‹ Histoire de l'hérérie de BéarnChapitre 25 sur 48 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des évesqucs de Béarn au temps de la naissance de VHérésie.

Gérard Rossel, dont il a esté parlé, décéda en 1554 (1). L'évesché l'eut incontinent pourveu de Claude Régin (2), à la prière du Roy, et ainsy qu'il appert de la lettre de laReyne, du 25 octobre 1555(3), escrite à Destosses qui estoit à Rome. Ce Claude Regin se nommait Colome (4), de la maison ancienne de ce nom, et signait Claude Regin, ainsy qu'il se prouve de l'arrest du 23 aoust 1549, où le premier des juges est S'* Colome et signé (5) Claude Regin. Il estoit juste, patient et sçavant, à cause de quoy la Reyne lui donna commission en 1559 afin de tenir les Estats avec le prince, son fils, et le cardinal d'Armagnacq (6), ayant connaissance particulière de sa capacité, luy donnant un pouvoir pareil à celluy du Prince, son fils, et du cardinal (7).

(1) Exactement, le 15 août 1555. Y. Elitd. liist. et reliy. du dioc. de Bayonne, t. XI, <^1902), p. H05, note signée Romaniis (R. P. Othon, définiteurde l'O. S. F.). Arch. de Latran, Q. 8, B. 15.

(2) Claude Regin fut nommé évèque d'Oloron après la mort de Gérard Roussel, le 2 octobre 1555. Neveu par sa mère d'Antoine Du Prat, cardinal du titre de S'« Anastasie, et chancelier de France « a sorore germana )iepotem », originaire du diocèse de Saint-Flour, il était prieur de Saint-Hilaire d'Apcher, au diocèse de Mende, lorsqu'il fut nommé. Commun, du Doct'^ Larrieu, d'après les arch. du Vatican. Reg. lat. 1844, pp. 147 et 148.

(3) Cette lettre est citée plus loin.

(4) Salefranque se trompe lourdement. On trouve bien en effet un Ste Colome eslegit d'Oloron, le 23 août 1555. Arch. B,-P., C. 684, f. 192; il dut être élu par le chapitre, malgré le Concordat français qui semble avoir régi le Béarn ; mais on sait, qu'il n'y a rien de commun entre un béarnais de la maison seigneuriale de Ste Colonie, et l'auvergnat Régin. Celui-ci ira mourir vers 1595 à Vendôme où il était « chevecier « de la collégiale.

(5) Erreur, cet acte ne peut être signé Régin en 1549, puisque ce personnage n'était pas encore en Béarn. Il faut sans doute 1559.

(()) Sur le cardinal et sa famille, il faut consulter T. de Laiuîooue, Lettres du Cardinal d'Armagnac, in-8", 1874. N. de Bordenave : Hist. de Béarn, p. 55 et suiv. et toutes les histoires de la Réforme en Béarn.

(7) Salefranque seul nous a conservé les lettres de nomination de Régin.

Jacques de Foix (1), évesque de Lescar, chancellier et lieutenant général du Roy en Béarn et Navarre, décéda en octobre 1554, après avoir fait son testament (2). Le Roy désira que Louis d'Albret (3), frère bastard du feu Roy Don Joan d'Albret, son père (4), feut pourveu de cest évesché ; sur quoy, il escrivit au cardinal d'Armagnacq à Rome qui ne pouvant d'abord obtenir le bénéfice pour Louis d'Albret, à cause qu'il estoit bastard, se fit prémunir d'icelluy en commande pour empescher qu'un autre ne Tatrapat et le résigna du depuis en faveur d'Albret. Le Pape refusa d'admetre la résignation, à cause de la naissance d'Albret, et qu'il estoit bastard, ce qui fit que la Reyne escrivit une lettre fort humble au Pape par laquelle supplia Sa Sainteté d'accorder le bénéfice au dit Albret, à sa considération, nonobstant le défaut de sa naissance, parce que, quoy qu'il en feut, il estoit son parent, l'assurant qu'il s'acquiteroit de sa charge à la gloire de Dieu et du Saint Siège, sans quoy elle n'en voudroit supplier Sa Sainteté, prenant en la soubscription la qualité de sa très humble fille, qu'elle quitta bientôt après (5). La Reyne ne s'estoit pas encore séparée de l'Eglise, car elle ne fust hérétique jusques à son retour de Néracq en 1556.

Le Pape prophétisa, lorsqu'il jugeoit cest homme indigne de ceste prélature. Sa mauvaise conduite le fit connoître bientôt après les provisions que Sa Sainteté luy accorda, sur les pressantes sollicitations des cardinaux d'Armagnac et du Bellay (6), qui ne

(1) Jacques de Foix fut évèque de Lescar de 1535 à 1554.

(2) Ce testament s'est malheureusement perdu.

(3) Erreur ; Jacques de Foix eut pour successeur immédiat Jean de Capdeville, son vicaire général, qui ne lui survécut guère qu'un an, 1554-1555.

(4) Jean d'Albret mort à Monein en 1516. Dans un grand et beau mémoire, Pierre de Biaix, curé de Monein et de Pau, et plus tard évêque élu d'Aire, raconte les démarches du roi Jean d'Albret pour reprendre la Navarre, et sa mort édifiante. Arch. B.-P., E. 559. P. Boissoxnade, Hist. de la réunion de la ISavarre à la Castille, Paris, A. Picard, 1893, in-8o, p. 478.

{b) Salefranque est le seul à nous avoir conservé tous ces détails si importants. Le P. Mirasson qui connaissait le manuscrit que nous publions, n'a pas su le mettre assez en valeur ; mais il parle de ce fait, dans son Hist. mss. de la Biblioth. de Pau.

^(6) Jean du Bellay avait été évêque de Bayonne, de 1526 à 1532, ambassadeur de France à Rome, cardinal et évêque de Paris, etc.; il mourut très vieux à Rome, en 1560.

croyant pas au commencement qu'il feust possible de gaigner sur le Pape de iuv bailler le bénéfice, luy -conseilloient de le permuter (1) et de prendre des bénéfices simples pour aussy-grande valeur équivalant Ç2) à l'évesché ; mais enfin on obtint l'autre pour cest homme sur la prière de la Reyne. Dès qu'il feust évesque, il reçeut auprès de soy le nommé frère Pierre Henry Barran, ministre susdit, moine apostat et fugitif, de quoy cest évesque auroit esté prévenu dans l'Inquisition (3) à Rome, sans la faveur du cardinal d'Armagnac, qui feut très mal satisfait de la conduite de cest évesque, qui divertit cest orage, l'advertit de cella par lettre du mois d'Aoust 1556, l'exhortant à se servir de gens de bien afin d'instruire ses diocésains en la crainte de Dieu et l'union de l'Eglise. Il luy en dit autant en une seconde lettre, le priant de chasser d'auprès de luy tous dévoyés de l'union de l'Eglise qui font tort à sa réputation et à sa dignité.

