‹ Histoire de l'hérérie de BéarnChapitre 30 sur 48 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De la continuation des progrès de lliércsie jusques à son entier établissement et finale suppressio72 de Vexercice de la religion catholique en Béarn.

La Reyne s'estoit assez expliquée par ses édicts des années passées et faict connoistre que son dessein estoit d'achever la suppression de l'exercice de la religion catholique et faire prêcher sa religion prétendue réformée partout; et partant les ministres avoient liberté d'aller partout ; Formalaguer (3) alla dans le lieu de Laroing (4) des appartenances de l'évèque de Lescar (5), oi^i il n'y

(1) Peine de mort contre ceux qui rebaptiseraient ou seraient simplement témoins ! C'était beaucoup.

(2) Dans le texte, ad aguets.'

(3) Formalaguer était ministre à Castillon en 1579. Voir son testament Arch. B.-P., B 2368, fos 303, 310; E 2027, fo 367 ro, E 2013, fo 271 vo. Bernd F. de Loubieng- était rnin. de Morlanne, E'1425.

(4) Laroin, village du canton de Pau-Ouest.

(5) Saint-Faust et Laroin étaient des Ijénéfices de l'évèque et du chapitre

avoit aucun hérétique. G'estoit au mois de juin 1507, où il interrompit la grande messe d'un jour de dimanclie preschant à l'église où tout le peuple estoit catliolique ; ce que le peuple ne pouvant souffrir, il n'en fallut que bien peu que ces impiétés ny causassent une sédition. Aussy dès qu'un bénéfice vacquoit, il estoit incontinent occupé par le patron ou par celluy qu'il euvoyoit, sy le bénéfice estoit patroné; que s'il estoit à la pleine collation de l'évesque, le revenu se prenoit et saisissoit par le diacre général thrésorier ecclésiastique. L'évesque fit plainte de cette vexation par une lettre qu'il escrivit à la Reyne sur ces deux chefs en juillet 1567, la suppliant de faire remettre les choses en Testât qu'elles estoient en I5G6. Autant en arriva-t-il en autres villages qu'à Laroing. Elle luy fist réponce le lendemain et luy dit qu'elle avoit donné pouvoir aux ministres de prescher en toute la province, dans toutes les églises ; que la seule chose qu'elle leur avoit inhibé, c'estoit de toucher aux idoles, entendant les images, autels et autres choses employées par les catholiques au service divin, jusques à ce qu'elle en ordonneroit la ruine et la démolition. Elle luy dit en outie qu'elle avoit fait un pareil traictementà l'évesque d'Oleron, et au surplus elle luy reprocha son inconstance de ce qu'ayant eu d'autres fois des sentimens de religion, comme les siens, il tesmoignoit alors en avoir de touts contraires. Le ministre mesme, lequel avoit causé le désordre de Laroing, escrivit à l'évesque avec aigreur, se plaignant entre autres choses de ce qu'il l'avoit traicté de ministre prétendu.

Comme il ne restoit que bien peu que l'hérésie ne feut au trône de l'Église, et que les hérétiques estans entrés comme des larrons en l'héritage du Seigneur en avoient quasi chassé du tout les héritiers, ils regardoient les biens ecclésiastiques, ainsy que les leurs particuliers. C'est pourquoy le Conseil ecclésiastique députa des Commissaires affin de les saisir et en faire inventaire par tout le pays. Et ce par plusieurs arrêts délibérés en ce Conseil en 1567.

La plus impie de toutes ces saisies auxquelles on vacqua tout incontinent, feut celle qui se fist à Lescar par le sieur d'Artiguelouve, commissaire de la Reyne, des calices, croix, chapes et autre

de Lescar. Sur la façade de l'ancien moulin de Laroin, on lit encore, fort bien gravée, cette curieuse inscription en l'honneur de l'évêque Jean de Salies (1658-1680) : Joanxes de Salies [ sol, sal es | istius solisque |

SALISOl'E OPIBUS I CONSTHCCTA MANKIiO ! 160."). 1

argenterie dont il feut résolu de faire vente au maistre de la monnoye de Pau. Plus, de la crosse, de la mittre de l'évesque et de la quaisse d'argent en laquelle reposoient les reliques saintes du corps de saint Galatoire (1) évesque, lesquelles on jetta.

