‹ Histoire de l'hérérie de BéarnChapitre 27 sur 48 · CHAPITRE VI î · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI î

De quelques observations sur ce dessus.

On peut demander sy la Reyne Jeanne s'estoit entièrement séparée de l'ÉgUse dans ce temps. La raison de doubler vient, d'un costé, de ce qu'elle avoit fait la ligue avec des hérétiques contre les seigneurs de Guise et faite chef de cette ligue; qu'elle avoit mené ses quatre ministres hérétiques et qu'elle leur faisoit prescher l'hérésie dans les églises au peuple catholique, dont est [parlé] aux chapitres précédents, d'où l'on peut raisonnablement conclure qu'elle estoit séparée de l'Eglise.

Pour le contraire, l'on peut dire que la Reyne n'estoitpas encore hérétique. Sa lettre, escritte à l'évesque de Lescar, du 2 mars 1556, le tesmoigne, car elle le blasme véritableement de luy avoir osté David, son ministre, luy ayant donné mission affin de prescher en la paroisse; mais elle déclare qu'elle est sa première et principale paroissienne et qu'elle porte la première la chandelle à l'offrande, déclarant qu'elle veut obéir et se soumettre à son authorité épisco-

(1) C'ost-à-dire, prendre des mesures de police pour. Peut-être mieux, con/is<juer.

('2) Provisions de l'oflice d'auditeur pour Gracien de Frécliou, le 15 décembre 15.'54. Le 26 août 1555, il était conseiller. Une ordonnance du 31 octobre 1552 porte que les sieurs Candau, bonefont, t'récliou et Colomes seraient à perpétuité de la Chambre criinincllo à 10(3 1. de g-ages. Bull, de la Soc. de Pau, XXXV, pp. 50, .52, .57.

palle. Elle (1) est au chapitre précédent. Sa lettre du '^ may 1557, escritte à l'évespue le contirme, car elle prie l'évesque de faire résider les curés, à l'honneur de l'Église, l'exhortant à faire sur cella son devoir et l'asseurant qu'elle faira garder son ordonnance pour faire corriger les abus qui se commettent par les curés, abandonnant le service et ne se souciant que de percevoir les fruits de leurs bénéfices. Adjoutezàcella l'arrest du Conseil du 8 juin 1558, rendu sur une lettre de la Reyne et rapporté dans le chapitre précédent par lequel le Conseil commande à touts les habitans de cette ville de se trouver et d'assister dévotement à la procession qui se faira le jour et teste du Corps de Jésus-Christ, à la forme ancienne et accoutumée, et que l'édict du feu Roy Henry touchant la religion sera publié, gardé et observé; deffend rnesme à toutes personnes de rien dogmatiser; au contraire, il exhorte mesme l'évesque d'empêcher que Barran presche, puis mesmes que tumultes et séditions ne sont venus que par les prédications de cest hérétique, ce que le Conseil n'auroit osé juger ny dénoncer, sy la lettre de la Reyne, qui ne se trouve pas (2), ne luy avoit donné lieu de donner cest arrest. Plus la commission du Pape pour faire le procès aux hérétiques, en faveur du cardinal d'Armagnac, a esté visée dans le Conseil privé de la Reyne, mesme au Csnseil ordinaire qui par autres divers arrests a defîendu la prédication à cest hérétique, comme il paroit au chapitre précédent, ou semble estre représentée et qui, par l'arrest du 17 may 15G1, est d'avis de permettre de prescher, à la charge de ne rien prescher contre la foy catholique, pour toutes lesquelles raisons, il semble qu'il soit juste de conclure que la Reyne n'estoit pas encore séparée de la foy catholique.

Il faut respondre qu'il est évidedt que la Reyne estoit entièrement séparée de l'Église et totalement hérétique, lors de son retour en Béarn en 1556, Cella paroit tant parce qu'elle se déclara chef des hérétiques de France, en signant la ligue des princes contre les seigneurs de Guise, qu'en ce qu'elle mena les quatre ministres, affin de prescher en Béarn; qu'elle a voulu avoir les rentes obiluaires afin de les employer à leur nourriture, comme appert au chapitre précédent, et qu'elle faisoit prescher à soy et à sa maison les hérésies par Barran, ministre susdit. Appert au chapitre précédent. Et ce qu'il faut adjouter est qu'incontinent après son retour,

(i) La lettre.

