CURT., V
3) Arrien (III, 21, 5) ajoute : « et parce que l'affaire avait eu lieu dans la satrapie de Bessos » ; mais c'était en Parthie, dans la satrapie de Phratapherne, que tout s'était passé. Peut-être faut-il admettre que Bessos, comme probablement avant lui certains princes de Baclriane (Ctesias ap. Phot., 31 a 15), avait la haute main sur la partie orientale de l'empire, à titre de Karatios.
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roule pendant hi nuit; ils ne pouvaient pas avoir plus de quelques milles d'avance, mais les chevaux étaient épuisés, les hommes plus que fatigués, la chaleur du jour accablante. Alexandre, en s'informant près des habitants s'il n'y avait pas un chemin plus court pour poursuivre les fuyards, apprit que la voie la plus directe était déserte et sans fontaines. Le roi résolut de suivre ce chemin : il choisit cinq cents chevaux de la cavalerie et les fît monter par les officiers et les plus braves soldats de l'infanterie, avec leurs armes de fantassins; ensuite il donna l'ordre aux Agrianes, qu'Allale commandait, de s'avancer le pluspromptement possible sur la grande route, tandis .que les autres troupes devaient suivre en ordre de marche; puis, vers le crépuscule, il prit avec ses « combattants à deux fins » le chemin dépourvu d'eau qui traversait la lande. Beaucoup de soldats succombèrent à des efforts qui dépassaient leurs forces, et restèrent étendus sur la route. A laube du jour, on aperçut la caravane des séditieux coupables de haute trahison qui s'avançait en désordre et sans armes. Alexandre se précipite aussitôt sur elle : l'elfroi soudain jette la confusion au milieu de ce long' convoi ; les Barbares se dispersent en poussant des cris sauvages; un petit nombre tentent de résister et succombent bientôt; le reste s'enfuit avec la plus grande précipitation ; le char de Darius est au milieu des fuyards, les traîtres près de lui. Déjà Alexandre s'approche; il ne reste plus qu'un moyen de salut : Bessos et Barsaëntès transpercent le royal captif et s'enfuient de difïerents côtés. Quelques instants après, Darius rendait le dernier soupir. Les Macédoniens trouvèrent le cadavre, et Alexandre, dit-on, le couvrit de son manteau de pourpre \
1) Ceci arriva en juillet 330 ([x;/)vb; 'Ey.a-rofjLoatwvoç. Arrian., III, 22. 2). Dans la prenaière édition, j'avais inséré ici une note assez longue pour éclaircir le récit de cette poursuite au point de vuegéograpliique, notamment en ce qui concerne les marches forcées faites par Alexandre au cours de cette chasse à l'homme. Les recherches continuées depuis, avec des matériaux devenus plus abondants, par C. Ritter, jMutzell, Zolllng, Mordtma.nn (Berichte der hair. Acad., 1869, I, p. 524) ont confirmé mon exposé dans son ensemble et l'ont rectifié dans le détail: par exemple, je me rallie àTopiiiion de Mordlmaun au sujet d'Hécatompylos, qu'il faut chercher du côté de Schahroud et non pas, comme je le croyais autrefois, à Damghan. On s'expliqiie ainsi la dernière marche d'Alexandre, celle où il fit à toute vitesse
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Ainsi moiinil le dernior (iraiul-Hoi di; l.i viwc drs Aclioméiiidcs. (i(* ne lui pas sous les conjjs de Tadversain; conlre lequel il nvail en \iiin clierclié à drlcndic son empire (ju'il succomba; les halaillcs qu'il perdit lui avaienl coûté plus (jiie son territoire et la royauté, elles lui avaient fait perdre la foi et la lidélité du peuple perse et des grands. I)(»vcnu un fug^itif entouré de traîtres, un roi dans les chaînes, il tomba sous le poignard de ses satrapes et de ses parents ; il mourut avec la gloire de ne pas avoir acheté la vie au prix de la tiare, de ne pas avoir donné au crime un droit au trône de sa race et d'être mort en roi. Ce fut comme un roi aussi qu'Alexandre l'honora; il envoya le cadavre pour qu'il fût placé dans les tombeaux de Persépolis ; Sisygambis ensevelit son fils.
Les succès d'Alexandre avaient dépassé ce qu'il avait pu prévoir. Après deuxbatailles, il avait mis en fuite le roi vaincu; mais depuis que, maître des cités royales des Perses, il s'était assis sur le trône de Cyrus et avait reçu les hommag^es des grands selon l'usage du royaume, depuis qu'aux yeux des peuples de l'Asie il était et devait être leur maître et leur roi, il ne fallait pas que le souverain fugitif portât plus longtemps, à travers les vastes contrées de FOrient, le nom de sa souveraineté perdue, comme un drapeau servant de signal à des révoltes sans cesse renaissantes. La volonté, le besoin de s'emparer de son ennemi était devenu, pour le caractère héroïque d'Alexandre, une passion personnelle, une colère
400 stades (Arriax., ÎII, 21, 9) et atteignit le matin l'ennemi : il suivait la corde de l'arc parcouru par les fuyards allant de Damghan à Schahroud. Ce qu'Alexandre a fait faire à ses hommes et à ses chevaux dans ces jourslà touche à l'incroyable. Suivant Eratosthène (ap. Strab., XI, p. 514), il y a des défilés à Hécatompylos 1960 stades (et non pas 1200, comme le porte au bas de la même page une estimation attribuée à Apollodore, ni 130 millia pass., comme le veut Pline [VI, 15]), et des défilés à Ragae 500 stades. Les deux évaluations doivent avoir été faites parles bcmatistes d'Alexandre et comprendre par conséquent toutes les sinuosités de la route. Sur ces 60 milles, les 14 premiers environ, de Ragae à Ghoarène (Aradan), ont été parcourus en deux étapes : les 46 autres peuvent avoir été réduits à 42 par le fait qu'à sa dernière étape. Alexandre prit le chemin le plus court : les cartes les plus récentes estiment la distance en ligne droite entre Aradan et Schahroud à 35 milles environ, et Alexandre paraît n'avoir rejoint lesfuyards qu'au delà de Schahroud.
