U ALKXANDUK A IM:IIS<:IM)MS |II
(juc co n'était plus Darius, mais Al^^\an(l^o qui (Hait maître et roi (le l'Asie' ; [)()iir obtenir cette reconnaissance, il était prêt à faire des concessions à son adversaire vaincu, à lui accorder, telle esta peu près l'expression, toutes les demandes dont celuici lui montrerait la justice '; au cas où il refuserait celte reconnaissance, il pouvait s'attendre à une nouvelle bataille. Placé dans une telle alternative, Darius avait préféré continuer la lutte; il avait perdu la seconde grande bataille, et avec elle le large territoire qui s'étend depuis la mer jusqu'à la chaîne de montagnes qui forme la frontière de l'Iran. Ne devait-il pas être convaincu maintenant qu'il était incapable de se mesurer avec la j)uissance d'Alexandre ? Est-ce que chaque pas fait en avant par Alexandre ne montrait pas qu'il était bien en fait ce qu'il voulait être officiellement, seigneur et maître en Asie, et qu'il n'y avait plus de puissance capable de l'empêcher de faire ce qu'il voulait? Darius pouvait-il douter encore qu'il lui fallait plier et faire sa soumission s'il voulait encore sauver quelque chose et recouvrer les gages,, si chers pour lui, qui étaient entre les mains de son adversaire victorieux?
Après la journée de Gaugamèle, Alexandre a dû s'attendre à voir Darius lui envoyer des ambassadeurs pour lui soumettre des propositions plus acceptables que celles faites après la bataille d'Issos et s'incliner devant le fait accompli ; il est possible même que le roi, ne trouvant pas convenable de prendre directement l'initiative, ait fait comprendre à la reine-mère, à la prière de laquelle il avait pardonné aux Uxiens, qu'il était disposé à prêter l'oreille à des oiïres pacifiques venant de son fils. Maintenant encore, il pouvait être dans l'intention d^accorder à son adversaire vaincu, en échange de la reconnaissance du transfert eiTectif de la puissance, une paix qui lui eût fait recouvrer un royaume, des sujets et sa famille. Ce qu'Alexandre possédait, cette étendue de territoire allant de la mer à la ceinture de montagnes qui enclôt l'Iran, formait un ensemble
1) £[xoO xr,; 'Acca; àiracrr,; y.up-'o'j ovto; — et plus loin : irap' l\iï w; Pacri)v£a t:-?,; 'Acrîa; Tréfxus {J-TQoà à |3ou>.£t eiiao'j stïÉg-TcaXs, oùX wç x'jplo) ovxi T.wv <7a)v cppdt^e ci.' TO'J oir, (ArriAN., II, 14, 8-9).
2] e/.ôàjv oï Tipô; \it xV {x-/]X£pa xa\ xr,v yuvaîy.a xai xoùç tzuXouz xa\ el aXXo xt lOÉ/etç aixît v.a\ )>d£{J.oave • o xi yàp av 7r£t6r]ç è\}.ï, eaxat aoi (Arrian., II, 14, 8).
Comni. de 330 : ol. cxii, 2] persi'^polis 365
considérable el même, sous le rapport de la population, un tout suflisamment homogène, assez grand et assez riche pour que ce territoire, réuni en un royaume avec la Macédoine et la Grèce, fut la puissance maîtresse de l'Asie, ce royaume étant de plus, par ses côtes, assez voisin de l'Occident pour avoir encore l'empire de la Méditerranée, dont on avait posé, en fondant Alexandrie, la première assise et la pierre angulaire. Un traité de paix en ce sens aurait scellé l'œuvre des armes victorieuses par Tacquiescement de celui qui avait succombé sous leurs coups.
Telle est la ligne hypothétique qu'il semble convenable de tracer pour marquer la lacune qui existe dans nos documents; les événements qui eurent lieu à Persépolis prennent un caractère plus accentué, si Ton complète ainsi cette lacune par la pensée. Alexandre ayant désiré recevoir des propositions de paix, les ayant attendues pendant des mois, et ces propositions n'étant pas venues même après la chute de Suse, même après que les défilés persiques eurent été forcés, après l'occupation des antiques cités royales, il n'y avait plus qu'à abandonner enfin l'espoir d'arriver à une solution par voie de traité, et à accomplir l'acte par lequel la puissance des Achéménides était déclarée déchue et la prise de possession du trône d'Asie proclamée.
