i- in':pAnT in-: susk
'Iclhvs étiiicnl les roules (pic pouvait clioisir Aloxaudrt;, pour gagner IN'rsépoIis el l*asargadc. La saison n'élail rien moins que favorable; il devait y avoir déjà ])eaucoiip de neige dans les montagnes ; puis, comme les localités étaient rares, il faudrait souvent bivouaquer, et le froid des nuits aggravait encore les fatigues d'une expédilion déjà diflieile en ellemême. A tout cela il faut ajonler qu'on i)ouvait s'attendre à rencontrer de la résistance du côté des Uxiens, et plus encore du coté d'Ariobarzane, (jui s'élait retrancbé dans les défilés les plus élevés avec des forces militaires considérables. l*ourtant, Alexandre avait bâte de gagner la Perse, non pas seulement pour s'emparer du pays, des trésors de Persépolis et de Pasargade et pour s'assurer de la route qui conduit dans l'intérieur de l'Iran, mais encore et surtout afin qu'un trop long retard ne permît pas au roi de Perse de faire de grands préparatifs et de s'avancer de la Médie sur ce point, pour défendre le berceau du royaume des Perses et la Sublime Porte Achéménide derrière des passages aussi difficiles que les défilés persiques.
Alexandre s'avança donc avec son armée à travers la plaine de Susiane ; en peu de jours, il passa le Pasitigris* et pénétra sur le territoire des Uxiens de la vallée, qui, déjà soumis au roi de Perse et se trouvant sous la domination du satrape de la Susiane, se soumirent sans difficulté. Les Uxiens montagnards, au contraire, envoyèrent au roi des commissaires pour l'avertir qu'ils ne lui accorderaient le passage que s'il leur faisait les mêmes présents qu'ils avaient l'babitude de recevoir dos rois de Perse. Plus la liberté du passage pour entrer dans la région supérieure était importante, et moins Alexandre pou-
KiNNEiR, p. 73] un petit plateau de 3 1/2 milies anglais de longueur; puis viennent les défilés de Loucreab, passages longs et difficultueux, mais pourtant, à ce qu'il semble, mal disposés pour la défense. On trouve un examen critique des diverses voies qu'Alexandre a pu prendre dans l'ouvrage de ZoLLiNG {Alex-anders des Grossen Feidzwj in Central asi en .1^ édit. l87o) : l'auteur arrive à un résultat qui ne m'a pas convaincu.
*) Tov naG-iTlvpr,v (Arrian., III, 17, 1). Q. Curce et Diodore confirment ici l'exactitude du nom donné au fleuve, en ajoutant, il est vrai, l'absurde quartis castvis. Arrien paraît appeler Pasitigris le Kouran, même avant sa jonction avec le Dizfoul, et pays des Uxiens la plaine qui s'étend par-delà.
Dec. 331 : ol. cxiî, 2] lks uxiens 355
vait laisser ce passage entre les mains de montagnards insolents ; il leur fit donc répondre qu'ils pouvaient se rendre dans les défilés et qu'ils y trouveraient ce qui leur revenait.
Accompagné de Xacjèma, des autres hypaspistes et de huit mille hommes environ appartenant la plupart aux troupes légères, et conduit par des Susianiens, il se dirigea pendant la nuit par un autre sentier très difficile qui était resté sans être occupé par les Uxiens*, et il atteignit leurs villages au lever du jour; la plupart de ceux qui y étaient restés furent massacrés dans l\3ur lit, les maisons pillées et livrées aux flanmies. Ensuite l'armée se porta en toute hâte vers les défilés où les Uxiens s'étaient réunis de tous les côtés. Alexandre envoya Cratère avec une partie de Farmée sur les hauteurs situées en arrière des gorges occupées par les Uxiens, tandis que lui-même s'avançait vers le passage avec toute la célérité possible, de sorte que les Barbares, entourés, effrayés par la rapidité de l'ennemi, privés de tous les avantages que l'étroitesse du défilé pouvait leur donner, se mirent à prendre la fuite dès que Farmée d'Alexandre s'avança en ran gs serrés : beaucoup furent précipités dans les abîmes ; un plus grand nombre encore succombèrent sous les coups des Macédoniens qui les poursuivaient et surtout sous ceux des troupes de Cratère, postées sur les hauteurs vers lesquelles ils voulaient so^ réfugier. Alexandre voulait d'abord transporter la tribu entière des Uxiens montagnards hors de cette région, mais Sisygambis, la reine mère, intercéda pour eux; on dit que Madatès, époux de sa nièce, avait été leur chef. A la prière de la reine-mère, Alexandre laissa ces tribus de pâtres à leurs montagnes, en leur imposant une redevance annuelle de mille chevaux, de cinq cents grosses bêtes de trait et de trente mille brebis; ils n'avaient ni or, ni terres labourables".