L'évesque tâcha de justifier cest hérétique par sa réponce. Il ofïrit même de l'envoyer à Rome, mais le cardinal qui ne se satisfaisoit pas de paroles, luy dit par la troisième lettre, qu'il ne connaissoit ce Barran que par la réputation de ses erreurs. Il n'estoit pas nécessaire de l'envoyer à Piome, qu'il faloit l'envoyer à Tholoze où l'on avoit les informations faites contre luy; qu'au cas, il se trouvât innocent et catholique, que Sa Sainteté consentiroit à ce qu'il continuât d'être au service de l'évesque, sans quoy il estoit obligé de le chasser et qu'autrement il en respondroit à Dieu et aux hommes.

Outre l'hérésie, à l'augmentation de laquelle il tenoit la main, il estoit plein de vices (4); son chapitre feust obligé de luy faire une fort charitable lettre sur le tout. Il l'exortoit à tenir la main à ce que la parole de Dieu feust*sincèrement preschée, d'employer son baston pastoral à deffendre son troupeau, à briser la teste aux hérésies. Il le prie de laisser ses voluptés, visiter son diocèse, s'opposer à tant de doctrines contraires à la foy catholique, et général lement faire ce que doist un bon évesque. Et le Conseil souverain donna quelque arrest, portant qu'on avertiroit la Reyne de ses

(1) Dans le texte, « permettre »,

(2) Dans le texte, « gré le révélai » !

(3) C'est-à-dire inculpé, accusé au tribunal de l'Inquisilion romaine.

(4) Sur révêquc Louis d'Alliret, voir nos Docidii. et hihlioij. sitr la

Réforme, I, p. 44 et suiv,

incontinences. Ce i'eust liiy qui sollicita la Reyne à faire des impositions sur le Béarn; de ce on n'avoit jamais parlé auparavant; et sur cella la lettre de Monseigneur de Sens (i).

Il avoit une complaisance aveugle pour laPveyne ; cella lui faisoit avoir cette condescendance criminelle en faveur de l'iiérésie, ce qui list aussy que les ministres luy escrivirent des lettres d'exhortation à les suivre, et de reproche de ce qu'il semhloit n'estre plus ce qu'il estoit auparavant. La Reyne niesme avoit creu par ses actions qu'il estoit de la religion prétendue. Il leur fit connoitre à tous qu'il les avoit trompés et à la Ileyne en particulier, déclarant qu'ilavoit causé tant de scandale, dont il estoit sy reprochable, par la crainte qu'il avoit de tomber autrement en sa disgrâce. Le reste de sa réponce, qui regarde la semonce (2) que la Reyne lui faisoit de se marier (3), est une marque de sa timidité et qu'au préjudice de la dignité de son caractère, il craignoit plus la colère de la Reyne que celle de Dieu. Le cardinal qui avoit un induit pour collocation aux bénéfices au moins réservés, avoit fait l'évesque sur ce son vicaire (i). Il le priva de son vicariat, mais il le luy rendit du depuis. Et, sur ce, les lettres du Cardinal (5). Mais affin de ne rien passer qui peust servir à justifier la mémoire de cest évesque, la Reyne luy ayant escrit avec aigreur une lettre de reproche contre ses vices, après l'advis qu'elle eust resçu du Conseil et de Monsieur de Grarnont, il se repentit du mal qu'il avoit fait à l'Eglise, fist réponce qu'ayant esté sommé (6) par Messieurs les advocats et procureurs généraux de déclarer de quelle religion il estoit, il déclaira, ainsy qu'il avoit desja fait, qu'il avoit choisy celle de ses prédécesseurs, c'est-à-dire la catholique, en laquelle il voulait achever de vivre. Plus il faut icy, pour justifier la mémoire de cest évesque, rapporter la lettre de Hierardin (7), grand vicaire d'Aux (8), à qui l'évesque ayant demandé du S' chrême, ce grand vicaire luy témoigna par cette lettre la joye

(1) C'est-à-dire, voir sur cela la lettre de Mgr de Sens.

(2) Le conseil.

(3) La reine exhortait l'évêque à se marier; dans le texte, « dénonce ».

(4) C'est-à-dire, lui avait délé{(ué ses pouvoirs.

(5) Phrase elliptique pour dire : voyez à ce sujet les lettres du cardinal. (<j) Dans le texte, « ce mois ».

(7) Nom mal lu évidemment.

(8) Chef-lieu du départ, du Gers, métropole de l'ancienne Novempopulanie et alors, comme aujourd'liui, siège de l'archevêché de la province d'Auch.

— -ïl —

qu'il a (le connoistre qu'il estoit catholique, le suppliant d'user du saint huite; comme ses ancestres, [envers] ceux qui estoient alors malades.

Preuve.

11. — ■ Lrllre de la Rcijnc à Dcstosi^cs, qui est en suite de celles qui (eurent escrites aux cardinaux d'Anna(/nac et du Belay. Destosses (1), ayant entendu la bonne diligence qu'ave/, fait pour la promesse de l'évesclié d'Oloron, je vous ay bien voulu escrire la présente pour vous prier, poui- le fait d(^ celui de Lescar, aflin de faire dépesclier la résignation pour mon cousin, le protonotaire d'Albret, et en solliciter M'' le cardinal (rArniagnac, mon cousin, auquel j'escris présentement, parce que je désire fort que le dit evesclié tombe es mains de mon dit cousin d'Albret; ce faisant, me ferez bien grand plaisir, que j'assembleray avec touts les autres pour, en louts lieux, prendre mon revanche, là oii me voudrés employer, avec l'aide du Créateur, que je supplie vous thenir en sa sainte garde.

D'Orthez, le '25 octobre 1555. La bien vostre, Jeanne.