Telle était la sentence que devaient exécuter les prochaines opérations militaires.
CIlAlUTKi: QUATRIKMI^:
Dépari d(î Persépolis. — Daiiiis se rriiic (l'Kcbalaiie .. — Il esl massacré. — Alexandre eu Parlliie. — Eiilreprise de Zopyrion; soulèvement de la Tlirace; levée de ])oiicliers d'A^ns, sa déf'aile; npaisemeni de la Grèce.
IViulaiU quatre mois, Alexandre; s'attarda dans les cités royales de la Perse. Son but n'était pas seulement de laisser reposer son armée; il doit y avoir du vrai dans ce que rapportent les auteurs de second ordre, à savoir que, pendant ces mois d'hiver, Alexandre fit des expéditions contre les montagnards voisins, gens habitués aux rapines, afin d'assurer le pays contre leurs incursions. Il s'agissait notamment des Mardes *,
*) Q. Curce est le seul qui donne des détails sur cette expédition; mais il se contente de quelques exagérations pittoresques, de sorte qu'on ne voit ni la direction ni la marche de l'entreprise : il en parle avant l'incendie de Persépolis et la place sub ipsiim YcryiHanon sidus (Gurt., V, 6, 12). Les Pléiades se couchent le matin en novembre, le soir au commencement d'avril : elles se lèvent le matin en mai, le soir en septembre : le seul moment qui pourrait convenir serait le coucher du soir en avril ; mais alors, l'année serait, ce semble, trop avancée, car on serait au commencement du printemps. Q. Curce paraît avoir imaginé cette référence aux Pléiades pour donner, avec une phrase à la mode, un certain relief au paysage d'hiver qu'il veut décrire. A propos de cette expédition, Diodore (XVII, 73) dit simplement qu'après l'incendie de Persépolis, Alexandre attaqua les autres villes de la Perse et les prit, les unes par la douceur, les autres de vive force. Arrien [Ind., 40) rapporte que toutes ces tribus pillardes des montagnes, les UxienSj Mardes. Cosséens, furent battues en hiver, saison où elles se croyaient le plus en sûreté dans leurs montagnes. Il semble que l'habitat de ces Mardes était dans les montagnes au sud de la Perse, car celles de l'ouest étaient occupées par les Uxiens, celles du nord par les Cosséens. De plus, Hamdoulla (dans ()usely, III, p. 366) raconte que Firouzabad était une ancienne ville, détruite par Alexandre, qui s'était appelée jadis Khour {Cyropolis regio ibi maritima. Pli.n., VI, 20). Strabon (XI, p. 524. XV, p. 727) remarque qu'il y avait des Mardes dans ces régions, et non pas seulement dans les monts Caspiens.