') Par conséquent, jusqu'à ce col, l'armée tout entière reste indivise : le roi tourne les défilés par une marche sur la gauche exécutée de nuit à travers les montagnes. On peut supposer que ce détour à gauche s'est effectué au lieu que Chereffeddin appelle Yaezan (suivant l'orthographe adoptée par BoDE, op. cit., II, 333), le Yarsoun de Kinneir, à cinq farsangs de Babehan.
-) AuRiAN., III, 17. Q- Curce (V, 3, 4) appelle yiadulci.,. ejus regionis prxf't'ctus,CQ qui veut dire que les Uxiens de la plaine^ sujets de l'empire,
M'A] i.i;s AMOUDs i)i:s 1)I^:mm^:s |II, '.\
Ainsi fui oiivcrUi rciilic'c! des haiils j>l;ih'aii.\, cl, laiiilis (juc Parinùnioii, avec iiiio luoilic de l'ariiH'c, c/esl-à-dire avec la partie la mieux écjiiipée de riiifanlerie', la cavalerie thessalieniie el le Irain, poursuivait sa marche sur la grande route, Alexandre lui-niènie, avec rinfanlerie macédonienne, la cavalerie, les sarissophores, les Agrianes et les hommes de trait, se hâta d'atteindre les défilés persiques - j)ar la route plus courte mais plus fatigante des montagnes. Quinze jours de marches forcées l'amenèrent à l'entrée de ces défilés, qu'il trouva barrés par de fortes murailles '; le satrape Ariobarzane, disait-on, se tenait avec quarante mille fantassins et sept cents cavaliers dans un camp fortifié, derrière ces murs, résolu à barrer le passage à tout prix. Alexandre campa ; le lendemain matin, il s'aventura dans la gorge bordée de rochers élevés, afin d'attaquer lamuraillc. Il fut reçu à coups de fronde et par une grêle de traits ; on faisait rouler des masses de rochers des hauteurs voisines ; il était entouré de trois côtés par des ennemis exaspérés ; en vain quelques soldats essayèrent d'escalader les parois des rochers, la position des ennemis était inattaquable. Alexandre se retira dans son camp, à une lieue en avant du défilé*.
lui obéissaient et qu'actuellement les Uxiens libres de la plaine avaient consenti à marcher sous ses ordres : voilà pourquoi Q.Curce {non Madati modo ignovit, etc., V, 3, 16) dit qu'ils étaient gouvernés par le satrape de Susiane. D'après Arrien [Ind., 40), le roi essaya d'habituer ces tribus de pâtres à l'agriculture et leur bâtit des villes dans les montagnes.
^) Il résulte de ce passage d'Arrien (III, 18, 1) que les hoplites macédoniens des TâEel? étaient moins pesamment armés que les <j'j\i[iolxo<. et les [l'.a^o^ôpoi : par un autre passage (III, 23. 3j, où il est dit qu'on choisit parmi les phalangites macédoniens les -/.ouçô-aTO',, on voit qu'ils n'étaient pas tous aussi « pesants », et c'est dans l'armement que doit être la différence.