12. — Commission (2). Extrait des registres. Antoine, par la grâce de Dieu, Roy de Navarre, seigneur souverain de Béarn, etc., et Jeanne, par la mesme grâce, Reyne de Navarre, duchesse, comptesse, viscomptesse et Dame desdits pays, seigneurieset terres, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

Comme pour assembler et tenir les Estats en nostre pays souverain, nous avions par nos lettres patentes, du premier aoust 1558, commis et député nostre très cher et très amé iils, et ayons par nos dites lettres prié et requis nostre très cher et très amé cousin, le cardinal d'Armagnac, d'assister aux dits Estats avec nostre dit fds, et pour ce que tant plus, il se trouvera aux dits Estats des personnes d'authorité, pour nous y représenter, l'acte en sera plus célèbre, et qu'aussy il pourroil arriver, ce que Dieu ne veuille, que par maladie ou autre indisposition, l'un ou l'autre de nos dits fds ou cou.sin ne se pourrait trouver aux dits Estats, sçavoir faisons que pour la bonne et parfaite connoissance et intelligence que nostre amé et féal conseiller et maistre des requettes ordinaires de nostre hostel, l'évesque d'Oloron, a des affaires d'importance de

(1) Agent des souverains de Béarn à liomc.

(2) Dans le texte, « communication v.

nostre dit pays de Béarn et autres nos terres et seigneuries auxquelles de longtems (1) il a été nourry, icelluy avons commis et député pour, avec nostre dit fils et cousin, ou l'un d'eux, assembler les Eslats, ouïr les plaintes que nos subjets proposeront, réparer les griefs, sy faire se doit, nous les remettre à notre retour au dit pays, lui donnant à cette fin pareil pouvoir et puissance qu'à nostre dit fils et cousin, ou l'un d'eux, à l'expédition de touts les afTaires concernans l'administration et gouvernement de nos pays, terres et seigneuries des maisons de Foix, Albret, Armagnac, etc., etc.

Présentade en la crampe deu Conseil per lou dit s?-" evesque d'Oloron, lou cinq de juin 1559. Et après que fou legide, fou acceptade; et mandat la registrar ab la lettre de cachet per lou Conseil. 1559.

13. — Lettre de la Reyne au Pape (2). Très-Saint Père. Par les lettres que cy devant le Roy, mon mary, et moy, avons escrit à Vostre Sainteté, vous faisons très-humbles supplications et requestes de vouloir admettre la résignation de l'Evesché de Lescar en nostre pays souverain de Béarn, que prétend faire nostre cousin, Monsieur le Cardinal d'Armagnac, à nostre cousin le protonotaire d'Albret, suivant l'intention du feu Roy, mon père, qui luy en avoit pour ce escrit avant sa mort et prié très instamment, désirant qu'il en feut pourveu, et l'avoir et tenir par ce moyen près sa personne pour l'amitié qu'il portoit au dit protonotaire d'Albret(3), comme son proche parent, ayant esté avoué pour frère bastard du feu Roy, Don Joan, mon grand'père (4), ainsy que plus amplement pourra discourir et faire entendre nostre cousin, le Cardinal d'Armagnac, qui en avoit accordé la résignation au dit feu Roy, mon père, quelque temps avant son décès; et moyenant icelle, le dit seigneur commanda au dit d'Albret de résigner ses abbayes de

(1) « de longtemps »; pas de très longtemps; de 4 ans au plus, puisque Claude Régin fut nommé évèque d'Oloron en 1555.

(2) Ce pape était Paul IV (J. -P. Caraffi), l'un des fondateurs des Théatins avec S. Gaétan, 1555-1559.

(3) Le futur évèque de Lescar, Louis d'Albret, était alors protonotaire apostolique et grand-oncle de Jeanne d'Albret.

(4) Nous avons déjà parlé de Jean d'Albret, vicomte de Béarn et roi de Navarre, qui se laissa ravir le royaume de Navarre par Ferdinand le Catholique on 1512.

— 4o — Foix à Monsieur de Mende (I) et celle de Pontaiit ('2), au protonotaire de Miossens (o), ce qu'il list librement, pour obéir au dit seigneur, de sorte qu'il ne luy est demeuré aucun bénélice et demeure totallement dépoiirveu, s'il ne pla"st à Vosire Sainteté admettre la résignation. Et parce qu'on m'a adverlie que l'on pourroit faire quelque difficulté, parce qu'il n'est pas légitime, j'ai bien voulu réitérer ma première requeste et supp'"er Vostre Sainteté permettre que mon dit cousin d'Albret soit pourveu du dit évesché, en ma faveur et parce qu'il est mon parent, nonobstant ses natales, car il est personnage [capable] pour bien s'acquitter au dit Estât, à l'honneur de Dieu et du Saint-Siège, autrement n'en voudrois supplier Vostre Sainteté, laquelle en ce faisant fairés plaisir à celle qui sera à jamais vostre obligée, et qui, après avoir présenté ses très-humbles recommandations à Vostre Sainteté et avoir sup;3lié le Créateur la maintenir en son Saint Esprit avec le Saint-Siège et vous donner en parfaite santé longue et heureuse vie, demeurant à jamais vostre très humble et très obéissante fille, Jeanne. Du 25 octobre lo56.

14. — Lettre de la lieijnc au Cardinal du Bclaij. Mon cousin, il y a longtemps avez entendu, ainsy que je pense, que le feu Pioy mon père, après la mort de M^ de Lescar, désiroit fort que le dit évesché tombast es mains de mon cousin, le pi-oLonotaire d'Albret. Et, quelque temps avant qu'il mourust, pria mon cousin, le cardinal d'Armagnac, qui avoit esté pourveu du dit évesché de Lescar par le Pape dernier, de le vouloir résigner au dit protonotaire d'Albret, ce que luy accorda le dit cardinal d'Armagnac ; et estoient déjà les choses en ces termes que, sans la mort du Pape, le dit protonotaire en feust, dès cette heure, paisible [possesseur], au

(1) L'évèque de ÎMende était alors Nicolas Dangu, chancelier de Navarie, que l'Iiistorien N. de Bordenavc accuse d'avoir tralii Antoine de Bourbon, son maître, Hist. de Bcorn, p. 74.

(2) l'ontaut (abbaye N.-D. de), ordre de Citeaux, dans le diocèse d'Aire, fondée vers 1115 ; elle valait 7()00 1. de revenu au xvui'' siècle.