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d'Achille. Il le poursuivit avec une rapidité qui tient du vertige, qui coûta la vie à beaucoup de ses braves et qui l'exposerait justement au reproche d'avoir agi comme un despote sans entrailles, si lui-même n'avait partagé avec ses troupes les peines, les fatigues, la chaleur et la soif, si lui-même n'avait marché à leur tête pendant cette poursuite vertigineuse de quatre nuits et ne l'eût soutenue jusqu'à la plus extrême fatigue. C'est alors, dit-on, que ses gens lui apportèrent un peu d'eau dans un casque de fer : il avait soif, il prit le casque, mais voyant que ses cavaliers jetaient sur cette eau un regard mélancolique, il la repoussa aussitôt : « Si je buvais seul, mes gens perdraient courage ». Et les Macédoniens se mettent à crier : « Conduisez-nous où vous voudrez ! nous ne sommes pas fatigués, nous n'avons pas soif, nous ne sommes plus mortels, tant que vous serez notre roi ! » Puis, éperonnant leurs chevaux, ils reprirent leur course avec leur roi, jusqu'au moment où ils aperçurent l'ennemi et trouvèrent le cadavre du Grand-Roi ^
On a voulu reconnaître encore le bonheur d'Alexandre dans ce fait que son adversaire tomba entre ses mains mort et non vivant : Darius, en effet, aurait toujours été pour Alexandre un sujet de juste inquiétude et, pour les Perses, un prétexte de désirs et de plans dangereux, car, en définitive, la voie qui conduisait à la possession tranquille de l'Asie ne pouvciit passer que sur son cadavre. On le trouve heureux d'avoir recueilli le fruit du crime sans avoir à en porter la faute, et l'on ajoute qu'il a bien pu, pour se concilier les Perses, faire semblant de déplorer la mort de leur roi. Peut-être, comme le fit après lui le grand Romain, Alexandre, en présence de l'attentat criminel dont son ennemi avait été victime, oublia-t-il de se réjouir des avantages qui devaient découler pour lui de ce sang versé. \\ y a un lien particulier, une nécessité, pourrait-on dire, qui enchaîne les grands esprits à leur ennemi, comme la force du coup se règle sur l'objet qui doit être atteint. Lorsqu'on se rappelle comment Alexandre accueillit la reine-mère,
*} C'est le récit de Plutarque {Alex., 42). Arrien (VI, 26) transporte J'aventure en Gédrosie ; Q. Gurce (VII, 5, 10) dans le Paropamisos :Polyaenos (IV, 3, 25) la raconte sans indication de lieu bien précise.
'ns Ai.Kx.wnni: vr,\r.Kiîn i>k daiuts [ïI, 4
r('(iniis(' cl les (Mifaiils (lu (lraii(l-|{()i, ('oriiiiMîiil. il cliorclia cm loulc occasion à adoucîi' cl à lioiioicr leur iiifûrlniic, on ne |)ciil avoir de dontcs sur h; sori (jn'i! cùL rcscrvc an roi prisonnier; sa vie oiïL clé pins en snrcicenin; les mains de son ennemi (pi'au milien dos Perses et d(; ses {jarenls.
l*armi ces évcncmenls, il est nn antre point dans lerpie] on peut reconnaître K? bonlienr d'Alexandre, — son honhenr ou une fatalité. Si Darius était tond)é vivant entre ses mains, il aurait obtenu de lui la renonciation aux territoires qui déjà lui avaient été arrachés et la reconnaissance de la nouvelle puissance fondée en Asie, et peut-être eiit-il payé cette renonciation et cette reconnaissance en laissant à Darius les satrapies de rOricnt; il aurait alors, ainsi qu'il le fît plus tard dans rinde pour le roi Porus, laissé former aux confins de son empire un royaume qui, attaché à lui par les formes les plus bénignes de la dépendance, aurait simplement reconnu sa suzeraineté. Le meurtre de Darius rendait cette solution impossible : si Alexandre avait cru cet arrangement praticable, s'il avait réellement songé à s'arrêter une bonne fois, le crime qui avait enlevé la vie à son adversaire ouvrait de nouveau sous ses pas une carrière immense et inconnue. Les assassins élevaient des prétentions sur la puissance et le titre que le roi légitime n'avait pu conserver; ils étaient devenus des usurpateurs pour Alexandre, comme ils avaient été des traîtres pour Darius. Le roi assassiné léguait naturellement à celui qui l'avait vaincu l'obligation de venger sa mort sur ses assassins. La majesté de la couronne de Perse, qu'Alexandre avait conquise par le droit de l'épée, était maintenant entre ses mains comme l'épée du droit et de la vengeance ; elle n'avait plus d'autre ennemi que les derniers représentants de cette royauté, plus d'autre représentant que l'ennemi qui l'avait vaincue.
Dans les terribles événements de ces derniers jours, la situation des grands de la Perse s'était complètement modifiée. Ceux qui n'avaient pas abandonné leur roi après la bataille de Gaugamèle, les satrapes des provinces orientales surtout, avaient travaillé dans leur intérêt en se réunissant autour de la personne du roi. Ce dévouement, cet attachement touchantd'Artabaze, qui, bien reçu jadis à la cour du roi Philippe, aurait certai-