2) èu\ Ta; TT-jAa; Ta; nspcrôoaç (Arrian., III, 18, 2). Diodore (XVII, 68) dit : eiù xàç Sourytâôaç xaXo'j(x£va; ii'jlom, et Q. Curce (V, 3, 17) de même : angiistias quas illi Susidas pijlas vocant.
3) TîssjLTiTaToç (DiODOR., XVII, 68) '. qubito die {Cvrt., V, 3, 17). De Babehan à Kelah-i-Sefid il y a 35 farsangs, à peu près 27 milles. Cette route décrit vers le sud un arc considérable, dont la corde forme le chemin probable du roi et a par conséquent quelque chose comme 20 milles.
^) Triginta fere stadia qiiœ remensi sunt (Gurt., V, 3, 23). On trouve dans Polyasnos (IV, 3, 27) le même chiffre, qui s'est métamorphosé en Tptaxoatot dans Diodore (XVII, 68). Ces mêmes auteurs, ainsi que Plutarque (A/ea?., 37), racontent en outre qu'un des prison^'^^^j ^^ Lycien,
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Sa position était cnibarrassante : ce passage était le seul chemin qui conduisît à Pcrsépolis; il fallait le forcer^ sinon ses succès allaient subir une interruption pleine de dangers; mais contre ces remparts de rochers les plus grands efforts de l'art et du courage semblaient devoir échouer, et cepeadant tout dépendait de la prise de ces portes. Alexandre apprit par des prisonniers que ces montagnes étaient, pour la plupart, couvertes d'épaisses forêts ; que c'était à peine si l'on pouvait les traverser en suivant quelques sentiers dangereux et doublement fatigants en ce moment, à cause de la neige tombée sur les montagnes ; et pourtant, ce n'était que par ces sentiers qu'on pouvait tourner le défilé et parvenir sur le terrain dont Ariobarzane avait pris possession. Alexandre se résolut à cette expédition, qui fut peut-être la plus périlleuse de sa vie.
Cratère resta dans le camp avec sa phalange, celle de Méléagre, une partie des archers et cinq cents hommes de la cavalerie, avec la consigne de cacher à l'ennemi le partage de l'armée par des feux de garde et autres moyens, puis de se précipiter contre la muraille avec toute la vigueur possible, dès qu'il entendrait résonner les trompettes macédoniennes sur les montagnes de l'autre côté. Alexandre lui-même se mit en route pendant la nuit, avec les phalanges d'Amyntas, de Perdiccas, de Gœnos \ les hypaspistes, les Agrianes, une partie des hommes de trait et le plus grand nombre des cavaliers conduits par Philotas, et, par une marche très fatigante de plus de deux milles, il atteignit le sommet des hauteurs couvertes d'une neige épaisse. Le lendemain matin, il était de l'autre côté ; à sa droite s'étendait la chaîne de montagnes qui se terminait au défilé et au camp de l'ennemi ; en face, la vallée qui s'élargit pour former la plaine de l'Araxe, où passe la route de Persépolis ; en arrière, les hautes montagnes qu'il
fournit des renseignements sur les chemins qui traversent la montagne. Le camp d'Alexandre devait être dans la vallée de Sha-'b-bevan, que décrit BoDE {op. cit., p. 243).
*) Q. Curce(V, 4, 20) cite aussi Polysperchon. Comme le nom de ce dernier ne figure pas dans Arrien, on peut supposer qu'il était parti avec Parménion comme chef des hoplites les plus pesamment armés. Cependanl le fait est trop douteux pour qu'on puisse édifier là-dessus de plus amples conjectures.
