandis qu'il se dirigeait lui-même vers les escadrons de l'aile droite.
A l'éclat de ses armes, au panache blanc de son cascjue, aux témoignages de respect de ceux qui l'environnaient, les Perses, sur l'autre rive, reconnurent qu'^Vlexandre se tenait en face de leur aile gauche et que c'était de ce côté qu'ils devaient attendre l'attaque principale. Ils se hâtèrent de placer le noyau de leur cavalerie en rangs serrés en face de ce point, tout au bord de la rivière; il y avait là Memnon avec ses fils, et Arsame avec ses propres cavaliers ; venaient ensuite, dans la ligne de bataille, le gouverneur de Phrygie Arsitès, le satrape de Lydie Spithridate, avec les cavaliers hyrcanicns et quarante nobles Perses formant son escorte, puis les masses de cavalerie formant le centre, enfin celles de l'aile droite sous les ordres de Rhéomithrès ^ Un instant les deux armées se tinrent en silence, dans une anxieuse attente, en face l'une de l'autre, les Perses tout prêts à fondre sur l'ennemi, s'il voulait traverser le fleuve, au moment où il gravirait la rive escarpée et avant qu'il put se mettre en ordre, Alexandre explorant le fleuve d'un coup d'œil rapide, pour saisir l'endroit où l'attaque était possible. Montant alors sur son cheval de bataille, le roi exhorta ses soldats à le suivre et à combattre en hommes; puis il donna le signal de l'attaque. En avant, pour ouvrir le combat, marchait Amyntas le Lynceste, avec les sarissophores, les Péoniens et un régiment d'hypaspistes ^, auquel on avait adjoint l'escadron d'Apollonia, conduit par Ptolémée fils de Philippe, et placé ce jour là en tète de la cavalerie ^ Dès que
*) Du moins Diodore (XYII, 19) indique ces points du front de bataille : il place à l'aile droite 1000 cavaliers mèdes, 2000 autres sous Rhéomitrès et 2000 Baclriens.
2) C'était sûrement une taxis d'hypaspistes : Arrien (1, 22, 4) en cite deux, dont l'une sous les ordres du chiliarque Addeeos.
3) C'est Vile de Socrate, lequel était présent, comme on le voit par un passage d' Arrien (I, 15, 1). Ce Ptolémée qui, malgré la présence de l'ilarque,