Ces ornemensfeurent misendépost ès-mains des jurats de la ville, desquels la Reyne les retira pour les faire vendre. L'évesque la supplia par lettre très humblement de les luy rendre et restituer en conséquence de son accord avec les Estats en 1563, touchant la liberté de l'exercice de la religion catholique et de la promesse qu'elle leur avoit fait de tenir les choses en Testât qu'elles estoient alors. Elle se mocqua de ceste lettre, prit à soy la partie de ces ornemens que bon luy sembla, list remettre le reste ès-mains du diacre général et octroya descharge du tout au sieur d'Artiguelouve, son commissaire, et lui taxa salaire pour avoir vacqué à la démolition de ridolatrie, c'est-à-dire des autels, comme prouvent les arrêts du Conseil ecclésiastique (2).

Plusieurs s'accommodèrent des dépouilles des églises par la tolérance (3) et la connivence des habitans des lieux. Ceux d'Orthez ayans empesché que les ornemens des églises de cette ville, saisis par le sieur de Fenario, commissaire, feussent transportés hors de leur ville, le Conseil ecclésiastique jugea qu'ils étoient fondés en cella. C'est pourquoy, ce Conseil, lequel estoit de sentiment à tromper, ainsy que les autres hérétiques, ordonna de pratiquer les jurats de la ville pour les obliger à souffrir que ces ornemens feussent mis ès-mains du diacre général, moyennant une obligation que, pour les trompar, il leur octroyoit de la valeur d'iceux.

(1) Saint Galactoire, jadis le patron principal de Loscin- ^ patroniis prsecipuus, comme on le voit dans son office du Bréviaire- de Lescar de 1541, assista au Concile d'Agde en 506 et fut martyrisé par les Ariens.

(2) La destruction des objets du culte, des images, des statues, etc., à Lescar, en 1563, est confirmée par de nombreux documents dans Poeydavant, t. I, p. 176, et surtout dans le poème béarnais de Fondeville : Le Calvinisme en Béarn, publié en 1880 par MM. Soulice et Barthety. La châsse de saint Galactoire fut détruite et ses vénérables ossements jetés au vent. Il y eut en ce moment un grand orage pendant lequel, tremblante de peur, Jeanne d'Albret se réfugia sous le monument de son père. Ibid. et Bull, du Prolest. XIV, p. 243.

(3) Dans le texte, soujfrance.

Preuve.

64. — Lettre de Véccsquc de Lescar à la lîeyne [contre les empiétements des m\n\slrc)>\. Madame, j'ai vu un appoiiUement par Vostro Majesté donné, par lequel déclai'ez la bonne volonlé d'assembler les Estais, le plus tost qu'il vous sera possible. Cependant, entendez que les choses demeurassent en Testât du temps de l'appointement. Dimanche dernier fisl huit jours, que le ministre d'Artiguelouve s'en alla, bien accompagné, en un mien village, nommé Laroing, voulut par force prescher, cependant qu'on disoit la grande Messe ofi il pensa avoir scandale, et luy feut faite réponce par ceux de Laroing qu'il permit que l'oflice se parachevast; qu'après il pourroit prescher à son plaisir. Autant en est advenu à Bidos (1). Il me semble, Madame, qu'il doit signer (2) plus tôt de perturbateur de pai.x et de tranquillité que non point amateur d'icelle. Autant en est advenu en un autre mien village, nommé Poey, près de Lescar; vous pouvant assurer qu'en ces deux miens villages, il n'y a nul qui soit de la religion (3). Ils se couvrent d'une patente qu'ils ont do vous par laquelle leur est permis de prescher par tout le Béarn, requis ou non i-equis. Entendu par certains gentilhommes de ce présent pays que vostre intention ne feust jamais telle, de quoy ai bien voulu vous advertir aftîn qu'il vous plaise d'y mettre tel ordre qui vous plaira. Aussi, Madame, ay entendu que certain canonicat a vacqué à Oloron lequel l'évesque a pourveu celluy qui luy a pieu, sans que vos officiers luyayent fait aucune opposition vacquante, que vos officiers n'y [en] mettent jamais, non que je sois marry du bon traictement de Monseigneur d'Oloron, mais s'il vous plait, ne veus estre de pire condition que luy. Pour quoy, je vous supplie très humblement recommandera vos officiers ne me molester, sans jamais leur en avoir donné aucune occasion, qui me gardera de faire plus longue la présente, après avoir prié le Créateur, Madame, [vous] donner très longue et heureuse vie. Et à moy la grâce vous pouvoir faire très humble service [qui] vous soit agréable. De Lescar, ce 2 juillet 1567,