{'2) C'est-à-dire, ([ui est pei-(lu<'.

elle députa le ministre David affin de parler l'évesque de Lescar et le solliciter instamment de la part de la Reyne pour faire ce qu'elle désiroit, qui n'estoit autre chose que d'estre hérétique et donner faveur aux ministres hérétiques. Elle luy disoit et le p.rioit que la - volonté de Dieu feust faite dans la terre comme auxcieux.

Mais d'oi^i vient que la Reyne, séparée de l'Église, totallement hérétique, se tenoit néaiLmoins sousmise aux Ordres et que les ?*^ ministres hérétiques ne vouloient pas prescher, sy plustôt ils n'avoient la mission de l'évesque? Les uns respondent que dans la naissance de l'hérésie, les premiers hérétiques estoient dans le dessein de se tenir en l'Égiise et dans l'union d'icelle, preschant et travaillant à la réformation des abus par eux prétendus s'estre glissez en la doctrine de l'Église; mais que n'ayant peu, la nécessité les a contraints à faire schisme pour ne participer pas aux ordures de nostre prétendue Babilone. Autres disent que le sens des hérétiques estoit qu'ayant la mission de l'évesque, ils auroient titre pour prescher et qu'estant interrogés sur leur vocation nécessaire en matière de foy, ils pourroient se jacter de la tenir de l'Église catholique. Tout cella paroit en Florimond, livre S'", chapitre 3 de son Histoire.

La véritable raison de la Reyne, dans sasousmission aux Ordres, et des ministres aussy, n'estoit autre que de tromper les peuples et leur persuader d'adopter (1) les hérésies sans leur donner le loisir de les connoistre ny le moyen de se delTendre contre ces prédicans hérétiques par la foudre que ces hérétiques craignoient d'attirer sur eux, s'ils preschoient sans quelque précaution leurs doctrines hérétiques, [et] tomber au mesme danger auquel tombèrent en 1545 le religieux qui presclia publiquement dans Oloron la doctrine de Luther et Bougarber d'Audaus, le premier desquels se sauva fuyant, et le second feust emprisonné, et qu'ils voyoient bien ne pouvoir éviter le décret s'ils n'amusoient la Reyne et les Estats ; et mesme aussy [feust] résolu de s'en tenir là, en faveur de la religion, en 1558, et l'envoi de l'évesque, tellement que leur sens estoit de tromper le peuple, car s'ils jugeoient que leur vocation estoit nécessaire, pourquoy se séparoient-ils de l'Église ? S'ils jugeoient qu'ils avoient besoin de sa mission, pourquoy preschoient-ils des doctrines contraires à celles de l'Église qui les envoyait? IMais, ils vouloient faire comme ces perfides ouvriers de l'Évangile, lesquels

(1) Dans le texte, « d'avec Dieu.

ayans esté envoyés en la vigne poui" y travailler et rendre les fruits d'icelle à son seigneur, occupèrent la vigne pour eux-mêmes, chassèrent d'icelle le seigneur, refusèrent de le reconnoistre et se rendirent eu-mèmes les maistres de cette vigne. Chacun seait que les hérétiques d'à présent, interrogés sur leur vocation, ne répondent pas qu'ils ayent la vocation ordinaire ; qu'ils prétendent que l'ordre de la vocation a esté interrompu et qu'ils ont une vocation extraordinaire, qu'ils tiennent immédiatement de Dieu. Les prohabilités nous font croire que ce que la Reyne se ménageoit en cette occasion et qu'elle pratiquoit toute cette prudence, c'estoit la crainte ou souslévement des i)euples et du Roy, son mari, lequel estant catliolique n'auroit pas souffert un sy grand changement en la religion, ce qui parut incontinent après son décès, après lequel la Reyne se déclara toute contre l'Église, en faveur des hérétiques. Et quoy qu'elle commandast que les curés résidassent sur leur bénéfice, cella ne fait rien, parce que par son édict de 1564, qui sera rapporté dans les chapitres suivans, elle ordonna la résidence des curés, et néanmoins elle les soUicitoit à se faire hérétiques et mesme à se marier, voulant qu'ils se mariassent ou vécussent suivant leur vœu, qu'ils eussent le revenu du bénéfice, ne désirant autre chose d'eux, sy ce n'est que chaque curé résidât en sa cure, ne voulant pourtant pas souffrir qu'ils chagrinassent le peuple, comme il sera monstre cy-dessous.

Mais comme les ouvriers de la lourde Rabel eurent chacun son langage, divers de celuy de son compagnon, aussy les ouvriers de cette réformation prétendue tombèrenten des opinions entièrement diverses; en sorte que chascun vouloit réformer l'Église d'une façon toute particulière et toute diverse de chascun des autres.

