OL. cxii, 4] paix avec lks scythks 4oo
les archers et les Agrianes, avec toute l'infanterie légère qui venait de traverser le fleuve, se précipitèrent sur l'ennemi; bientôt un combat en règle commença sur quelques points, et le roi, pour en décider Fissue, donna Tordre à trois hipparchies d'hétceres et aux acontistes à cheval de charger ; lui-même s'élança à la tète des autres escadrons qui s'avançaient en colonnes profondes pour prendre les ennemis en flanc, si bien que ceux-ci, maintenant attaqués de tous côtés, ne furent plus à même de se disperser pour continuer leurs escarmouches et commencèrent à reculer sur tous les points; les Macédoniens les poursuivirent avec la plus grande vigueur. La précipitation, la chaleur étouff'ante^ la soif brûlante rendaient la poursuite extrêmement pénible. Alexandre lui-même, épuisé par la soif, but, sans descendre de cheval^ de la mauvaise eau qu'offrait la steppe salée. L'effet de cette boisson insalubre fut prompt et violent ; toutefois il poursuivit l'ennemi encore pendant un mille \ mais enfin ses forces l'abandonnèrent ; on renonça à la poursuite et le roi malade fut rapporté dans le camp : tout était en jeu avec sa vie ^
Il fut bientôt guéri. L'attaque contre les Scythes eut tout le succès qu'on en attendait ; des ambassadeurs de leur roi vinrent présenter ses excuses sur ce qui s'était passé ; la nation, disaient-ils, n'avait eu aucune part à cette expédition qu'une troupe particulière, poussée par l'espoir du butin, avait entreprise de son propre chef. Leur roi demandait pardon de la confusion qu'elle avait causée et protestait qu'il était prêt à se soumettre aux ordres du grand roi^ Alexandre leur rendit sans rançon les prisonniers qu'il avait faits dans la
^) s^ico^ev "titto) TrevnriXovTa xa\ s'y.aTOv araoîo'j; 'j-tzo ôtappoîaç £vo*/ao"ju.£voç ([Plut.,] De fort'. Alex., II, 9i.
-) Q. Curce (VII, 7, 6 sqq.) raconte les choses d'une manière très différente. Le fameux discours des envoyés scythes se raccorde mal avec la trame historique. Ce qui est fort curieux, c'est l'avant-propos dont Q. Curce le fait précéder (MI, 8, 11) : sic quse locutos esse apiid regem mémorial proditum est abhorrent forsitan moribiis nostris. ..sed ut possit oratio eoriim sperni, tamen fldes nostra non débet : quare iitcunque sunt tradita incorruptu pei'fcremus. Dans un autre endroit (VI, i\, 12), il dit : Rex Cratero accersito et sermone habito cujus summa non édita est. Par conséquent, il ne compose pas non plus les discours lui-même.
^) Arrian., IV, 5,
VriC) l'MX AVKC. LKS SCYTIIKS |HI, 3
bataille ol doiil le nombre s\''levait à (Miviron ceni rin(|iianlo; sa générosité nv fui (»as sans l'ain» une j^ranHo irnjncssion sur r('sprit des Harbares, cl relU; impression, unio anx fails (l'armos prodigieux (hi roi, donnèrent à son nom cette auréole de grandeur surhumaine à la(iuelle la simplicité des pciuples grossiers est plus portée à croire (ju'à opposer Icî doute. De même que, six années auparavant, lorsqu'il étaitsur le Danube, des peuples qu'il n'avait point vaincus étaient venus lui oHrir leurs bommages, ainsi maintenant des envoyés des Scythes Sakes * vinrent aussi lui demander son amitié et la paix. De cette manière, dans le voisinage d'Alexandrie, tous les peuples furent réduits à la tranquillité et entrèrent avec l'empire en des relations dont Alexandre devait se contenter pour le moment, afin de pouvoir d'autant plus promptement paraître en Sogdiane.
Le danger, en effet, était devenu très grave en Sogdiane. La partie de la population ordinairement pacifique et laborieuse avait pris fait et cause, peut-être plus par crainte que par inclination % pour l'insurrection provoquée par Spitamène et sr)n parti ; la garnison de Maracanda avait été assiégée et serrée de près ; elle avait fait alors une sortie, repoussé l'ennemi et était rentrée dans la place sans avoir éprouvé de pertes. Ceci
^) Q. Curce (VII, 9, 18) est seul a décrire l'impression produite par ces événements : itague Sacœ misère legatosy peut-être les Sâxai SxuOtxbv toOto
yévo; Ttov Tr,v 'Aaîav STrotxo'jvxœv Sx'jOcov où-/ imr^Y.ooi, qui avaient Suivi BessOS
après Gaugamèle xaxà (7U[xîJLa-/''av Tr,v Aapsiou (Arfjan., III, 8, 3).
2) Haud 0-ppldanis consilium defectionis adprohantibus ; sequi tamen vldehantiir quia prohibere non poterant (Curt., VII, 6, 24): et aussitôt après : incolx novx urbi dati cuptivi, quos reddito pretio dominis liberavit, quoiiÂm posteri nunc quoque non apud eos tam longa œtate propter memoriam Alexandri exolevenmt. Cliez Arrien aussi, les insurrections répétées en Bactriane et en Sogdiane paraissent être, en fin de compte, l'œuvre d'un petit nombre d'individus, ol vewxepî^etv eôéXovTeç (IV, 18, 4. Cf. IV, 1, 5), comme Choriène xa\ a/loi tcôv "j7râp7cov o'jx o)iyo'. (IV, 21, 1). II paraît que les choses se passaient alors comme aujourd'hui dans le khanat de Boukhara, c'est-àdire que la majeure partie de la population, pacifique, adonnée à l'agriculture et au commerce, vivait sous un régime d'oppression très dure. Les Tadjiks de Boukhara, laborieux, cultivés, sans goût pour les armes, racontent encore aujourd'hui qu'ils habitent la contrée depuis le temps d'Iskander, qu'il n'y a jamais eu dans le pays de prince sorti de leurs rangs et qu'ils ne savent qu'obéir (Meiendorf, p. 194),