‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 74 sur 231 · IV.W I.A MIll" WAM' LA lt\l AII.I.K |||, H · texte numérisé non relu

IV.W I.A MIll" WAM' LA lt\l AII.I.K |||, H

La imil se passa lraii(|iiill(Mii('ii( . Alcxaiidi'c, api'i's avnir rccoiimi le cliaiiij) de halaillc axrc ses (îscadniiis macrddUKins elles Iroiipes léiiè'res, élail icnciiii an camp; il r(''iiiiil ses olliciers ri leur lit pari de rinlenlioii oii il riait d'aLUiqucr reniiemi le ieiidemain. Il coniiiiissail, l(!ur dil-il, lourcourag^e et celui de leins lroiij»es; plus d'une victoire I(î lui avait prouvé, el il serait peut-être plus nécessaire de le refréner que de reuilannner; ils devaient avant tout rap])eler à leurs hommes qu'il fallait nuirclier à ratla({ue en silence, alin que leur cri de guerre en se précipitant sur Tennemi fut d'autant plus terrible; pour eux-mêmes, ils devaient apporter un soin tout particulier à comprendre et à exécuter ses ordres avec promptitude, afin que les mouvements se fissent avec rapidité et précision ; ils devaient bien se persuader que le sort de la journée était entre les mains de chacun d'eux, que dans cette bataille^ il ne s'agissait plus de la Syrie ou de l'Egypte, mais de la possession de TOrientetque c'était là qu'allait se décider qui en serait le maître. Ses généraux lui répondirent en poussant des cris d'enthousiasme; le roi les congédia et donna l'ordre à ses troupes de manger pendant la nuit^ puis de se livrer au repos. Quelques familiers étaient encore près d'Alexandre dans sa tente, lorsque, dit-on, Parménion entra et, rempli d'inquiétude à cause des innombrables feux du camp ennemi et du bruit sourd qu'on percevait à travers la nuit, annonça que les forces ennemies étaient trop supérieures pour qu'on put se risquer à se mesurer avec elles pendant le jour et enbataille rangée, qu'il était d'avis d'attaquer dès maintenant, la nuit, parce qu'alors la surprise et la confusion que causerait une attaque subite seraient doublées par l'elfroi de la nuit. Alexandre répondit, paraît-il, qu'il ne voulait pas dérober la victoire*; on rapporte encore qu'il se coucha bientôt et dormit tranquillement le reste de la nuit : le lendemain, dit-on, le jour était déjà tout grand et tout le monde prêt à marcher, seul le roi ne paraissait pas; à la fin, le vieux Parménion entra dans sa tente et l'appela trois fois par son nom, jusqu'à ce qu'enfin Alexandre se réveillât el s'équipât à la hâte.

*) Plut., Alex., 32. Arrian., III, 10, 1.

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Le malin du P"" oclobro', rarméc macùdonienno sortit de son camp sur les hauteurs, en y laissant des fantassins tliraces pour garder le bagage. Bientôt l'armée se trouva dans la plaine, en ordre de bataille. Au centre étaient les six régiments de phalange, ayant à leur droite les hypaspistes et, plus loin, les huit escadrons de la cavalerie macédonienne. A la gauche de la phalange et appuyée aux régiments de Cratère, la cavalerie des alliés helléniques, puis les cavaliers thessaliens. Parménion commandait Taile gauche, dont la pointe était formée par Fescadron de Pharsale, le plus fort de la cavalerie thessalienne. Une partie des Agrianes, les archers et Balacros avec les acontistos étaient à la suite de Fescadron royal et formaient la pointe de Taile droite, avec laquelle Alexandre voulait engager l'attaque. Les forces de l'ennemi étaient tellement supérieures qu'il était impossible de ne pas être débordé par ses ailes, et on ne pouvait non plus enlever aux colonnes qui devaient produire le choc décisif que juste le nombre d'hommes nécessaire pour couvrir les flancs et les derrières de la ligne d'attaque : Alexandre fit donc former, derrière les ailes de ses lignes, à droite et à gauche, un second rang', destiné à faire volte-face et à former ainsi un deuxième front si l'ennemi menaçait les lignes par derrière, ou bien à faire un quart de conversion et à s'appuyer sur la ligne en faisant un crochet avec elle, dans le cas oi^i l'ennemi se por terait sur les flancs. Comme réserve de l'aile gauche s'avançaient l'infanterie thrace, une partie des cavaliers alliés sous Cœranos, les cavaliers odryses sous Agathon et, tout à fait à l'extrême gauche, les cavaliers mercenaires sous Andromachos; à l'aile droite, Cléandros avec les anciens mercenaires, la moitié des archers sous Brison et la moitié des Agrianes sous Attale, ensuite Are tes avec les sarissophores et Ariston avec les cavaliers péoniens; tout au bout sur la droite, les cavaliers helléniques nouvellement enrôlés et conduits par Ménidas devaient ce jour-là faire leurs preuves dans ce poste, qui était le plus périlleux.

Les armées commencent à s'avancer; Alexeandre, avec la

') Celait un des derniers jours du mois Boédromion, le mois que désignait la prophétie d'Aristandros.

'.\'M) lt\ lAll.r.K DK GAUGAMKLK [11, 'J

ravahîric macédonicniu' et TaiNi droilo, se trouve on faco du ('(Mille ennemi, des 6l(''|)lianls de l'Inde, de I élile de TainKM; jKTse et de la li^ne d(; bataille doublée; toute Taile ^aucbe de rennemi le d(';j)ass(;. Il faitavanccr du flanc droit oblirpiement vers la droite ', d'abord Tescadron de Clitos et l(;s troupes légères, puis le second, le troisième et les autres escadrons, les bypaspistes, etc., échelonnant les détacbemcnts les uns ai)rès les autres. Ces mouvements sont faits dans le plusg-rand silence et dans le plus grand ordre, tandis que les ennemis, avec leurs grandes masses de troupes, essaient^ non sans confusion, d'opérer un contre-mouvement sur leur liane gauche. Leur ligne n'en dépasse pas moins de beaucoup celle des Macédoniens, et déjà les cavaliers scytbes de Textrémité de l'aile se mettent au trot pour attaquer les troupes légères du flanc d'Alexandre; déjà ils en sont tout près. Sans se laisser tromper par cette manœuvre, Alexandre continue d'avancer par mouvement oblique sur la droite : un instant encore et il va se trouver en face de l'endroit qu'on a aplani pour l'usage des chars armés de faux. Cent de ces chars sont réunis sur ce point, et le roi de Perse s'est promis un succès particulier de l'irruption de ces machines meurtrières ; il commande alors aux cavaliers scytbes et à mille cavaliers bactriens de tourner l'aile de l'ennemi, pour l'empêcher ainsi de s'avancer davantage. Alexandre lance contre eux les cavaliers helléniques de Ménidas, mais trop peu nombreux; ils sont culbutés. Le mouvement de la ligne principale demande ici une résistance aussi forte que possible : les cavaliers péoniens sous les ordres d'Ariston sont envoyés pour soutenir Ménidas, et les deux troupes réunies" chargent avec une telle vigueur que les Scythes et les mille Bactriens sont forcés de plier. Mais déjà la masse des autres cavaliers bactriens passe au galop devant l'aile d'Alexandre ; ceux qui ont été repoussés se rallient autour de la colonne et toutes ces forces, de beaucoup

') xa\ Xo^r.v Tr,v Ta^iv 7:oto"j[JL2vo? (DlODOR., XVII, 57).