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qui jusqu'alors avaienl vécu, comme les Uxions, dans une indo[)en(lance presque complète. Alexandre les obligea à se soumettre, en faisant des expéditions fort pénibles dans les vallées de leurs montîignes, au milieu de la neige. La satrapie de Caramanie, dont Alexandre dut s'approcher dans cette expédition, se soumit, et le satrape Aspastès ^ fut confirmé dans sa charge. Déjà la satra})ie de Perse avait été confiée au noble Phrasaorte, fils de ce Ilhéomithrès qui avait trouvé la mort à la bataille d'Issos. Nos documents n'établissent pas d'une manière suffisante qu'une garnison de 3,000 hommes ait été placée àPersépolis, ni qu'on ait reçu un renfort de o,000 fantassins et 1,000 cavaliers dans cette ville, ou plus loin, pendant qu'on était en marche -. On pouvait être aux derniers jours d'avril lorsqu'enfin on se mit en route pour la Médie, où Darius s'était réfugié avec le reste de l'armée battue à Arbèles. Après sa défaite, Darius s'était retiré sur Ecbatane à travers les montagnes delà Médie. Il avait l'intention d'y attendre ce qu'Alexandre allait entreprendre et, dès que celui-ci se mettrait à sa poursuite, de s'enfuir dans le nord de son royaume en dévastant tout sur son passage, afin qu'Alexandre ne put le poursuivre. A cet effet, il avait déjà envoyé la caravane de son harem et l'attirail de sa cour, ses trésors et ses objets précieux àl'entrée des défilés caspiens, du côté de Raga^,afin de ne pas être embarrassé si une fuite précipitée devenait nécessaire. Cependant, les mois se succédaient sans que même un corps d'éclairenrs ennemis se montrât dans les défilés du mont Zagros ou sur la frontière intérieure de la Médie. Ariobarzane, l'héroïque défenseur des défilés persiques, arriva alors à Ecbatane; on pouvait maintenant attendre les Macédoniens par le sud-est, mais aucun ennemi ne se montra. Les trésors de Persépolis et de Pasargade avaient-ils peut-être plus de charmes pour le vainqueur que de nouveaux combats ? les délices nouvelles et énervantes de TOrient ne le retenaient-elles pas enchaîné, lui et sa présomptueuse armée ? Darius se voyait
*) CuRT., IX, 10, 21. Arrien ne mentionne pas ce personnage.
^) Les deux renseignements émanent de Q. Curce (V, 5, 11 : 7,30); il cite le commandant de la citadelle Nicarchide, et le chef des troupes fraîches, l'Athénien Platon.
.*{(')S DAIUIIS KN MKDIK fil, 4
(Micoi»' ciiloiii'r (le li'(ni|>rs lidî'h's, (li> jH'inccs mn^maniiiK's ; il .ivail avec lui rdilc delà iiohhîssc dos Perses, la ('liilian'liie, que coiidiiisaiL Nal)arzaiie; il avait Alropalès de Médie, Aulojdiradale de Tapurie, IMiralapiierne d'Ilyrcanic et de Parthie, Satiharzane d'Arie, Hnrsaënlès d'Arachosie el de Dranqiaiie, Hessos, ]{) hardi Haclrieii, parenl du (iraud-lîoi, à la tèle de trois mille cavaliers ])aclriens qui s'élaieiii enfuis avec lui de la dernière bataille; on voyait encore à Eci)atane le frère du Grand-Roi, Oxatlirès, et le vieil Artabaze, Tanii dévoué de Darius et peut-être riionime le plus estimable de tout le royaume des Perses, était là avec ses fils: il faut encore ajouter Bislhanès, fils du Grand-Roi Oclios, et Artabélos, fils de ce Maza^os qui avait passé à fennemi et avait été fait satrape de Babylone. Darius avait encore un reste de ses bataillons de mercenaires h Dlléniques, sous la conduite du Phocidien Patron ; il attendait l'arrivée de plusieurs milliers de Cadusiens et de Scythes; on pouvait encore une fois appeler aux armes les peuples de la Bactriane et de TAriane, pour les réunir à Ecbatane autour de la personne du Grand-Roi et pour défendre la partie orientale de l'empire : la Médie offrait assez de positions où l'on pouvait se défendre ; par exemple, les portes caspiennes, par où l'on entrait dans les satrapies du nord et de l'est, pouvaient être facilement défendues contre un ennemi supérieur et l'arrêter longtemps. Darius résolut de tenter encore une fois le sort des armes et, avec l'armée qu'il pouvait réunir avant l'arrivée d'Alexandre, d'empêcher l'ennemi de s'avancer plus loin. Par les ambassadeurs de Sparte et d'Athènes qui étaient dans le camp royal, il pouvait avoir appris l'impression profonde que la bataille de Gaugamèle avait produite dans l'Hellade, la surexcitation dans laquelle était le parti anti-macédonien; il savait sans doute que beaucoup d'Etats avaient déjà fait alliance avec Sparte ou n'attendaient que le premier succès du roi Agis pour se détacher de la Ligue de Corinthe, enfin qu'il se préparait en Grèce une révolution qui forcerait bientôt Alexandre à quitter l'Asie K Darius pou-
*) Arrien (III, 19, 1) rapporte que rintention de Darius, si Alexandre était resté à Babylone et à Suse, était de a-jToO 7tpoa[j.Év£tv y.a\ aùxbç h Mr^ôo-.; El 01) Ti VccoiepidOct-r, xtov àjAç' 'AXé^avôpov.
