OL. cxii, 3] la pensée d' Alexandre
force de volonté, la perspicacité de son rei^ard, sa supériorité intellectuelle sont attestées par ses actions et Tesprit de suite rigide, je dirai même intlexible, qui préside à leur enchaînement. Ce n'est que d'une façon indirecte et seulement par ce qu'il est parvenu à en réaliser qu'on peut connaître approximativement ce qu'il a voulu et comment il a conçu son œuvre ; et pourtant, c'est la seule mesure qu'un appréciateur équitable voudra appliquer. Alexandre était au sommet de la civilisation et des connaissances de son temps; il n'aura pas eu, sur les devoirs d'un roi, de moins grandes pensées que « le maître de ceux qui savent ». Mais il n'aura pas estimé, comme le faisait son maître, que ce fût une conséquence de l'idée de monarchie et de « la charge de surveillants » qui incombe aux monarques, que de traiter les Barbares comme des animaux ou des plantes, ni que ses Macédoniens eussent été dressés au maniement des armes par son père pour être, ainsi que le déclarait le philosophe^ « les maîtres de ceux auxquels il appartenait d'être esclaves * », et encore moins que son père et lui ensuite eussent contraint les Hellènes à entrer dans la fédération corinthienne afin qu'ils pussent exploiter et pressurer l'Asie avec leur égoïsme raffiné et leur adresse elFrontée, après l'avoir mise dans l'impossibilité de se défendre.
Il avait frappé l'Asie d'une façon terrible; il dut se souvenir de la lance d'Achille son ancêtre et reconnaître la vertu spécifique de la véritable lance royale à ce signe, qu'elle guérissait aussi les blessures qu'elle avait faites. L'anéantissement de l'ancien empire, la mort de Darius, l'avaient fait héritier d'une autorité absolue sur d'innombrables peuples qui jusqu'alors avaient été gouvernés comme des esclaves; c'était faire œuvre véritablement royale que de les délivrer, dans les limites où ils pouvaient comprendre ou apprendre à connaître la liberté, de les maintenir et de les entretenir dans ce qu'ils avaient de louable et de sain, de les honorer et de les épargner dans ce qu'ils considéraient comme sacré et comme leur propriété la plus inaliénable. Il devait se les concilier, savoir les gagner, pour faire de ces peuples mêmes les soutiens de l'empire qui
M Tr,v -z -zCôv 7ïo)-£(j.'.x(ov y.ay.Tt'JVJ... Tpîxov oi to oî(77ïo2Σtv Ttov aç'.wv oouaî'jîiv (Aristot., Polit. j VII, 14 sub lin.).
41 () LA PKNSÉK d'aLKXA.NDIU': [lll, 1
(lovait les raltachor do ron avant au monde hulléniquo. Dans celle monarchie, il ne fallait plus, après les victoires remportées, (jn'il fut (jueslion de vain(|iieiirs(;t de vaincus; elle devait faireouhlierla dislinclionentreGrecs et JJarhares. SiAlexandre l)arvenait;i fondre en un seul peuple les habitants de ce vaste empire h la fois oriental et occidental, de manière à ce qu'ils pussent se compléter et s'égaliser par leurs aptitudes et leurs ressources respectives, s'il arrivait à leur procurera l'intérieur lapaix et une organisation qui les mît en sécurité, à leurenseigner« l'art des Muses », sans perdre parla « sa trempe, comme le fer' », alors il pourrait avoir conscience d'avoir accompli « une œuvre bienfaisante » et grande, une œuvre telle qu'il la faut, d'après le mot d'Aristote, pour fonder véritablement la royauté". Si son ambition, le prix de ses victoires, son enthousiasme tendaient à créer un empire à la fois oriental et occidental de caractère hellénistique, « à transporter la monarchie », comme on Ta dit plus tard d'après la vision du prophète, « des Perses aux Hellènes », en ce cas, la force des choses lui montrait chaque jour d'une façon plus claire et plus inéluctable les. voies qu'il devait suivre pour achever l'œuvre commencée.
Dans cette voie, on rencontrait d'immenses difficultés; l'arbitraire, la violence, des habitudes contre nature semblaient rendre l'œuvre impossible. Elles ne le firent pas hésiter; elles ne firent qu'exciter chez lui le vif élan de la volonté et l'assurance invariable de l'action. L'œuvre qu'il avait commencée dans l'enthousiasme de la première jeunesse le dominait ; elle l'emportait en grossissant comme une avalanche : la ruine, la dévastation, des champs de cadavres marquaient son passage. Son armée, son entourage, lui-même, se transformaient avec le monde dont il triomphait. Il marchait toujours en avant, ne regardait que son but et voyait en lui sa justification.
^) Aristot., Polit, j VII, 14, 15. Le législateur doit aTiouoa^siv outoç xa\ ttjv Ti£p\ xà uoXsfxtxà xa\ tv àXXr,v vo[jLo6£a-:av xoO ayo'kâ.^uy evsxsv xà^r, v.où Tr,; etpY^vriç, car la plupart des États militaires ne durent que tant qu'ils font la guerre, xaTaxTrjcrâjxevoi 8ï ty]v àpyr^v à7:6).>/JVTa'. • ty^v yàp païrjV àcptaatv, (SoTisp 6 (7Î5r,poç, eîpr,vr,v aYOVTeç* aÎTio; o' ô vo[Ji.o6sTrjÇ oO Tiaiôôuo'aç ô'jva<76at a^oXocî^siv.
2) o'J ytyvovrai ô' ext paatXôîat vOv... ôià xb Tr,v paatXs'.av Ixo'jcrtov (xèv àpxr,v elvai, fjL£'.^6v(ov os xuptav etc. (Aristot., Polit., Y, 10, 22) — ocTîavxsç yàp eùepysTr,aavT£ç r, ôuva[JL£vot xàç tioXeiç r, xà eôvY] £Ù£py£X£Îv Ixûy/avov xr,ç xt{xî)ç xa'Jxr,; {ibid,,y, \0, 5).