‹ Histoire de l'hérérie de BéarnChapitre 32 sur 48 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des troubles excités en Béarn à cause de la nouveauté de la reinjion.

Jamais on n'a troublé la religion qu'on n'aist en mesme temps troublé le repos de l'Estat. On n'a jamais fait estât d'introduire quelque nouveauté dans l'Eglise qu'à mesme temps on n'ait traversé le repos des peuples et qu'on n'aist causé des soulèvemens

(1) J'i Gillot, reçu conseiller vers i.5G0. Il épousa, le 4 janvier 1573, Françoise de Forgues, fille de Bernard de F., sgi" de Siros « segond l'église rcflorraade ». Le contrat est aux Arcli. B.-P., E. 2001, fo 286 ro. Sur Françoise de Forgues, on trouve un acte des plus curieux, ibid., E. 1783, l'o 267 vo, que nous avons analysé dans les Docum. sur Marca et sur sa famille dans le Bull, de la Soc. de Pau, t. XXXIX, à la généalogie de Françoise de Forgues (p. 67 du tir. à part). On a dit que J" de Gillot était un des auteurs de la Satyre Ménippée, parue en 1594. L'identité de noms a produit cette erreur. Notre J" de Gillot, béarnais, était un fervent huguenot et suivit les opinions religieuses de Jeanne d'Albret, tandis que le parisien Gillot, chez qui se réunissaient les lettrés et les beaux esprits de son temps, né en Bourgogne vers 1560, doyen du chapitre de Langres, puis chanoine de la sainte Chapelle, et conseiller élève au Parlement de Paris en 1573, fut toujours un catholique irréprochable. (V. Notice de M. Mommerqué stcr Gillot, dans la Collect. des M&m. de Petitot, sér. I, t. XLIX, p. 241.) Notre J" de Gillot eut un tils, Pieri-e, qui lui succéda le 29 nov. 1609, d'après nos Docum. déjà cités. Pour les éditions de la Satyre Ménipjyée, cf. celles de 1594, 1677, 1696, 1699, 1845, 1855 (Charles Labitte) et Charles Réad, Edit. des bibliophiles, M.D.ccc.L.vx.vni.

(2) Ce nom et presque tous les autres se retrouvent aux pp. 02-63 du Jj'iill. de la Soc. de Pau, t. XXIV. Bertrand de Cazenave fut remplacé le 2i avril 1578 par Augustin de Nyort. (Mss, déjà cités.)

et des séditions (1). La Reyne soustenoit en France contre le Roy ceux de la nouvelle religion, et le Roy résolut de soustenir en Béarn, la religion catholique contre la Reyne, non pas à la faveur des catholiques, comme faisoit en France la Pveyne par le secours de ceux de la religion prétendue réformée, mais de son chef et de sa force seule. Le Roy Ust pratiquer le seigneur de Luxe (2), baron de Navarre, qui s'obligea d'envahir le royaume et le pays de Béarn et de remettre le tout a la sauvegarde du Roy pour la Reyne. Pour y parvenir, on dit que ce baron entreprit d'enlever à Bagnères (3) la Reyne laquelle estoit en ce lieu pour y prendre des eaux. L'entreprise prétendue feust découverte par le seigneur d'Audaus (4), catholique, lequel en avertit la Reyne. Et les habitans de la montagne d'Ossau (5), catholiques aussy, se rendirent en grosse troupe dans ce lieu pour la garde de la Reyne, soubs la foy desquels elle séjourna fort tranquille dans ce lieu, pendant tout le temps nécessaire, comme il résulte de la lettre qui feut escrite sur ce sujet à l'évesque de Lescar.

On a dit que cette prétendiie trahison avoit irrité la Reyne contre toute la province et que cette félonie luy avoit servy de prétexte pour ester à ses subjets l'exercice de la religion catholique; mais on s'est trompé, car outre qu'avant cella la Reyne leur avoit quasy tout osté, la Reyne resta fort satisfaite de ses subjets catholiques et vescut soubs leur seule garde, tranquille, durant son séjour. Le soupçon ne tomba que sur le baron de Luxe, navarrois, et on ne trouve point que la Reyne ait seulement fait aucune rétlection sur cette entreprise prétendue, mais on trouve tout au contraire que par sa déclaration adressée bientôt après au Conseil souverain, la Reyne parloit avec grand éloge de la fidélité de ses sujets de Béarn, disant que, de quelle religion qu'ils soient, elle les répute touts pour ses fidelles sujets et non-seulement ne diminua rien alors de ce qui pouvoit rester à la religion catholique, mais

(1) Ces réflexions, très sensées, s'appuient sue l'Iiistoire.