d) Bidos est un petit village, à côté d'Oloron, mais il doit s'agir ici plutôt d'Abidos, commune du canton de Lagor et de l'ancien diocèse de Lescar. Précisément, on l'appelle Bidos, Bydos en l."i48. Cf. Bict. topogr. des B.-P.

(2) Dans le texte, soit sifjur.

(3) C'est-à-dire de la religion réformée.

65. — Responce de la Rcyne à la précédente. Mon cousin, j'ai veu votre lettre et veu par icelieqne vous avez fort mal interprêté et entendu le sens de l'appointement que vous m'alléguez, car vous ne pouvez ignorer que par ma première ordonnance les ministres ne puissent aller prescher par touts les lieux où ils ont pouvoir et commission de moy, sans toutes fois avoir pensé priver l'une ou l'autre religion de la liberté conteniïe par icelle, et que je n'ai aussy aucunement entendu que l'exercice de leur ministère ne s'estendit partout, mais seulement deffendu de toucher aux idoles, jusques à ce qu'autrement en feust par moy ordonné; et me déplait fort, que vous (i), qui m'avez autres fois tenu autre langage, qu'un chascun connoisse aujourd'huy que vous voulés cracher contre la face de Christ pour anéantir son service. En cella reconnais-je votre misérable vie (2) de laquelle, sy Dieu n'a pitié, je vous vois en un très périlleux chemin, qu'est la cause que je vous ay bien voulu escrire pour vous exhorter de vous assurer que je veux maintenir et conserver mes sujets en paix, repos et tranquillité, et que je n'ay autre intention et volonté en leur endroit que celle-là. Et quand à la faveur que vous dites que Monseigneur d'OIoron reçoit de moy, vous avez de fort mauvais avertissemens, car je n'ay point délibéré d'altérer en aucune façon pour personne mes ordonnances cy devant faites sur les bénéfices qui viendront à vacquer en ce mien pays et encore moins sur les évéchés. Partant, vous fairez beaucoup pour vous, et à moy service fort agréable, en vous gouvernant (3) sy sagement en telles choses que par vostre delïaut, il n'en arrive aucun inconvénient, sur peine de m'en prendre à vous. Priant à tant le Créateur, mon cousin, vous faire miséricorde. De Pau, ce 3 juillet 1567, vostre cousine et amie Jeanne. Et au-dessus. A mon cousin Monseigneur de Lescar.

66. — Lettre du ministre Fonnalaguer à Monseigneur de Lescar. Salut par Jésus-Christ. Monseigneur, j'ai receu la lettré qu'il vous a pieu me mander par laquelle, suivant ce que j'avois escrit à vos consuls (4) de Saint Faust (5), me deffindez prescher au dit lieu,

(1) Pronom sans verbe.

(2) Deux mots enlevés par les vers, où on ne lit plus que mi et ie.

(3) Dans le texte, et vous gouverner.

(4) Les consuls ici sont les jurais que l'évèque avait le droit de, nommer comme seigneur du lieu.

(5) Saint-Faust, village du canton ouest de Pau.