-) Les expressions d'Arrien, l7î7ro[xa-/'a et P''? îtai' î'Xa; Tcpo<rmiiTovT£; font voir, à n'en pas douter, que les ^évot en question (Arrian., III, 13, 3) sont ceux de Ménidas, qui se joignent aux Péoniens pour faire une nouvelle charge.

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supérieures, viennent fondre sur Ariston et sur Ménidas. On combat avec le dernier acharnement: les Scythes, couverts de fer ainsi que leurs chevaux, pressent vivement les Péoniens et les vétérans, dont un grand nombre mordent la poussière; mais ceux-ci ne plient pas ; leurs escadrons serrés les uns contre les autres renouvellent leur choc ef, pour le moment, obligent les forces supérieures opposées à se replier.

Pendant ce temps, le front des Macédoniens s'est de plus en plus développé en ligne oblique; maintenant les escadrons macédoniens et les hypaspistes sont en face des cent chars armés de faux de l'aile gauche ennemie : ces chars sont alors lancés contre les lignes qu'ils doivent tailler en pièces. Mais les Agrianes et les archers les reçoivent en poussant de grands cris et en lançant une grêle de traits, de pierres et de javelots ; beaucoup de ces chars sont pris; les chevaux, qui se cabrent, sont saisis par la bride et tombent sous les coups ; les attelages sont coupés, les cochers jetés à bas de leurs sièges; les autres, qui foncent sur les hypaspistes, ou bien sont reçus sur la pointe des lances que leur opposent des pelotons compactes abrités derrière leurs boucliers et sont arrêtés dans leur course par leurs chevaux qui s'abattent, ou bien passent sans faire aucun mal au milieu des ouvertures que forment rapidement les bataillons en s'écartant à droite et à gauche, et vont tomber entre les mains des écuyers derrière le front de bataille.

Tandis qu'Ariston et Ménidas ne parvenaient qu'au prix des plus grands efforts à soutenir le combat de cavalerie engagé sur le flanc d'Alexandre, toute la masse de la ligne ennemie, qui jusqu'alors avait obliqué à gauche, commença à s'ébranler comme pour l'attaque. En ce moment, le roi commande de se porter par un mouvement rapide contre l'ennemi, qui devait alors se trouver à portée des traits, en même temps qu'il donne l'ordre à Arétas d'aller, avec les sarissophores, c'est-à-dire la dernière cavalerie de son second rang, secourir les troupes qui se défendaient avec peine sous les ordres de Ménidas et d'Ariston. Dès que les Perses aperçurent ce mouvement, les masses de cavalerie qui se trouvaient rangées à côté dans l'aile s'avancèrent pour soutenir les Bactriens, et il en résulta un intervalle dans l'aile gauche des Perses.

:\:\H ItVTAIIJ.K HK r.Arc.AMi':!,!': |11, 3

C'rlail rinsl.uil (|ir<il(('n(ljiit AI<'Xiiii(lrc ' ; il donne le signal d'une aUjKjuc viiîonrcMisc cl .se pnVipitc en iivanl à la UHc dir l'escadron de (ililos; les autres escadrons et les }iy|>aspisles le suivent au pas de rliai\i;(î en criant : Alalal (le coin qui s'eni'once séj)ai*e conipli'lemenl en deux la lif^iie ennemie; déjà s'avancent aussi les phalanges les plus proches, celles de CciMios et de Perdiccas; elles se précipitent, la lance en arrêt, sui- les Iroupes des Susiens, des (ladusiens, sur les hataillons qui protègent le char du roi Darius : rien ne tientplus; rien ne résiste. En présence d'un ennemi furieux, au milieu de la confusion la plus soudaines, la plus désordonnée et du vacarme le plus assourdissant, devant un danger qui devient de plus en jiius uK^nacant pour sa personne, Darius éperdu ne sait plus que faire ; il abandonne la partie et prend la fuite. Après une héroïque résistance, les Perses le suivent pour protéger la fuite de leur roi. La déroute, la confusion entraînent les masses de la seconde ligne ; le centre est écrasé.

Dans le même moment, la vigueur inouïe avec laquelle Arétas a chargé les escadrons ennemis a décidé du combat qui se livrait en arrière de la ligne. Les cavaliers scythes, bac- Iriens et perses, poursuivis avec la plus grande énergie parles sarissophores et par les cavaliers helléniques et péoniens, s'échappent à travers la plaine; l'aile gauche des Perses est anéantie.

Il n'en va pas de même à droite. Du côté d'Alexandre, les hommes pesamment armés n'ont pu suivre qu'avec peine le mouvement précipité de l'attaque ; ils n'ont pu rester unis ; un intervalle s'est formé entre le dernier régiment, celui de Cratère, et son voisin de droite que conduit Simmias; celui-ci a fait faire halte, etCratère, ainsi que toute Tailede Parménion, est en .grand péril. Une partie des Indiens et des cavaliers perses du centre de l'ennemi ont proniptement mis à profit cet intervalle ; sans être arrêtés par le second rang, ils se précipitent par cette ouverture sur le camp, où les Thraces, peu nombreux, armés à la légère et nullement préparés aune atta-

*) Plutarque (Alex., 32), décrivant en détail l'équipement, épée, casque, etc. que portait Alexandre ce jour-là, dit que le roi attendit le moment de faire la trouée pour monter Bucéphale, qu'il ménageait à cause.de son âge.

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que, ne peuvent soutenir qu'au prix des plus grands cITorts le combat meurtrier qui s'engage aux portes du camp ; les prisonniers, recouvrant leurlil)erté,les atlaquentparderrière pendant qu'ils combattent: les Thraces sont vaincus ; les Barbares poussent des cris de joie et se précipitent dans le camp pour y porter le meurtre et le pillage. Aussitôt que les commandants de la seconde ligne de gauche, Sitalcès, Cœranos, l'Odrvse Agathon et Andromachos, s'aperçoivent de ce qui est arrivé, ils font faire volte-face, conduisent leurs troupes contre le camp aussi vite que possible, se jettent sur l'ennemi qui déjà se livrait au pillage, et le défont après un court combat. Un grand nombre de Barbares restent sur la place; les autres reviennent en désordre vers le champ de bataille et vont tomber sous le fer des escadrons macédoniens.