("2) Charles, baron et comte de Luxe, célèbre chef catholique basque de la Basse-Navai-re, mai'ié avec Claude de S. lielais, mourut en 1(304. (V. les Huguenots, dans le Béani, passini, et la notice p. VIU.)

(3) Bag-nères-de-Bigorre.

(4) Armand de Saint-Geniès, baron d'Audaux, deux fois gouverneur de Béarn, avant et pendant la Réforme, figure énigmatique et assez peu loyale.

(5) La vallée d'Ossau dans l'arrondissement d'Oloron. (Y. le Dict. topoyr., de P. Ravmond.)

elle ordonna de nonveau que les choses demeureraient en Teslat qu'elles étoient establies par ses ordonnances précédentes et delTendit de rompre les images, abattre les autels, également de commettre aucun excès dans les églises, aux peines y conteni'ies. Et jamais la Reyne n'a prins autre raison affm de supprimer l'exercice de la religion catholique dans ses Estats que celle de sa conscience, sans qu'elle ait jamais parlé de félonnie contre ses subjets (I).

Cependant les catholiques soufTroient sans emportement. Ils supportoient des persécutions extrêmes avec patience, attendans du soulagement de la justice de Dieu et de la volonté de la Reyne. La liberté des catholiques en Béarn estoit bien plus en la constrainte que n'estoit en France celle de ceux de la religion prétendue réformée qui pourtant avoient des armées résistant à celles du Roy, tandis que les catholiques ne se sei'voient en Béarn d'autres armes que des remonstrances et des supplications ti'ès humbles suivant le vieux for.

On trouve bien que, pendant ce temps sy difficile, les agens du clergé de France demandèrent au Roy la liberté de convoquer une assemblée généralle du clergé dans la ville de Paris; que le Roy la leur octroya; qu'ils escrivir-ent aux évesques de Béarn cette permission, avec prière d'envoyer à cette assemblée des personnes qualifiées avec la députation du métropolitain et clergé dépendant (2), le 23 septembre 1567. Il se trouve aussy que les grands viquaires de l'archevesque métropolitain assignèrent les évesques en la ville d'Aux au 25 d'aoust de la mesme année pour l'assemblée du clergé du diocèse, pour y faire la députation, avec exortation de réduire par articles toutes leurs doléances, les entreprises contre l'Eglise et les misères dont leur diocèse se trouveroit chargé, et envoyer le tout en l'assemblée d'Aux, pour de là estre portées en la généralle. La lettre du Roy est de Saint Legier du 19 juin, celle des agens du 25 juin et celle des viquaires généraux, du 5aoust 1567. Mais outre qu'il ne se trouve pas que les évesques Oî) defTérassent à ces lettres

(1) Le sujet est triniportcUice et répond aux préoccupations de divers liistoriens sur cet événement. Toute cette conjuration est autrement et longuement racontée par Bordenave, p. 128 et ss. Le défaut de son histoire, qui est un document hors pair, est de manquer de dates et de pièces justificatives. On se demande s'il n'y a pas eu parfois confusion dans sa mémoire.

(2) Dans le texte a pendant »; sans doute dans le sens de « suflrag-ant ».

(3) Les évêques béarnais, s'entend.

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cl qu'ils se trouvassent à l'assemljlé(! de France, ny niesnies à cellt! d'Aux, il ne se trouve marque quelconque qui prouve (1) que la guerre qui a suivy, aist eu son fondement ny sur la plainte des évesques, ny sur la doléance du clergé, ny sur aucune plainte des catholiques de Béarn. La seule raison pour laquelle le Roy porta ses armes en Béarn contre la Reyne, c'est pour se detTendre de la guerre que la Reyne luy faisoit en France et faire diversion d'armes. Ce feust le sivjet de la guerre et du siège de Navarrenx qui suivront.

Preuve.

