‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 82 sur 231 · OL. cxii, 3] les théories d'aristote · texte numérisé non relu

OL. cxii, 3] les théories d'aristote

tifie cette différence, car, dit-il, « les peuples des contrées froides de FEurope sont pleins de courage, mais ils sont impropres au travail intellectuel et aux arts ; c'est pourquoi ils vivent libres pour la plupart, mais ils sont incapables de créer des sociétés policées et de dominer les autres ; les peuples d'Asie sont d'un esprit éveillé et habiles dans les arts, mais ils sont sans courage ; c'est pourquoi ils ont des mailres et sont esclaves : le peuple des Hellènes, qui vit entre les deux races, participe aux aptitudes des uns et des autres ; il est aussi courageux qu'intelligent; il possède par conséquent la liberté et le meilleur gouvernement ; il est capable de commander à tous^ s'il est uni dans un seul Etat^ «. Cette appréciation serait juste, à coup sur, si la vie des peuples devaitêtre et rester ce que Fa faite à l'avance une fois pour toutes la prédestination naturelle ; mais quand même l'histoire, dont Aristote fait peu de cas, ne développerait pas de nouvelles forces et de nouvelles conditions, le conseil du profond penseur était, en présence des devoirs qui s'imposaient au vainqueur en Asie, doctrinaire, impraticable dans les nécessités pressantes et positives du moment, incapable surtout de fonder un état de choses possible, à plus forte raison un système acceptable au point de vue moral. Le philosophe voulait seulement maintenir et continuer Fensemble du passé ; le roi voyait dans cet immense changement, dans cette révolution qui était le résultat et la critique du passé, les éléments d'une organisation nouvelle destinée à dépasser ce cadre artificiel, et dans laquelle toutes ces nécessités soi-disant naturelles seraient vaincues par la puissance du progrès historique.

Si la dislocation de l'empire perse était une preuve qu'il avait complètement épuisé sa force vitale, la nation des Hellènes était-elle donc, en définitive, dans une meilleure situa-

n'était pas un dialogue. La liste des écrits aristotéliques mentionne un 'AXélavôpoç y) "JTièp àiiotxttbv (ou aTiocxtov) et un second traité Trep't PaT'.XcCaç. Ce dernier est bien un auixêouXeuTtxoç : le premier serait peut-être mieux intitulé upoç 'AXé^avôpov, et il est possible que les deux n'en fassent qu'un, car Ammonios dit : rj oaa epwxyjOàç Ûtio 'A>£^avôpou Ttep'i tô pao-tXstaç xa\ OTTfoç ôeî xàç auotxt'a; TuoteîaOat y£ypacsr,xev (ap. Aristot., fviigm.y éd. Rose, XIV, p. 1489).

') Aristot., Polit., Vil, 7, 1.

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lion, .'ivcc sa lil)orl6 ol le, mirage de constilulion parfailo <lir('ll«! poiirsnivaiL? Avail-cllc <;lo assez forte pour LM'.hai)per à la (lépciulaiice lionteuse où <'ll(^ avait été vis-à-vis de la politique des IVrses et aux invasions menaçantes des Barbares du Nord, tant (jue chaque ville n'avait vécu que pour sa liberté et son envie de dominer les autres? Et les Macédoniens euxmêmes avaient-ils eu quelque importances, avaient-ils eu seulement la sécurité dans les limites de leurs propres frontières, avant que leur royauté, se relevant avec force et décision, ne leur apprit et ne les obligeât à ne pas se contenter d'être et de rester ce qu'ils avaient été depuis si longtemps ? Si Alexandre a lu la Politique de son 'maître, il y a trouvé un passage significatif; c'est celui où Aristotc traite de l'égalité des droits et des devoirs parmi les membres de l'État, et où il fait reposer sur elle l'essence du meilleur gouvernement. (( Mais si quelqu'un se signale par une habileté tellement supérieure que rhabileté et l'influence politique des autres ne puissent plus se comparer aux siennes, on peut alors ne plus le considérer comme une partie; ce serait commettre une injustice envers celui dont l'habileté et l'influence sont tellement inégales que de le placer sur le pied d'égalité avec les autres: un tel individu serait un dieu entre les hommes ^ Il résulte de là nécessairement que la législation ne s'applique qu'à ceux qui sont égaux en naissance et en force ; mais pour les hommes supérieurs, il n'y a pas de loi; eux-mêmes sont la loi : qui voudrait pour eux établir des lois deviendrait ridicule; ils répondraient peut-être comme les lions dans Antisthène lorsque les lièvres, dans l'assemblée des animaux, font un discours pour demander que tous reçoivent une part égale » .

Telles étaient les opinions d'Aristote ; certainement il y était arrivé en dehors de toute espèce de considération personnelle, mais celui qui les lisait pouvait-il faire autrement que de penser à Alexandre? «( Tout le monde, » dit Polybe, a s'accorde à dire que l'esprit de ce roi dépassait la mesure humaine ^ ». Sa

^) MOTzzçt yàp Ôeov £v ocvOpwTtOiç e'ixbç elvat tov xoioOtov (Aristot., PoUt 111,13,8).

-) Polybe (XII, 22), reprenant Timéequi avait reproché à Callislhène la glorificalion d'Alexandre, dit : àuoOeoOv 'A>i|avôpov oùx £oo'j),r,6/;...avôpa toioOtov, wç TîàvTS; (i.£Ya)>oçu£aT£pov r, xat" àv6ptouov yEyovIvai xr, TU"/r, (ïuy/wpoOffi.

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