sinon que je vous fasse apparoistre avoir exprès conamandement de la Reyne ou de Monseigneur le lieutenant (1), ce qu'avois délibéré taire et à ces lins avois escrit aux consuls, et suivant vostre lettre à présent vous envoyer le double d'une lettre qu'il pleust à Monseigneur le lieutenant général me bailler, quand feus envoyé en ces quartiers, par laquelle pourrez juger si ma charge s'étend jusques à votre village; que sy la susdite lettre n'est pas suffisante, je vous pourrai produire ma patiente baillée par la Reyne, lorsque Sa Majesté me manda aux lieux de Thèze (2) et circonvoisins. Et n'ay peu entendre que ma charge ne soit semblable, estant icy. Que sy ma charge est semblable, ne puis dénier la parole de Dieu à ceux qui me le demanderont, sans estre accusé de négligence et puny comme tel de Dieu et de la Reyne, estant obligé à Sa Majesté pour exercer fidèlement ma charge comme vray ministre et non comme prétendu. Monseigneur, ainsi qu'aviez escrit à Mademoiselle d'Artiguelouve (3), combien que ce soit chose certaine que vous sçavez bien que les ministres, que la Reyne a mis en son pays, sont de vrais ministres. Par ainsy je vous supplie, iNIonseigneur, ne trouver mauvais sy j'ai procédé envers vos susdits consuls en la forme que j'ai fait, en leur ayant escrit de ma charge et de ma réquisition d'aucuns du dit Saint-Faust, et vous plairra de considérer que je ne le fais point comme séditieux publicq, ainsy que la lettre de la dite demoiselle porte, mais plutost pour déchasser sédition, car il n'y a chose qui me soit plus odieuse que sédition, qui sera l'endroit. Monseigneur, où prieray le Créateur qu'il luy plaise vous tenir en sa garde. D'Artiguelouve, ce 18 may, par vostre obéissant serviteur à jamais. Rernard Formal.\guer.

67. — Extrait des registres du Conseil ecclésiastique. (Inventaire des églises et des temples.) Sur la remonstrance de M. Dareau disant que la Reyne avoit appelé touls les seigneurs de ce Conseil aux fins d'aviser comment on se devoit conduire sur les biens et meubles qui se trouveront aux temples, tant en ceux où l'idolâtrie s'abattoit que es autres, afin que rien ne s'esgare ou se perde. Arresté qu'il seroit bon de donner avis à Sa Majesté que Monsieur de Lavigne se

(1) Le lieutenant général du Béarn était, en 1507, Antoine de Gramont.

(2) Thèze, chef-lieu de canton dans rarrondissement de Pau.

(3) Village du canton de Lescar ; il s'agit ici de la femme du seigneur de ce lieu, si dévoué au.\ ordres de Jeanne pour dépouiller la cathédrale de Lescar.

transporte au parçan d'Oloron, M*^ de Lamothe à Sauveterre, Me de Fenario à Orthez, M" de Tisnès à Pau, M" Barreau à Lembeye (1), le plustôt, et chascun des dits sieurs en son endroit faire inventaire de touts les biens et meubles qu'il trouvera es dits temples ou ailleurs. Et cella fait, rapportera les inventaires par devant ce Conseil. Fait à Pau, au dit Conseil, le 9 avril 1567.

. 68. — Touchant ce qui a esté proposé qu'il seroitbon quecelluy qui abatroit l'idolâtrie,' par niesme moyen discourre par tcut le Béarn pour inventoriser les meubles et immeubles des temples et paroisses.

Arresté que Tarrest dernièrement prins demeurera et que pour l'exécution d'icelluy, Messieurs les cinq commissaires fairont diligence au premier jour. Et cependant M. de Fenario continuera es lieux où plairra à Sa Majesté, en particulier, entre les mains duquel seront mis cent escus sol à la charge d'en rendre compte. Fait à Pau, au dit Conseil, le 17 Avril 1507.

69. — Sur ce qui a été proposé que M. de Fenario avoit prins du Conseil de l'Eglise cent escus sol pour se transporter es lieux oi^i Sa Majesté luy commanderoit pour abattre l'idolâtrie, arresté que le dit M. de Fenario rendra compte. Fait à Pau, le 19 Avril 1567.

70. — M. de Fenario ayant porté ses comptes de sa procédure dernière faite pour la démolition de l'idolâtrie, a esté ordonné qu'il sera procédé au dit compte jeudy 18 septembre. A Pau, au dit Conseil, le 19 Juillet 1567.

71. — Pour ouïr les comptes de M. Fenario de sa procédure sur le démolissement de l'idolâtrie, ont esté députés Messieurs de Tisnées et de Bailher. A Pau, au dit Conseil, le 14 Aoùst 1567 (2i.