Tandis que les ennemis se ruaient par cette ouverture, les autres Indiens et Perses avec la cavalerie parthe avaient pris en flanc la cavalerie thessalienne ; aussi Parménion avait-il envoyé avertir Alexandre qu'il se trouvait dans un grand péril et que tout était perdu s'il ne recevait du secours. On prétend qu'Alexandre répondit que Parménion n'avait pas le sens commun de demander du secours à l'heure présente, et qu'ayant l'épée à la main, il devait savoir ou vaincre ou périr \ Toutefois, il abandonne la poursuite déjà commencée pour venir à son aide, et se porte en toute hâte avec les troupes qu'il a sous la main " contre l'aile droite des Perses, qui tenait encore; il va donner d'abord contre les Perses, Indiens et Parthes qui venaient d'être chassés du camp. Ceuxci, faisant demi-tour, se reforment et le reçoivent en escadron compacte; le combat de cavaliers qui s'engage alors est terrible et longtemps incertain ; les hommes luttent corps à corps ^ les Perses combattent pour sauver leur vie ; chacun cherche à faire sa trouée : il ne tombe pas moins de soixante héteeres;

') Pu;t.,. \h\x-., 32. Poivcrnos (IV. G) raconte la chose un peu diiïéremraent. Parmijiiioii l'ail s„voir que le camp est en danger el qu'il faut sauver les bagages : le roi répond qti'il ne faut pas déranger pour cela l'ordre de bataille; que battu on n'a plus besoin de bagage, vainqueur on aura le sien cL celui de l'ennemi.

-) Ce qui le prouve, c'est que Cœnos et Ménidas sont blessés à c.^ moment.

'Mi) \.\ liATAII.I.i; IiK C.MliAMKM: [II, '.\ 1

ll»''j)lieslion, M(''iii(las cl hciiiconj» d'aiilics sont gravciin'iil Messes. ImiMm la \ icloiic, sur ce puiril, aussi, est décisive, el 2

ceux (lui oui pu se frayer un passage prcnucul la fuih^ à bride I

abattue. *

Avaul ([u'Alexandre, relenu par ce coud)at, eùl j)u alhuudre jus(]u\\ l'aile droite des l*erses, la cavalerie tbessalienne, ])ien que rudement pressée par Maza'.os, avait rétabli le combat et culbuté les masses des cavaliers ca[)padocieus, mèdes etsyriens; déjà (die était à leur ])Oursuite quand Alexandre arriva jusqu'à elle. Voyant qu'il n'y avait plus rien à faire sur ce point, il revint sur le champ de bataille, s'élança dans la direction que le Grand-Roi semblait avoir prise et le poursuivit tant que dura le jour. Pendant que Parménion pénétrait dans le camp ennemi sur le Bouniodos et s'emparait des éléphants, des chameaux, des chariots, des bêtes de somme et d'un immense bagage, Alexandre atteignait le lleuvc Lycos, situé à quatre lieues au delà du champ de bataille. Il y trouva les Barbares dans une affreuse confusion, rendue encore plus épouvantable par l'obscurité de la nuit qui arrivait, par le massacre qui s'y renouvela, par l'écroulement des ponts surchargés. L'effroi eut bientôt rendu libre la grande route, mais Alexandre fut obligé d'accorder quelques heures de repos à ses chevaux et à ses cavaliers épuisés par des efforts surhumains. Vers minuit, lorsque la lune se fut montrée, on se remit en marche pour Arbèles, où Fou espérait prendre Darius, son équipage de campagne et ses trésors. On y arriva dans le courant du jour : Darius était parti ; mais ses trésors, ses chariots, son arc et son bouclier, ses équipages de campagne et ceux de ses grands, un immense butin tomba aux mains d'Alexandre.

Cette grande victoire dans la plaine de Gaugamèle ne coûta, d'après Arrien, que soixante cavaliers macédoniens * ; il y eut plus de mille chevaux abattus ou tués, dont la moitié appartenait à la cavalerie macédonienne. D'après les évaluations les

^) Arriax., III, 15, 2. Quand Arrien (III, 15, 6) dit que la perte totale des Macédoniens a été h exatov [Ly.'nnz'x, il est évident que ce chifTre est inexact. Q. Curce (IV, 6, 27) dit : miîius qunm CGC desiderati sunt : Diodore (XVIÎ, 61) estime les pertes h TTcv-caxoatojç, et il est probable que les copistes d'Arrien ont écrit p' au lieu de 9'.

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plus éli^vées, 500 hommes tombèrent du côté des Macédoniens. Ces chiffres paraîtront disproportionnés avec la perte de 30,000 et même de 90,000 hommes qu'on attribue à l'ennemi, si l'on ne fait pas réflexion, d'abord, que le nombre des Macédoniens qui furent tués dans la mêlée ne dut pas être considérable, à cause de leurs armures excellentes, et ensuite que ce fut seulement dans la poursuite que commença la boucherie ; toutes les batailles, et non pas seulement celles de l'antiquité^ prouvent que les pertes éprouvées par une armée en fuite surpassent d'une façon incroyable celles d'une armée qui se bat^ Cette victoire anéantit la puissance de Darius^; de son armée dispersée, quelques milliers de cavaliers bactriens, les restes des mercenaires helléniques, au nombre d'environ deux mille hommes sous les ordres de l'Étolien Glaucias et du Phocidien Patron, les mélophores et les parents de la famille royale se rallièrent, formant en tout une armée d'environ trois mille cavaliers et six mille fantassins, avec lesquels Darius s'enfuit sans s'arrêter vers le nord-est, se dirigeant sur Ecbatane ^ à travers les défilés de la Médie. Là, il espérait être,

1) Plutarque [Alex., 31) place la bataille au onzième jour après l'éclipsé de lune (20/21 sept.), par conséquent au lei" octobre : dans la Vie de Camille (§ 19), il dit que la bataille a été livrée le cinquième jour avant la fin de Boédromion, ce qui prouve que le mois Boédromion finissait cette annéelà au 5 octobre, et non pas, comme l'indiquent les tables d'iDELER, au 7 octobre. Comme, d'après Arrien (III, 7, 6), Aristandros interprétant l'éclipsé prédit que la bataille aura lieu le même mois, il est à croire que le mois macédonien coïncidait cette année-là avec le mois athénien. Ce que dit plus loin Arrien (III, 15, 7), à savoir que la bataille s'est livrée en Pyanepsion, est ou bien une faute de calcul, ou une faute de copiste. Cf. Ideler, Handb. der Chronol, I, p. 347. Dans les récits qui procèdent de Clitarque, la bataille est toujours appelée bataille d'Arbèles.

2; Suivant Plutarque [Alex., 34), Alexandre a pris après cette bataille le titre de paai/sù; xr,? 'Aaioiç, offert des sacrifices solennels et distribué de riches présents ; il a envoyé aux Hellènes des messagers portant que tous les tyrans devaient être destitués et toutes les villes rendues autonomes ; il aurait donné l'ordre de reconstruire la ville de Platée, et envoyé une part de butin aux Crotoniates parce qu'ils avaient jadis pris part à la bataille de Salamine. Plutarque ne dit pas à quelle source il a puisé ces renseignements, dont quelques-uns sont prodigieux.