(3) Miossens, village du canton de Morlaas, donné aux d'Albret, issus d'une branche illégitime de cette maison, l^a femme du baron Henri d'Albret, Su.;anne de Miossens, fut la gouvernante d'Henii IV et le château de Codiraze devint leur propriété. On sait que le titre de prolonotaire est une pi'élature accordée par le Saint-Siège. I! y eut donc successivement deux protonotaires d'Albret, qui devinrent abbés de Pontaut.

moyen de quoy le dit fea seigneur fit résigner au dit protonotaire d'Albret son abbaye de Foix à monsieur de Mende, l'abbaye de Pontaut au protonotaire d'Albret de Miossens, ce qu'il fist librement pour obéir au dit seigneur, comme son très humble serviteur, n'espérant la mort sy prochaine et pensant le dit évesché luy estre assuré jusques à maintenant. A la suscitation de quelques-uns qui voudroient empescher la dite résignation, il a esté averty que Nostre Saint Père, qui esi à présent, fait difliculté d'admettre la résignation, parce qu'il n'est légitime, qui me fait vous prier, mon cousin, autant qu'il m'est possible, estre aidant, avec mon dit cousin, le cardinal d'Armagnac, auquel j'écris envers Nostre Saint Père, et le supplier, pour moy, qu'il luy plaise de pourvoir le dit protonotaire d'Albret du dit évesché, car estant sy proche parent du dit feu Pioy, mon père, je serois fort marrie qu'il feust ainsi dénué de touts bénéfices pour avoir obéy au dit feu seigneur le Roy; mon mari en dut escrire (ayant aussy de l'un cotté matière afTectée] (1); mais à cause d'une fièvre qui le tourmente, il y a desja trois semaines, et tantost un mois, et n'en est encore du tout hors, il ne luy a esté possible ; toutes fois, il y a apparence et espérance d'amandement, ainsy que disent les médecins; mais il est sy faible et sy atténué, qu'il me fait grande peine et me cause grand ennuy et fascherie de le voir en sy piteux estât. Je vous prie l'avoir pour recommandé en vos bonnes prières et oraisons, et moy aussy et je supplieray le rémunérateur de touts biens le vous rétribuer et vous tenir, mon cousin, en sa très-sainte garde.

D'Orthez, ce 25 jour d'octobre 1555, vostre bien bonne cosine et amie, Jeanne.

15. — Lettre de la Reijne au Cardinal cV Avtnagnac. Mon cousin, ayant entendu la dlITiculté que Nostre Saint Père fait d'admettre la résignation d(5 r(''vesclié de Loscar à mon cousin, le protonotaire d'Albret, parce qu'il n'est pas légitime, je vous ay cy devant escrit, du onzième jour du présent mois, et prié de sy bien directement mener cest affaire et réponce, comme je m'assure le scaurez faire, que le dit d'Albret soit pourveu du dik évesché de Lescar; bien suppliez en mon nom la Sainteté de Nostre Saint Père auquelj'en escris; je vous |)rie luy présenter mes lettres et supplier encore

(1) Nous avons mis cuire erocliets tout un nirinlnx' de plirase ininteliirible.

Sa Sainteté, et par moy, qu'il liiy plaise admettre la dite résignation en faveur du dit protonotaire d'Albret, luy tesmoignant de la proximité et affinité qu'il atteignoitau Roy, mon grand père, ayant esté avoué pour son frère bastard, et par conséquent oncle du feu Roy, mon père, comme je sçay longtemps y a et entendu. Et pour ce que je désire que le protonotaire d'Albret soit pourveu du dit évesché de Lescar, parce que par le commandement du dit feu seigneur, il s'est dépouillé des abbayes de Foix (l)et Pontaut, et que pour avoir obéy au dit seigneur (2;, comme son très humble serviteur, et la fiance qu'il avoit en kiy qu'il ne le laisseroit dépourveu, et que à présent il demeure dépourveu et tout nud sans aucun bénéfice; à ceste cause, je vous ay bien voulu escrire la présente et vous prier très instament, et autant qu'il m'est possible, faire tout envers Nostre Saint Père que le dit d'Albret obtienne le dit évesché, nonobstant ses natales (3), sur l'intention du dit feu seigneur (4) et du Roy, mon mary, lequel vous en eust escrit, n'eust esté que depuis un mois ou trois semaines, il a esté assailly d'une fièvre continue qui ne l'a encore du tout laissé. Toutesfois il y a quelque commencement et espérance d'amandement, ainsy que disent les médecins, mais il est si faible et deffait qu'il me cause un extrême ennuy et fascherie et me fait grand peine de le voir en cest estât. Je vous le recommande à vos bonnes prières et oraisons, mais aussy priant le Créateur, mon cousin, vous tenir en sa très-sainte garde.

Escritte à Orthez, le 20 octobre 1555. Vostre bien bonne cousine et amie. Jeanne.

J'escris à mon cousin (5), le cardinal du Relay, touchant cest affaire, pour vous y aider (6) en ce qu'il sera besoin, et ne veux oublier de vous prier de remercier Sa Sainteté des bonnes lettres qu'il a cy devant escrites au Roy, mon mary, et moi de luy faire entendre la raison pourquoy mon dit mary ne luy escrit.

(1) Sans doute l'abbaye de S. Yoliisien à Foix.

('2) Ce seigneur est le roi Henri H de Béarn qui avait promis lévèclié de Lescar à Louis d'Albret.

(3) Ternie plutôt latin ; « natales » ou « naissance » sont synonymes.

(4) Le feu seigneur est donc, sans contredit, le père de Jeanne d'Albret, Henri II de Héarn, comme nous l'avons dit plus haut.

(5) Les cardinaux étant princes de l'Église sont traités de coushu par les souverains. Cet usage diplomatique existe encore.

(()) « Aidant » dans le texte.

16. — Des paris du Roy et Reyne au vicaire général de Lescar. Cher et bien amé, ayant eniendii que le feu Roy, nostre très honnoré seigneur et père, que Dieu absolve, vous avoit commandé de mettre en afïerme les fruicts de l'évesclié de Lescar et que les bulles de la provision d'icelluy évesciié en faveur de nostre et bien amé coLisin. le protonotaire d'Albret, bont ar.ivées à Tnoloze (I), nous n'avons voulu faillir de vous escrire la présente pour vous ordonner expressément que des deniers de la dite atTerme vous délivriez ou fassiés délivrer au banquier qui les a retirées tout ce qu'il aura fourni et payé pour l'e.xpédition d'icelles, lesquelles receues, vous ne faudrez de les mettre ès-mains de nostre dit cousin. Et rapportant au dit la présente quittance de ce que vous aurez payé pour les dites bulles, nous vous en fairons tenir quitte envers tous ceux qu'il appartiendra. Et nous, altendans que vous n'y fairez faute, nous prions Nostre Seigneur vous avoir en sa trèssainte garde.

