‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 73 sur 231 · OL. cxii, 1] l'armée royale · texte numérisé non relu

OL. cxii, 1] l'armée royale

la miilliliide clos cavaliers des plaines de la Bactrianc et des vaillantes tribns qni habitaient les montagnes caspiennes et kurdes? Depuis le temps du premier Darius, ces côtes qui étaient perduc^s aujourd'hui et les efforts auxquels elles obligeaient pour conserver l'empire de la mer n'avaient-elles pas seules été, à proprement parler, la cause qui avait appelé le danger et la ruine sur le royaume de Cyrus et qui avait impliqué les Perses, pour leur propre perte, dans les querelles sans fin des Hellènes? Maintenant il s'agissait de sauver l'intérieur des contrées de l'Orient, de défendre le haut plateau de l'Iran qui commande l'Asie, et le Roi des rois appelait les nobles de sa race, les petits-fils des sept princes, les satrapes fidèles à la tète de leurs peuples, à combattre pour la gloire et la puissance des Perses ; il remettait son sort entre leurs mains: plus de mercenaires helléniques, plus de généraux grecs, plus de Macédoniens fugitifs pour éveiller la jalousie et la défiance des siens; la communauté du malheur avait indissolublement uni aux fils de l'Asie les quelques milliers d'étrangers qui s'étaient enfuis d'Issos avec lui; c'était une véritable armée asiatique qui allait arrêter l'armée de l'Europe au pied des montagnes de l'Iran.

La plaine de Babylone avait été assignée comme lieu de rendez-vous à la grande armée. Bessos, le satrape de la Bactriane, amenait des contrées] les plus reculées d'Asie les Bactriens, les Sogdiens, les peuples guerriers de l'Inde qui habitaient les contrées montagneuses du Caucase indien; les cavaliers Sakes du Turkestan, sous les ordres de Mauacès, s'étaient unis à lui, ainsi que les Dahes des steppes de la mer d'Aral. Les peuples de l'Arachosie et de la Drangiane et les montagnards indiens du Paravéti arrivaient, sous la conduite de Barsaëntès, leur satrape; les Ariens, leurs voisins de l'ouest, étaient amenés par le satrape Satibarzane, les escadrons de cavalerie perse, hyrcanienne et tapurienne du Korassan, ce pays qui était l'épée de l'Iran, par Phratapherne et ses fils. Ensuite les Mèdes, ces anciens maîtres de l'Asie, étaient conduits par leur satrape Atropatès, qui amenait aussi les Cadusiens, les Sacaséniens et les Albaniens des vallées du Kour, âo TAraxe et du lac Ourméa. Du sud, des côtes du

312 l/AUMftE ROYAf.i: A HARYLONE [II, 3

f^oin» P('rsi(]uo, vonaient les (jcdrosions cl les Carnuiiiicns, sous Ocoiilobate ol Ariobarzane, le (ils d'Arlabaze; les Perses, sous Orxiuès, delà race des sej»! princes. OxaLbrès, fils du salrape de Susiane Aboulilès, conduisait les Susiens et les lixiens. Les contin'^enls de l]abyb)ne se réunissaient sous les ordres de Boupalès; ceux d'Arménie arrivaient sous la conduite d'Orontès et de Mithraustès; ceux de Syrie, en deçà et au delà du fleuve, étaient conduits par Mazaeos ; il vint môme du pays de Cappadoce, dont Tarmée macédonienne n'avait louché dans son expédition que la partie occidentale, des cavaliers sous les ordres de leurdynaste Ariaralbe *.

Ainsi, pendant le printemps de 331, l'armée du roi des Perses se réunissait à Babylone; elle comptait quarante mille chevaux et des centaines de mille hommes, plus deux cents chariots armés de faux et quinze éléphants qui avaient été amenés de l'Inde. Le roi, dit-on, contre Tancienne coutume, s'occupa lui-même de l'armement de ses troupes, et spécialement de la cavalerie -. Il s'agissait avant tout de concevoir un plan qui permît à l'armée perse d'opérer avec tout le poids de ses masses et l'élan de son innombrable cavalerie.

Deux fleuves, l'Euphrate et le Tigre, traversent en diagonale la contrée qui se déroule au pied du rempart formé par la chaîne Iranienne, et ils croisent les routes qui conduisent des côtes de la Méditerranée à TAsie supérieure. C'était une pensée toute naturelle que d'aller à la rencontre de l'ennemi au passage des fleuves ; il était sage de placer le gros des forces du Grand-Roi en arrière du Tigre, car d'abord, il est plus difficile à traverser, et ensuite une bataille perdue sur TEuphrate aurait rejeté les troupes vers l'Arménie et livré à l'ennemi Babylone ainsi que les grandes routes de Perse et de Médie. Au contraire, une position prise derrière le Tigre couvrait Babylone; une victoire permettait de poursuivre l'ennemi à outrance à travers les vastes plaines désertes de la Mésopotamie, tandis qu'une défaite laissait ouverte la retraite

^) Arrian., III, 8, 1 sqq.

-) CuRT., IV, 9, 4. L'effectif indiqué ci-dessus pour l'armée perse est celui que donne Arrien (III, 8, 6),

Print. 331 : ol. cxtt, l] les perses a arbèles 313

vers les satrapies do l'Orient. Darius se contenta d'envoyer en avanl sur rEupbrate quelques milliers d'hommes sous les ordres de Maza'os, pour surveiller le passage du tleuve : quant à lui, il partit de Babylone et se rendit dans le voisinage d'Arbèles, ville importante sur la grande route qui conduit, de l'autre côté du Lycos, dans la grande plaine de?sinive. Cette plaine s'ëtend à l'ouest jusqu'à la rive gauche du fleuve impétueux du Tigre, et au nord jusqu'aux premiers contreforts du mont ZasTOs.

Dans cette position, Darius pouvait se porter sur le bord du fleuve, dès qu'Alexandre se présenterait, et lui en rendre le passage impossible.

Tandis que le roi Darius, avec toutes les forces militaires qu'il avait pu réunir, se tenait sur le seuil de la moitié orientale de son empire, prêt à la disputer à son adversaire, le dernier reste de la puissance des Perses succombait dans l'extrême Occident.

Que n'aurait pas pu faire la flotte perse dans la mer Hellénique, si elle eût agi en temps opportun et d'une manière convenable, si elle eût soutenu de toutes ses forces le mouvement auquel le roi Agis avait donné le branle dans le Péloponnèse! Mais toujours hésitante, sans plan arrêté, sans résolution, elle avait laissé passer, durant l'été de 333, le moment décisif où il fallait prendre l'offensive : et pourtant, affaiblie comme elle l'était par l'envoi des vaisseaux qui avaient conduit les mercenaires grecs à Tripolis, elle s'obstinait, même après la bataille d'Issos et lorsque déjà les côtes phéniciennes étaient menacées par l'ennemi, à rester dans ces stations occidentales qui n'avaient de raison d'être que pour l'offensive, au lieu de faire voile pour la Phénicie, afin de soutenir la résistance de Tvr et de maintenir la cohésion dans les contingents incertains de la flotte. Au printemps de 332, les vaisseaux phéniciens et cypriotes s'en retournèrent chez eux, mais Pharnabaze et Autophradate restèrent dans la mer Egée avec le reste de la flotte, alors tellement réduite qu'ils ne pouvaient plus qu\à grand peine, et seulement avec le secours des tyrans qu'ils avaient favorisés ou installés, conserver la possession de Ténédos, de Lesbos, de Chios et de