3) H. Rawllnson ['Notes of a Joumey dans le Journal of the Royal geogr. Society, 1840, X, l,p. 23 sqq.) indique une route d'Arbèles à Ouchney, au S.-O. du lac Ourméa, qui pourrait bien être le chemin suivi par le Grand- Roi dans sa fuite.

:ri-2 FrirK DKS iM'.nsr.s |Il, H

ail mnins \u)uv lo monicnl, à Tahri de son rcîdonlablc eniuîmi ; c'csl là <jii'il voulait alliMidro [)Oiir voir si Aliîxandro s(; con- IciiU'iaii des licliesscs dt' Siisc (;l de HahyloiHi et lui laisserait le territoire de la vieille Pi;rse, (|uede puissants remparts de uiontaLiiies séparent des plaines basses de la région arainéenne : si l'insatiable concjuérant gravissait encore le haut plateau de l'Iran, alors le plan du Grand-Uoi était de s'enfuir, en dévastant au loin la contrée, sur le versant nord du plateau, vers la lîactriane, dernier lambeau d'un empire jadis si étendu.

La plus grande niasse des troupes dispersées s'était enfuie au sud, dans la direction de Suse et de la Perse. Parmi ces soldats, environ 25,000, d'autres disent 40,000 ^ se rallièrent sous la conduite du satrape perse Ariobarzane et occupèrent les défilés persiques, derrière lesquels ils se retranchèrent avec le plus grand soin. S'il y avait encore un lieu où le royaume des Perses pouvait être sauvegardé, c'était celui-ci; et peutêtre le royaume eùt-il été sauvé si Darius n'avait pas cherché le chemin le plus court, si, dans sa fuite du côté du versant nord de l'Iran, il n'avait pas laissé les satrapies du sud livrées à elles-mêmes et à la fidélité des satrapes. Tous en effet n'étaient pas dans les mêmes dispositions qu'Ariobarzane ; ils pouvaient bien, dans leur position tout à la fois tentante et difficile, oublier le maître qui quittait le pays en fugitif pour se livrer à l'espoir d'une indépendance longtemps désirée peutêtre, ou trouver qu'ils avaient plus à gagner par une soumission volontaire à un vainqueur généreux qu'ils n'avaient perdu parla fuite de leur roi. Les peuples eux-mêmes, qui, si Darius avait voulu tenter de combattre aux portes de la Perse pour sauver son royaume, se seraient ralliés, selon leur coutume, pour livrer un nouveau combat et auraient défendu, peut-être avec succès, les frontières naturelles de leur pays, ainsi que l'histoire nous en fournit tant d'exemples frappants, ces peuples d'humeur belliqueuse, habitués au cheval et au métier de brigands, dont Alexandre ne soumit une partie qu'avec peine et tardivement et dontil n'osa jamais attaquer l'autre partie, étaient, par cette fuite de Darius, abandonnés à eux-mêmes et

^} CuRT., V, 3, \7 . DioDOR , XVII, 56. Arrian., III, 18.

Oct. 381 : OL. nxïî, 2] iiabylone 343

placés commo des sentinelles perdues, sans la moindre utilité pour la cause du roi. Aussi, par l'incroyable confusion dans laquelle Darius, prêt à tout pour sauver quelque chose, s'enfonçait de plus en plus, les résultats de cette victoire de Gauganièle grossirent comme une avalanche et finirentpar anéantir jusqu'au dernier vestige de la puissance des Perses.

Alexandre ne poursuivit ni le Grand-Roi à travers les défilés des montagnes, ni les fuyards sur la route de Suse. 11 prit la route qui longe le pied des montagnes au bord du plateau de l'Iran ^ et qui conduit à Babylone, cette reine des cités assise dans les vastes et basses plaines de TAramée, et capitale du royaume des Perses depuis le temps de Darius fils d'Hystaspe. La possession de cette ville cosmopolite était le premier prix de la bataille de Gaugamèle. Alexandre s'attendait à trouver de la résistance; il connaissait la force prodigieuse des « murailles de Sémiramis »; il savait comment elles étaient environnées d'un réseau de canaux, et combien de temps la ville avait soutenu le siège de Cyrus et plus tard de Darius. On lui apprit que Maza30s, qui s'était maintenu le plus longtemps et avec le plus de bonheur a Gaugamèle, s'était jeté dans Babylone, et il

*) Ou plus exactement : en dedans de la première terrasse. La route qu'a prise Alexandre est aujourd'hui déterminée avec plus de précision par les renseignements dus à Czerxik (in A. Pelermanns Ergiinzioiysheft, Nr. 44, 1875} et à H. Petermann, Reise, II, p. 312-321. Le quatrième jour après son départ d'Arbèles, Alexandre est arrivé à Mennis (Plutarque dit Ecbatane) où se trouvaient des sources de l)itume (Curt., V, 1, 16). u Kerkouk n'est qu'à vingt heures et Dous-Khourmatou à trente-cinq heures environ d'Arbèles : par conséquent, la dernière localité est peut-être la Mennis antique, car Hèt, où se trouvent également des sources de bitume, est trop loin pour qu'Alexandre ait pu y arriver en quatre jours » (Niebihr, II, p. 349). Strabon (XVI, p. 737] trace l'itinéraire suivant : d'abord Arbèles, puis le mont de la Victoire, comme l'appela Alexandre .Qaraqôsch dans H. Petermann, au S.-O. d"Erbil). puis le passage du Capros (le Petit-Zab à Alton-Koupri), puis les sources de naplite (celles de Kerkouk d'après Czermk, p. 44), puis Sardaca?, château de Darius fils d'Hystaspe (probablement Toùz-Khourmatli, où Czernik a vu sur un rocher à pic « les ruines colossales d'un château — un édifice tout à fait monumental »), puis le fleuve Cyparisson (sans doute le Kifri, ou plutôt le Nahrin, dans lequel se jette le KilVi), enfin

r, TOj Kâîipou (?) oiâoacriç r,or, auvaTiToOo-a — cAî'j>.î''a y.ai BaouÀcov'., par conséquent la Diala, ou, comme l'appelle Isidore Charax, la Silla. D'Arbèles à Babylone, il y a de 60 à 65 milles : l'armée a pu arriver à Babylone à la fin d'octobre.

IVi-î T.KS MAr,f:DOMi:NS A HMIYLONE |ll, '.)

rhiil ;i rniindro que les scriics (rilalicaiTmssc ri de Tvr no so l'ciiniivclasscnl. Mil s'appniclKmL dt! la ville, Aloxandnî iil avancer son armée en ordre de balaille; iTiais les portos s'ouvriront; les Habvloniens ])orlant des couronnes de llciurs et do riches ju'ésonts, les (.lialdéens, Jos Anciens do la ville, ayant à leur tète les fonctionnaires perses, vinrent à sa rencontre ; Maza^os livra la ville, la citadelle, les trésors, et le monarque de l'Occident lit son entrée dans la ville de Sémiramis.