7S. — Vente des objets sacrés de Lcscar. Sur ce qui a été proposé que les meubles, chapes et calices et croix qui ont été saisis en la

(i) Ces délég'ués ou commissaires étaient chargés de faire dos inventaires. Tous ces documents si précieux sont aujourd'hui perdus. Nous n'en avons pas avant 1.569 ; les l)iens mobiliers furent vendus, comme nous le verrons, après la destruction du catholicisme.

(2) Sur Bernard de Fenario, cf. Dubarat, Docum. et bibliogr. sur la Réforme, I, p. 77, et Arch. B.-P., B. 340, et enfin les Arch. de Lescar, FF. I, fos 141, etc., où il est souvent question de Fenario. Le registre de Lescar, contenant 300 pages, est tout de la main de Salefranque ; c'est une source de renseignements de premier ordre pour cette ville.

ville de Lescar se perdroient, à faute d'eslre pourveu à la vente d'iceux, arresté que les dits meubles seront dépencés et vendus publiquement. Quand aux calices et ustenciles d'argent, seront vendus au maistre de la monnaye. De Pau, en Conseil, le 2 may 1567.

Lue la lettre de M. d'Artiguelouve(l) envoyée au dit diacre général, pour s'excuser touchant la lettre de la Reyne qui lui mande de remettre touts les meubles des temples de Lescar qu'il a soubs sa charge; sur quoy, le dit sieur d'Artiguelouve s'excuse qu'il n'a monture pour venir en ville et demande sa descharge, veu qu'il est ol)ligé envers lesjuratsde Lescar. Arresté qu'il sera escrit au dit jurât qu'il vienne dès demain, l'assurant qu'il aura tout contentement de ce Conseil, et que pour luy oster toute excuse, le dit diacre luy envoyé une monture. A Pau, le 20 may 1568.

73. — Sur ce qui a esté remonstré par le dit sieur d'Artiguelouve que la Reyne luy avait baillé deux commissions, en vertu desquelles il avoit saisy les meubles des temples de Lescar, desquels il est à présent chargé envers les jurats de Lescar, de sorte qu'il ne peut remettre les dits meubles que Sa Majesté ne luy en octroyé descharge par patente et contrainte contre les dits jurats pour luy rendre (2) toutes ses obligations. Arresté que Messieurs de Fenario et de Germeneau se transporteront devers sa dite Majesté pour la supplier d'octroyer la dite patente puisque le dit sieur ne veut autrement remettre les dits meubles. A Pau, au dit Conseil, le 21 may 1568.

74. — Leûe la patente de Sa dite Majesté touchant les dits meubles, a esté arresté que de Fenario y pourvoira. A Pau, au dit Conseil, le 27 may 1568.

75. — Sur le rapport fait par les députés qu'ils auroient parlé la Reyne et supplié de remettre les meubles qu'elle tient de Lescar, laquelle ils auroient trouvé de bonne volonté, et incontinent auroient fait exibition de la crosse et mittre (3) par devant les dits députés. Sur quoy a esté arresté que sa dite Majesté sera ressuppliée

cl) Sur M. d'Artiguelouve, v. le nirnif document do Lescar, ihid., VV. 1, où il est souvent question de lui. Nous ne savons pas quel rtiiit son nom patronymique.

(2) Pour le « décharger » de toutes ses obligations.

(3) Il doit s'agir ici d'anciennes crosse et mitre, puisque l'évéque Louis d'Albret vivait encore.

V;r.'v«re7f^

exiber la crosse et mittre par devant le syndicq du chapitre de Lescar ou par devant Casenave et Latorte (i), chanoines, pour reconnoistre si la dite crosse et mittre ont été changées par les commandataires ou autres. Et par mesnie moyen, Sa dite Majesté sera suppliée à bailler la lettre de Monseigneur de Lescar touchant la capse (2) de saint Galatoire, al'tin que par ce moyen on puisse poursuivre que la dite capse soit rendiie avec touts les autres meubles qui restent par devers Sa dite Majesté. A Pau, au dit Conseil, le 7 Juillet 1568.