:\\ï i.i;s \ïa:s \)K la m:\\ i-.c.Èi: |II, 3

Oos '. I)«''|)nm*viis (Ir huile iiilliiciicc en (in'co, |»;iil.i ju'udenco et la fiMMiic alliliid)' (rAiili[»al(M', ils irrhiicnl jdiis en ra]»])oiis (liivcts (jiravcc Ai;is;iiiais le niouveinciil (juc r(;lni-ci avait espéré |»i'(>NM(|tier dans le Pélojxmiif'se de ('oncerl hwa'. eux avait été poiic ainsi dire emayé |)ai' l.i dispersi(>ii suecessivc des foires navales, et Ai^is n'avail pu (jue faire occuper la ('rèle par son frère, l'endanl ce temps, la Hotte macédonienne prenait le dessus d'une façon si marquée dans les eaux de la Grèce, sous les ordres des navarques Hé^élochos et Amplioléros, pendant l'année 332, que bientôt les habitants de Ténédos, qui n'avaient échangé l'alliance d'Alexandre contre le joug des Perses que par contrainte, ouvrirent leur port aux Macédoniens et proclamèrent de nouveau l'ancienne alliance. Leur exemple fut suivi parles habitants de Chios, qui, dès que la tlotte macédonienne parut dans leur rade, se soulevèrent contre les tyrans et contre la garnison perse et ouvrirent leurs portes. L'amiral perse, Pharnabaze, qui se trouvait alors dans le port de Chios avec quinze trirèmes, tomba entre les mains des Macédoniens en même temps que les tyrans de l'île; et comme Aristonicos, tyran de Méthymne dans l'île de Lesbos, parut pendant la nuit avec quelques bâtiments de course devant le port, qu'il croyait encore aux mains des Perses, et demanda à entrer, la garde macédonienne du port le laissa pénétrer, puis massacra l'équipage et conduisit le tyran prisonnier dans la forteresse. Les Perses et leur parti perdaient chaque jour de leur crédit ; déjà Rhodes avait envoyé dix trirèmes à la flotte macédonienne devant Tyr; maintenant c'étaient les habitants de Cos qui abandonnaient aussi la cause des Perses; tandis qu'Amphotéros, avec soixante vaisseaux, faisait voile pour Cos, Hégélochos se tourna vers Lesbos avec le reste de la Hotte. Charès, après avoir échoué l'année précédente dans sa tentative sur Méthymne, avait débarqué dans l'île avec deux mille mercenaires, s'était emparé de Mitylène et

\) Q. Curce (IV, 5, 3) dit d'Alexandre, en automne 332 : prœtores qiioque tpsius cgrcgii duces pleraqiie invasemnt, Calas Paphlagoniam, Antiyonus Ljjcaoniam, Balacnis Hydanie Darii prxtore supcrato Milctum (codd. II. duos militwn). Le même auteur (IV, I, 37) nous apprend que Milet avait (U'jii été rançonnée par Pliarnabaze.

Automne 332 : ol. cxii, 1] la grèce insulaire 315

avait commencé à y prendre des allures de seigneur au nom de Darius. Le vieux guerrier athénien n'avait pas l'intention d'engager une résistance qui pouvait avoir de graves conséquences : il capitula, sous condition qu'on le laisserait se retirer iihj'ement, et se réfugiaavecseslionimes dans File atti(|ue d'imbros, d'où il gagna le Ténare, le grand marché aux mercenaires \ La reddition de Mytilène donna aux autres villes le courag^e de recouvrer aussi leur liberté; elles restaurèrent leur constitution démocratique. Hégélochos fît alors voile au sud vers Cos, qui déjà se trouvait entre les mains d'Amphotéros. Seule, la Crète était encore occupée par les Lacédémoniens ; Amphotéros entreprit de la soumettre et s'y rendit avec une partie de la flotte^ tandis que Hégélochos, avec l'autrepartic, se dirigeait vers l'Egypte pour annoncer lui-même au roi l'issue de la lutte contre les forces navales des Perses, et en même temps pour lui remettre tous les prisonniers^ à l'exception de Pharnabaze, qui avait trouvé dans l'île de Cos l'occasion de s'évader. Alexandre donna l'ordre de renvoyer les tyrans aux communes qu'ils avaient asservies, pour y être jugés ; quand à ceux qui avaient livré par trahison l'île de Chios à Memnon, ils furent envoyés en exil sous une forte escorte dans l'île Éléphantine, située sur le Nil, le point le plus reculé des frontières du royaume du côté du sud ^.

Ainsi fut anéanti, à la fin de l'année 332,1e dernier reste d'une flotte perse qui aurait pu mettre en péril les derrières de l'armée macédonienne et empêcher ses mouvements. La ligne de places fortes qui s'étendait depuis le Bosphore de

') Mitylenem, quam Chares Athcniensis imper occiipatam diioriim mil- Ihim Pcrsarum prsesidio tenchat... urhe tradita pactus id incolumi abire liccret Tmhrum petit {CvRT., IV, 5, 20). Cf. Arrian., III, 2, 6. Plutarque {Vit. X Oratt. [Hyperid.^ § 3]) rapporte que Charès s'en alla au Ténare.

-) Q. Curce (IV, 8, 15) estseulà parler de cette expédition dirigée «(/ /i^crandam Cretam, et il en parle comme si elle avait eu lieu après le départ d'Egypte. Comme Alexandre envoie de Tyr des ordresd'un caractère généial (Arrian., III, 6, 3) et que Hégélochos était le commandant en chef de la flotte (III, 2, 26), il est probable que c'est celui-ci qui envoya Amphotéros en Crète avant de se rendre à Alexandrie (à la fin de l'automne 332).

•^) Arrian., III, 2. Curt,, IV, 5 et 8. Le procès de l'atîreux tyran d'Érésos, Agonippos, est mentionné dans une inscription (ap. Conze, Heisc auf der Insel Leshos, p. 36) déjà citée plus haut (p. 199, 2),

.'UG EXCURSION A l/OASlS d'aMMON [îl , 3

Tliraro, lo long dos ccMes de l'Asie-Minoiiro ot de la Syrie jiisi\[\'i[ la nouvelle ville dWlcxandrie, servait àassiirorla parfaile lianqiiillité des pays sounjis, et offrait en même temps une large hase aux opérations ultérieures du côté de TOrient. La nouvelle campagne allait se faire au milieu d'un monde nouveau et étranger, parmi des peuples ignorants des mœurs helléniques et pour lesquels la liherté des rapports qui unissaient les Macédoniens à leurs princes était quelque chose d'inintelligihle, car, pour eux, le roi était un être d'une nature supérieure. Comment Alexandre aurait-il pu ne pas comprendre que les peuples qu'il voulait grouper en un empire unique ne pouvaient trouver et reconnaître leur unité qu'en lui seul ? Le houclicr sacré d'ilion le désignait comme le héros hellénique; les peuples de l'Asie-Mineure reconnaissaient dans celui qui avait défait le nœud gordien le vainqueur prédestiné de l'Asie; par le sacrifice qu'il avait offert à Héraclès dans le temple de Tyr et par la solennité qu'il avait célébrée dans le temple de rhtha à Memphis^ l'étranger victorieux s'était réconcilié avec les peuples vaincus et leurs rites les plus sacrés; il fallait maintenant qu'il emportât avec lui dans l'intérieur de l'Orient une consécration plus mystérieuse, une révélation plus solennelle, à laquelle les peuples le reconnaîtraient pour le Roi des rois, l'homme choisi pour être le maître du monde depuis le levant jusqu'au couchant.