A Bahylone, on accorda aux soldats un assez long- repos; c'était la première grande ville vraiment orientale qu'ils voyaient, immense dans son circuit, 'remplie d'édifices de l'aspect le plus merveilleux; ils purent admirer les glganlosqucs murailles, les jardins suspendus de Sémiramis, la tour cubique do Bélos, masse indestructible sur laquelle la rage insensée de Xerxès avait cherché en vain, dit-on, à venger l'aiïront de Salamine, ensuite les caravanes sans fin qui s'y réunissaient d'Arabie, d'Arménie, de Perse et de Syrie. La pompe et le luxe inouï de la vie, la mollesse la plus raffinée sous mille formes différentes et les plaisirs les plus exquis, toutes ces merveilles féeriques des terres enchantées de rOrient furent données dans cette cité aux fils de l'Occident, comme récompense de tant de travaux et de victoires. Le robuste Macédonien, le Thracc farouche, le Grec au sang bouillant purent savourer à longs traits le plaisir de la victoire et la volupté de rexistence, s'étendre sur des tapis odorants, boire dans des coupes d'or, s'enivrer dans les festins à la mode de Babylone au milieu d'un tapage joyeux : ils purent à leur aise sentir la jouissance s'accroître avec le désir, le désir s'exalter par la jouissance, et ces deux choses réunies exciter en eux la soif d'exploits nouveaux et de nouvelles victoires. Ainsi l'armée d'Alexandre commença à s'initier à la vie asiatique, à se réconcilier et à se fondre avec ceux que le préjugé séculaire avait haïs, méprisés et flétris du nom de Barbares; l'Orient et l'Occident commençaient à fermenter ensemble et à préparer un avenir dans lequel tous deux devaient également perdre leur nature propre.

Qu'on voie là une perception claire, un heureux à peu près, une conséquence naturelle des circonstances, toujours est-il que, dans toutes les mesures prises par lui, Alexandre choisit

Nov. 331 : OL. cxii, 2J rabylonk 345

les seulospossibleseLles sciilesopporliines. Ici, dans BabyJone, plus que dans tous les pays qu'il avait parcourus jusqu'alors, la civilisation indigène était puissante, appropriée à la nature Cl complète à sa façon: tandis que l'Asie-Mineure éLait près de la vie hellénique, que TÉgypte et la Syrie étaient ouvertes à cette culture grecque ei se îrouvaient en relation avec elle par une mer commune, qu'en Pliénicie les mœurs grecques avaient pénétré depuis longtemps dans les maisons des riches marchands et de bien des princes, et qu'elles s'étaient implantées dans le delta du Nil par les établissements grecs, par le voisinage de Cyrène et par des relations multiples avec les EiaLS grecs depuis le temps des Pharaons, Babylone au contraire éîaii à l'abri de tout contact avec les contrées de l'Occident, enfoncée bien avant dans le bassin des deux fleuves de la région araméenne région qui par sa nature, son commeice, ses mœurs, sa religion et son histoire depuis de longs siècles, se rattachait plutôt à Tlndeet à l'Arabie qu'à l'Europe. A Babylone, on était encore en plein dans le courant d'une civilisation remontant à une très haute antiquité ; on écrivait encore, ainsi qu'on le faisait depuis des siècles, avec des caractères cunéiformes sur des tablettes d'argile; on observait et on calculait le cours des astres; on comptait et on mesurait d'après un système métrique complet, etl'on avait atteint dans toutes les industries techniques une habileté sans rivale. C'est dans ce milieu étranger, bigarré, saturé surplace qu'arrivaient maintenant les premiers éléments helléniques, insignifiants sous le rapport du nombre en face de l'élément national et ne l'emportant sur lui que par leur aptitude à se plier aux mœurs locales.

Il y a encore une autre remarque à faire. La puissance des Perses avait bien été défaite sur le champ de bataille, mais elle n'était pas le moins du monde anéantie. Si Alexandre voulait seulement commander comme Macédonien et comme Grec à la place du Grand-Roi, il était allé déjà trop loin lorsqu'il avait dépassé les limites des pays voisins de l'Occident pour poursuivre ses conquêtes au delà du désert de Syrie. S'il voulait simplement faire changer aux peuples d'Asie le nom de leur servitude, et leur faire sentir l'oppression plus dure et

.*i4() am:\a.\I)Iik a maiiyi.om: |ll, '.\

plus liiimiliaiih' diiii (IrvcloitjM'incnl inlclloctiiol j)liis élové ou (Ml tout cas plus hardi, alois c'est à peint; s'il élail corlain de. leui' ()h(''iss;nice au nionieul de la victoire: une explosion ])0pulaire, une contagion, u\\ succi'S douteux anrail sufli j)Our délruii'e la cliinièro d'une con(|uète égoïste. La puissance d Al(;xandrc, si petite relativement aux immenses territoires del'Asieetau nonibn^do leurs habitants, devait trouver dans les bientails (ju'elle apportait aux vaincus son apologie, et dans l'adliésion des peuples son appui et son avenir; elle devait se fonder sur la reconnaissance des mœurs, des lois, de la religion de chaque nationalité, autant que tout cela était compatible avec Texistence du royaume. Ce que les Perses avaient si ])rofondémont opprimé, ce qu'ils eussent écrasé si volontiers, ce que leur impuissance ou leur incurie, et non leur amour de la justice, avait laissé subsister devait maintenant être restauré, aiïranchi et entrer en contact immédiat avec la vie hellénique pour se fondre avec elle. N'était-ce pas par ce moyen que, depuis des siècles, la colonisation hellénique était arrivée à un merveilleux développement? Chez les Scythes de la Tauride aussi bien que chez les Africains des bords de la Syrte, en Cilicic aussi bien que sur les côtes celtiques où débouche le Rhône, Faptitudc dos Grecs à prendre et à accepter l'élément étranger, à s'entendre et à se fondre avec lui, n'avaitt-ellepas produit déjà une multitude de nouveaux organismes pleins de vitalité, et, tout en propageant rhellénlsme, accru le nombre et la force d'expansion de la race g-recque elle-même? Telles étaient les intentions d'Alexandre, et Ton peut en donner pour preuve sa conduite à Memphis, à Tyr et même à Jérusalem, où il célébra les fêtes selon les rites du pays, puis celle qu'il tinta Babylone, où il commanda d'orner à nouveau les sanctuaires pillés par Xerxès, de restaurer la tour de Bélos et de rendre au culte des dieux babyloniens la liberté et la splendeur qu'il avait au temps de Neboucadnezar. C'est ainsi qu'il s'attacha les peuples, en même temps qu'il les rendait à eux-mêmes et à leur vie nationale; il les rendait ainsi capables d'entrer, d'une manière active et immédiate, dans l'organisme du royaume qu'il avait le projet de fonder, royaume dans lequel les distinctions d'Occident et d'Orient,

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de Grecs el de l^arbares, qui jusqu'alors avaient régné dans riiistoire, devaient disparaître dans l'unité d'une monarchie cosmopolite.