76. — Lettre de Vèvcsque de Lescar à la Reyne (sur les ornements do Lescar). Madame, j'ai veu une lettre qu'il vous a pieu d'escrire aux jurats de cette ville en datte du 7" du présent, par laquelle leur mandez qu'ils ne taillent incontinent à vous porter touts les ornemens de l'église de Lescar, en compagnie du sieur d'Artiguelouve. Supplie bien humblement, Madame, remémorer le contract que passâtes avec les Estats du présent pays en 1566 et le 2 février par lequel vouliez et entendiez que toutes choses demeurassent en Testât qu'elles estoient, lorsque le dit contrat feust célébré, affin que touts vécussions en plus grande union et fraternité, chascun en liberté de conscience, sans rien pouvoir innover, d'un costé ny d'autre. Et pour ce que les dits ornemens sont en sy grand nombre que bonnement ne se pourroient transporter sans grand etreignement et détruisement d'iceux, sans aliénation de beaucoup, qui me semble seroit un grand domage, que aussy notre ennemy capital de moy et de mon chapitre et de ma ville, qui est le dit d'Artiguelouve (3), ne songe que de pouvoir abismer la dite ville avec les habitans, ce que Dieu l'en garde, sans jamais luy en avoir donné occasion, comme il a fait à nous. Et aussy vous sçavez. Madame, que par l'ordonnance du feu Hoy, vostre père, nulles lettres missives ne peuvent desroger à une patente, lesquelles lettres soustiennent (?) le plus souvent, plus par importunité que par autres cas. Jesupplieray très humblement Votre Majesté, permettre que les dits ornemens demeurent es mains des dits jurats de Lescar, sy ainsy vous plaist, qui vous en rendront bon et loyal

(1) Bernard de In Torte, dit Audejos, chanoine de Lescar, l'un des chefs du parti catholique, fut pendu à Pau par ordre de Montgonméry, on IS'^O. Cf. N. DE BoRDENAVK, Hist. de Béant, p. tZSL

('2) La châsse.

(;-{) C'était l'homme qui s'était saisi des biens du Chapitre.

compte, toutes les fois que par vous leur sera commandé, non en compagnie toutes fois du dit d'Artiguelouve, nostre ennemy capital, qui nous augmentera de plus en plus supplier le Créateur vous donner longuement règne à l'honneur de Dieu et au grand soulagement de nous autres, vos pauvres subjets, et à moy, la grâce de vous faire très-humble service qui vous soit agréable. Louis, évesque de Lcscar.

77. — Extrait des registres du Conseil ecclésiastique [sur le se" d'Arliguelouvc]. Leiie la lettre de M. d'Artiguelouve pour s'excuser touchant la lettre de la Reyne, par laquelle Sa Majesté luy mande de remettre touts les meubles de Lescar. Sur quoy le dit sieur s'excuse qu'il demande descharge bien authorisée; autrement ne prétend remettre les dits meubles, car il en est obligé envers les jurats de Lescar. A esté arretté qu'il sera escrit au dit sieur qu'il vienne avec assurance qu'il aura contentement de ce Conseil. Fait à Pau, au dit Conseil, le !20'= may 1568.

Sur ce que M'' d'Artiguelouve se seroit présenté suivant la lettre susdite, etc., etc. — La délibération est cy-dessus des temples de Lescar, d'autant que Sa Majesté Tavoit député pour faire inventaire des temples, meubles et ornemens des tamples, et pour sa peine demande quelque récompense et deniers de l'Eglise. Sur quoy, a esté arresté qu'il faira déclaration du temps qu'il pourra avoir employé à la dite destination et à faire l'inventaire des n^eubles, et suivant sa déclaration qu'il luy sera taxé pour sa peine par Messieurs de Fenario et de Tisnées. A Pau, au dit Conseil, le o" juin 1568.

Adjoutés les délibérations rapportées pour la preuve de l'article précédent.