A Tarbes, le 4'-' janvier 1555. Signé, Antoine, Jeanne. Et au bas. Sponde (2). Et au-dessous : A nostre citer et bien amé M^ Louis d'Abhadie, vicaire général de Vévesclié de Lescar.

17. — Lellre du cardinal d'Armagnac à Vêvesque. Monsieur, je suis encore attendant responce à tant de lettres que je vous ay escrit pour faire contenter mes pentionnaires (3) et ne crois (4) fort que vous n'y ayez donné ordre, veu les promesses que tant de fois m'en avez fait. Vous les contraindrez à s'en plaindre à Nostre Saint Père. Vous sçaurez que c'est un don que leur ay fait, de la volonté du feu Roy ec de ^eles des Roy et Reyne. Ce jourd'huy j'ai destiné de vous en escrire, les deux vous aidant, pour ne pas faire

(1) Toulouse. Les bulles et autres documents du Saint-Siège parvenaient alors en France par rentremise d'agents de Rome, qui les envoyaient à des banquiers chargés de ces sortes d'affaires. La suite de la lettre le prouve bien.

(t2) Enccot do Sponde, secrétaire de Jeanne d'Albret, basque, de Saint- Palais, pkis tard conseiller au Conseil souverain. Il fut assassiné en 1594 dans sa maison. Il eut il enfants dont le i)lus connu est l'évèque de Pamiors, lien i de Sponde, dont le testament fut publié par T. de Larroque dans la Rev. de Go.sc, 1867. Cf. A. Communav. Les Hur/uenols dans le Béarn et la Navarre, 1885, p. 95.

(.S) « Contenter ses pensionnaires » qu'est-ce que cette lecture mauvaise peut vouloir dire? Peut-être les abbés de Foix et de Pontaut.

(4) Dans le texte, « ne sçavoir fort ».

faute (i). Et aussy que je pensais m'en aller par de là et le vous remonstrer de bouche, mais comme j'ai t'ai II y à mon voyage, aussy à ne vous satisfaire, qui n'est chose plus pkiisaute et à laquelle vous pouvez bien remédier, comme au>s\- ponve/.-vous à la plainte qu'on a fait par de<:à plusieurs fois de ce qu'avez lel'ré auorès de vous un personnage scandaleux et suspect d'hérésis, apostat et fugiilf de France, nommé Pierre Henry Barrai; ei, sy je n'eusse esté, Messieurs de rinqui:?ilion de deçà en eus ont esté adverlis et vous appeller à leur tribunal, qui se tient devant le Pc.pe mesme ; j'ai empêché celte accusation jusqu'à ce que vous en ayez été adverty et remonstré qu'il vaut trop mieux vous priver de ce personnage, qui a sy mauvais nom, que de tomber en quelque inconvénient. Je vous prie. Monsieur, ne donner occasion à vos diocésains de se plaindi'e de vous, etayez personnagesde bonne doctrine pour les instruire en la crainte de Dieu et union de l'Eglise, etc., etc.

De Rome, le 28 aoust 1556.

Vostre bon frère, cousin et vray amy. Le cardinal d'Armagnac.

18. — Aulre lettre du cardinal à Vi'vcsque de Lescar. Monsieur, vous entendrés par M. de Balaumon, s'il va à la cour du Roy de Navarre, les occasions qui me retiennent par deçà. Noslre Saint Père me retient pour se servir de moy aux affaires qui sont fort bien grands. J'ai adjouté un quatrième point à mes précédantes, qui concerne l'honneur et réputation de vosire dignité. Vous fairez fort bien de l'accomplir et de ne tenir auprès de vous gens dévoyés de l'union de l'Eglise.

De Rome, le 12 septembre 1556. Vostre bon frère, cousin et ancien amy. Le cardinal d'Armagnac.

19. — Autre lettre du cardinal. Monsieur, etc. J'ai aussy veu tout ce que m'escrivez de M^ Henry Barran, que vous faites tout autre qui ne m'a esté décrit de plusieurs personnages, qui n'ont autre intérest, que vous l'aviez à vostre suitte, sinon qu'il vous taira peu d'honneur et portera grand domage au pays où il preschera. Les informations faites contre luy le témoignent. Et s'il estoit sy entier(?) que vous le dites, il se présenteroit et juslitieroit. Je suis adveriy que ce n'est point de l'intention des Roy et Reyne de Navarre. Et sy je suis au vray, regarderez plus à l'opinion commune que à favoriser un personnage qui vous peut plus décrier que honorer. J'empesche le plus que je puis que la plainte non vienne

(1) Mauvaise lecture.

à la notice de Messieurs de l'Inquisition de ceste ville où Nostre Saint Père le Pape est touts les jeudis et n'espargne personne. Je crois que vous devez penser que ce que je vous dis n'est pour haine que je puisse avoir contre le dit Henry pour ne le connoistre, mais pour ses mauvaises opinions et diatribes qui contrarient à celles de tiostre mère Sainte Église. Vous y penserez et remédierez. Et pour répondre au point que dites vouloir envoyer le dit Henry en ceste cour, ne le faites, mais plustost à Tholoze, où les informations et procédures sont; et s'il se trouve innocent et catholique, j'espère en Dieu qu'il sera avisé et pourra après aller servir Dieu et nostre Eglise et j'en seray aussy joyeux et content que luy mesme. Et sans cella, vous ne devez le recevoir sur peine qu'il faudra qu'en respondiez à Dieu et aux hommes. Et pourtant ne soyez marry contre moy, sy je vous dis la vérité, car je vous aime trop pour vous la celer. C'est à Rome, le 17 Décembre 1556. Yostre bon frère, cousin et vray amy. Le cardinal dC Armagnac.