Mais comment ce royaume allail-il être organisé et administré? comment réaliser dans le monde politique et militaire la pensée qui servait de règle pour Télémcnl civil et religieux? Si dorénavant les satrapes, l'entourage du roi, les grands du royaume, l'armée, ne devaient être composés que de Macédoniens et d'Hellènes, cette unification n'était plus qu'un prétexte ou une illusion; la nationalité n'était pas reconnue, mais seulement tolérée; le passé n'était plus rattaché à l'avenir que par le malheur et par de douloureux souvenirs, et,aulieu de la domination asiatique, qui du moins s'était développée sur le même sol, on imposait à l'Asie un joug étranger, contre nature et doublement pesant.

Il faut chercher la réponse à ces questions dans le changement à vue qui clôt la carrière héroïque d'Alexandre; c'est le ver qui ronge la racine de sa grandeur, la fatalité de ses victoires qui le vainc lui-même.

Tandis que le roi de Perse fuit pour la dernière fois, Alexandre commence à se parer de toute la pompe de la royauté perse, à grouper autour de lui les grands du royaume, à se réconcilier avec le nom qu'il a combattu et humilié, à ajouter à la noblesse macédonienne une noblesse orientale.

Dès l'automne de 334, on voit près de lui dans les emplois et les honneurs Mithrinès de Sardes, puis, depuis la chute de Tyr et de Gaza, Mazacès et Amminapès d'Egypte. La journée de Gaugamèle a abattu l'orgueil et la conhance des grands de la Perse; ils apprennent à voir les choses sous un autre jour qu'ils ne l'ont fait jusqu'à présent; les défections se multiplient, du moins depuis que Mithrinès a obtenu la satrapie toujours fort appréciée d'Arménie et que Mazœos, le courageux adversaire d'Alexandre, a reçu la satrapie de Babylone. Une bonne partie de la noblesse de Perse abandonne la cause de l'Achéménide qui s'enfuit, et se rallie au vainqueur.

Il était naturel qu'Alexandre allât aussi loin que possible au devant de ceux qui venaient à lui, mais il était naturel aussi, lorsqu'il donnait une satrapie à un Perse ou lorsqu'il lui lais-

3'|8 ORfiANlSATION DK LA nABYLONIK [\{ , 3

s.'iil I.'i sienne, (|iril plaçai jirrs «le lui, dans la salra])ie, une fôicc année conijxiséc de lioupes niacédonicnnos ol placée smis li^s ordres (riin ronmiandant niarédoniciii ; il n'élait pas ninins nainrel (|iio les (inancos dos salrajnes fussent distraites de la (M)m[)élence du satrape, otquc laperceplion du tribut fiU conliée à des Macédoniens.

C'est ce qui a lieu dès à présent dans lasalrapiede Babylono. A c6lé du satrape Maza^os, on a placé Asclépiodore pour le tribut; la ville de Babylone a reçu une forte garnison logée dans la citadelle; eMe est sous les ordres d'Agathon*, frère de Parménion, tandis que la stratégie sur les troupes qui restent près du satrape a été confiée à Apollodore d'Ampbi polis. De plus ^lénès, un des sept somalopbylacjuos, a été constitué liypaniue pour la Syrie, laPhénicieet la Cilicie, et des troupes ont été placées sous son commandement en nombre suffisant pour garantir la sécurité des grandes voies allant de Babylone à la mer, des transports se dirigeant de TOrient vers l'Europe et inversement. Cette précaution était doublement nécessaire, àcause de l'avidité avec laquelle les tribus bédouines qui habitaient le désert se livraient au pillage. Le premier transport fut une somme de trois mille talents d'argent environ, dont une partie devait être remise à Antipater afin qu'il pût poursuivre avec vigueur la guerre commencée contre Sparte^ tandis qucle reste était destiné à faire, sur une échelle aussi grande que possible, des enrôlements pour la grande armée.

Pendant le séjour d'environ trente jours que fit le roi à Babylone, on avait pris sans coup férir la ville de Suse, où étaient la résidence des rois de Perse et les trésors royaux. Déjà, paraît-il, Alexandre avait envoyé d'Arbèles le Macédo-

>) CuRT., V, 1, 43. 'Ayâewvi tô) n-jôvaîtf) (DiODOR., VII, 64). Agathon avait avec lui 700 hommes d'après Diodore; 700 Macé Ioniens et 300 mercenaires d'après Q. Curce. Sur ce personnage, voy. Bockh, C. I. Grsec, I, n° 105. Il est bon de noter, ne fût-ce que comme mesure d'évaluation, ce que disent Diodore et Q. Curce des gratifications faites aux troupes sur le butin : chaque cavalier reçoit 600 drachmes ; la cavalerie des alliés 500 drachmes par hoQime; chaque Macédonien de la phalange 200 drachmes; chaque mercenaire la solde de deux mois : quel étnit le montant de la solde, c'est ce que nous i^cnorons.

\ov. 33J : OL. cxii, 2] suse 349

nien Pliiloxénos*, à la lêle d'un corps de troupes légères, pour s'assurer de la ville et des trésors royaux, et maintenant il recevait la nouvelle que Suse s'était rendue librement, que les trésors étaient sauvés, et que le satrape Aboulitès s'en remettait à la bienveillance d'Alexandre". Vingt jours après avoir quitté Babylone, Alexandre arriva à Suse"' et prit aussitôt possession des immenses trésors qui, depuis les premiers rois de Perse, étaient entassés dans la baute citadelle de la ville', le « Memnonion Cissique » des [poètes grecs ; rien qu'en or et en argent, il y avait cinquante mille talents, à quoi il faut ajouter une immense quantité de pourpre, de parfums à brûler, de pierres précieuses, et tout l'ameublement de la plus luxueuse des cours; il y avait également là du butin de toute espèce enlevé à la Grèce au temps de Xerxès, et particulièrement les statues en bronze des tyrannicidcs Harmodios et Aristogiton, qu'Alexandre renvoya aux Athéniens.

Tandis que l'armée séjournait encore à Suse et sur les bords duGhoaspe, le stratège Amyntas, qui un an auparavant avait été envoyé en Macédoine pour aller chercher des renforts, arriva avec de nouvelles troupes^ Leur incorporation dans les difîé-

*) Comme il s'agit surtout du Trésor de Suse, cePhiloxénos pourrait bien être le Trésorier général de l'Asie-Mineure : du moins, nous ne connaissons pas d'autre Philoxénos dans l'armée d'Alexandre.

2) D'après Diodore (XVII, 65), certains auteurs racontaient que Aboulitès avait reçu de Darius Tordre de se rendre, lui et les trésors de Suse, aux Macédoniens, afin d'arrêter Alexandre et de se donner ainsi le temps de fuir et de faire de nouveaux préparatifs. Le stratagème eût été assez étrange. Cf. CuRT., V, 2, 8.