Dans le vaste désert de Libye, à l'entrée duquel se dressent la statue colossale et rongée par le temps du sphinx vigilant et les pyramides à moitié ensablées des Pharaons, dans cette silencieuse et morne solitude qui, à partir de la lisière delà vallée du Nil, s'étend à perte de vue du côté de l'Occident, et sur le sable mouvant de laquelle le vent brûlant du Midi fait disparaître les traces du chameau fatigué, apparaît un îlot verdoyant qui semble sortir du sein des ondes : de hauts palmiers l'ombragent; des sources, des ruisseaux et la rosée du ciel viennent le rafraîchir; c'est le dernier asile de la vie au milieu d'une nature qui agonise tout àl'entour, c'est le dernier lieu de repos pour le voyageur dans le désert. Sous les palmiers de l'oasis s'élève le temple du dieu mystérieux qui jadis, dit la légende, arriva sur une barque sacrée du pays

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d'Ethiopie dans la Thèbes aux cent portes, et qui de Thèbes s'avança dans le désert pour se reposer dans l'oasis et se manifester, sous une forme mystérieuse, à son fils qui le cherchait. Autour du temple de ce dieu, loin du monde, dans une solitude sacrée où Ton se sentait près de Zeus Ammon, le dieu de la vie, habitait une pieuse race de prêtres : ils étaient ses serviteurs nés elles dispensateurs de ses oracles, ces oracles que les peuples, au près et au loin, envoyaient consulter par des messagers sacrés chargés de présents. Le roi de Macédoine résolut de se rendre au temple du désert pour poser de grandes questions au grand dieu.

Que voulait-il donc demander ? Ses Macédoniens se racontaient de singulières histoires du temps passé; ces histoires, auxquelles bien peu ajoutaient foi alors, dont la plupart se moquaient, mais qui étaient connues de tous, avaient été comme ressuscitées par cette expédition ; on se rappelait les orgies nocturnes qu Olympias célébrait dans les montagnes de son pays ; on parlait de son art magique qui l'avait fait répudier par le roi Philippe ^ : un jour qu'il l'avait épiée, disait-on, dans la chambre où elle reposait, il avait vu un dragon dans son sein, et des hommes de confiance qu'il avait envoyés à Delphes lui avaient rapporté cette réponse du dieu : « qu'il devait sacrifier à Zeus Ammon et l'honorer par-dessus tous les dieux ». On se rappelait qu'Héraclès aussi était né d'une mère mortelle, et l'on prétendait savoir qu'Olympias, tandis que son fils se dirigeait vers l'Hellespont ^ lui avait confié le secret de sa naissance. D'autres pensaient que le roi voulait demander conseil au dieu pour sa prochaine expédition, comme Héraclès lui-même l'avait fait quand il partit pour combattre le géant Antée, et Persée avant d'entreprendre son expédition contre les Gorgones. Tous deux étaient ancêtres du roi, et il aimait à suivre leur exemple. Ce qu'il voulait au fond, personne ne le savait; un petit nombre de troupes seulement devaient le suivre.

La colonne partit d'Alexandrie en se dirigeant le long des

') Plut., Alex., 3.

-) Itincr. Alex., 18.

:{|<S ALKA'ANDUK A l/oASIS l)\\MMO.N |||, ,'i

(nies vers ]\ir;i'l nni( ui, jucmiiTc Inralitc {i{)parloiiantan\ (lyn''iK'cns. ('i('(i\-(i ciivoN i'rcMil (1rs jimhassadciirs cl des prcsc'nls, coiisislaiil (Ml dois cciits clicvaiix (h; j^iierro et (jn riiKj quadriges, cl dcniaiidèrenl de faire alliance avec le roi, ce qui leur fui accordé '.De là, le chemin se dirigeait vers le sud à travers un (li'sei't de sable sur le monotone horizon duquel ne s'élève aucun ;u-l)re, aucune colline. Tout le long du jour, un air brillant où voltigeait une» poussière douce (^t fine, un sable si mouvant que chaque pas était incertain; nulle part un peu de gazon pour se reposer; pas une fontaine, pas une source qui permît d'apaiser la soif ])rùlante... Des nuages chargés de pluie apportèrent bient(jt le soulagement à plusieurs reprises, et ce bienfait de la saison passa pour un merveilleux présent du dieu dans le désert. On continua à marcher en avant ; aucune trace ne marquait la route, et les petites dunes dont chaque coup de vent, dans cet océan de sable, changeait la place et la forme, ne faisaient qu'augmenter l'embarras des guides, qui ne savaient plus trouver la direction de Foasis. En ce moment une couple de corbeaux^ parurent à la tête de la colonne comme des messagers du dieu , et Alexandre, plein de confiance dans le dieu, donna l'ordre de les suivre. Ils volaient en avant avec de grands croassements, se reposaient avec la colonne et reprenaient leur vol lorsqu'elle se remettait en marche. Enfin se montrèrent les cimes des palmiers, et la belle oasis d'Ammon reçut la colonne du roi.

Alexandre fut surpris de la beauté de ce lieu sacré qui, riche en olives, en dattes, en sel cristallisé, en sources salubres, semblait destiné par la nature au service du dieu vénéré et à la vie paisible de ses prêtres. Lorsque le roi demanda à consulter l'oracle, le plus âgé d'entre les prêtres le salua, dit-on, dans le vestibule du temple, puis, ordonnant à tous ceux qui raccompagnaient d'attendre en ce lieu, il conduisit le roi dans la cella du dieu. Un moment après, Alexandre reparut :

') CURT., IV, 7, 9. — çiAÎav xa\ (7u[j.[xa-/'!av (DiODOR., XVII, 49).

2) D'après Plolémée, c'étaient deux serpents : naturellement, il n'entend pas par ses opâxovxaç oûo cpwvr.v IfvTa; des « serpents parlants ». L'expression cpwvr, dans le sens de cr-jp'.ytJo; est correcte, comme on le voit par Aristote : r, ycovr, ^j/ôcpo: T'.ç £<7Tiv £[ji.'Vjxo-j [Wist. Anim., IV, 9).

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son visage était radieux, et il assura que la réponse avait été tout à fait conforme à ses désirs. Il paraît qu'il renouvela cette assurance à sa mère, en lui écrivant que, s'il la revoyait à son retour, il lui ferait part des oracles secrets qu'il avait reçus \ Il fit alors les plus riches présents au temple et aux hospitaliers habitants de l'oasis; puis il retourna à Memphis en Egypte ^

Alexandre avait tu la réponse du dieu, et la curiosité ou l'intérêt de ses Macédoniens n'en étaient que plus vifs. Ceux qui l'avaient accompagné dans l'Ammonion rapportaient des choses merveilleuses sur cette journée ; le premier salut du grand prêtre, que tous avaient entendu, avait été celui-ci : « Salut, ô mon fils! » Et le roi avait répondu : « 0 mon père, qu'il en soit ainsi : je veux être ton fils ; donne-moi l'empire du monde ! » D'autres se moquaient de ces contes : le prêtre avait voulu parler en grec et adresser la parole au roi en se servant de la formule : Elaicicv, mais il avait fait une faute de langue, et au lieu de Tra'.cîov, il avait dit : « Ha-oi:;, » ce qu'on pouvait réellement prendre pour « Fils de Zeus » (7:aî A-.:;). Finalement, ce qui passa pour la vérité vraie sur ce point, c'est qu'Alexandre avait demandé au dieu si tous ceux qui avaient coopéré à la mort de son père avaient été punis ; il lui avait été répondu qu'il pouvait mieux peser ses mots ; que jamais un mortel ne blesserait celui qui l'avait engendré, mais que tous ceux qui avaient concouru au meurtre de Philippe roi de Macédoine étaient punis. On ajoutait qu'Alexandre avait demandé en second lieu s'il vaincrait ses ennemis : le dieu avait répondu que l'empire du monde lui était destiné et qu'il remporterait des victoires jusqu'à ce qu'il retournât chez les dieux ^ Ces récits et autres semblables, qu'Alexandre n'affirmait ni ne démentait, servaient

1) DiODOR., XVII, 51. Callisth., fr. Si, ap. Strab., XVII, p. 814, Plut., A/ej?.,27.

2) Aristobule dit qu'Alexandre est revenu par le même chemin : Ptoléraée, au contraire, affirrae qu'il a pris directement la route de Memphis. Le renseignement donné par Plolémée doit être plus exact, car à ce moment, après le traité avec Gyrène, un détour par Parœtonion et Alexandrie aurait été sans utilité aucune.