SO. — Lettre du Chapitre de Lescar à VÉvêque. Monseigneur. Nous avons reçeu la lettre que samedy dernier par M. l'advocat du Ixoy et Reyne vous aviez envoyée et après icelle bien entendue, trouvons grandement estrange que vous chargiez deux chanoines de sédition, et que vous, qui estes un évesque et chef, ne vous plaise de prendre la peine de venir visiter vostre troupeau pour enquérir du fait que vous escrivez, mesme pour un tel acte dont l'honneur de Dieu et repos du peuple dépend. Et quand à vous asseurer (1), vous, que s'y aucun de nous en estoient tachés, en fairions sy bien la punition que ce seroit exemple à touts autres, sans que n'auriez la peine d'user d'excommunications que par vostre lettre, dites-vous, tairez ressentir. Vous scavez, Monseigneur, la puissance que vous avez sur nous. Et nous sçavons l'obéissance que vous devons, laquelle ne vous sera déniée, mais pour vous, sy ainsy est, comme nous croyons, que ayez l'honneur de Dieu et sa sainte parole en recommandation, vous devriez tascher qu'icelle feust purement preschée à l'honneur, gloire et édification de vostre troupeau, et que vostre Eglise où les ministres qui y aviez mis, ne s'esgarassent des ordonnances d'icelle, et que vous qui estes l'évesque, y teniez la main, comme cy devant, vous avons remonstré traternellement, et ne pouvons bonnement penser quel zèle vous a induit de nous servir autre langage que celluy qu'un évesque

(1) Dans le texte : <■ Et quand à vos affaires que vous ».

doit tenir en toute douceur et modestie, oubliant les conditions que l'Ecriture ordonne qu'un évesque doit garder. Entre autres luy est deffendu de fraper personne de fait ny de parole mal scéante, sinon des armes que Dieu luy a données qui est sa sainte Parole, et du baston pastoral que vous tenez en main qui est baston doux, baston pour defîendre vostre troupeau contre l'ennemy, baston pour rompre la teste à ces effrontés hérétiques qui par touts moyens laschent abolir le service de Dieu et de son Eglise catholique. C'est là, Monseigneur, où vous devriez employer vos soins et armes évangéliques, et y trouverez tant de pauvres brebis, les unes presque étranglées, les autres galeuses et infectées, que ne sçauriez mieux faire que de les oindre de saintes administrations et les réduire en leur part et consolider leurs cicatrices, sy bien qu'eHes puissent recouvrer la santé ; et ne vous espargnant, vous transporter par vostre diocèse, principalement es lieux dont les plaintes en sont si grandes que touts nos voisins en rendent témoignage. C'est très bien fait d'obvier à toutes séditions populaires, mais ce seroit aussy bien fait d'en oster les causes, comme par vos anciennes lettres vous aviez promis de faire ; mais ce qui n'est fait, y auroit du temps pour le faire; nous vous en prions, car il est question de l'honneur de Dieu et salut de nos prochains ; c'est vostre droit et charge que Dieu vous a donnée, et avec l'aide du Saint Esprit, vous abandonneriez touts plaisirs, délices et repos mondains pour visitter vostre troupeau tant esgaré et de tant de .doctrines fausses abbreuvé et le retireriez avec une parole de clémence et y chasseriez les œuvres diaboliques et ses ministres. Et vous plairra commencer à vostre Église, pour le moins en ceste saison, combien qu'en tout temps seroit requis, et vous nous donneriez grand contentement, et prendriez plaisir aux (ouvres de Dieu, comme à visiter les hos[)itaux, ladreries, femmes veuves, enfans orphelins et la grande multitude de pauvres affligés qui vous seroit grand plaisir. Et ceux qui le verroient eu loueroient le Père céleste, puis continueriez le service en vostre Eglise, faisant les actes pontificaux, mesme en cette semaine paineuse où tout le peuple recevrait singulière consolation ; ce que devriez faire, et que touts scandales et hérésies soient extirpées. Et que la pure et sincère parole de Dieu soit maintenue et l'honneur et maintien de .son Eglise et des saints sacrements observé. De Lescar, ce 29 mars 1557.

Vos humbles et oltéissants serviteurs, les chanoines et chapitre de vostre Eglise.

gl . — Extrait des registres du Parlement <(l). Loa 12 d'avril 1565, per Messi'"' de Sallette (2), Bordenave (3), Gapdeville, Spono (4), Laborde (5), Lavigne, Marca, Lamote (6), Fenario (7) et Du Puy, i'oLi délibérât, suiisla reqaeste presentade perlou procurayre gênerai aux fins d'aber commissaris per enquérir de las lubricitats et autres faits contre mossen Louis d'Albret, evesque de Lescar. Restât que en sera escriut à mossen lou loctenent gênerai et luy sera tremetude la dite requeste per nous mandar sus sço son bon plaser, ou bien nous fara commandar per la Ileyne sço que plaira à Sa Majestat en voler far. Actum à Pau, en conseil, lou dit jour et an.

SS. — Lrtlre de la Reyne à VÉvesque. Mon cousin, il ne tiendra à présent qu'à vous, sy vous voulez ma bonne grâce, qui est l'une des choses de ce monde que vous désirez autant, comme je crois, ce que vous obtiendrez, sy vous faites ce que le sieur de Casaux(8) que je vous envoyé, vous dira de ma part; lequel je vous

(1) Ces registres du Pai-iement ont disparu dans l'incendie de 1716.

(2) Le prés'dcnt Jean de Salettes, l'un des agents les plus actifs de la nouvelle Réforme. V. son testament dans nos Docum. et bibliogr., II, p. 229. Il est daté du 7 juin 1571.

(3) Jean de Bordenave, conseiller et président, l'un des futurs chefs catholiques. V. VHisloire de Béarn, de Bordenave, p. 126, etc. Jean de Gassion lui succéda le 16 novembre 1570, d'après une ancienne liste des conseillers. (Docum. part )

( i) Spono dont il est question ici est E^^pona, déjà mentionné.

(5) Ce Laborde est probablement cité en 1557 dans les Registres de provisions. Bull, de Pau, t. XXXV.

(6) Un Lamothe fut président, d'après le mémoire ou liste des officiers du Parlement de M. de Courtade. Dans une patente de Catherine, du 29 décembre 1585, ligurent Lamothe, vice-chancelier de Navarre, et Sponde, conseiller. Bull, de la Soc. de Pau, t. XXV, p. 131.

