‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 90 sur 231 · OL. c.xii, 3] halte d'alexandre · texte numérisé non relu

OL. c.xii, 3] halte d'alexandre

principal, et les vallées qui séparent ces contreforts sont riches en sources, en prairies, en troupeaux, et habitées par des tribus de pasteurs pacifiques Min voyageur moderne, qui a traversé le dernier de ces défilés, écrit : « Nous marchâmes pendant quatre jours (on était alors en mai) entre des escarpements à pic et des murailles de rochers qui nous cachaient le soleil, et s'élevaient au-dessus de nos têtes jusqu'à une hauteur perpendiculaire de deux à trois mille pieds. J'ai eu le nez gelé et les yeux presque aveuglés par les champs de neige. Nous ne pouvions avancer que le matin, lorsque la surface de la neige était gelée. Ces montagnes sont à peu près inhabitées, et nous campions durant le jour dans le lit du torrent " ».

Alexandre campa dans un endroit où il avait le grand massif à sa gauche et qui était plus rapproché des défilés difficiles de Test, notamment de celui qui conduit à Anderab, que du défilé de l'ouest, qui est plus commode. Bessos devait s'attendre à le voir arriver par ce dernier passage et avait sans doute pris ses mesures en conséquence ; il valait donc mieux choisir les défilés les moins éloignés et accorder plutôt un repos plus long à l'armée, d'autant plus que les chevaux de la cavalerie avaient été fort maltraités par les marches d'hiver. Une autre circonstance venait encore se joindre à ces considérations. Le Caboul, dans lequel se réunissent les eaux des versants du nord, de l'ouest et du sud, s'achemine du côté de l'est et atteint au bout de oO milles environ le tleuve Indus : ce que le roi entendait et voyait dans ce pays de Caboul devait lui faire comprendre que les défilés servaient d'entrée à un monde nouveau, rempli de grands et de petits États, 'peuplé de tribus guerrières chez lesquelles l'annonce de l'approche du conquérant devait certainement provoquer une certaine effervescence et peut-être même des mesures pour lui rendre impossible, s'il s'avançait plus au nord, le retour par ces

^) Le passage classique concernant ces cols et défilés se trouve dans les Mémoires du sultan Baber (p. 139) : les défilés de fest ont été franchis par Timour, et Chereffeddin donne là-dessus bien des détails dignes d'attention au commencement et à la fin de son quatrième livre. On a maintenant des indications plus précises dans Masson (Joumcy, II, p. 352 sqq.j.

2) BuRNfis [Asiat. Journ., 1833. Febr., p. 163).

430 AT-KXANDRTK DU r.AlT.ASK |III, 2

(létîl(''s (jn'il avait niainlciianl drvaiiL lui. Pour la sécurité de cotte ])Osition, Alexandre fonda une ville à l'endroit où campait rarméOjà peu prèssur l'emplacementactuelde negram, et cette ville, connue sons le nonrclAlexandrie du (laucaso, fut munie d'une forte garnison'; le Perse Proexès fut nommé satrape de la contrée et Niloxénos, un des héta'res, « surveillant {krJ.TAÔZDÇ) ' ».

Aussitôt que la saison des grands froids fut passée, Alexandre quitta ses quartiers d'hiver pour donner le premier exemple d'une traversée de montagnes dont l'étonnante hardiesse ne peut être comparée qu'aux témérités analogues d'IIannibal. Les circonstances dans lesquelles Alexandre devait entreprendre cette marche en augmentaient encore notablement les difficultés; les hauteurs étaient encore couvertes de neige, l'air vif, les chemins pénibles ; il est vrai qu'on rencontrait de nombreux villages et de pacifiques habitants tout prêts adonner ce qu'ils avaient, mais ils ne possédaient rien que leurs troupeaux; les montagnes, dépourvues de bois et présentant seulement çà et là quelques buissons de térébinthes, ne fournissaient pas de quoi faire du feu : on mangeait la