78. — Extrait des registres du Conseil cFOrthés [sur les meubles de Végliso cVOrthez]. Sur la remonstrance de M. de Fenario disant qu'il avoit prins les meubles du temple d'Orthez et pour contenter le peuple, il avoit promis aux jurats de ladite ville que les deniers qui proviendront de la vente des meubles susdits, seroient employés pour les pauvres du dit lieu. Sur quoy a esté arresté que l'exécution que le dit sieur de Fenario a faite sera continuée, et au reste qu'on pratiquera (1) les jurats d'Ortès, voyant la nécessité qui est maintenant pour payer les ministres et autres charges ecclésiastiques; que les dits deniers prouvenants des dits meubles, soient délivrés es mains du diacre général ayant charge de l'Eglise;

(1) Mauvaise lecture.

et demeurera aussy longtemps qu'il sera possible, s'il est question, qu'il est facile rembourcer (1). A Pau, au dit Conseil, le 5 août

CHAIMTRE IX

De la Siiitte de ritistoivc de V hérésie.

Si les catholiques avoient esté de l'iiumeur de ceux de la religion prétendue rétormée, ils auroient, à l'exemple de ceux de la religion prétendue réformée de France, levé les armes affin de se deffendre pour appuyer la religion ancienne; mais parce qu'ils étoient catholiques et béarnais, ils souifroient avec patience, sçachans qu'il leur estoit bien permis de s'opposer aux volontés du souverain, mais non par force, seulement par remonstrances et supplications; la liberté des catholiques estoit bien plus dans la constrainte, dans cette province, que n'estoit en France celle de ceux de la religion prétendue réformée, qui pourtant avoient des armes contre celles du Roy, tandis que les catholiques de Béarn obéissoient, ne se servans que des supplications et remonstrances contre la violence de la Ileync, sur quoy serviront les pièces

suivantes :

Preuve.

79. — Lellrc de M. de Peyre (2) à Véccsque de Lescar. Monsieur, le dessein que j'ai d'estre entretenu en vos bonnes grâces, me fait vous prier de me tenir toujours au nombre de vos plus affectionnés acislans et serviteurs; que si j'eusse plus tost peu vous escrire que par celle voye de Tholoze, où je suis pour quelques affaires, je l'eusse fait volontiers, tant pour ce fait que pour vous advertir de l'armée du Roy et de la bonne volonté que Dieu luya donné contre ses ennemis, car, d'un coLté quattre mil hommes ont esté deffaits au party des rebelles et sept cornctes de cavalerie, et le reste assiégé ou mis en fuite en pays étranger, assiégé, dis-je, d'un cotté, par le duc d'Albe, el l'autre par M'' de Guise, et l'autre par M"" le frère du Roy, avec toute l'armée de Sa Majesté, tellement que j'espère avec

(1) Mauvaise lecture.

fi) lloiiri (le Xavailles, st;i' de Peyre et d'Arbus, gouverneur de Pau pour les catholiques en 15(39. On lui reproche ses excès et, en particulier, la mort de plusieurs protestants, qu'il lit pendre aux premiers jours d'août 1569. 11 avait épousé Michelle de Courcelles (Ferme des biens du château d'Arbus, le 'il février 1,'')70). V. Dubahat, Iji IV-forme vu Brarn, t. XXXI des Ardi. Iii.sl. (le la (iiroude et tirage à paît, p. l:!. Cette correspondance secrète de conspirateurs entre ■!. de Peyre et lévèque de Lescar est suggestive.

l'aide de Dieu qu'à l'heure présente, il est venu au-dessus de ses ennemis comme tenant et croyant en sa sainte loy ; de qnoy, Monsieur, vous pouvez vous assurer (jue ceux qui auront été conslans en la foy catholique, cju'ils ne s'en repentiront jà (1). Je suis averty qu'il y a par delà une infinité d'estrangers qui nous sont cause de mille at'Ilictious au publicq, lesquels se pourroient bien passer d'estre cause de toutes les souffrances (2) qu'ils font, à leur occasion, conseil et exécution. J'espère, Monsieur, que la justice de Dieu taira également sa disti'ibution pour toL.s, et qu'après la pluye viendra le beau temps en Béarn, qui sera la fin. Après avoir prié le Créateur, Monsieur, qu'il vous donne sa grâce et à moy la vostre à laquelle me recommande bien humblement. De Tholoze, ce '15" janvier 1^:61. Votre humble et obéissant serviteur à jamais. De Peyre.

Et au-dessus : A Monseigneur Monseigneur de Lescar.