3) D'après Q. Curce et Diodore, Alexandre fait reposer ses troupes dans la plaine de Sitacène sur la route de Suse, pour leur donner le temps de se remettre des orgies et des excès de boisson qui avaient failli tuer l'armée à Babylone. Il faut avouer qu'on n'avait pas beaucoup de temps de reste, si la grande armée voulait faire soixante milles en vingt jours.

*) Arrtan., III, 16, 7. D'après Strabon (XV, p. 728. 731), les uns parlaient de 40,000, les autres de 50,000 talents. Q. Curce (V, 2. 11) dit : L milia talentum argenti non signati forma, sed rudi pondère; Plularque {Alex., 36) : T£Tpaxtcr[X'jpta xaXavTa vo\i.'.G\x'x~Oz,,

°) Les renseignements relatifs aux recrues amenées à Suse pour compléter l'effectif de l'armée sont, comme toujours, si peu précis qu'on ne peut en tirer par voie de combinaison aucun résultat assuré. Arrien (III, 16, 10) se contente ici d'une expression générale : 'A[X"jvTa; o 'Avôpofjiévo-j; lùv r?, ô'jvafjLst àq^r/sTo. D'après Diodore (XVII, 65) et Q. Curce (V, 1, 40\ il y avait en fait de Macédoniens 6,000 hommes de pied et 500 cavaliers, plus 600 cavaliers

.'{.")() l/AiniKK NOIIVKLLK [11, !{

riMilcs divisions (le r.inni'r' fui m inrmo temps le commcnco mciil (riinc ih»ii\('||r ai'iiKM', errai ion (|iii fut (ir-NcIoppcM; dans le ronrani delannt'e sni\anl(' d'apri's les idées nonvelles que sutif^érail tout nalurellemenl la marche des hoslililés dans les satrapies supérieures. On ronnnenra par diviser en deux conij)a^nies(A:y3'.) les escadrons de la cavalerie macédonienne, ce qui les doubla pour ainsi an point de vue lacti(jue.

Nous reviendrons jilus lard sur cette réorganisation de Tarmée. Elle prélude à la grande transformation qui, quelque jugement que l'on porte sur la conduite d'Alexandre en ellemême, était rendue nécessaire par renchaînement logique de l'œuvre qu'Alexandre avait entreprise et par les conditions qu'exigeait la réussite.

On pouvait être au milieu de décembre. Alexandre pensa qu'il ne devait pas relarder son départ vers les cités royales de la Perse, à la possession desquelles la croyance populaire attachait d'une façon inséparable la domination sur l'Asie. Pour les peuples asiatiques, la meilleure preuve de la chute de la dynastie des Achéménides, ce fut de voir Alexandre assis sur le trône du Grand-Roi, dans les palais de Cyrus, de Darius et de Xerxès. Il se hâta de rester la situation de la Susiane. Il laissa cette satrapie aux mains du satrape Aboulitës, confia la citadelle de la ville de Suse à Mazaros- et le commandement des forces militaires de la satrapie, y compris un corps de

thraces, 3,500 fantassins thraces (TpaUssïç clans Diodore), 4,000 mercenaires et près de 1,000 cavaliers (Q. Curce dit 380) recrutés dans le Péloponnèse, sans compter 50 jeunes nobles Macédoniens upbç tt,v crtofjLaTo^uAax'Iav.

*) D'après l'expression d'Arrien (lll, 16, 11): xol; tzi^oIç oï TtpoTÉOr^y.î -z-xl; TâHc(7i... y.axà eOv/; £xâ(7Tou; (T-jvxâ^aç, on est autorisé à penser que -les renforts qui arrivent du pays ne sont pas des corps tout formés (des TaHn:, etc.), mais des recrues qui sont incorporées aux régiments mobiles levés dans le même canton. Par conséquent, on devait avoir laissé au pays les TocEe'.: de certains canlons, et ces régiments de dépôt y élaient complétés xa-à k'ôvr,, tout comme les six régiments mobiles (d'Elymiotide, deTymphœa, des Lyncestes-On^sLes. etc.) et les huit escadrons (d'Ampliipolis, de Bottiée, etc.). Il n'est plus possible de savoir si plus tard, lors de l'expédition dans rinde, quelques-uns des régiments restés au pays n'ont pas été mobilisés et expédiés îi la suite deTarmée.

-) çpo-jpxp-/ov oï Mârapov twv âxa-'pfov (Arriax., lll, 16, 9). Q. Curce (V, 2, 16) donne seul l'effectif des .troupes : il donne le titre de phrourarque à Xénophilos, qui en tout cas l'a été plus tard iDiodor., XIX, 17).

Dec. 331 : ol. cxii, 2] l.\ marche sur la persk 3o1

trois mille hommes, à Archélaos. Il assigna les châteaux de Siisc pour résidence à la mère et aux enfants du Grand-Roi, qui jusqu'alors avaient été près de sa personne, et les entoura d'une cour royale; on dit même qu'il laissa quelques savants grecs à la cour des princesses, en exprimant le désir qu'elles prissent d'eux des leçons de g■rec^ Après avoir ainsi réglé ses dispositions, il partit avec son armée pour la Perse.

Parmi les difiicultés militaires de toutes sortes qui rendent mémorables les campagnes d'Alexandre, celle de s'orienter dans des pays complètement inconnus ne fut pas la moindre. Maintenant il s'agissait de monter des contrées basses jusqu'aux pays élevés de l'Iran, vers des régions dont le monde grec avait complètement ignoré jusqu'alors la configuration, rétendue, les moyens de résistance, les roules, le climat. On doit admettre qu'Alexandre sut se former une idée approximative, au point de vue géographique, des territoires dans lesquels il allait entrer, parles rapports des Perses qui étaient déjà en assez grand nombre dans son entourage ; quant au détail, il dut l'apprendre au fur et à mesure, par l'eiïet des circonstances et par des informations prises sur place.

Il s'agissait d'abord de parvenir de la plaine de Suse jusqu'aux villes royales situées dans la Haute-Perse, en passant par des défilés extrêmement difficiles. La route qu'Alexandre devait suivre, ou plutôt qu'il devait s'ouvrir, était celle qui avait été disposée pour les voyages de la cour de Perse entre Persépolis et Suse " ; elle passait d'abord à travers

1) DiODOR., XVII, 67.