3) D'après Plutarque, Q. Curce et Diodore.

320 l'oracle d'ammon (II, 3

à répandro aulour de sa personne quelque chose do mystérieux, qui prêtait du cliarnie et diî la cerlitude à la foi que les peuides avaient eu lui et en sa mission, et qui, aux yeux des Hellènes éclairés, ne devait paraîtie ni plus singulier que le mot d'iléraclite disant que les dieux étaient des hommes inmiortels elles honmies des dieux mortels, ni plus étrange (jue le culte héroïque rendu par les colonies anciennes et nouvelles à leurs fondateurs, ou que les autels et les fôtes dédiés deux générations auparavant au Spartiate Lysandre.

On est tenté de poser ici une autre question , la seule qui mène au fond des choses : quelle idée Alexandre se formait-il du but de cette expédition dans TAmmonion et des incidents mystérieux qui s'étaient passés dans le temple ? A-t-il voulu tromper le monde? a-t-il cru lui-même ce qu'il voulait faire croire aux autres ? a-t-il eu, lui qui avait l'esprit si net et si libre, qui était si sur de ce qu'il voulait et de ce qu'il pouvait, a-t-il eu des moments d'incertitude intérieure dans lesquels son esprit cherchait un point d'appui, un repos dans le surnaturel ? On voit qu'il s'agit ici des dispositions religieuses et morales dans lesquelles se trouvait le vouloir et le faire de ce caractère passionné; il s'agit de Tessence la plus intime de sa personnalité, on pourrait dire de sa conscience. Il n'est possible de le comprendre tout entier qu'en se plaçant à ce point central de son être, par rapport auquel tout ce qu'il fait, ce qu'il produit, n'est que la périphérie, que des parties de périphérie dont la tradition nous a conservé seulement quelques fragments. Le poète aie droit d'approprier les caractères de ses personnages à l'action qu'il représente, de telle sorte que ces caractères expliquent eux-mêmes ce qu'ils font ou ce qu'ils souffrent. La recherche historique obéit à d'autres lois ; elle aussi cherche à donner une image aussi claire, aussi bien établie que possible des figures dont elle doit suivre pas à pas le rôle historique; elle observe, autant que ses documents le lui permettent, leurs actions, leurs aptitudes, leurs tendances; mais elle ne pénètre pas jusqu'au lieu où toutes ces choses ont leur source, leur impulsion, leur norme. Elle n'a aucune méthode et aucune compétence pour trouver le secret enfoui au fond des âmes, pour fixer et juger par ce moyen la valeur morale.

Prbit. 331 : ol. cxii, 1] l'oracle d'ammon 321

c'est-à-dire, toute la valeur de la personne. Pour toutes les lacunes qui lui restent de ce côté, c'est assez qu'elle ait une sorte de compensation; en envisageant les personnalités dans un autre ordre d'idées que celui où réside leur valeur morale, dans leur rapport avec les grands développements historiques, dans leur participation à des œuvres ou créations durables, dans leur force ou dans leur faiblesse, leurs plans et leurs arrangements, leur aptitude et leur énergie à rendre possible ce qu'ils ont projeté, elle les classe d'après leur rôle, elle exerce la justice qui est de son ressort et elle donne du passé une intelligence non pas plus profonde, mais plus large et plus libre que la méthode purement psychologique.

Nous pouvons du moins toucher ici un point où semblent venir se croiser plusieurs lignes importantes.

Depuis cette sentence remarquable d'Heraclite, depuis l'expression d'Eschyle : « une seule forme sous beaucoup de noms », les poètes et les penseurs du monde hellénique n'ont pas cessé de chercher un sens caché sous les nombreux types divins et sous les mythes qui constituaient la religion de leur pays, afin de trouver dans ce sens caché la justification de leur foi. On sait jusqu'à quel point Aristote a creusé ces questions. Alexandre n'a pas du lire seulement son dialogue populaire dans lequel il montre comment un regard jeté sur la magnificence du monde et l'éternel mouvement des astres donnerait, à celui qui les verrait pour la première fois, la persuasion (( qu'il y a véritablement des dieux et que ces prodiges si mer veilleux sont leur création et leur ouvrage ». Les leçons du grand penseur peuvent aussi lui avoir donné la conviction que l'homme des premiers âges a regardé le ciel et les astres qui y tournent dans des sphères éternelles comme des divinités, dont il a personnifié l'action et l'infiuence sous « une figure mythique », puis que, « pour la persuasion des masses, ainsi que pour les lois et les usages », ces mythes furent conservés et ornés de particularités merveilleuses, mais que la véritable divinité, le « Moteur immobile » qui « existe sans autre cause que lui-même » , est sans matière, sans parties, sans pluralité, forme pure, pur esprit, se pensant soi-même, donnant le mouvement sans agir et sans former, et vers lequel tout 1 21

{V22 l'oraci.i: i>'\mm()n [II, 3

se MKMil " jxmssr par le (l(''sir », comme vci'S le Hicii riciiicl, l;i lin snjnriiuî.

.Maiiilniaiil, (jne diil-il .•iirivcr si Alc^xaiidrc rencoiilra chiiis rAmmonioii un ('nscij^iR'mcnl divin, une synd)oli(|ue qui, s'cnfon(;aiil dans des spécnlalions analogues, avait réussi à cond)iner dans un syslcnio grandiose el complet (oui à la fois la certitude d'une autre vie, oùriiomme estjugé et transiiguré, avec les devoirs et l'ordre de la vie d'ici-bas, qui en est la préparation : c'est-à-dire Tesscnce du sacerdoce et celle de la royauté? Déjà les monuments des temps des vieux Pharaons parlent <( du Dieu qui s'est fait dieu lui-même, qui existe par lui-même, seul géniteur non engendré dans le ciel et sur la terre, seigneur des êtres qui existent et qui n'existent pas ». Et une inscription remarquable du temps de Darius II et composée en son honneur ' témoigne que ces idées avaient gardé toute leur vitalité et peut-être même avaient été poussées plus loin; Ammon-Ra est là le dieu qui s'est engendré luimême, qui se manifeste en tout ce qui est, qui était dès le commencement et qui est le fonds permanent de tout ce qui existe : les autres dieux sont comme des attributs pour lui, des modes d'action de son être : « Les dieux sont dans tes « mains et les hommes à tes pieds; tu es le ciel, tu es l'im- « mortalité; les hommes te louent comme celui qui ne se lasse « point de prendre soin d'eux, et c'est à toi que leurs œuvres « sont dédiées ». Puis vient la prière pour le roi: <( Rends « heureux ton fils, celui .qui est assis sur ton trône; rends-le « semblable à toi; fais qu'il tienne ta place en commandant « comme roi, et de même que ta présence répand la bénédic- « tion lorsque tu te lèves comme Ra, ainsi agit selon ton désir « ton fils Darius : puisse-t-il vivre éternellement ; que la « crainte, que le respect de sa personne, que la splendeur de « sa gloire soient dans le cœur de tous les hommes de tout « pays, comme ta crainte et ton respect demeure dans le cœur (( des dieux et dos hommes ».

Si les prêtres de TAmmonion ont salué Alexandre comme

^) Brugsch, Konig Dareios Lobgcsimg im Tempcl der gvossen Oase von El-Kliavgek (in Gôlt. Gel. Anzeig., 1877, n° 6), article en tête duquel il y a quelques mots d'explication.

Print. 331 : ol. cxii, 1] organisation de l'égypïe 323

fils crAmmoii-Ra, comme Zoiis-IIélios, ils Toiil fait dans loiite la siiicorilé de leur conviction religieuse cl de la symbolique profonde dans laquelle ils condensaient leur théologie. On rapporte qu'Alexandre écouta attentivement les explications du prêtre Psammon, le « pliilosophe », et spécialement celleci : que tout homme est dirigé par un dieu (iSac.AîjcvTa-. Jrè Gesy), car dans chacun le principe dominant et fort est divin. Alexandre lui aurait répondu que Dieu (tcv Oeôv) était en effet le père commun de tous les hommes, mais qu'il choisissait les meilleurs pour être ses enfants de prédilection.