(7) Bertrand de Fenario fut remplacé comme conseiller par Jean de Fraixo, le 29 octobre 1576. Liste des conseillers et Bull, de la Soc. de Pau, XXIV, p. 66. Agent très actif de l'établissement de la Réforme, il demanda à Jeanne d'Albret, à l'égard des prisonniers d'Orthez en 1569, « que justice régne et ne soit point empeschée » A. Communay, Les Huguenots en Béarn, ISSô, p. b-i. Il y a plusieurs lettres de Fenario dans cet ouvrage.

(8) Jean de Casaux, avocat, proc. gén^'i, conseiller, qui succéda ta Pierre Uu Pont, reçu en lévrier 1584. Bull, de Pau, XXV, p. 131.

prie croire de ce que je luy ay commandé vous faire entendre, comme moy-même, qui prie le Créateur, mon cousin, vous avoir en sa très-sainte et digne garde.

Escrit à Pau, ce 23 Septembre [ôiV2. Vostre bonne cousine et maistresse, Jeanne. Et au dessus, il y a : Mon cousin, Monsieur Vévesque de Lcscar.

S3. — Lettre du Ministre à l'Évesque. Grâce et paix par Jésus- Christ. Monseigneur, j'ai l'eceu une lettre et les plaintes que faites par icelle et de nioy et de vostre livre : quand au livre, je confesse votre libérali'é de point en droit, dont vous remercie très humblement, sy est ce ton tesfois que pour assurance de vous retourner vostre dit livre que la raison requiert, j'ay baillé cédulle de ma main à vostre secrétaire qui estoit pour lors, qui à présent est à Morlaas, et m'y atiendois d'heure à autre pour m'en obliger pour vous rendre ce que je vous dois. Cependant je n'ai fait difficulté de la bailler au présent porteur, combien que je n'aye non obligé (1), pour vous rendre ce que je vous dois; mais je m'asseure tant de la continuation de vostre libéralité envers moy que, quand ma cédulle se trouvera, me la rendrez. Quand à moy. Monseigneur, je suis marry que, sitost avez contre opuiion de moy, que je me vinsse (2) monstrer ingrat et opiniastre de reconnaistre le bien que m'avez fait, pour vous donner occasion de me menacer de m'en faire ressentir, comme dites par vostre lettre. Encore plus suis-je fasché de ce que dites en vostre lettre que Monsieur de Boys (3) vous a dit que je ne voulais vous rendre vostre livre. C'est ce que je luy demanderay en vostre présence, quand Dieu permetra que je passe à Lescar (4), car je suis asseu ré jamais de ne luy en avoir parlé quoy que ce soit. Je vous remercie humblement et prie Dieu que, comme je vous ay connu autres fois 'eschauffé et bouillant à l'avancement du règne de Christ, que maintenant ne soyez ny froid ny tépide, mais que de plus soyez embrasé du feu de la foy. Et sy vous avez aidé les pauvres serviteurs de Christ de vos livres, qui ne sont pas grand chose, n'espargniez maintenant

(1) Mauvaise lecture. S;tns doute « combien que je n'y sois pas obligé ».

(2) Dans le texte, « vincisse ».

(3) Pierre du Bois, rainislre de Lescar, fut pendu à Pau par H. de Peyre, le 7 avril 1569. N. dk BonoEXAvE, Hist. de Béarn, p. 263.

(V) Ancienne ville épiscopale, peut-rtre l'antique Beneharnum, aujourd'hui chef-lieu de canton.

nv les biens, ny la vie, pour élever et glorifier Jésus, le Fils éternel de Dieu, sy vous désirez en vos derniers jours, qui s'approchent, estre receu en la gloire de son Père, lequel je prie de bon cœur, Monseigneur, vous ouvrir les yeux pour vous faire clairement connoistre le précipice oii tomberez sy par sa parfaite bonté ne vous en préserve et vous conduise comme par la main à l'école de son Fils (1).

A Navarrenx, ce 9 novembre 1567. A haste, m'aprestant à prèscher. Vostre pauvre néanmoins obéissant en Christ serviteur. P. Lemée, ministre.

A Navarrenx — Et au-dessus : A Afonseigneur Monseigneur Vévesque de Lescar.

S4. — Autre lettre. Salut par Jésus-Christ.

Monseigneur, je vous envoyé vos livres communs, De munusculis (2), desquels vous remercie, comme je fais de touts les autres bénéfices que m'avez fait par votre libéralité et vous prie ne trouver estrange, sy je les ay longuement tenus, car je considérois que ce seroit une chose morte en vostre cabinet et qu'il valoit mieux s'en servir à édification. Cependant, je suis chargé du dit livre, comme des autres que je vous ay envoyés, par le capellan qui les vint quérir et ay crainte que, faute de descharge, ne me soit ennuieux (3) à fadvenir [en] demander. Pourtant vous prie d'envoyer mon aquit, comme le sieur de Laserre m'a promis aussy de le retirer des mains de vostre secrétaire. Aussy, je rends grâces à Dieu du bénéfice de vostre veûe. Je prie le Seigneur que, comme il vous a fait sentir sa grâce corporellement, qu'il vous illumine toujours en vostre entendement. Et que vrayment puissiez servir aux autres de lumière.

J'ay aussy entendu comme Dieu a pris à soy (4) M" Jean de Gironde, lequel a attendu jusques à l'extrémité de se ranger au Seigneur (5), et avez là veu un merveilleux spectacle qui vous doit servir d'avertissement. Partant, Monseigneur, c'est à vous à penser

(i) On avouera que ces paroles de ministre à évêque ne sont pas ordinaires.

(2) Le texte dit MuniscuUs.

(3) Dans le texte, « en au mieux ».

(4) Dans le texte, « la foy ^>.

(5) C'est-à-dire d'embrasser le protestantisme.

de n'esteindre le S' Esprit et n'abuser de la patience de Dieu, car vous sçavez que dès long-temps le Seigneur vous attire à soy (1). Et cependant, au dire de tout le monde, vous estiez plus prest à son service au commencement qu'à la tin de vostre plan (2). Et moy-mesme puis porter témoignage d'un bon zèle que j'ai veu en vous et me fascbe que le commun bruit soit maintenant tout contraire. Vous pouvez connoistrc, Monseigneur, que ce que j'en dis n'est pour injustice, ny injure, mais pour le bon désir que j'ai de vostre salut, comme ayant icelluy et vostre réputation en singulière recommandalion. Partant, vous prie le retenir en la bonne part, taisant lin. Monseigneur, m'estant humblement recommandé à Vostre Seigneurie, priant Dieu vous vouloir faire taire sa volonté.