-) On renconire à cet endroit, dans la première édition de l'ouvrage, une discussion sur les fleuves de la Susiane dont les résultats ont été en partie confirmés, en partie rectifiés par les nouvelles explorations, surtout celles du baron Bode et de Loftus. Je me contente de renvoyer à Kiepeut [Moivitsher. drr. BcrI. Aknd., 1857, p. 123) qui a démontré l'identité admise par moi du Choaspe et du Kerkah moderne, et à Spiegel {Eranischc Altcvthumskunde, II, p. 623). Il y a, au sujet de ces cours d'eau, un système ditîérent. celui qu'expose .AIexcke {Die GcoQritphii' vnn Siisinwi, m Fleckeitens Jahrbb. LXXXV [1862], p. 545 sqq.). Le point qui reste encore le plus douteux, c'est la question de savoir si le Yerahi et le Tab se réunissent ou si, comme l'indique une carte toute récente de Kiepert (cf. ci-desssous, p. 353, 2), ils se jettent séparément à la mer, si c'est le Tab ou le Yerahi qui est l'Arosis, Oroatis (Aurvaiti) des anciens.

X\2 rriNKUAinK d'ai.kxamum-: [11, 3

I;i riche jilaincî de Suse, Irasorsail lu Kopralas (Dizfotil) cl ri^iil.ros(lc Koiiniii à Shoush'i')(jui si; rcuiiisscnlct vont se jeler, sons le nom de Pasili^ris([)('lirri^r(î), danshiunicv Kryllirée»; un })('n pins loin, elle franchissait encore deux lleuves dont il nous osl iin[)ossihle ch' lixer Jcs noms anciens, le Yerahi à lîani-Ilorniouz et le Tab (Arosis ?). Entre ces dcuix cours d'ean, un défilé conduit de la plaine dans les montagnes, le même probablement que les anciens appelaient le déHlé des Uxiens '. Ces peuples, en eHef, habitaient partie dans la plaine et partie dans les montagnes quiTavoisinent vers le nord-est. Les Uxiens de la plaine seuls étaient soumis au Grand-Roi, et, lorsque la cour était en voyage, ceux des montagnes, qui étaient maîtresdudéfdé, n'accordaient le passage qu'en échange de riches présents. Ces mêmes montagnes, qui forment la bordure du plateau de Tlran et qui s'étendent du côté de INinive jusque près du Tigre, courent au sud-est le long de la plaine des Susiens et des Uxiens, et forment plusieurs terrasses étagées les unes derrière les autres, dont le sommet s'élève jusqu'à la hauteur des neiges. Plus loin, au sud-est, là oii la plaine se trouve pour ainsi dire continuée par la mer Erythrée qui s'avance profondément dans les terres, le nombre de ces terrasses qui montent à partir de la côte augmente jusqu'à former huit et neuf lignes de montagnes superposées, et du golfe on aperçoit par-dessus ces terrasses, à environ vingt milles de distance, la chaîne couverte de neige du Kdïihi-Baena^ qui forme le massif central. Dans ce labyrinthe de chaînes de montagnes, de torrents qui s'y ouvrent passage, de petites plaines entrecoupées de défilés, passe « la route carros-

') C'est l'opinion de Kin.neir {Geogr. Mem., p. 72) qui a lui-même parcouru le chemin : « this ploin (celle de Babehan) is sepai^ated from the « valley of Ram Hormuz by a pass, which I conjecture to be that of Ihe «Uxians». Le baron Bode {Travels in Luristan and Arahlstan, 1845, II, p. 358) a cru retrouver les défilés des Uxiens à Mal-Amir, à 12 milles environ à l'est de Dizfoul, sur un affluent du Kouran. Il ne faut pas songer à invoquer à l'appui de ce système le quartis castris ad... Pasitigi'im jwrvcnit de Q. Curce ou le texte de Diodore. Nôldere [Xachrichtcn der Gotting. Gesellsch. der Wiss., 1874, n" 8) a montré comment les trois langues qui se rencontrent dans la Susiane ont produit dans la deuxième série des inscriptions cunéiformes les noms identiques de Suse, Uxiens, Cosséens — Elam, Elymaïde-Afarti.

Dec. 331 : ol. cxii, 2] les défilés 353

sable [x\j.7.z''zzy ». Une fois sortie de ces défilés des Uxiens,elle se dirige sur Babehan, puis traverse au sud-est la plaine de Lasther, ensuite vers l'est celle de Basht, enfin celle de Fahiyan, environnée de montagnes si élevées que le village n'aperçoit le soleil que le matin et reste dans l'ombre le reste du jour. Cette" vallée qui s'étend vers l'est est terminée par le rocher conique de Kelah-i-Sefid, qui, avec la forteresse placée à son sommet, intercepte complètement la route. Tels sont les défilés porsiques, sur la grande route qui va à Persépolis par Shiras. Pour les éviter, il faut faire à Fahiyan un détour vers le sud et suivre, en passant par Kazeroun, le « mauvais chemin qui monte et descend à travers les rochers » jusqu'à Shiras. La marche d'Alexandre montre qu'on peut tourner ce défilé du côté du nord et que, du Tab, on peut prendre une voie plus courte que la grande route. Tout près de Babehan, il y a un chemin qui prend à gauche dans la direction du nordest, escalade à Tang-i-tebak la terrasse voisine et paraît rejoindre la grande route à Basht ; enfin on signale encore, à Fahiyan, une autre route qui conduit directement vers le nord, dans les montagnes, et redescend de l'autre côté de Kelahi-Sefid dans la petite plaine située derrière le fort "^

*) Arrien (III, 18, 2) dit que Parménion a marché en avant avec les troupes pesaminent'armées et le train wr Itii nipo-aç aye-.v -/.axà Tr,v à(xàEiTov TT,v «; IlÉpaa? ^spouTocv. Il ne peut entendre par là que la grande route qui a été maintes fois parcourue par des voyageurs modernes et que décrit exactement CherefTeddin, à propos de l'expédition de Timour en 1403. Le baron Bode, venant de Shiras par Kazeroun, n'a rejoint cette grande route qu'à Fahiyan, et il décrit la petite plaine de Sha-'b-bevan, qui va jusqu'à Kelah-i-SeOd. Suivant lui, il y a de Shiras à Babehan par Kazeroun 51 milles, et par Kelah-i-Sefid 37 milles (Bode, op. cit.,l, p. 189).

2) La route de Babehan à Tang-i-Tekab est décrite par Stocqueler {PUgrimages, II, p. 211), qui s'est dirigé ensuite du côté du nord. Quant à un prolongement du côté de l'est, jusqu'à Basht, à 12 farsangsde Kelah-i-Sefid, nous n'avons sur ce point, que je sache, aucun renseignement émanant de voyageurs modernes ayant vu les lieux. La carte dressée par Kiepert d'après le livre du professeur Haussknecht {Routen im Orient), carte que Kiepert a eu la bonté de me communiquer en épreuves, permet de reconnaître à peu près la direction de cette route de Basht sur la terrasse semée de. villages qui s'étend derrière le Kouh-i-Dib, montagne haute de 10,400 pieds au-dessus du niveau de la mer. Cette même carte indique la route adoptée ci-dessus dans le texte, route par laquelle, en partant de Fahiyan, on peut contourner au nord Kelah-i-Sefid. Au-delà de Kelah-i-Sefid, on rencontre (d'après I 23

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