85. — LcÂlrc du sieur de Saleltes à Véocsque de Lescar. Monseigneur, j'ai receu la vostre par ce porteur et ne faut icy que vous soyez en peine ny crainte des t^spagnols, grâces à Dieu, et vous prie très humblement n'en laisser pas pour cella le dormir et reposer à votre aise et croyez que, s'il y eust eu quelque chose de certain du bruit qui a coureu, que je ne me feusse pas tant oublié que de vous donner connaissance et vous en advertir incontinent, comme je feray toujours en touts affaires concernant le service de la Reyne et vostre. Et pour vous dire, Monseigneur, en un mot, ce qu'est sur quelques fols qui tramoient ('2) quelque entreprise en ce pays du costé de Barèges (3) et quelques-uns de ce pays, à ce qu'on dit, leur vonloient prester la main, ce qui a esté promptement découvert par Mgr d'Audaus qui a donné autant prompt advertissement et en avertit la Fieyne, hier au matin, en personne, qui est cause (4) que Mgr le prince (5) est venu jusques icy par manière d'ésbat et s'en retournera demain à ce qu'on dit, devers Sa dite Majesté, laquelle, à ce qu'on dit, fait bonne chère, grâces à Dieu, soubs la garde des Ossalois, qui l'ont assurée (6) de leur fidélité, d'une merveilleuse et franche volonté. Cependant, il né sera que fort bon que Messieurs vos jurats de Lescar prenent cela comme pour un avertissement, et qu'en tout événement fassent regarder

(i) Dans le texte « marquer quelconque qui se prouve ».

(2) Dans le texte « ce qu'est-ce sur quelques fols qui trassoient ».

(3) Barèges (et non Bagnéres) dans les Hautes-Pyrénées ; d'après Bordenave. Jeanne d'Albret était alors à Bielle en Ossau. Salefranque a fait sans doute confusion.

(4) Dans le texte « qu'à cette cause que ».

(5) Henri de Béarn, le futur Henri IV de France.

(6) Dans le texte « faire bonne chère » et « qui toute assurée ».

que les armes et liarnois qui sout en la dite ville, soient visités tant bellement, sans faire bruit de rien, et mis en estât, qui puissent servir au besoin sy Sa dite Majesté le eommandoit. Et quand les portes de la ville seront fermées de nuit, depuis neuf heures jusques à quattre, comme j'ai veu qu'on faisoit, ne sera que trèsbien fait, qu'est tant que pour cette heure, je puis vous escrire, saluant très-humblement. Monseigneur, vos bonnes grâces, de nos plus affectionnées recommandations, pi'iant le Créateur vous donner en parfaitte santé très longue et très-heureuse vie. De Pau, en nostre maison, ce il'' may 1567. Vostre très-humble et trèsobéissant serviteur J. de Salettes.

Et au-dessus : A Monseigneur, Monseigneur de Lescar.

86. — Extrait des registres du Parlement. [Défense de porter des armes et de détruire les autels et les images.] Jeanne, par la grâce de Dieu, Reyne de Navarre, Dame souvirane de Bearn (1). A nostres amats et fideis las gens de nostre cour souviranne à Pau, salut. Combien que nostres subjets en nostre dit pays se sien pertout et de tout temps monstrats estar lous plus obediens qui sçaure primer aber(2), sy non an pas ostat las ordonnances et commandamens de noustres predecessours, quand au port d'armes a fouecq, congrégations et assemltlades illicites et tocqsein, per aucuns de noustres subjets sy sincerament observades que nous desirabem. Et en aquero et quoauques autres causes, abem troubat meinx d'obédience que non requeribe la tranquillitat qui es et que nous scerquam et desiram de mantenir en nostre (3) dit pays; toutesbets que enlro à présent non an pas sceguit las malheuretats que tal port d'armes et congrégations et tocqsein aporten ab ères; per que après en aber rendut gracies à Dïu, nous abem (4] aussy, per y remediar et ostar toute occasion à nostres dits subjets d'estar interromputs en lour repaus per l'usance de las dites armes à fouecq, congrégations illicites, et tocqseins, per l'advis et délibération de las gens de nostre Conseil privât, ordonnât et ordonnam so que s'en secq : Purmerament abem (5) inhibit

(i) Ainsi en français; il faudrait que tout fut en béarnais.

(2) Mauvaise lecture.

(3) Dans le te.xte « vostre ».

(4) Dans le texte « au bien ».