Juin 330 : ol. cxii, 2] marche d'alexandre 369
vait espérer que la fin de ses infortunes n'était plus éloignée. Déjà Alexandre s'approchait. La Parœtacène, c'est-à-dire la contrée située entre la Perse et la Médie, avait fait sa soumission, et la satrapie en avait été donnée à Oxathrès, fils du satrape de la Susiane Aboulitès. A la nouvelle que Darius attendait l'attaque sous les murs d'Ecbatane, à la tête d'une armée considérable de Bactriens , de Grecs, de Scythes, de Cadusiens, Alexandre accéléra sa marche afin d'atteindre Tennemi aussitôt que possible ^ Pour avancer plus rapidement, il laissa les bagages en arrière avec des troupes suffisantes pour les protéger, et, après douze jours de marche, il entra sur le territoire de la Médie. Il apprit alors que les Cadusiens et les Scythes que Darius attendait n'étaient pas arrivés, et que le Grand-Roi, pour différer une rencontre décisive, se préparait déjà à se retirer vers les portes caspiennes, où l'on avait envoyé d'avance les femmes, les chariots et les provisions. La hâte d'Alexandre redoubla : il voulait tenir en son pouvoir la personne même de Darius, pour mettre fin à toute compétition ultérieure au trône de Perse. Comme il n'était plus qu'à trois journées d'Ecbatane, Bisthanès, fils du roi Ochos, un de ceux qui jusqu'ici avaient suivi le Grand-Roi, arriva dans le camp macédonien ; il confirma le bruit que Darius s'était enfui plus loin, qu'il était parti d'Ecbatane depuis cinq jours, emportant avec lui les trésors de la Médie, qui montaient à sept mille talents environ, et accompagné d'une armée de six mille fantassins et de trois mille chevaux-.
1) Le chemin qu'a pris Alexandre devait mener, en passant par le col d'Ourtchiny !Ousely, III, p. 567 : cUmax Megale. Plix., Y, 26 J 114Detl.]), du côté d'Isfahan ou Aspadana (cf. Ousely, III, p. 5), qui paraît avoir été le chef-lieu de la satrapie de Paraetacène (Spiegel, op. cit., II, p. 528). Le chemin qui reste à faire pour atteindre Ecbatane ou Hamadan ne doit pas s'être écarté beaucoup de la route actuelle, car on dit : owosxâTïi r^\iipy. k Mr.oîav àç'.xvsîTai (Arrian., III, 19, 3), c'est-à-dire probablement à la frontière de !a satrapie de Médie. Or, d'après Ousely (II, p. 457), il y a de Mayn, la partie nord de la plaine de Persépolis, jusqu'à Islahan 56farsangs, c'est-à-dire 42 milles.
2) Ces trésors d'Ecbatane sont mentionnés également par les auteurs orientaux (Voy. Extraits et Kotices, II, p. 501). Les chiffres attribués cidessus à l'effectif des troupes qui accompagnent Darius sont ceux d'Arrien (III, 19, 6) : Q. Curce parle de 30,000 hommes d'infanterie légère, 4,000 Grecs et 3,500 cavaliers, Bactriens pour la plupart.