D'Orthez, ce 12 Avril 1565. Vostre très humble et obéissant serviteur Des Boys (3).

Et au-dessus : A Monscig)ieui\ Monseirpieur de Lescar.

S5. — Lcllrc de VÉoesquc à la Renne. Madame, j'ai receu celle qu'il vous a pieu m'escrire parle capitaine Gracian (4), par laquelle me mandez que je suis scandaleux, et je ne sçay qui vous a rapporté ces nouvelles. Je ne sçay avoir donné occasion d'escandale activement ny etléctivement (5); je n'en puis mais ; ce que j'eusse bien peu faire, mais craignant encourir vostre indignation, m'en suis reculé loin. Dieu dit : Je detïendray et vivray; et en aucun lieu (6) : Oyez toutes parties et vous jugerez rectement. Ce n'est pas'la première fois que cecy m'est advenu et vous le sçavez, mais selon Dieu, qui seul juge les cœurs des hommes, en éclaircira la vérité, que je l'en supplie bien humblement d'heure à autre. Et cuide que Monsieur de Gramont (7), vostre lieutenant, sy en eust peu entendre quelque chose, ne se feust espargné à vous dire quelque chose, de bouche pour le moins. Quand à continence.

(1) Dans le texte, « vous à sencoud à soy »! {2) Dans le texte, « pain ».

(3) Pour Du Boys.

(4) (Iratien de Lurbe, dit le capitaine Gratien, chef protestant, commandant du château d'Orthez. où il capitula devant Terride en 1569. N. de BoRDENAVE, HL^t, (le Béarn, pp. 181, 213.

(.5) Dans le texte, « perfectivement ».

(6) Aucun, c'est-à-dire quelque.

(7) Antoine de Grammont, gouverneur du Béarn, grand partisan d'abord de la Réforme; puis il tomba en la disgrâce de Jeanne d'Albret en 1569.

sraurez Madame, que c'est un don de Dieu, conaine dit saint Paul, lequel il donne à ceux qu'il luy plaist. Et comme vous, l'apostre nous désire estre comme luy, mais bien en a il laissé après luy (i). Et pour me marier (2), sçaurez que je commence pour le moins à venir à soixante ans, auquel âge la chaleur propre nous est grandement esteinte et rafroidie ; aussy ma profession ne le porte point, jusques à ce qu'il sera ordonné par quelque bon Concile général. J'ai espérance que le bon Dieu vous en faira éclaircir sa volonté. Quand à ce qu'il vous pleut m'escrire (3), de...... il ne me

hante plus et voudray que ceux qui vous dépeignent, feussent si gens de bien que luy, car on dit communément que l'ouvrier se connaît à l'œuvre. Vous connaissez le rapporteur qui a pansé (4) tant vostre présent pays; je suis été bien aise d'avoir bien entendu parler de vostre santé. Je supplie le Créateur la vous veu'He continuer et augmenter et celle des seigneurs, vos enfans. Je supplieray le Créateur, Madame, vous veuille donner en parfaite santé très longue et heureuse vie, et à moy la grâce de vous faire très humble service qui soit agréable. Louis, Evesque de Lescar.

S6. — Autre lettre de Vévesque à la Beyne. Madame, j'ai receu la lettre qu'il vous a pieu m'escrire par Jacques Fermain, controlleur de vostre maison, en datte du 12 du présent mois, par laquelle me mandez qu'estiez grandement marrie d'avoir entendu mauvaises nouvelles de moy : C'est que je suis rciourné à mon vomissement, délaissant la voye du vray salut pour me fourvoyer dans les sentiers obscurs et ténébreux. Il vous plairra, Madame, entendre que Dareau (5), vostre advocat, et Eîchard, vostre procureur criminel, ont présenté, eux, grandement indiscrets, requeste (6)

(1) Nombreux sont ceux qui ne l'ont pas imité.

(2) Sur le prétendu mariage de Louis d'Albret, il faut lire les Mémoires de Condé (4 v. in-4o, Londres, 1743), t. IV, p. 624. Lettre du card. d'Armagnac à l'évêque de Lescar, du 18 août 15G3 et ci-lle d'un ministre, p. 645, qui dit au prélat : Le cardinal « trouve aujourd'tiui si étrange que vous délibériez de vous marier ». Il n'y a donc pas eu de mariage.

(3) -Dans le texte, « de sorte »; il faut ici un nom de personne.

(4) Dans le texte, « pensée ».

(5) G'ne Dareau, avocat général, fut reçu président en décembre 1577, à la place de Pierre de Tisnées. Recueil de mémoires. Docum. pari.

(6) Le véritable texte devait porter plutôt « une grandement indiscrète requeste ».

à Monsieur de G ramont, vostre lieutenant général, narrant que je n'étOTs ny d'une ny d'autre religion, et par ainsy vray athéiste, concluant ([ue je déclarasse de laquelle religion j'estois; j'ai plus aimé choisir celle de mes prédécesseurs, qui est la catholique, qu'autre incertaine. Et par ainsy vous plairra me pardonner que je ne suis point inconstant, cai- je n'ay jamais fait profession d'autre religion que de la mienne, et veux vivre et mourir, suivant l'Evangile de Jésus-Christ, exposé par les saints docteurs, vous suppliant très-humblement n'estre courroucée contre moy d'avoir fait une sy bonne œuvre (l). Louis, évesque de Lescar.

S7. — Lettre du grand vicaire dWux. à Monseigneur VEvesque. Monsieur, je suis esté très-aise avoir ei.tendu de vos nouvelles par vostre lettre du 21 du présent; ensemble avoir veu la réquisition qu'il vous plaist de me faire du Saint-Chresme lequel vous envoyé, vous suppliant en user comme vos ancestres prédécesseurs. Et désirant la guérison de vostre maladie de laquelle suis bien marry, supplieray le Créateur vous en vouloir alléger et vous continuer sa sainte grâce d'aussy bon cœur que me recommande, Monsieur, à la vostre. D'Aux, chez nous, ce 25 avril 1567.

Vostre alTectionné serviteur S'-Gérardin, vie. d'Aux.

A Monsieur Monsieur de Lescar.

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