^) En ce qui concerne l'emplacement de cette ville, situe'e suh ipso Caucaso (Plin., V, \6), il y a longtemps déjà que, contrairement à l'opinion de G. RiTTER, qui croyait la retrouver dans Bamiyan, je l'ai cherchée dans la région où le Gourbend et le Poundjir se rejoigTient après s'être frayé un passage à travers les dernières hauteurs. Les ruines de Kharikar et de Gharband (Gourbend), que Wilson {Ariana antiqua, p. 182) signale à 40 ou 50 milles de Caboul, seiîiblent marquer cet emplacement. La question se trouve aujourd'hui traitée avec une exactitude plus minutieuse par Cunningham {The ancient Geography of India, 1871, I, p. 21 sqq.), à qui on peut reprocher cependant d'appliquer à tort la mention d'Élienne de Byzance ('AXs^âvôpeia... ev r?; 'ÛTriavr, xatà Tr,v Ivo'.xr,v) à ceiie Al exandria suh ipso Caucaso. Je ne crois plus qu'Alexandre ait pris le chemin qui passe par Bamiyan, mais bien celui d'Anderab, localité que les auteurs anciens semblent désigner avec leur Drapsaca (Arria.x., III, 29, 1) ou Adrapsa (Strab., XI, p. 516). D'après Q. Curce (VII, 3, 23), on laisse dans la ville nouvelle 7,000 vétérans macédoniens ; d'après Dio lore (XVII, 83), il reste dans la ville et dans les colonies voisines 3,000 des I-atoq tg(|ôwç cruvaxoAo-jôo'jvTwv, 7,000 Barbares et, en fait de mercenaires, ceux qui voulurent.

2) xa\ aXXa; TïoXstç ïx^taev yjtJLÉpa; oobv 0i7ztyQ-jGy.z Tr.ç 'AXe^avôpeîaç (DiODOR., XVII, 83). Il faut se garder d'écrire ici, comme Wesseling d'après un ms. de Paris : aUr.v tiôÀ'.v... aTîlyouaav. Pour plus amples détails, voy., dansl'AjL»pmdice du tome III, l'étude sur les villes fondées par Alexandre.

Comm, de 329 : ol. cxii, 3] passage des monts 437

viande crue, sans pain et sans autre condiment que le silphion qui croît sur les hauteurs. Pendant quatorze jours, on marcha ainsi à travers les montagnes, et plus on approchait du versant nord, plus les privations se faisaint sentir. On trouva la région des vallées dévastée et dépeuplée, les villages incendiés, les troupeaux chassés; on en était réduit à se nourrir de racines et à abattre les bêtes de somme qui traînaient les bagages. Après des efforts indicibles, après avoir souffert du froid et de la faim et perdu un grand nombre de chevaux, l'armée, dans le plus triste état, atteignit enfin, le quinzième jour de marche, la première ville de la Bactriane, Drapsaca ou Adrapsa ^ (aujourd'hui peut-être Anderab), située encore assez haut dans les montagnes.

Alexandre se trouvait à l'entrée d'un pays qui ne ressemblait guère à ceux qu'il avait si facilement soumis jusqu'ici. La Bactriane et la Sogdiane étaient des pays dotés d'une civilisation fort ancienne ; jadis elles avaient formé un royaume particulier et étaient peut-être la patrie de Zarathustra et de la doctrine qui s'était répandue dans tout l'Iran. Soumise ensuite aux Assyriens, auxMèdes,aux Perses, environnée au nord et à l'ouest par des peuples touraniens et sans cesse menacée de leurs incursions, cette région avait conservé l'importance exceptionnelle d'un poste avancé, nécessaire à la protection de l'Iran et organisé pour la défense militaire. Le seul faitque Bessos, « satrape du pays des Bactriens », avait amené à la bataille d'Arbèles, en même temps que les Sogdianiens et les Indiens des contrées voisines de la Bactriane, les Sakes Scythes, non comme ses sujets, mais comme « alliés du Grand- Roi », ce fait, disons-nous, faisait prévoir une unité de conduite militaire et une coopération des tribus scythes en face de laquelle l'assujettissement de ce pays pouvait devenir doublement difficile.