Reprenons maintenant la suite des événements historiques , dont une nouvelle et importante série devait commencer avec le printemps de 331 .

De retour à Memphis, Alexandre trouva de nombreuses ambassades venues des pays helléniques ; aucune ne retourna dans sa patrie sans avoir reçu une audience favorable et sans que ses vœux eussent été remplis dans la mesure du possible. Avec ces ambassades, de nouvelles troupes étaient aussi arrivées, notamment quatre cents mercenaires helléniques sous la conduite de ]\Jénidas, cinq cents cavaliers thraccs sous celle d'Asclépiodore, et, paraît-il, quelques milliers de fantassins '; tous ces hommes furent aussitôt incorporés dans l'armée qui déjà se préparait à se mettre en marche. Alors Alexandre régla Tadministration du territoire égyptien avec une attention toute particulière, prenant soin spécialement de diviser les charges administratives, afin d'éviter la concen-

') Ce sont les chiffres donnés par Arrien (III, o, 1) : seulement, 400 mercenaires envoyés par Antipater sous la conduite de Ménidas auraient été un bien mince renfort, et à la bataille de Gaugamèle, ce n'est pas de l'infanterie mais des cavaliers que commande Ménidas. En revanche, on rencontre dans la même bataille, à l'aile droite et sous les ordres de Cléandros, un corps de k'jy^xlrn x'x\ryj\xivoi Ikvo'. auquel correspond à l'aile gauche le corps des Thraces de Sitalcès, fort peut-être de 4,000 hommes. Il y a lieu d'admettre, dans le texte susvisé d'Arrien, une lacune où il était question de ces \v>o: de Cléandros et peut-être d'autres troupes encore. Ce n'est pas à ce renfort qu'il faut rapporter, comme on l'a fait, le passage où Q. Curce (IV, 6, 31) dit qu'aussitôt après l'arrivée du roi à Péluse (nov. 332), Amyntas fut envoyé en Macédoine avec sept trirèmes ad inquisilionem novonim milidim. Cet Amyntas es! le fils d'Andromène, le stratège du régiment de phalange que Simmias commandait à sa place à Gaugamèle, oti 'A^x-jvta; in\ Maxôôovîa; s; ct'jX) oyfiV arpattâç £aTaX[X£voç r,v (ArriAX., IIIj 11, 9).

32i ALi:\AM)HK A TVIl [II, ,H

(ralion d'un j^niivoir trop i^rand dans une seule main, rc (jiii n'aiirail pas élé sans daiii^or à cause de riniportancu; militaire de celle faraude salrapie et des nondireux éléuKMits de puis" sance qui s'y trouvaient. Peucestas, (ils de Macartatos, et Balacros, fils d'Amyntas, obtinrent la stratégie du pays et le commandement des troupes qui devaient y rester, y compris les garnisons de Péluseet de Mcmpliis, en tout environ quatre mille hommes; le navarque Polémon eut le commandement do la flotte, composée de trente trirèmes; les Grecs établis ou émigrés en Egypte furent placés sous une juridiction spéciale ; les districts ou nomes égyptiens gardèrent leurs anciens nomarqucs, avec obligation de leur payer les redevances selon la taxe ancienne. L'intendance de tous les cercles purement égyptiens fut confiée d'abord à deux, puis à un seul Egyptien, et celle des districts de la Libye fut remise à un Grec. L'administrateur des districts d'Arabie, un Grec de IXaucratis en Egypte, qui connaissait la langue et les mœurs du pays, fut en même temps chargé de percevoir les tributs recueillis par les nomarques de tous les districts, et de plus on lui confia spécialement le soin de surveiller la construction de la ville d'Alexandrie ^

Après ces dispositions, après une série de promotions dans l'armée, après de nouvelles fêtes données à Memphis et un sacrifice solennel qui fut offert à Zeus Roi, Alexandre se mit en marche vers la Phénicie, au printemps^ de 331 ; la flotte arriva en même temps que lui dans le port de Tyr. Le peu de temps que le roi resta dans celte ville fut consacré à de grandes et magnifiques solennités d'après l'usage hellénique ; outre les sacrifices qui furent offerts dans le temple d'Héraclès, l'armée célébra des joutes de toutes sortes ; les plus habiles acteurs des villes helléniques avaient été appelés pour relever la pompe de ces journées, et les rois de Cypre, qui organisèrent

*) Ahrian., IIl, 5. Cf. Justin., XIII, 4. Si différent que soit le régime établi alors en Egypte de celui des Lagides, il faut expliquer celui-là par celui-ci. Cléomène est le préposé it^X twv Tipoaoôwv de tous les nomes : sa fonction et plus encore son habileté lui valurent bientôt dans sa satrapie d'Egypte une influence immense, dont on ne s'aperçut que trop six ans plus tard.

2) a|JLa Tw r,pi -jTio^a-'vovTi (ArriAiN . , III, 6, i).

Print. 331 : ol. cxii, 1] Alexandre a tyr 325

et ornèrent les cliœurs à la mode grecque, rivalisèrent entre eux de magnificence et de gollt^ Alors la « Paralia »* athénienne, le navire à quatre rangs de rames qu'on n*envoyait jamais que pour des solennités sacrées ou dans des occasions d'une importance particulière, entra dans le port de la ville; les envoyés qu'elle amenait venaient féliciter le roi et l'assurer de l'inviolable fidélité de leur patrie ; Alexandre répondit à cette attention en rendant la liberté aux prisonniers athéniens qu'il avait faits sur le Granique.

Il s'agissait de prendre des dispositions en vue d'une absence prolongée loin des contrées occidentales. La tranquillité régnait dans toute la Grèce, sauf à Sparte et en Crète; seulement, par suite des entreprises des Perses, de nombreux pirates troublaient la sécurité de la mer. Amphotéros reçut l'ordre de presser l'expulsion de toutes les garnisons perses et Spartiates hors de la Crète, puis de donner la chasse aux pirates et de prêter aide et protection aux Péloponnésiens que Sparte pourrait opprimer; enfin les Cypriotes et les Phéniciens reçurent avis d'avoir à lui envoyer cent vaisseaux sur les côtes du Péloponnèse. En même temps quelques changements furent apportés dans l'administration des contrées soumises ; on envoya en Lydie, à la place du satrape Asandros, qui allait en Grèce lever des soldats, le Magnésien Ménandre, qui faisait partie des hétaeres et fut remplacé par Cléarchos au commandement des troupes étrangères ; la satrapie de Syrie avait été donnée à Ménon ^, mais comme celui-ci n'avait pas pourvu avec le soin convenable aux besoins de l'armée qui traversait son territoire, Asclépiodore, qui venait d'arriver, reçut cette satrapie, avec le commandement immédiat sur la contrée du

^) Plut., Alex.. 29. Cf. Grysar, De Grœc. trag. Demosth. sefat., p. 29.

'^) C'est ainsi que s'appelle le vaisseau sacré d'après les inscriptions (Bucrh, TJrkimden des Seetvesens). Dans un document antérieur à laCVP 01. {ibid.^ IV,c.35), le vaisseau sacré est encore une trirème; dans d'autres, antérieurs à 01. CXIII, 3 [Ibid,, XIII, a. 62. XVI, c. 155), elle est qualifiée de T:£-pr,pr,; ou quadrirème.