Voilà pourquoy toutes les Églises de France s'assemblèrent par des députés, le 26 may 1559, afin de convenir d'une religion en laquelle ils étoient sy divers, fors à rejetter l'authorité de Nostre Saint Père le Pape. Ces assemblées s'accordèrent donc d'une religion à peu près, ainsy qu'il leur sembla, selon la Sainte Escriture, comme dit Rèze dans son Histoire, celle dont la Reyne tira la sienne, qu'elle fit en France par un édict dont elle fist l'adresse au Conseil de Pau pour le faire registrer, le faire escrire pour ses subjets (1). Car tel estoit son plaisir ainsy qu'il paraîtra cy-dessous par la preuve du tout.

(1) Phrase embrouillée; nous avons essavé de lui donner un sens.

La Pveyne tesmoigna sa haine contre l'Église lorsqu'elle ordonna par ses ordres aux jurats de Salies de despouiller les autels des églises paroissiales de cette ville et de se saisir des calices et ornemens, ce qui feust exécuté par les jurats en 1561 et 1562. Et ce feust la première des villes et autres lieux de Béarn qui par les jurats commencèrent à faire ce sacrilège (1).

Preuve sur le précédent chapitre.

34. — Ejctrait de V Inventaire des titres qui se gardent en la Chambre des Comptes de Pau. Chapitre Alhret, acquisitions : Un coffret de nouyeroù est la dispense du mariage de la Reyne Jeanne avec le duc de Glèves. — En ce coffret a esté mis l'accord d'association du Roy avec Monsieur le Prince de Condé et le maréchal de Montmorency pour résister à la ligue de ceux de la maison de Lorraine, chef de la ligue contre la Maison de France ; aussy en a été mis un double au coffre, cotté. Reste des liasses de Béarn, le sixième janvier 1556. Cotté 34.

35. — Lettre de laRei/ne à Vévesquc de Lescar. Mon cousin, pour ce que les curés de nostre pays de Béarn, mesme en vostre diocèse, ne tiennent compte de résider sur les lieux de leur charge, mais au lieu de ce faire, aux lins d'édifier et administrer le peuple, chose très requise et grandement nécessaire pour les abus qui journellement s'en ensuivent, ne se soucient que d'en prendre et recevoir les fruits qui en proviennent et iceux affermer et en faire leur plaisir, indépendamment ailleurs et en tels endroits que bon leur semble, ne désirant y estre pauvres à l'honneur de Dieu et de sa sainte Eglise, qui ne se peut bonnement ny aucunement faire sans la résidence continuelle, nous avons voulu faire la présente et par ycelle exorter à ce que, incontinent icelle receue, vous fairés entendre à touts les curés de vostre diocèse et en leur absence à leurs vicaires pour les advertir que, dans trois mois après la publication de la présente, ils ayent à se rendre chacun au lieu de son bénéfice et cure et y résider continuellement et doresnavant, leur faisant commandement très-exprès, sur telles peines que vous

(1) Sur tout ceci, il faut lire l'ouvrage de Poeydavant, curé de Saint- Martin-de-Salies, intitulé Histoire des trontjles, etc. 3 v. in-8f>, Pau, 1819.

aviserez et qu'il vous est permis par le spirituel, pour le deub de vostre charge, de ainsy le faire. Et quaud à nous, pour le temporel, y pourvoirons par après, sy bien que ce que vous en aurez fait tiendra et sera entretenu et gardé. Et sur ce, nous prierons le Créateur, mon cousin, vous donner ce que vous désirez. A Pau, le 3 may 1557. Vostre bonne cousine. Jeanne.

36. — Autre Ittlre de la Reijne à Vévesque. Mon cousin, je vous prie croire ce que M'' David vous dira de par moy, et ce que fairés me sera sy agréable que je m'en sentirai obligée toute ma vie à vous. Vous n'estes pas sy loin qu'il vous faille faire longue lettre, priant le Seigneur taire que sa volonté soit accomplie en la terre comme aux cieux.

De par vostre bonne cousine et maîtresse. Jeanne.

37. — Des ari'i'sls doini'stiqiœs résolus aux Estais de Bêarn. Au brevet de 1558 se lrol)e que lous Estats an intercedit (1) non solament per la fée et religion, mes contre tous abus particulars deus rectours affîn de lous reglar à lour debes.

Bèze en son Histoire, clos soubs h /sic/, le Roy Henry 2. Procédure des jurats de Salies de15Gl et 1562 (2).

Page 1