11 est possible que la marche soudaine de l'armée macédo-

*) TievTExaiôexaTaioç ocub tyjç xTtcrôeîar,? 7t6),£toç xa\ tcov ^/sifxaôitov r|Xev etç "Aôpa^Va (Strab., XV, p. 725). Wood {Journey, 2e édit., 1872, p. 273 sqq.) compte d'Anderab au bout de la vallée du Poundjir 125 milles anglais : il a trouvé dans la seconde quinzaine d'avril quatre pieds de neige au point culminant de la route.

438 SOUMISSION im; la ijacthiaM': (lll, 2

iiit'inii' jMiiin côté où elle ii'rUiil pas allcndue ail rendu la làclii' plus aiscc. Aitri's im couii repos, Alexandre poursuivit rapidement sa marche à liavers les délilés que forment les contreforts les plus avancés au nord; il descendit à Aornos, et de là se rendit à Jiacires, capilalii du ])ays, en traversant les plaines fertiles de la J5actiiane : nulle part il ne rencontra de résistance.

Tant que les ennemis étaient encore loin, liessos, plein d'assurance et s'ima^inant que les montagnes et les dévastalions pratiquées sur leur versant nord protégeraient le Ijassin de rOxus, n'eut pas plus tôt appris l'approche d'Alexandre qu'il quitta Bactres en toute hâte, s'enfuit au delà de l'Oxus et, après avoir incendié les bateaux sur lesquels il avait traversé le lleuve, s'était retiré avec son armée à Nautaca, en Sogdiaue. 11 avait encore près de lui quelques milliers de Sogdianienssous les ordres de Spitamène et Oxyartès, ainsi que les Dahes du Tanaïs; quant aux cavaliers bactriens,' dès qu'ils avaient vu que leur pays était abandonné, ils s'étaient séparés de Bessos et s'étaient retirés chacun chez soi\ de sorte qu'Alexandre soumit tout le pays jusqu'à l'Oxus sans beaucoup de peine. En même temps Arlabaze et Erigyios revenaient de 1 Arie ; Satibarzane avait été vaincu après un court combat et le brave Erigyios l'avait tué de sa propre main; les Ariens avaient aussitôt jeté leurs armes et s'étaient soumis. Alexandre envoya dans ces contrées Stasanor de Soles, avec ordre de s'emparer d'Arsame, qui avait été jusque-là satrape du pays et qui avait joué un rôle douteux dans la révolte, et de prendre lui-même la place de gouverneur. Le vieil Artabaze obtint la riche satrapie de Bactriane, et cette faveur contribua certainement beaucoup à tranquilliser ceux qui s'abandonnaient à

1) ln\ xà crçwv exa(7T0', (Arria.\., III, 28, 10) — in suos quisque vicos (CuRï.,VII, 4,21). Peut-être est-on en droit de rapprocher de ces textes l'expression qu'emploie Arrien (IV, 21, 1) à propos de l'insurrection survenue plus tard en Bactriane : Xopir.vrj; y.a\ a/.AO'. xwv 'jrAç>yuiv oCx OAÎyoï. Ni Arrien ni les autres auteurs ne mentionnent de satrape perse en Sogdiane. Même la riche contrée de Margiane (Merv-Shahidschan) a appartenu, au moins dans l'âge précédent, comme le prouve l'inscription de Bisitoun (3. 11^, à la satrapie de Bactriane : d'après ce document, c'est le satrape de Bactriane qui défait l'agitateur révolté en Margiane.

Print. 329: ol. cxii, 3J les pays transoxiamoues 439

leur destin. Aornos, situé à l'entrée nord des défilés, fut choisi pour place d'armes ' ; puis les vétérans (jui n'étaient plus propres au service, ainsi que les volontaire^ thessaliens dont le temps était fini, furent renvoyés dans leur patrie-.