:V\H ii:s ni':FiLÉs forcés jll, l\
venait de franchir avec lanl «le peine ri (|iii, en cas (l'insnc('ès, allaient peut-èlre lui rendre le salnl impossible. Après avoir accordé un instant de repos h ses troupes, Alexandre les partagea : Aniyntas, (lœnos, IMiilotas, avec leurs corps, reçurent l'ordre de descendre dans la plaine, tout à la fois pour aller jeter un pont sur 1<' lleuve qui croisait la route de IN^rsépolis ' et pour barrer aux Perses, s'ilsétaient vaincus, la retraite sur cette ville: pour lui, il s'avança à droite vers le défilé avec ses hypaspistes, le régiment de Perdiccas, l'escorte des cavaliers, une tétrarchie de la cavalerie-, les homnries de trait et les Agrianes. Cette marche, extrêmement pénible, était rendue plus pénible encore par les taillis des montagnes, par une violente tempête et l'obscurité de la nuit. Avant le lever du jour, il atteignit les premiers avant-postes des Perses, dont les soldats furent massacrés ; on s'approcha ensuite des seconds, d'où un petit nombre de gardes seulement s'échappèrent jusqu'à la troisième ligne : celle-ci prit la fuite avec eux, non pas vers le camp, mais dans les montagnes.
Dans le camp des Perses, on ne soupçonnait rien de ce qui se passait ; on croyait les Macédoniens en bas, devant la vallée, et, par ce mauvais temps d'hiver, chacun se tenait renfermé sous sa tente, persuadé que l'ouragan et la neige devaient rendre l'attaque impossible à l'ennemi ; aussi tout était paisible dans le camp lorsque tout à coup, à la première heure, on entendit retentir à droite {sur les hauteurs les trompettes macédoniennes, tandis qu'au pied des montagnes, du fond de la vallée, leur répondait le cri d'attaque. Déjà Alexandre était sur les derrières des Perses, pendant que Cratère, remontant
1) Tov 7roTa(JLOv bv r/pr,v Trépanai lovTa £tc\ népcraç (c'est-à-dire Persépolis) ysçupoOv £xÉ/x-j(Tcv (Arrian.,111, 18,6). Je crois avec Kiepert {Index del'Arrien de Sintenis, s. v.) qu'il s'agit de l'Araxe (Bend-emir), fleuve que, d'après Strabon (XVII, p. 729), Alexandre iipoç ol-jzy, xf, UepaônôUi o-.éor,. Quant au Tab, il ne pouvait en être question que d'après les anciennes cartes, celles d'OusELY, de Ker Porter, qui font remonter toute la route de Babehan dans la vallée du Tab, tandis que cette route, suivant des renseignements plus récents, franchit plusieurs torrents coulant vers le sud.
-) C'est une expression qu'Arrien n'emploie nulle part ailleurs ; elle s'explique par le fait que les huit iles de la cavalerie étaient partagées chacune en deux loches, et l'ensemble de la cavalerie en quatre hipparchieSi dont chacune contenait par conséquent quatre loches.
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la valléo, common(;ail l'atlaqiioet forçail facilomciil les défilés mal gardés, ('eux qui s'enfuyaient de là allaient tomber sous le fer du roi (jiii poussait en avant ; s'ils retournaient aux positions (ju'ils avaient abandonnées, ils les trouvaient déjà occupées par une troisième troupe, car Ptolémée avait été laissé avec trois mille Iiommes pour fondre de ce côté sur l'ennemi. Ainsi, de tous les côtés, les Macédoniens venaient se rejoindre dans le camp où commença un horrible massacre : les fuyards se précipitaient sur les glaives des Macédoniens ; un grand nombre roulaient dans les précipices; tout était perdu : Ariobarzane se fraya un passage ; il s'enfuit avec un petit nombre de cavaliers dans les montagnes, et se dirigea au nord par des routes inconnues vers la Médie, sa patrie.
Après un repos qu'il n3 prolongea guère, Alexandre se mit en marche vers Persépolis. Tandis qu'il était en route, il reçut, paraît-il, une lettre de Tiridate, qui avait la garde du Trésor royal et qui l'avertissait de se hâter, car autrement le Trésor serait pillé ^ Afin d'atteindre la ville plus rapidement, Alexandre, laissant l'infanterie, se lança en avant avec la cavalerie, et, au point du jour, il arriva au pont que l'avanlgarde avait déjà jeté. Il avait marché si vite qu'il précéda presque la nouvelle du combat ; son arrivée inattendue rendit impossible toute résistance et tout désordre : il prit possession de la ville, des palais et des trésors sans aucune difficulté. Pasargade -, et avec elle de plus grands trésors encore, tomba aussi rapidement aux mains du vainqueur. On y trouva
1) C'jRT., V, 5, 2. DiODOR., XVII, G9. Le roi pouvait bien accorder à ses IroLipes surmenées un petit moment de repos [codinn loco quo hnstium copias fudcrat, castra comnnmivit. Cvrt.,\, o, 1), attendu que la colonne détachée en avant-i;arde assurait la voie et le passage de l'Araxo.