3) On trouve dans Arrien (III, 6, 8) àv-\ oï xoO 'Aptfxixa, tandis que précédemment (II, 13, 7) c'est Mévwv 0 K£po:ij.[JLa qui est nommé stratège de Syrie. C'est évidemment de ce Ménon qu'Arrien veut parler ici : il a dû écrire àvxt oï toO Mivcovo; toO Ktç>o'.[i\).OL,

:i2() MMuMi: vKHs i/kipiihatk m, îl

.loiii'daiii cl lo soin clr cliAlirr les S;mi;ii'il(iins (|ui jiNaicril massacré Aiidroniachos, jns(jiralors coinniamlanL de celle coiilicc '. iMiliii ra(liiiiiiislrali(Ui liiiaiiciiTc fui rci^lùc de hdhï sorte (juc la caisse i^cnérale, (]iiia\ail clé jusqu'à ce jour j'(''uni(^ avec la caisse inililaire, cii lui désoiniais séparée, et, ainsi qu'on l'avail déjà l'ail en KgypLe, on iusiilua pour la Syrie el |

pour l'Asie-Mincure jus(pfau Taurus deux caisses centrales, 1

une par région. C.etle caisse fui confiée à Pliiloxénos pour les satrapies à Touesl du Taurus, el à (keranos pour les pays syriens, en y coniprenanl les villes phéniciennes, landis que la caisse militaire fui remise à Ilarpale, qui avait exprimé son repentir et auquel le roi, à cause de sa vieille amitié ou par politique, avait pardonné ce qu'il avait fait.

Enlin, l'armée partit de Tyretse dirigea vers l'Eupliratepar la grande route qui descend le cours de l'Oronte; il est possible qu'elle ait reçu pendant sa marche des renforts venant des garnisons de l'Asie-Mineure. Forte d'environ 40,000 fantassins et 7,000 cavaliers, elle atteignit Thapsaque au commencement d'août". C'était sur ce point qu'on passait ordinairement l'Euphrate. Un détachement de Macédoniens avait été envoyé en avant pour jeter deux ponts sur le fleuve ; mais ces ponts n'étaient pas encore achevés, car jusqu'à ce moment le Perse Mazieos, envoyé avec environ dix mille hommes pour défendre le passage du fleuve % avait occupé l'autre rive, de telle sorte qu'il eût été trop périlleux, pour l'avant-garde macédonienne de beaucoup moins nombreuse, de prolonger les ponts jusqu'à la rive opposée. A l'approche de la grande armée, Maza^os se retira à la hâte, car ses forces étaient trop peu considérables pour se maintenir à leur poste en face des

') CuRT., IV, 5, 10 : 8, \0.

') Sur Thapsaque et la ville de Nicéphorion, fondée non loin de là par Alexandre, près de la Rakka actuelle, on trouvera des détails plus précis dans Y Appendice du troisième volume, au cours de 1' a Élude sur les villes fondées par Alexandre ». D'après Arrien (III, 7. 1), Alexandre est arrivé à Thapsaque en Hécatombœon, sous l'archonlat d'Aristophane, c'est-à-dire entre le 12 juillet et le 10 août 331.

3) Le passage d'Arrien (III, 7, 2) : tuTila; \ih £-/wv -zoiay ùJ.o-jç xa\ xo-jtojv "EUr.va; (xidôocpôpo'jç, a été complété fort judicieusement d'après Q. Curce (IV, 9, 7) par Sintenis, de la façon suivante : -zç^'.rjyùJ.ryjz [tiICo-j: ôà i^axtc-/'.- Aïoy;] xa\ to'jtwv, etc.

Aoift 33 [ : OL. cxw, 2] passage de l'ettorate 327

troupes plus noiïil)rouses (rAlcxandre; cùt-il mémo sacrifié SOS soldais, il n'aur»iit apporté loutau plus (ju'un faiblo retard à la marche de l'ennemi, sans avantage appréciable pour le Grand-Roi, dont les préparatifs étaient complètement terminés.

Alexandre fit aussitôt achever la construction des deux ponts et passer son armée sur la rive orientale de l'Euphrate. Bien qu'il supposât que Tarniée des Perses se tenait prête à combattre et à défendre la capitale dans la plaine de Babylone où elle s'était rassemblée, il ne devait pas prendre le chemin qui côtoie le fleuve, ainsi que l'avaient fait soixante ans auparavant les Dix-Mille. Pendant les chaleurs de Tété, les déserts que traverse cette route eussent été doublement fatigants, et l'entretien d'une armée aussi importante eût rencontré les plus grandes difficultés. Alexandre choisit donc la grande route du nord, qui se dirige au nord-est par Nisibe à travers la contrée plus fraîche, accidentée et couverte de prairies que les Macédoniens appelèrent plus tard Mygdonie, passe le ïigre et descend en suivant la rive gauche du fleuve dans la plaine de Babylone.

Un jour, on amena devant le roi quelques cavaliers ennemis, qu'on avait surpris errant dans les environs et qu'on avait faits prisonniers ; ils annoncèrent que Darius avait déjà quitté Babylone et qu'il se tenait sur la rive gauche du Tigre, déterminé à employer toutes ses forces pour empêcher son adversaire de passer le fleuve ; que ses troupes étaient beaucoup plus nombreuses que celles qu'il avait aux défilés d'Issos, et qu'eux-mêmes avaient été envoyés en éclaireurs, afin que l'armée perse put se présenter en temps opportun et au lieu convenable le long du Tigre en face des Macédoniens.

Alexandre ne pouvait se hasarder à traverser sous les flèches ennemies un fleuve aussi large et aussi rapide qu'est le Tigre; il devait s'attendre à voir Darius occuper les environs de Ninive, où la route ordinaire franchit cette grande artère. Le tout était de se trouver aussi promptement que possible sur la même rive du fleuve que l'ennemi, et il s'agissait d'effectuer le passage sans être aperçu. Alexandre changea son itinéraire aussitôt, et, tandis que Darius l'attendait dans la

;i:2H PASSAOK nr tit-rk [II, l{

vaslc» |)laiii(» où si* Irouvonl h's ruines (loNii)iv(', il se porhi h iiiJUThes forcées au nord-esl, sur liedzalxle •. Il n*y avait pas (reiiuemis dans les environs; les troupes commcnei'rent à passer à la na£:^e le lleuv*', dont le courant est extrêmement rapide, et parvinrent sur la rive orientale au prix des plus grands efl"ort«, mais sans pertes considérables. Alexandre accorda un jour de repos à ses troupes épuisées, et elles établirent leur camp le long de la rive montueuse du fleuve.

Ceci se passait le 20 septembre ^ Le soir arriva; les premières sentinelles de nuit se rendirent à leur poste le long du fleuve et sur les montagnes; la lune éclairait les environs, qui ressemblaient à bien des contrées montagneuses de la Macédoine; soudain la lumière de la pleine lune commença à s'obscurcir, et bientôt le disque de l'astre brillant fut complètement cacbé dans les ténèbres. Il semblait que ce fût un grand présage envoyé par les dieux; les soldats inquiets sortaient de leurs tentes ; beaucoup craignaient que les dieux ne fussent irrités; d'autres rappelaient que, lorsque Xerxès avait marché contre la Grèce, ses mages avaient expliqué l'éclipsé de soleil qu'il avait vue à Sardes en disant que le soleil était l'astre des Grecs et la lune celui des Perses; maintenant les dieux voilaient l'astre des Perses, en signe de leur ruine prochaine. Le devin Aristandros expliqua au roi lui-même qu'il remporterait la victoire, pourvu qu'il livrât bataille dans ce même mois. Alors Alexandre sacrifia à la Lune, au Soleil, à la Terre, et les présages des sacrifices promirent également la victoire. A la pointe du jour, l'armée se mit en marche pour aller à la rencontre de l'armée des Perses,

L'armée macédonienne se dirigea vers le sud sans rencon-

^) Barbie du Bocage a signalé Mossoul comme le lieu où Alexandre franchit le Tigre : il n'a pas réfléchi que, d'après Arrien, Alexandre a encore fait quatre jours de marche à partir de cet endroit pour atteindre l'ennemi, tandis que Gaugamèle n'est qu'à quelques heures à l'est de Mossoul. Ces quatre jours de marche mènent à peu près à Bedzabde, place située sur le Tigre, souvent citée par les anciens, et dont l'importance est indiquée par la localité actuelle de Djézireh, à 20 milles au-dessus de Mossoul.