Ainsi tout était prèt^ au printemps de l'année 329, pour commencer la conquête des pays transoxianiques". La configuration particulière de ces contrées, si elle eût été convenablement mise à profit, aurait rendu possible une longue et peut-être heureuse résistance. La vallée fertile et bien peuplée de Maracanda, protégée à l'ouest par un vaste désert, au sud, à l'est et au nord par des montagnes coupées de passes difficiles, était non seulement facile à défendre contre toute attaque, mais de plus située dans une position très favorable pour inquiéter continuellement l'Arie, la Parthie etl'Hyrcanie. On aurait pu aisément y réunir des forces de guerre considérables; les hordes dahes et massagètes du désert occidental, et les hordes scythes au delà de l'Iaxarte étaient toujours tentées d'y faire des incursions; les princes indiens eux-mêmes avaient déjà déclaré qu'ils étaient prêts à prendre part à une guerre contre Alexandre; lors même que les Macédoniens eussent remporté la victoire, les déserts de l'ouest elles remparts de rochers du haut pays offraient des asiles sûrs, berceaux de rébellions nouvelles.

Il n'en était que plus important pour Alexandre de s'emparer de la personne de Bessos avant que son usurpation du titre

*) Est-ce cette ville qui a reçu le nom d'Alexandrie et qu'Etienne de Byzance appelle 'AXeEâv&pî'.a xa-à Bocx-rpa? ou bien faul-il chercher cette Alexandrie de Bactriane plus à l'est, là où les géog-raphes orientaux placent Iskandereh? ^Eb.n-Halkal, p. 224 : Aboulfeda, éd. Reiske, p. 352.1 C'est une question que je n'ose pas trancher. Mltzell (ad Curt., p. 654) suppose qu'Alexandre est descendu d'Anderab au cours d'eau qui se jette dans l'Oxus à Koundouz (le Chori d'AL. Burnes) : c'est en tout cas la voie la plus naturelle.

"-) Arria.n., III, 29, 5. CuHT.. VII, 5, 27.

^) A propos de ce séjour en Bactriane, Q. Curce (VII, 4, 32) dit : hic régi fitativa habenti nuntiatiiv ex Grxcia Pelopo?mesioriim Lacoiiumqiœ defectio : nondum enim victi erant quiim proficisceventur tumultus ejiis principia niintiaturi (cf. ci-dessus, p. 398, 4). Le message aurait été expédié vers le mois de juin 330 et aurait employé dix mois pour parvenir jusqu'à Alexandre. Le renseignement serait précieux, s'il ne venait pas de Clitarque.

ïïi) l'AssAGii Dic l'oxus |I11, 2

royal ne devînt lo sif^nal d'uncî insurroctinn générale. Il (juiLla donc lUiclres pour se mettre à la poursuite de IJessos. Après une mare h e fat lisante à travers le ]>ays désert qui sépare le territoire lerlile de Baclres d(; 1 Oxus ', Tarniée attei^'^nit la rive de ce tleuvc large et rapide. Il n'y avait nulle part de bateaux pour le traverser; le passer k la nage ou à gué était impossible, à cause de sa largeur et de sa profondeur; jeter un pont (iùt demandé trop de temps, car, outre qu'il, ne se trouvait pas assez de bois dans le voisinage, le lit de sable sans consistance et le cours rapide du fleuve n'aurait guère permis d'y enfoncer des pieux. Alexandre eut recours au moyen dont il s'était servi sur le Danube avec tant de succès; il lit remplir de paille les peaux qui servaient de tentes aux troupes, les lit coudre solidement, attacher ensemble, jeter à l'eau en forme . de pontons et recouvrir de poutres et de planches, de manière à former un pont flottant sur lequel toute l'armée traversa le fleuve dans l'espace de cinq jours*. Sans s'arrêter, Alexandre continua sa marche sur la route de Nautaca^