80. — Lelîre du mcsme. Monsieur, estant arrivé en ce pays, mémoratif de la promesse que je vous avois laite eL à plusieurs autres nostres amis, désirans d'entendre le succès des guerres qui sont ce jt»urd'huy, après avoir eu la communication et extrait d'un double de lettre à Monsieur de Monlucq par Monsieur de Monsales, chef et conducteur de l'avant-garde de l'armée de Guieonc, qui est allé aux services du Iloy, n'ay voulu faillir vous envoyer pour, en icelluy lisant et attendant meilleures nouvelles, vous donner quelque bon contentement et assurée espérance d'un i-epos et tranquillité de vostre Église, sy la colonne et pilié d'icelle, qui est Jésus-Christ, est favoivible. Chose qui nous doit consoler et nous rendre persévérans, en nos persécutions et adversités, outre le consent du dit double (.3); je vous prie avertir que Monsieur le prince de Mantoue, duc de Nevers (4), accompagné de huit mille italiens, de la ligue du Pape, et de trois mille chevaux, descend en lieu que doit pour le Pujy; et le duc do Guise a été envoyé sur les frontières de France avec quatorze ou quinze mille hommes pour combattre quelques reitres (5) qui venaient au secours du prince de Condé.

(1) Sic; sans doute, pour Jamciia.

(1) Dans le texte « du tout et soullertes ».

(3) Ce dernier mcmbi-e de phrase parait être une mauvaise lecture.

(4) Dans le texte : Moulnic, dit de Nevers. (.j) Dans le texte ; rovs ».

Toutes fois, il est incertain, Sa Majesté tient assiégé le dit prince de trois camps, et, quelque ofTre qu'il ayt fait de bailler les armes, n'a voulu entrer en composition. Le Roy n'a que trop de gens, de sorte qu'ils sont trois contre un. L'armée de Guienne luy a présenté requette pour avoir la première prise. Ils sont vingt et cinq compagnies de gens de pied, neuf compagnies de gens d'armes, six cents chevaux légers, et quattre cents gentilhommes pour leur plaisir, ayans, l'un portant l'autre, quattre hommes bien montés, au nombre desquels est M'' de S'" Colomme. Je vous manderay bien tost la bataille généralle, priant le Créateur, Monsieur, qu'il vous donne sa grâce, et à moy la vostre, à laquelle [suis] vostre humble et ojjéissant serviteur à jamais. Peyre.

81. — Lellre de M. de Montause à Vévesqae. Monsieur, j'aimerois bien mieux vous voir (1) que vous escrire, s'il (2) vous étoitagréable, touchant les nouvelles. Le secrétaire de Monsieur de Gramont est venu : Omnia sub sigillo. NiJtil capere possumus, nisi jorecipui proceres regni maximas mililiœ copias jungaiU alque auxilia, ut si irrupiio armorum fat, inventa est horvcnda strages. Hoc die preterito. cum aliquis de precipuis verba faceret de antistite Oloronensi palam in mensa tacilxirno stomacJio, ipsum nunquam in œdes suas ingressurum dixit. De le semper percunctor exploravique quem crga te habeat animum, sed nihil acerbi accepi; quidquid accepero, ccvtiorem te reddam (3). Cependant après nous estre recommandé très-humblement à vos bonnes grâces, prteray le Créateur, Monseigneur, vous donne très longue et heureuse vie, laquelle userez toujours au service et obéissance de la Reyne, suivant vostre naifve volonté accoutumée. Omnia nova sunt posila i-i) summo in discrimine et gravia pevicula jacent utroquc latere. De Pau, ce 12 Octobre. Vostre très-humble, très-obéissant serviteur. Montause (5).

(1)' Dans le te.\te : « J'ai me crois bien heureux vous voir. » Notre correction nous paraît sûre.

(2) Dans le texte, sy.

(3) Absolument inintelligible dans le texte. Ceci est meilleur, mais c'est une conjecture.

(4) Dans le texte, sejndta.

(5) M. de Parabère épousa rbéritiére d'un M. de Montauser, qui avait prêté 18.000 1. au roi. 10 mai 1594. Est-ce celui-ci? Bull, de lu Soc. de Pau, t. XXXV, p. 74.

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