2) La date est déterminée d'une façon sûre par la mention de l'éclipsé de lune (Arrian., 111, 6, i) qui est survenue dans la nuit du 20 au 21 septembre (Ideler, Handb. der Chronologie, I, p. 347).

Sept. 331 : ol. cxii, 2J marche d'alexandre 329

trer aucune trace d'ennemi ; elle avait à sa gauche les premières hauteurs des montagnes des Gordyéens, à sa droite le Tigre rapide. Enfin, le 24 septembre, Favant-garde annonça qu'on apercevait dans la plaine des cavaliers ennemis, sans qu'on put en reconnaître le nombre. L'armée futpromplement mise en ordre et s'avança prête au combat. Bientôt arriva une autre nouvelle ; on pouvait estimer le nombre des ennemis à environ mille chevaux. Alexandre donna Tordre à l'escadron royal, à un autre escadron des hétceres et aux Péoniens qui faisaient partie de la cavaleiûe légère ou corps des éclaireuni, de monter à cheval, et se porta vivement avec eux à la rencontre de l'ennemi, en ordonnant au reste de l'armée démarcher lentement derrière lui. Aussitôt que les Perses le virent s'avancer, ils se sauvèrent à bride abattue; Alexandre les poursuivit: la plupart échappèrent; ua certain nombre tombèrent; ils furent mis en pièces et quelques-uns faits prisonniers'. Amenés devant Alexandre, ils déclarèrent que Darius se trouvait à une petite distance au sud, près de Gaugamèle, sur le fleuve Boumodos-, dans une plaine unie et ouverte de tous côtés;

') Q. Curce et Diodore ajoutent encore quantité de détails, par exemple, que les cavaliers fugitifs ont incendié les villages (cf. Poly.en., IV, 3, i8) : c'est dommage que tout cela ne s'accorde pas très-bien avec la situation de l'Euphrale et du Tigre.

-) Le plan du champ de bataille de Gaugamèle a été dressé pour la première fois par Félix Jones dans sa Map of the country of Ninivch (i852), puis en 1876 par l'ingénieur autrichien Czermk (in Petermanns Mitthcihmgen, Ergiinzungsheft, II, p. 75). La carte de Czernik donne, pour les cours d'eau voisins de Kermélis, un tracé qui s'écarte sur bien des points de celui de Jones. C'est le nouveau plan qui a été suivi dans le récit de la bataille. La route ordinaire des caravanes va en ligne à peu près droite d'Erbil dans la direction de l'ouest, franchit le chaînon peu élevé mais sillonné de défilés nombreux du Dehir-Dagh et arrive au Zàb (Zarb-el-Kebîr), l'ancien Lycos, large et abondante rivière que Ton passe à Eski-Kelek : de là, après avoir franchi encore la crête pierreuse de l'Arka-Dagh, on descend vers le lit rocailleux du Ghazir. De l'autre côté de ce cours d'eau, qu'on traverse à Zara- Khatoun, on arrive, après une courte montée, à une large plaine qui s'étend à perte de vue (Rich., Narrât., II, p. 23) : c'est ïequitabilis et vasta planities de Q. Curce (IV, 9, 10). A dix kil. de Zara-Khatoun, on trouve Kermélis (« Kermelès, village chrétien », d'après Petermanm, op. cit., II, p. 323), au bord d'un ruisseau qui descend du Mekioub-Dagh et va se jeter dans le Tigre. Treize kil. plus loin, on arrive au village d'Abou-Zouaga, assis dans une faible dépression que traverse un ruisseau coulant dans la direction du sud pour rejoindre celui de Kermélis. A moitié chemin entre les deux vil-

(pn^ SOI! .irm«''(^ ninniail hicn à un millinii (riioniincs cl à plus (11» ipiMraiilc mille clicvaiix, cl (prciix-iiirincs avaient élé envoyés en éelairenrs sous les ordres de Ma/a'f)s '. Alexandre lit halle aussilùl; un camp fut di'esséel soii^'-neuseinent retranchô ", car, dans le voisinai;(; de forces tellenieni sn|)érieurcs, la j)Ius Irlande piiidence élail in-cessaii'e. (jnaii'e jours de repos accordés à l'aimée sufliicnl pom' hmi pi'éparer en vue de la hataille dt-cisive.

('omnie aucune troupe ennemies ne se montrait plus, il élail à supposer que Darius avaitoccupé une position favorable j)0ur ses forces militaires et ne voulait pas, comme la première fois, se laisser entraîner par les retards de son ennemi el par sa propre impatience sur un terrain qui lui sérail

lages et un peu plus au nord se trouve Bœrtela (Bertelli d'après Petermann, el ordinairement Barloli), sur une éminence qui fait corps avec le massif du jMekloub-Dagh situé au nord. Le cliemin suivi par Petermann à partir du Ghazir passait un peu plus au nord, entre Kermelès à gauche et Derdjille (Terdjila) à droite, par DjakuUe (Chaakouli) et, laissant Berlilli (Bœrtela) sur la gauche, se dirigeait par Khàzne-Tepe ^Hazna) sur Mossoul. D'Erbil, une autre route phis commode mais un peu plus longue contourne le Dehir- Dagh au sud, en suivant la rivière d'Erbil jusqu'au contluent du Ghazir et du Zàb (Lycos) à Vardak, puis remonte le plateau jusqu'à Kermelis, qui est de 20 à 30 mètres au-dessus du niveau du Zàb à Vardak. Ce sontlà les points principaux du champ de bataille.

') D'après les indications d'Arrien (III, 8, 7 et VI, H, 5), Darius campe à Gaugamèle sur le Boumodos, « qui est, d'après l'estimation la plus forte, à 600, et d'après la plus faible à 500 stades d'Arbèles » (Arri.^n^ VI, H, 5). et le même Arrien rapporte (III, 15, 5) que, du champ de bataille à Arbèles, l'ennemi a été poursuivi à peu près durant GOO stades. Par conséquent, le Boumodos, sur les bords duquel se trouve Gaugamèle, ne peut pas être le Ghazir, et la direction qu'a prise la poursuite ne peut pas être la route d'Erbil par Zara-Khatoun et Eski-Kelek , attendu que par ce chemin, d'après NiEBLHR et Kinneir (Pcrsin, p. 152), la distance n'aurait été que de G milles ou 240 stades. Si Ton identifie Kermelis avec Gaugamèle et le ruisseau qui y coule (Hazna-Déré) avec le Boumodos, on arrive à une distance qui, en y ajoutant 1/G pour les détours, est de 450 stades. D'autre part, Q. Curce (IV, 9, 8) fait marcher les Perses l'espace de 80 stades entre le Lycos et le Boumodos : or, cette indication ne se \nérifie nulle part entre le Zàb et le Ghazir, tandis qu'elle s'applique très bien à la distance entre Vardak et le ruisseau de Kermelis. Du reste, Darius n'aurait pas pu déployer son armée dans la vallée encaissée et pierreuse du Ghazir, et. d'après Arrien (ÏII, 8, 7), Gaugamèle était èv -/(ôpt.) ôu-aAro Tiâv-r,.

-) Ce camp peut avoir été assis au nord de la petite rivière de Hasser, qui coule dans la direction du sud-ouest, au pied des collines formées par les ru'nes de KI;o:-sabad, et va se jeter dans le Tigre.