-) L'emplacement de Pasargade est toujours matière à discussion (cf. Spiegel, op. cit. , II, p. 617). Les combinaisons d'OppEivr, exposées dans l'ouvrage de Spiegel, paraissent confirmées par l'énumération que fait Strabon (XVIil, p. 729j des cours d'eau franchis par Alexandre, car Je Cyros, qui arrose Pasarg-ade, y est cité avant TAraxe (Bend-emir) : de même, lorsqu'Alexandre revient de l'Inde, il semble bien que Pasargade soit au suJ tic Persépolis. L'assertion de Pline (VI, 26, § 99 éd. Detlefs.) : flumen S/« iinijanus quo Pasaryadas scptimo die navigatur, est sans contredit le résultat de quelque erreur, attendu que pas un fleuve de ce pays n'est navigable de façon à pouvoir être remonté sept jours durant.
;JGU SAC i)K iM-:nsKPOLis |ll, 3
onlassc's ])lnsi<Mirs milliers de lahinis d'or cl (l\'ii'^(;nt, un noinhiM^ inliiii dr lissus de prix el de choses précieuses. Ou nicoulo qu'il fallut dix niillc paires de mulets et trois uiille chameaux pour les emporter *.
En prenant ces richesses improductives pour les rendre aux relations commerciales des peuples auxquels elles avaient été soustraites depuis si longtemps, Alexandre enlevait à Tennemi son moyen le plus important de domination ; mais la possession de tout ce territoire était plus importante encore, car c'était là le vérilahle foyer de la royauté perse, (l'était dans la vallée de Pasargade que Cyrus avait abattu la puissance des Mèdes, et, en souvenir de la grande victoire, il y avait établi sa cour, ses palais et son tombeau. Ce tombeau était, au milieu des monuments les plus luxueux qu'il y eût sur terre, une simple grotte creusée dans le rocher, où de pieux mages offraient des sacrifices et priaient chaque jour. Plus riche encore en somptueux édifices était la plaine de Persépolis, qui se prolonge en remontant à l'est et à l'ouest, avec les vallées de FAraxe et du Médos. Darius fils d'Hystaspc, le premier qui demanda la terre et l'eau aux Hellènes et réduisit Alexandre le Philhellëne au rôle de satrape perse, y avait été élevé à la dignité de Grand-Roi après le faux Smerdès ; il y avait élevé son palais, son portique et son tombeau ; beaucoup de ses successeurs avaient rempli la vallée rocheuse du Bendemir de nouveaux et splendides édifices, de rendez-vous de chasse, de paradis, de palais, de sépultures royales ; la Porte royale des «Quarante colonnes », le fier édifice assis à même le rocher sur sa triple terrasse, les statues colossales de taureaux, de lions, de licornes placées à l'entrée, en un mot, un ensemble gigantesque de constructions de la plus grande magnificence et d'une hauteur prodigieuse ornaient l'enceinte sacrée que les peuples de l'Asie honoraient comme le lieu de la consécration des rois, l'endroit où on leur rendait hommage, le foyer et le point central du puissant royaume. Maintenant le royaume était détruit; Alexandre était assis sur
*) D'après Diodore, Q. Curce et Plutarque {Alex., 37). Q. Curce(V, 6, 9) et Diodore (XVII, 71) estiment le total des trésors à 120,000 talents : Arrien (ill, 18, 10) ne fixe pas de chiffre.