'Mi) Al,i;.\ WDIII'; A KCIJATA.NK |ll, ï
Alcxamlrc sp j)(M*I<i rapidomcnl sur ricbiilanc ', «'1 hicnlôl. il «Mil pi'is dans ccllr sillc les (lispfjsilioris iirccssaircs. Tous les Tlu'ss.ilicus ri auLiTS alli(''s (|ui ne voulau'iil pas rester plus loiij;l('iiips au service furent renvoyés dans l(Mir pays, avec solde entière et une gratification de deux mille talents; mais il yen eiil un f^raïul nond)re qui restèrent '. Le Perse Oxydâtes, (jue Darius avait précédemment condamné à Suse à la réclusion ])erpétuelle et qui, délivré par Alexandre, semblait doublement dii^ne dti con fiance, fut nommé satrape de Médie à la place d'Alropatès, qui était avec Darius. Parménion fut chargé de transporlerles trésors pris en Perse dans la forteresse d'Ecbatane, e( de les remettre entre les mains d'JIarpale,qui en reçut l'administration et commença par retenir six mille Macédoniens avec le nombre nécessaire de cavaliers et de troupes légères pour les garder. Après lui avoir remis les trésors, Parménion devait marcher, avec les mercenaires, les Thraces et autres troupes, vers illyrcanie^ en passant à côté du pays des Cadusiens. Clitos, qui était resté malade à Suse, reçut Tordre de conduire, aussitôt que sa santé le permettrait, les six mille hommes qui étaient restés provisoirement près dllarpalo dans la Parlhie, afin d'y opérer sa jonction avec la grande armée. Alexandre, avec le reste des phalanges, la cavalerie macédonienne, la cavalerie mercenaire dErigyios, les sarissophores, les Agriancs et les archers, se mit en toute hâte à la poursuite de Darius. En onze jours d'une marche àtoute vitesse, pendant laquelle un grand nombre d'hommes et de chevaux restèrent sur la route, il atteignit Raga*, d'où il lui restait huit milles d'une marche plus pénible encore pour atteindre l'entrée des portes caspiennes ; mais la nouvelle que Darius était déjà de l'autre côté de ce défilé et qu'il avait une avance considérable sur la route de la Bactriane, ainsi que l'épuisement de ses
*) D'après Q. Carce (V, 13, 1), Alexandre n'aurait pas du tout passé par Ecbatane : il aurait marché droit aux défilés de Tabee (Sava).
-) Ce qui jette un jour sur l'organisation de l'armée, c'est que Epocillos — avec un piquet de cavalerie, puisque les cavaliers rapatriés avaient vendu leurs chevaux — conduisit à la mer la colonne des libérés, et que Menés, gouverneur de Syrie, Phénicie et Cilicie, reçut ordre de tenir prêtes des trirèmes devant les transporter en Eubée.
Jmill. 330 : ol. cxii, 3| la poursuite 371
propres troupes contraignit le roi à se reposer quelques jours à Ragœ K
Dans le môme temps, Darius établissait son camp avec sa suite à quelques jours de marche à l'est des défilés caspiens. Il avait à peine vingtmilles d'avance, et il pouvait se convaincre d'abord que, vu la rapidité effrayante avec laquelle Alexandre le poursuivait, il lui serait impossible d'atteindre la Bactriane, et ensuite que, s'il fallait absolument combattre, il devait ralentir sa marche autant que possible, afin que ses soldats pussent se trouver frais et dispos en face d'un ennemi épuisé par la poursuite. Déjà dans la colonne perse un grand nombre de déserteurs étaient passés du côté d'Alexandre, et il était à craindre que, si l'on continuait à fuir, le nombre des défections ne fît qu'augmenter. Darius convoqua les grands de son entourage et leur fit part de l'intention où il était de ne pas éviter plus longtemps une rencontre avec les Macédoniens, et de tenter une fois encore le sort des armes. Cette déclaration du Grand-Roi fit une profonde impression sur l'assemblée : la plupart de ces hommes étaient découragés par Tinfortune, et l'on considérait avec effroi la perspective d'un nouveau combat ; ceux qui étaient décidés à tout sacrifier pour leur roi formaient le petit nombre. Artabaze était de ceux-là. Nabarzane le chiliarque lui tint tète ; il déclara que la nécessité présente l'obligeait d'employer de dures expressions : « Combattre ici était, disait-il, le plus sur moyen de tout perdre; il fallait fuir plus loin dans l'est et préparer une nouvelle armée ; mais les peuples n'avaient plus confiance dans la fortune du roi; il n'y avait plus qu'un seul moyen de salut : Bessos avait un grand prestige aux yeux des peuples de l'Orient; les Scythes et les Indiens lui étaient attachés; il était membre de la famille royale; le roi pourrait lui céder la tiare jusqu'à ce que l'ennemi fut terrassé ». Le Grand-Roi tira son poignard de sa ceinture, et Nabarzane n'eut que le temps de s'enfuir : il se hâta de se séparer du camp royal avec sa troupe de Perses : Bessos le suivit avec les troupes bactriennes. Tous deux
*) La situation de Ragœ a été délerrainée avec précision par les investigalions conscicficieuses J'Ousely : ce voyageur a trouvé les vastes ruines qui en restent à deux bonnes heures au sud-est de Téhéran.