Sept. 331 : ol. cxtt, 2] avant la bataille ' 331

Jésavanlagoiix. Aloxaiulro n'solut donc de se portera sa renconlre. On laissa dans je canip LonL le bagage inutile cl tous les hommes impropres au condjat, et l'armée se mit eu marche, dans la nuit du 29 au 30 septembre, vers Thcure de la seconde veille. Sur le matiu, on atteignit les dernières collines; on était à soixante stades de Tennemi, mais les collines qu'on avait devant soi le dérobaient encore à la vue \ Trente stades plus loin, quand l'armée eut franchi ces collines, Alexandre aperçut dans la vaste plaine, à une lieue environ de distance, les masses sombres des lignes ennemies. Il fit faire halte à ses colonnes, convoqua les amis, les stratèges, les ilarques, les commandants des troupes alliées et des mercenaires, et leur posa cette question : fallait-il attaquer immédiatement, ou bien établir un camp retranché là où l'on se trouvait et reconnaître d'abord le champ de bataille? La plupart étaient d'avis de conduire de suite à l'ennemi l'armée, qui brûlait du désir de combattre : Parménion, au contraire, conseillait la prudence; les troupes, disait-il, étaient fatiguées de larnarche; les Perses, installés depuis longtemps déjà sur ce terrain qui leur était favorable, avaient dû ne rien omettre pour le disposer à leur avantage; on ne pouvait savoir si les lignes ennemies n'étaient pas protégées par des pieux enfoncés ou des trous dissimulés, et les règles de la guerre demandaient qu'on s'orientât d'abord et qu'on établît un camp. L'avis du vieux capitaine l'emporta; Alexandre ordonna de faire camper les troupes sur les collines, en vue de l'ennemi (à Bœrtela) et dans l'ordre oii elles devaient marcher au combat. Ceci se passait le 30 septembre au matin.

De son côté, Darius, bien qu'il eût longtemps attendu l'arrivée des Macédoniens et qu'il eût fait disparaître de la plaine tous les obstacles, jusqu'aux buissons d'épines et aux quelques monticules de sable qui auraient pu gêner les escadrons de sa cavalerie dans une attaque impétueuse ou arrêter la course de ses chars armés de faux ^, avait été quelque peu

1) Ce pli de terrain qui va jusqu'à Abou-Zoïiaga est exactement à60 stades de Kermelis. La localité rencontrée à 30 stades plus loin doit être Bœrtela.

-) Si Darius a réellement fait placer devant sa ligne de bataille ces engins, chausse-trapes, herses, chevaux de frises, etc. (m?/r/cc5. Curt., III, 13,

',\:\2 I.A VKII.F.K ])]■: LA RAIAII.M': |II, l\

li'ouhK'' JÏ l;i nous elle dv raj»[H(»('li(; cl'Ah'xandro el de la re- Iniilc j)n''cipil<''c do ses avant-posics, que commandait Mazîpos. 'J'oiitofois, (Ml voyant Inr^iKilIlciiso sôrurilc de ses satrapes, que uv IroiiblaitMil plus les avertissements d'aucun fâcheux, et les rangs inlerminahles de son armée, sur laquelle aucun Charidèmeou Amyntas n'osait jdiis accordeur à la pelilo troupe compacte des Macédoniens une préférence trop Lien méritée, enfin en écoutant ses proi)res désirs, dont on prend si volontiers l'aveuglement pour une force parliculière et qui s'attachent plus aux paroles rassurantes des llatteurs qu'aux sévères lei^-ons de rexpéricnce, le roi de Perse ne fut pas longtemps à retrouver le calme et la confiance en lui-même. Les grands de sa cour lui persuadèrent facilement qu'à Issos il avait été vaincu, non par l'ennemi, mais par le manque d'espace ; maintenant il y avait de l'espace pour l'ardeur belliqueuse de ses centaines de mille hommes, pour les faux de ses chars de guerre, pour ses éléphants de l'Inde; il était temps de montrer aux Macédoniens ce que c'était qu'une armée royale en Perse. Alors, au matin du 30, on vit paraître, sur la ligne des collines du côté du nord, l'armée macédonienne qui s'avançait en ordre et comme rangée pour le combat. On s'attendait à ce qu'elle commençât aussitôt l'attaque, et les troupes perses se déj)loyèrent auss i en ordre de bataille dans la vaste plaine.

Mais l'attaque n'eut pas lieu : on vit l'ennemi établir son camp; une troupe de cavaliers seulement, mêlée à quelques bataillons d'infanterie, descendit des collines dans la plaine^ puis retourna au camp sans s'approcher des lignes des Perses. Le soir arriva : l'ennemi méditerait-il une attaque nocturne ? Le camp perse, sans murailles, sans retranchements, n'aurait pas été préservé d'une surprise : les troupes reçurent l'ordre de rester toute la nuit sous les armes et en ordre de bataille ; les

36. — TplêoXoi. PoLY.cN., IV, 3, 17), son intention doit avoir été de rendre impossible sur certains points l'attaque de l'ennemi, et de prendre lui-même l'ofTensive sur les points où étaient rangés les éléphants et les chars armés de faux. En ce cas, le TzoLpiyzi^^ sur la droite exécuté par Alexandre aurait eu pour but d'attirer les Perses hors de leur position ainsi couverte, et l'àv-iTzapayeiv des Perses (Arrian., III, 13, 1) indiquerait qu'il y a réussi. En effet, c'est le satrape Bessos à l'aile droite et Mazœos à Taile gauche des Perses qui ont commencé l'attaque.

Sept. 331 : ol. cxii, 2] l'armée perse 333

cavaliers devaient avoir près d'eux leurs chevaux tout sellés autour des feux de bivouac. Darius lui-même, pendant la nuit, passa à cheval le long des lignes pour encourager ses troupes en se .montrant et en les saluant. A l'extrémité de l'aile gauche se tenaient les soldats de Bessos, les Bactriens, les Dahes et les Sogdiens; cent chars armés de faux les précédaient ; mille cavaliers bactriens et les Scythes Massagètes, couverts de fer ainsi que leurs chevaux, étaient postés en avant sur la gauche pour les couvrir. Adroite de Bessos venaient les Arachosiens et les Indiens montagnards* ; puis une masse de Perses, formée de cavaliers et de fantassins mêlés ; ensuite les Susiens et les Cadusiens, qui venaient s'appuyer sur le centre. Ce centre comprenait d'abord les bataillons perses les plus nobles, qu'on appelait les parents du roi, avec l'escorte royale des (( porte-pommes » [^.r)^toi^y) : de chaque côté de ceux-ci se tenaient les mercenaires helléniques qui se trouvaient encore au service du roi; on voyait en outre dans les rangs du centre les Indiens avec leurs éléphants, ceux qu'on appelait les Cariens, descendants d'ancêtres déportés jadis dans les satrapies supérieures, les archers mardes, ayant devant eux cinquante chars armés de faux. Pour renforcer le centre, qui avait été si vite enfoncé à la bataille livrée sur le Pinaros, on avait placé derrière lui les Uxiens, les Babyloniens, les peuples qui habitaient les côtes de la mer Persique et les Sitacéniens. Ainsi renforcé d'une ligne double et triple, le centre semblait être assez fort et assez profond pour recevoir le roi au milieu de ses rangs. A l'aile droite, tout près des Mardes, se tenaient les Albaniens et les Sacaséniens; ensuite Phratapherne avec sesParthes, ses Hyrcaniens, ses Tapuriens et ses Sakes ; puis Atropatès avec les troupes mèdes, après lesquelles venaient les peuples de Syrie en deçà et au delà de l'Euphrate; enfin, à l'extrémité de l'aile droite, les cavaliers cappadociens et arméniens, précédés de cinquante chars armés de faux.

*) Arrien semble avoir omis ici les Ariens, qu'il mentionne dans son premier catalogue (111,8) : les Indiens « montagnards » qu'on y trouve cités devaient être placés à côté des Arachosiens et sous les ordres de leur sa= trape. Arrien assure ^III, 11, 1), d'après Aristobule, qu'on trouva plus tard parmi le butin le plan éci'it de l'ordre de bataille des Perses.

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