(5) Dans le texte « aben ».

et defTeiidat ;i touts nostres (1) subjets generallement, de qaiiili estât et condition qae sien, à pied ou à chibaii, tout port, usadge et e^■ercicy de pistoles, pistoulets, arquebuses et autres basions à fouecq, non entenden coniprener lous gouverneurs, capitaines et autres per nous commetuts per la garde de las villes, etc. etc. Et davantadge entendem que touts edicts et ordonnances cy devant feytes per lasquoalles es deffendut forcar et pillar lous temples, romper et abatter touts» autaas et immadges et provoquar et injuriar tant de l'une que de l'autre religion, ny de (2) donnar empechament à l'exercicy dequeres, sien inviolablement gardades et observades, lous contrevenents punits, cbeins support, faveur, ny dissimulation, selon las rigours portades, per acqueres. Sy voulem et vous mandam que las présentes fassiats legir, publicar et enregistrar. Dades à Tarbe, lou 25 de juin 1567.

87. — Lettre de M. dePeyre à Monseigneur Vêvesque de Lescar(3) [Sur Varmée de hi proiection]{J^). Monsieur. Le désir que j'ai d'estre entretenu en vos bonnes grâces me fait vous prier de me tenir toujours au nombre de vos plus aflectionnez voisins et serviteurs. Que sy j'eusse peu plutost vousescrire que par cette voyë de Tholose où je suis pour quelques affaires, je l'eusse fait volontiers, tant pour ce fait que pour vous advertir de l'année du Roy et de la bonne volonté que Dieu luy a donné contre ses ennemis. Car, d'un costé, quattre mil bommes ont été deffaits au party des rebelles et sept cornettes de cavalerie, le reste assiégé ou mis en fuitte en pays estranger ; assiégé, dis-je, d'un cotté par le duc d'Albe (5), de l'autre, par M. de Guise (6) et l'autre par Monsieur (7) frère du Roy, avec toute l'armée de Sa Majesté, tellement que j'espère avec l'aide de

(1) Dans le texte « vostres ».

(2) Dans le texte (c sce ».

(3) Cette singulière correspondance de conspirateurs si dissemblables n'était pas soupçonnée jusqu'ici.

(4) L'armée dite de la Protection (du catholicisme) était celle du roi de France, commandée par Terride.

(5) Fernand Alvarez de Tolède, duc d'Albe, l'un des plus grands capitaine.*! du xvie siècle. Il était au service de l'Espagne et ne connut guère que des succès. Il assista à la fameuse entrevue de Bayonne de 1565 (1508-1582).

(6) Il y avait alors François de Guise, maréchal de France; Henri, duc de Montmorency; Charles, duc d'Amville, en 1579. Cf. H. Fornerox, Les ducs de Guise et leur époque, Paris, 1893, 2 v. in-12 avec tables généalogiques.

(7) Le roi était Charles IX (1560-1574) et son frère était le futur Henri ^I.

Dieu qu'à l'heure présente, il (1) est venu au-dessus de ses ennemis, comme tenant et croyant en la sainte tby; de quoy (2), Monseigneur, vous pouvez asseurer que ceux qui auront esté constans en la foy catholique qu'ils ne s'en repentii'ont jà (3); je suis adverty qu'il y a par do là une infinité d'estrangers qui nous (4) sont la cause de mil at'lliclionsau piihlicq, lesquels se pourroient bien passer d'estre cause de tant de soutïVances (5) qu'ils font à leur occasion, conseil et exécution. J'espère, Monsieur, que la justice de Dieu faira également sa distribution pour toutset qu'après la pluye viendra le beau temps en Béarn, qui sera la lin, après avoir prié le Créateur, Monseigneur, qu'il vous donne sa grâce et à moy la vostre, à laquelle me recommande bien humblement. De Tholoze, ce 15 janvier 'J5G7, Vostre humble et obéissant serviteur à jamais.

De Peyrk.

Et au-dessus : A Monseigneur de Lescav.