'M2 DAiuis ruAiii l'Au m;s sIa.ns |Il, 4
a;;issai('iil. de concorl, d'ajjn's un j)l;ni loiiijiieincnl inùri ; Harsai'iilt's do Draiii^iane ot d'Aracliosie lui lîUMlcmciil ^a^né, cl K's autres salrajxis (l(;s provinces de Test soml)Ièr(3nt sinon s'unir oiivei'Lenicnl à onx, du moins phis j)rèLs à faire cause commnno avec eux (pTà suivre leur devoir. Aussi Arlabaze conjura le roi do ne pas se laisser oniporLer par sa colère, car les plus grandes forces militaires étaient du côté des mutins; sans eux on était perdu, et il devait, lui dit-il, en leur accordant une grâce qu'ils ne méritaient pas, les ramener à la lidélité ou k l'apparence de l'obéissance. Pendant ce temps, Bessos avait essayé de déterminer les troupes perses à se mettre on marche vers la Bactriane; mais elles s'effrayaient encore à la pensée d'une trahison ouverte et ne voulaient pas fuir sans le roi. Le plan de Bessos semblait échouer : il n'en fut que plus opiniâtre aie poursuivre; il dépeignit aux soldats le danger dans lequel le Grand-Roi se précipitait, et il les familiarisait avec l'idée d'un crime qui seul pouvait être le salut. Ce fut alors qu'Artabaze parut ; il apportait la nouvelle que le roi pardonnait à Nabarzanc ses paroles inconsidérées et à Bessos sa retraite séditieuse. Tous deux coururent dans la tente du roi pour se jeter dans la poussière à ses pieds, en protestant de leur repentir par une hypocrite confession.
Le lendemain, l'armée poursuivit sa route vers Thara. Le sombre silence, l'inquiétude pleine de méfiance qui régnaient partout annonçaient bien plus la menace d'un danger futur que la délivrance d'un danger passé. Le commandant des Grecs fit tous ses efforts pour parvenir dans le voisinage du roi, dont Bessos, avec ses cavaliers, entourait le char. Le fidèle étranger parvint enfin près de Darius ; il lui fit part de ses craintes et le conjura de se confier à la protection des troupes helléniques; là seulement sa vie serait en sécurité. Bessos ne comprenait pas les paroles, mais il comprit les gestes du Grec, et il reconnut qu'il n'y avait plus à hésiter. Le soir, on arriva à Thara : les troupes campèrent; près delà tente de Darius se trouvaient les Bactriens. Pendant le calme de la nuit, Bessos, Nabarzane, Barsaëntès et quelques affidés pénétrèrent dans la tente, garrottèrent le roi, le traînèrent jusqu'au char dans lequel ils voulaient le conduire comme pri-
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sonnieren Baclriane, afin d'acheter, en le livrant, lapaixavec rcnncmi. La nouvelle de Tattentat se répandit rapidement parmi le camp; les troupes se débandèrent dans la plus grande confusion : les Bactriens continuèrent à s'avancer vers Test; la plupart des Perses les suivirent avec répugnance; Artabaze et son fils abandonnèrent le malheureux roi, auquel ils ne pouvaient plus être d'aucun secours, et se retirèrent^ avec les mercenaires grecs et les ambassadeurs helléniques, du côté du nord, dans les montagnes des Tapuriens; d'autres Perses, et en particulier Artabélos, fils deMazseos, et Bagisthane de Babylone, revinrent en toute hâte sur leurs pas, pour aller s'en remettre à la générosité d'Alexandre ^