Comm. de 330 : ol. cxti, 2] persépous 361
le trône de ce même Xerxès qui jadis avait déployé sa tente orgueilleuse sur le rivage du golfe de Salamine et dont la main criminelle avait incendié l'acropole d'Athènes, qui avait détruit les temples des dieux et les tombeaux des morts. Maintenant le roi de Macédoine, le général de la Ligue hellénique, était le maître dans ces cités royales, dans ces palais ; il semblait maintenant que le temps fût venu de venger les anciennes injures et d'apaiser et les dieux et les morts dans l'Hadès; c'était ici, dans ce foyer de la splendeur persique, qu'on devait user de représailles et faire expier la faute passée ; c'est là qu'on devait donner aux peuples de l'Asie la preuve visible que cette puissance qui les avait asservis jusqu'alors était bien tombée et morte, qu elle était détruite pour toujours ^ Les preuves ne manquent pas pour montrer qu'Alexandre, en donnant l'ordre de mettre le feu - aux lambris de cèdre du palais royal, n'agissait pas sous l'influence d'un moment de surexcitation, mais avec calme et après réflexion. Parménion avait été d'un autre avis; il avait conseillé au roi d'épargner le superbe édifice qui était maintenant sa propriété, et de ne pas froisser les Perses en détruisant les monuments de leur ancienne grandeur et de leur magnificence d'autrefois ; mais le roi pensa que la mesure qu'il avait en vue était utile et nécessaire. Voilà comment une partie du palais
'') Clitarque, le Ségur d'Alexandre, qui a fait des histoires avec un ta ent exceptionnel, mais aux dépens de l'histoire, ne tarit pas en anecdotes spirituelles sur cet hiver passé à Persépolis. Ces Grecs qui, vieillis, mutilés, marqués au fer rouge, pleins de honte et de désespoir, viennent à la rencontre du roi, Tordre de mettre les habitants à mort, le festin du roi, enfin cette danseuse athénienne Thaïs, qui. surexcitée par la danse, prend un brandon sur l'autel et le lance dans le palais, entraînant à sa suite Alexandre et ses amis enivrés par les fumées du vin et la joie du triomphe, ce sont là autant de contes qui, puisés à la même source, ont été répétés par toute une série d'écrivains postérieurs, si souvent et avec une telle assurance qu'ils ont fini par prendre avec le temps un caractère de certitude historique.
-) Plut., Alex., 38. Après avoir mentionné brièvement les historiettes énumérées dans la note précédente, Plutarque ajoute : o\ ]xvi oO-ïw xaO-a Y£v£(76at 9a(7\v, ol ot kr:o yvw(jLr,:. Arrien (III, 18, 11) dit que Parménion chercha à empêcher l'incendie (llapij.Evîwvo; (7aj:;siv a-jtjLoo'JAe-JOvto;). Il blâme aussi pour son compte l'acte d'Alexandre : àz-X' o-jô' £[xo\ oo/.ii a-jv vw opiffai toOtô ye 'A/iÇavôpo; o-jos slva-' ti; auTY) rispcrtov xtov Tzâ/at Tiixcopia (III, 18, 12).
'M]2 i/in(i:m)Ii; di: im;iiski»olis |II, l\
(le l*('isr|i(»lis s\''ci"()iil;i dans 1rs llammcs ; jiiiis le r(M doiina I'okIic d'éUMiKln' le IVu '.
IV'iil èiro CL'l inmidio du palais lil-il pallie des leles d'iiiK; sorte diiiLi'Oiiisalion (ju'Alexandrc semble avoii- céjéhrée. On raconle (|iie Déniaialos de (loriiithe, l()rs(|ij'il vit Alexandre assis siii- le liôiu; du (inind-l{()i el sons le haldarjiiin doi'é, s'écria :uDe quelle joie ne sont- ils pas privés, ceux (]ui n'ont pas assez vécu pour voir un tel jour ! »
On doit encore prendre en considération un ficcond pciit-fUrp^ qui n'est pas sans importance pour juger sous tous les points de vue Alexandre et sa conduite.