Pendant ce temps, la fortune de Bessos avait pris une

*) Q. Curce (VII, 5, 1) fait de la région que traverse l'armée un désert effroyable -. il exagère à coup sûr, et il applique par anticipation au pays en deçà de TOxus ce qui est vrai dans une certaine mesure des contrées situées par delà. En tout cas, d'après Strabon (XI, p. 510), le cours d'eau de Bactres atteint l'Oxus : î^v (uoXiv) ôtappeî ojacovu^ioç TroTa^Jibç ètAêaXXwv e'iç tov ~Q^ov. De Balk à Kilif, il y a largement dix milles.

2) Arrian., III, 29.

^) Sur l'emplacement de Nautaca x9;ç Soyoïâvoç xwpa;, nous n'avons pas d'autres indications que cette fuite de Bessos et les quartiers d'hiver des Macédoniens durant l'hiver de 328/7 (Arrian., IV, 18, 1). Gomme le fugitif se dirigeait du côté de l'ouest, vers Boukhara, il semble qu'on doit chercher Nautaca plutôt dans le canton de Nakschab (ouKarschi), la résidence d'hiver de Timour, que plus à l'est, à Kesch (ou Schehrisebz). La route qui va de Balk au delà de l'Oxus passe le fleuve à Kilif : c'est un chemin qui offrait en même temps aux poursuivants l'avantage de leur faire éviter les montagnes considérables qui séparent Hissar du pays de Karschi, notamment le défilé dangereux de la w Porte de Fer ». Toute cette région entre l'Oxus et le Sogd n'est bien connue que depuis 1875, à la suite des expéditions de Fedtschenko et Majev, et par les reconnaissances analogues organisées du côté des Anglais par le major Montgommery. Je renvoie sur ce point au Bulletin géographique de 1876 (décembre), p. 572 sqq. et à R. Kiepert (Globus, 1877, n° 1); l'un et l'autre exposé sont accompagnés d'une petite carte instructive. Le rapport de Majev notamment double le prix des renseignements transmis par Ghereffeddin.

Print. 329 : ol. cxii, 3J bessos trahi 44 J

tournure digne de son crime et de son impuissance. Toujours en fuite devant Alexandre, incapable de vouloir et d'agir, il semblait, aux yeux des grands qui Tentouraicnt, éluder leur dernière espérance; naturellement, le nom de la puissance avait encore des attraits, même dans cet abaissement, et l'on croyait l'injustice même permise envers le meurtrier du roi. Le Sogdianien Spitamène, instruit de l'approche de l'armée ennemie, pensa que le temps était venu de se ménager la faveur d'Alexandre en trahissant le traître. Il fit part de son plan aux princes Datapherne, Catanès et Oxyartès, et bientôt ils furent d'accord; ils s'emparèrent du « roi Artaxerxès », et mandèrent à Alexandre que, s'il leur envoyait un petit détachement de troupes, ils voulaient lui livrer Bessos qui était entre leurs mains. A cette nouvelle, Alexandre accorda un peu de repos à ses soldats ; puis, tandis qu'il marchait luimême à petites journées, il envoya en avant le garde du corps Ptolémée Lagide avec environ six mille hommes, qui semblaient devoir suffire à opérer la capture de Bessos lors même que l'armée des Barbares s'y opposerait. En quatre jours, ce corps franchit une distance de dix jours de marche* et atteignit l'endroit où Spitamène avait campé la veille avec ses gens. On apprit là qu'il n'était pas sur que Spitamène et Datapherne livrassent Bessos ; c'est pourquoi P tolémée donna l'ordre à l'infanterie de marcher lentementà sa suite, tandis qu'il s'avançait lui-même en toute hâte à la tête de la cavalerie. Il arriva bientôt devant les murs d'une bourgade dans laquelle Bessos, abandonné par Spitamène et les autres conjurés, se trouvait avec le petit nombre de troupes qui lui était resté; les princes avaient honte de le livrer de leurs propres mains. Ptolémée fit investir le bourg' et sommer les habitants de livrer Bessos, s'ils voulaient être épargnés. On ouvrit les portes; les Macédoniens pénétrèrent dans la place, s'emparèrent de Bessos et se reti-