88. — Lettre du mesme au mesme. Monseigneur. Estant arrivé en ce pays, mémoratit'de la promesse que je vous avois faite et à pleusieurs autres nos bons amis, désireux d'entendre le succès des guerres qui sont ce jourd'huy (0), après avoir eu communication et extrait d'un double de lettre envoyée à M. de Monluc (7) par M. de Monsales (8), chef et conducteur de l'avant-garde de l'armée de Guienne, qui est allé au secours du Roy, n'ai voulu faillir vous envoyer, pour en icelluy lisant et entendant meilleures nouvelles vous donner quelque bon contentement et asseurée espérance d'un repos et tranquillité de nostre Eglise, sy la colonne et pierre d'icelle, qui est Jésus-Christ, nous est favorable, chose qui nous doit consoler et nous rendre persévérans en nos persécutions et adversités. Outre le contenu au dit double, je vous puis advertir

(1) « Il », évidemment le roi de France.

(2) Dans le texte « de qui ».

(3) Sic:

(4) Dans le texte « vous ».

(.5) Dans le texte « soull'ertes ».

(6) Dans le texte un « qui » que nous suiipriaujus.

(7) Biaise de Monluc (1502-1577), célèbre capitaine royaliste et catholique, niaréclial de France. Les Co)inne)tlaireft, publiés par M. le baron de l.uble, ont lait l'objet d'une belle étude de M. Paul Courtcault, professeur d'Histoire à l'Université de Bordeaux.

(H) Monsales l'ut tué à Jarnac, le 13 mars 1.5(il)!

— 1-20 — que Monsieur le prince de Mantoue (1 ), duc de Nevers, accompagné de huit mil italiens de la ligue du Pape et trois mil chevaux, descend en Languedoc pour le Roy, et le duc de Guise a esté envoyé sur les lisières (2) de France avec quatorze ou quinze rail hommes pour combattre quelques reitres (3) qui venoient au secours du prince de Condé (4). Toutesfoix, il est incertain. Sa Majesté tient assiégé le dit prince de trois costés (5) et quelque otïre qu'il ait fait de baisser les armes- n'a voulu entrer en composition. Le Roy n'a que trop de gens, de sorte qu'ils sont trois contre un. L'armée de Guienne luy a presanté requette pour avoir la première poincte. Ils sont vingt et cinq compagnies de gens de pied, neuf compagnies de gens d'armes, six cents chevaux légers, et quattre cents gentilhommes pour leur plaisir, ayans, l'un portant l'autre, quattre hommes bien montés au nombre desquels est M. de Sainte Golomme (6). Je vous manderoy bientost la bataille généralle, priant le Créateur, Monseigneur, qu'il vous donne sa grâce et à moy la vostre, à laquelle me recommande bien humblement.

Escritte à Lectoure (7), le 17 décembre 1567. Voslre humble et obéissant serviteur à jamais. PhvnE.

89. — Letlre de M. de Monlause (8) à Monseigneur l'évesque. Monsieur, j'aimerois mieux vous voir que vous escrire, s'il

(1) Dans le texte « Montruc »! Il s'agit ici de Louis de Gonzague, syi' de Mantoue, duc de Nivernais. C'était le 3c fils de Frédéric et de Marguerite Paléologue. Il naquit le 18 septembre 1539, épousa Henriette de Clèves et eut la réputation d'un grand capitaine. Il mourut le 23 octobre 1.595 à Vesle en Picardie, Œuvres de il/c Guy Coquille, Bordeaux, 17U3. In-fol. p. 425, Hist. du Niver}wis.

(2) Dans le te.xte « lisérés ».

(3) Dans le texte « restes ».

(4) Louis de Condé, i<' et dernier fils de Charles de Bourbon-Vendôme, et frère d'Antoine de Bourbon. Celui-ci marié à Jeanne d'Albret était père d'Henri IV. Chef du parti réformé, Condé fut vaincu à Jarnac et assassiné (13 mars 15G9).

(5) Dans le texte « cams ». Cette lettre vise la bataille de Saint-Denis, prés Paris, où le connétable de Montmorency trouva la mort (10 novembre 1567). Le parti catholique n'eut pas lieu d'en être fier.

(6) Peut-être Jacques de Sainte-Colomme <jui fut jilus tard massacré à Navarrenx.

(7) Dans le texte « Leitoine ».

