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OL. cxii, 3! la fusion des peuples

Il devait croire que la nécessité de ce qu'il voulait se montrerait d'elle-même par les événemenis, et s'imposerait même par la persuasion à ceux qui ne le voulaient pas. Au premier abord, quant à la forme, l'empire hellénistique pouvait ne différer que bien peu de celui des Achéménides; la différence essentielle et incalculable dans ses résultats consistait dans l'énergie nouvelle qu'il infusait dans la vie asiatique. Ce que la victoire des armes avait commencé, il pouvait confier le soin de l'achever au génie de la race grecque, à cet esprit éclairé, cultivé à fond, infiniment mobile et débordant de sève, et poursuivre tranquillement sa tâche. Pour le moment, le point principal était de rapprocher et de relier les uns aux autres les éléments qui devaient se mêler et fermenter ensemble. La nature asiatique était passive, méfiante, lourde et opiniâtre; des ménagements avec lesquels on la traiterait, de l'intelligence des mœurs particulières et des préjugés, de la docilité complète de cette nature dépendait, au début, l'existence du nouvel empire. Il fallait que ces peuples vissent, eux aussi, leur roi dans Alexandre; car c'était lui d'abord, etluiseul, qui était l'unité du vaste empire et le noyau autour duquel la nouvelle cristallisation devait se faire. Comme il avait sacrifié à leurs dieux et célébré leurs solennités, de même il voulait montrer dans son entourage, dans les fêtes de sa cour, que lui afissi appartenait à l'Asie. A partir de la mort de Darius, il commença à recevoir, dans le costume et avec l'étiquette asiatique, les Asiatiques qui venaient à lui et à faire alterner la simplicité journalière du camp macédonien avec la pompe éblouissante de la cour orientale ; le lendemain on le voyait de nouveau marcher au combat à la tète des Macédoniens, insensible aux fatigues, rempli de soins et de sollicitude pour les troupes, bienveillant et accessible à tous ^ .

A aucune époque le naturel macédonien n'avait été bien souple, et la guerre, avec les immenses succès qui en avaient été la suite, n'avait fait qu'exalter encore la fierté et la rudesse de ces hétseres. Tous ne comprenaient pas comme Héphestion le but et la politique de leur roi ; tous n'avaient pas, comme

*j Plut., Alex., 15.

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(îrali'n\ assez de drvoiit'iiKMil cl (raliiié^alion pour les S(julcnir [)ar loyiuilé ; la j)lii|).irt no coinprt'iiaioiiL pas cl dùsapproiivaiciil i'v que le roilaisail ou ne faisait pas. Taudis qu'Alexandre faisait tous ses ellorts pour .i^a^iKH" les vaincus et pour leur laire oublier (jue les Macédoniens étaient leurs vainqueurs, beaucoup, dans leurorgueil et leur éi^oïsnie, pensaient qu'une sujétion absolue devait être le fondement nécessaire de toute institution nouvelle; ils prétendaient qu'il était tout à fait naturel d'ajouter encore à la toute-puissance despotique des satrapes le droit impitoyable de la force, qu'ils tenaient de la victoire. Tandis qu'Alexandre recevait les génullexions des grands de la Perse et l'adoration que les Orientaux croyaient lui devoir avec la même bonne grâce que les ambassades honorifiques des Grecs et les acclamations militaires de ses phalanges, eux, au contraire, s'égalantà leur roi, auraient vu volontiers tous les autres autour d'eux prosternés dans la poussière de l'asservissement. Tandis qu'ils s'adonnaient au luxe effréné de la vie asiatique, autant que le permettait la vie d'un camp et le voisinage de leur roi qui les désapprouvait hautement, et cela dans le seul but de jouir des plaisirs les plus brutaux, ils reprochaient à leur roi ses vêtements mèdes et la pompe persique de sa cour, qui faisait que des millions d .asiatiques le reconnaissaient et l'adoraient comme leur dieu- . roi. iVinsi, beaucoup parmi les grands de Macédoine étaient devenus des Asiatiques, dans le sens le plus mauvais du mot, et la propension naturelle des hommes de ce pays au despotisme, à la cabale et aux excès, s'unissait à cette violence et au sentiment exagéré de leur propre valeur qui animait les Macédoniens et les rendait toujours avides de gloire, braves dans les combats et prêts à tout oser.

Dès qu'Alexandre commença à admettre à sa cour l'élément oriental, dès qu'il réunit autour de lui les grands de la Perse, les attira à lui avec la même bienveillance, la même munificence que les Macédoniens, leur accorda la même confiance, les honora par des emplois importants, les investit de satrapies, il était naturel que les grands de Macédoine, comme s'il y avait là pour eux un préjudice ou une humiliation, tournassent leur mépris contre cette engeance asiatique que le roi

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