Oe qui se i)assa à Persépolis était comme la déclaration solennelle que la puissance des Acliéménides avait cessé d'exister et la prise de possession formelle du trône déclaré vacant ; on doit donc se demander si c'était enfin, ou si c'était déjà le moment de prononcer, sous une forme symbolique aussi significative, l'irrévocable mort du passé, et d'exécuter la sentence. Si la bataille de Gaugamèle avait définitivement brisé la puissance des Perses, pourquoi Alexandre avait-il attendu une demi-année pour accomplir un acte auquel la ville cosmopolite de Babylone ou celle de Suse, qui servait de résidence royale, se seraient tout aussi bien prêtées que Persépolis ? ou bien, s'il l'avait difieré parce qu'après cette victoire, après la prise de Babylone et de Suse, ce qu'il avait accompli ne lui semblait pas encore suffisant, l'occupation militaire et politique de la Perse proprement dite était-elle donc un fait d'une si grande importance, alors que la Médie avec Ecbatane était encore aux mains de Darius, qui gardait ainsi et les vastes territoires du nord et de l'est du royaume, et le plus court cbemin pour gagner le Tigre, et la grande route royale de Suse à Sardes, et la possibilité pour une armée formée en Médie avec les masses des cavaliers de l'Orient de couper la ligne si longue et si peu gardée qui tenait Alexandre en communication avec les satrapies de l'ouest et avec l'Europe?
Les documents que nous avons sous les yeux ne sont pas de
') C'est ce que dit expressément Plularque(A/cj?., 38) : on o o-jv [jlstsvôogs lOLyu X a\ y.axacrêÉc-ai TipocsTa^sv ôfJLoXoysîTat.
Coinm. do 330 : ol. cxii, 2] persépolis 363
lolle nalure que nous puissions nous altcndre à y trouver tout ce qui est essentiel ; ils sont assez prolixes lorsqu'il s'agit de porter un jugement moral sur Alexandre ; ils nous donnent à peu près assez de détails sur ses opérations militaires pour nous en faire connaître renchaînement sommaire ; mais sur ses actes politiques, sur les motifs qui le déterminaient et sur le but qu'il voulait atteindre, ils ne nous disent rien ou presque rien : c'est sur la foi des informations qu'ils nous donnent qu'on a pu se ligurer qu'Alexandre avait passé l'Hellespont avec le plan très simple de marcher jusqu'au fleuve encore inconnu du Gange et jusqu'à la mer, non moins inconnue, où il se jette à l'Orient.
La réponse qu'Alexandre, après la bataille d'Issos, avait faite aux propositions tout à la fois mesquines et orgueilleuses du Grand-Roi montre qu'il croyait un traité de paix possible ; elle avait indiqué sous quelle forme et sur quelle base. La prétention qu'il émettait dans cette réponse résultait des circonstances et de l'ensemble des faits historiques qui avaient précédé. Les prédécesseurs de Darius avaient jadis contraint le roi de Macédoine à se soumettre à leur souveraineté, à être leur satrape ; ils avaient exigé des Etats helléniques la terre et l'eau ; ils n'avaient pas cessé de se considérer comme les maitres-nés des Hellènes et des Barbares de l'Europe; dans la paix d'Antalcidas et en vertu de cet acte, ils avaient donné aux États helléniques des « ordres » imposant l'obéissance ; tandis que le roi Philippe combattait contre Périnthe et Byzance, ils avaient, sans aucun égard, envoyé des troupes contre lui, comme s'il ne tenait qu'à eux d'étendre la main sur le monde hellénique et de s'interposer quand et comme il leur plaisait. La prétention à la « monarchie de TAsie » était innée chez les Perses, et ils étendaient cette prétention à la suzeraineté jusque sur le monde hellénique, de sorte que le but de la guerre en vue de laquelle Alexandre s'était fait le généralissime des Macédoniens et des Hellènes ne pouvait avoir d'autre but que de mettre, pour toujours et d'une façon radicale, un terme à cette prétention du Grand-Roi. Après la bataille dlssos, Alexandre n'avait opposé aux propositions de Darius qu'une seule et unique exigence : la reconnaissance