(8) Un Montauser avait marié sa fille avec M. de Parabère et prêté au roi (Henri IV) 13.C)00 livres, 10 mai 1594. Bull, de la Soc. de Pau, t. XXXV, p. 7'i. Cette lettre est la répétition, avec variantes, du n" 81.

vous estoit (1) agréable, touchant des nouvelles (2). Le secrétaire de M. de Gramont est venu. Omnia suh sigillo. Nihil capere possumus. nisi jjrecipui firoccrcs regni maximas c.vpectant copias undiquc irtgentiaque auxiliaut, si in-uptio armoriim fiât, cruenla ethorroida fuerit strages.Hoc die preterilo ,cum aliquis de precipuis verha faceret de anfistile Oloroncnsi, palam in wensa acorrimo slomacho, [dixit] ipsum niinquàm suas in aedes ingrcssunini ; de te sempcr percunctor exploroque quem erga te gevat animum, sed nihil acerbi accepi ; qiiidqidd accepero, certiorem te reddaui. Cependant après ni'estre recommandé humblement à vos bonnes grâces, prieray le Créateur, Monseigneur, vous donner très longue et heureuse vie, laquelle userez au service tousjours et obéissance de la Reyne, suivant vostre naifve volonté accoustumée. Omnia nova sant posila (3). siimmo in discrimine et giuici pericnlo res jaceiit nti'oque latere. De Pau, ce 12 octobre. Vostre très humble et obéissant serviteur. MONTALSE (4j.

Au dessus : A Monseigneur, Monseigneur de Lescur.

90. — Lettre du Roy de France aux députés généraux du Clergé de France. Chers et bien amés. Ayant entendu que pour pourvoir aux atïaires du clergé de nostre royaume et rendre compte de la charge qui vous en a esté commise, il est besoin d'assembler quelques-uns du dit clergé, affîn que de l'autorité d'icelluy, il se puisse prendre une resolution convenable, chose que nous avons de vostre part bien agréable, et désirans sortir a effet pour le bien et avantage qui en peut résulter : A cette cause, nous vous mandons et ordonnons que vous ayez à convoquer et assembler en nostre ville de Paris, et au dedans, le temps que vous aviserez plus commode et convenable, un ou deux du corps du dit clergé de chacune province, pour ensemble aviser au dit fait, vous priant et exortant faire tout vostre devoir et vous en acquitter avec telle sincérité et conscience que de vostre dite assemblée je puisse tirer le fruit et utilité que nous désirons au bien (5) du dit clergé. Doniit' à Saint Liger, le 19 juin 1567.

(1) Dans le texte « sy vous estoit... de nouvelles ».

(2) On comprend ce membre de phrase, certainement mal lu. Dans le latin nous avons fait quelques conjectures et ajouté le mot dixit entre crochets.

(3) Dans h' texte : Oix nuur. sepullaH

(4) Cette lettre est la répétition du document iirécédent. (.")) Dans le texte « au hon ».

Ainsy signé : Charles. Et au bas. De Lanbépine. Et au dors est escrit : A nos chers et bien amés, les députés généraux du Clergé de France establ'is à Paris. Collationé à l'original par moy notaire greffier, de l'ordonnance des dits députés généraux. D'Etchart.

91. — Lettre des dits agens à févescjuc do Lescar, un des suffragans d'Aux (1). Monseigneur. 11 a pieu au Roy nous (2) mander et ordonner de convoquer et assembler en ceste ville un ou deux du corps du clergé de cha'scune province de son royaume pour les causes contenues es lettres du dit seigneur dont vous envoyons copie, qui nous fait très-humblement vous supplier, Monseigneur, vouloiravec le clergé de vostre diocèse, eslire, commetre et députer ceux que penserez des plus idoines et capables de vostre dit clergé, pour avoir l'avis de Monsieur vostre métropolitain et du clergé de son diocèse et des autres suffragans, nommer, commettre et députer un ou deux de la province, soit de Messieurs les évesques, s'ils trouvent bon d'accepter la charge, ou autrement du dit clergé, bien qualifiés pour estre en cette dite ville, dès (3) le 25 du prochain mois, [avec] pouvoir bien ample d'aviser de pourvoir par une bonne résolution aux atïaires du clergé, de façon qu'après l'honneur de Dieu et de son Eglise, le Roy en puisse recevoir contentement et service. Sa dite Majesté, espérant, Monseigneur, vous rendre en cette assemblée bonne raison des charges à vous commises, aydant le Créateur, que nous supplions vous donner en parfaitte santé et très-longue vie sa perpétuelle grâce, nous recomrnandans très humblement à la vostre.