Alexandre avait laissé reposer ses troupes à Raga^; le matin du sixième jour, il se remit en route et atteignit à marches forcées l'entrée occidentale des défilés (Aïvan-i-Keif). Le lendemain il traversa le passage, ce qui ne retarda pas peu sa marche, car ce défilé est long de près de trois lieues ; puis il continua de s'avancer autant que le jour le lui permit, à travers la plaine bien cultivée de Choarène (Khouar), jusqu'au bord de la steppe. La'route qui traverse cette steppe se dirige à l'est vers Hécatompylos, capitale des Parthes, point où convergent les grandes voies dTIyrcanie, de Bactriane et d'Ariane. Tandis que l'armée était campée en cet endroit et que quelques troupes s'étaient dispersées dans le voisinage afin de faire des provisions pour la traversée de la steppe, Bagisthane et Artabélos arrivèrent au camp macédonien et se soumirent à la clémence du roi. Ils annoncèrent que Bessos et Nabarzane s'étaient emparés de lapersonnede Darius et se retiraient à la hâte vers la Bactriane, mais qu'ils ne savaient pas ce qui était survenu depuis. Alexandre rtsolut de n'en mettre que plus de rapidité à poursuivre les fuyards. Laissant la plus grande partie des troupes s'avancer lentement sous les ordres de Cratère, il se mit lui-même en toute hâte à la poursuite des fugitifs avec la cavalerie, les éclaireurs, les plus légères et les plus fortes des troupes de pied. La poursuite dura toute la
') C'est le récit de Q. Curce (V, 8-12). Il est seul à raconter ces événements survenus dans le camp des Perses : Arrien (III, 21, 1) se contente de dire que Nabarzane et Bessos lyveiT^rjçoTe; elev Aapeîov.
374 TA i»oiii\si!rrK fil, 4
nuit jus(jiraii lendciiKiiii Ji midi cl, apivs (juchjucs heures de rej)os, reconiincnça la iiuil suivaiilo. Au Icnmt du soleil, ou atteignit Tliara, où quatre jours plus lui les officiers révoltés s'étaieul emparés de Darius \ Mélou, inlerprète du (irand- Uoi, qui était resté malade dans cette villes ', apprit à Alexandre qu'Artabaze et les Grecs s'étaient retirés vers le nord dans les monlagnes tapuriennes ; que Hessos avait pris en main Tautorité à la place de Darius et avait été reconnu comme souverain par les Perses et les Bactriens ; que le plan des conjurés était de se retirer dans les provinces orientales et d'ollrir au roi Alexandre de lui livrer Darius, à condition qu'il leur laisserait la possession paisible et indépendante de Test de la Perse. Si au contraire le roi s'avançait davantage, leur intention était de rassembler une armée aussi grande que possible, et de se maintenir réciproquement en possession des gouvernements que chacun avait, mais de laisser provisoirement la direction de l'ensemble entre les mains de Bessos, en alléguant sa parenté avec la famille royale et les droits immédiats qu'il avait au trône ^.
Tout conseillait la plus grande promptitude; à peine Alexandre s'accorda-t-il quelques instants de repos pendant la chaleur du jour; le soir, il se remit en route et marcha toute la nuit; hommes et chevaux étaient harassés de fatigue. Enfm, sur le midi, il arriva dans un village (peut-être Bakschabad) où les conjurés avaient campé la veille et qu'ils avaient quitté le soir, à ce qu'on lui dit, pour continuer leur
*) Alexandre était parti le même jour au soir de Choarène (le passage qui va du riche village d'Aradan à Padi mène au bord de la lande ou du désert) ; en marchant toute cette nuit, il était arrivé dans la matinée du lendemain à peu près à Lazgerd, à une distance de neuf railles : l'étape de la nuit suivante le conduisit à peu près à neuf milles plus loin, à Thara, localité qu'il faut chercher à moitié chemin entre Semnoun et Davletabad, dans les environs d'Akhouri.