*) Si Nautaca est la Karschi actuelle, sur les bords de la Kaschka, elle est à 30 milles environ de Kilif et du passage de TOxus. Bessos, à partir de Nautaca, s'est enfui dans la direction de Boukhara, qui se trouve à 20 milles plus loin au N.-E , et il a été livré dans une localité située le long de cette route, quelque part à Karaoul-Tube, à 5 milles de Boukhara. Ceci soit dit pour expliquer les « dix étapes en quatre jours » de Ptolémée.

iV2 CAP ri lu: di: hkssos ||||. 2

iTirnI «'M coloniio scrrtM' [m un* irjoindn', AlrxundiM; avoc leur prisonniiM"; IMoliMiiéc envoya er) avant [lour demander commun l Alexandn; ordonnait (jiie lui fût présenté le régicide captif. Alexandre ordonna de le placer Inut nu et ia chaîne au (•(Ui à (I loi le (lu rheniin par où il devait j^asser avec Tarmée. Cela fut exécuté; lorsqu' Alexandre fut arrivé en face du prisonnier et l'eut considéré, il lit arrêter son char et lui demanda pourquoi il s'était emparé de Darius, l'avait fait prisonnier, entraîné à sa suite et enfin massacré, alors que ce même Darius était son roi, son seii^neur, son parent et son bienfaiteur? Bessos répondit qu'il n'avait pas agi ainsi seulement par sa propre décision, mais d'accord avec tous ceux qui étaient alors autour de la personne de Darius, dans l'espoir de se concilier la bienveillance du roi. Après cette réponse, le roi le fit battre de verges et lit proclamer par un héraut ce que le régicide lui avait dit. Bessos fut conduit à Bactres pour y être jugé^

Tel est le récit que Ptolémée nous fait de cet événement, tandis que, d'après Aristobule, Spitamène et Datapherne livrèrent eux-mêmes Bessos enchaîné. Ceci semble indiquer ce que la version de Clitarque exprime encore plus clairement, à savoir que Spitamène, Datapherne, Catanès et Oxyartès reçurent du roi leur pardon et furent peut-être même confirmés dans leurs possessions. Alexandre pouvait croire qu'il s'assurait aussi par ce moyen de la Sogdiane. Cependant il s'avança de Nautaca jusqu'à Maracanda-, capitale de ce pays, etylaissa une garnison lorsqu'il se mit en marche pour gagner l'Iaxarte. Nos sources ne disent pas qu'il ait établi un satrape de Sogdiane, ni qu'il ait pris d'autres mesures pour l'assujettissement du

*) o'j-m: aly.'.abi'.z CLTiO'Ki\i.Tze'ZOi'. èc Bâxrpa à7to6avoû(X£voç (Arriax., III. 30, 5). Le récit qu'Arrien termine ainsi est emprunté à Ptolémée. Suivant Q. Curce (VII, 5, 40), Bessos est livré cà Oxathrès, le frère du monarque assassiné (tw ccozkom xoO Aapôiou y.a\ toU à'/.AO'.:; cjyyevéo-c. DiOD., XVII, 83: c'est-à-dire qu'on applique à la lettre le droit gentilice) : chez Arrien, au contraire, Oxathrès est le fils d'Aboulitès et le satrape d'Alexandre à Suse, tandis que le frère de Darius s'appelle Oxyartès (VII, 4, 5) et ne se confond pas avec rOxyartès de Bactriane.

-) L'identification de Maracanda avec la Samarkand actuelle ne se fonde pas simplement sur la similitude du nom, que Spiegel {op. cit., II, p. 546) déclare in^^uffisante. Les Orientaux considèrent la ville comme une fondation d'Alexandre Babeu, Mim., p. 48).

Page 1