De Paris, ce 25 juin 1567. Vos humbles et obéissans serviteurs, les scindicqs et députés généraux du clergé de France, establis à Paris.

Et à costé, y a : Par commandement des dits scindicqs généraux. Signé. Deschârs.

9S. — Lettre d un des virjuaircs générau\ d'Aux à M. de Lescar. Monsieur, Le premier jour de ce mois, sur les cinq heures après midy, je receus un paquet de messieurs les scindicqs et députés généraux du clergé de France, establis à Paris, en datte du 25 juin, adressé à Monseigneur l'archevesque d'Aux ou à ses viquaires

(1) D'après le droit, révêque de Lescar ne pouvait pas être appelé aux États généraux, à Paris, le Béarn étant indépendant de la France. ('2) Dans le texte « vous ».

{\i) Dans le tcjvte < dans ».

généraux, par lequel me font entendre la résolution qui a esté faite de convoquer tout le clergé de France en la ville de Paris, le 25 septembre, pour traicter des afTaires du dit clergé, ainsy que verres par le pacquet qu'ils vous escrivent pareillement, que je vous envoyé avec la présente, accompagnée de la copie du contract de Poissy( 1) etdes mémoires que les ditsscindicqset députés généraux m'ont envoyé sur ceste afl'aire, sur quoy j'ai bien voulu vous depescher le présent porteur expressément et en grande diligence à ce que vous puissiez avoir meilleure commodité de convoquer le clergé de vostre diocèse pour faire vostre assemblée, et y réduire par articles toutes les doléances, misères, soutïrances, et entreprises, que l'on fait sur les bénéfices, et autres calamités desquelles vostre diocèse est cbargé, ensemble passer procuration bien ample pour, puis après, le tout apporter en la convoquation et assemblée du clergé de cette province, suivant la teneur des dits mémoires ; laquelle assemblée après avoir bien avisé et communiqué aux messieurs de ce chapitre et aux députés de ce diocèse, nous avons résolu la mettre et assigner au !25 de ce présent mois d'aoust, comme jour plus commode, au surplus me remettant aux dits mémoires et à ce qu'ils vous en escrivent. Je ne vous tairai plus longue lettre, me tenant plus que assuré pour la bonne diligence que vous fairez qu'après l'honneur de Dieu et de son Eglise, le Roy en recevra contentement. Et àtant, je prieray Dieu, Monsieur, vous donner une très longue et très bonne santé, et après m'estre bien affectueusement recommandé à vostre bonne grâce. D'Aux, ce 5*^ aoust 1567. Vostre humble frère et viquaire général d'Aux.

Par commandement du dit sieur viquaire général. Dv: Bellocq.

La lettre pour Monseigneur d'Oloron est toute pareille en substance, du sixième aoust.

93. — Leltre de M. d'Arros à Monseigneur t^écesque [stir la défem^e du pays]. Monseigneur, Seguien l'ai'rest darreramens prees enter nous, jou vous preguy entender que, cum podets (2j sçaber, lou Key de France a, en aquestes jours passats, tremetut commission au sieur de Luxe, per saisir tant lou royaume de Navarre, que présente souverainetat de Bearn, et que non (3) es besoin diser l'importance, soulement vous pregam de vostre part aber en

(1 ) Le colloque de Poissy.

(2) Mauvaise lecture; dans le texte " partidc ».

(3) Dans le texte " nous ».

recommandation la conservation deu servicy de Sa Majestat, de nostre Dame et Princesse, et son poble, de vous vouler preparar de touts vostres moyens et appuis per la tuition (1) et defïence deu pays, au plustôt que sera possible, car Jou m'assegury que toute la noblesse non faillira de sa part, ny lou demouran deu poble. Jou non vous disere autre cause, sinon que me recommandi humblement à vostre bonne gracie, preguan Diu vous donnar. Monseigneur, en santat très bonne et longue vitte.

De Pau, lou (2) de nouvembre 1568. Vostre tres-humble et affectionnât serviteur, D'Arros.

A Monseigneur, Monseigneur de Lescar.

94. — Lettre de Monseigneur d'Oloron à Monseigneur de Lescar. Monsieur, vous ne sçauriez penser l'ennuy que je porte d'entendre et voir Testât de cette maison par (3) l'absence de la Reyne, nostre souveraine Dame et Maîtresse (4), et celle de Monseigneur (5) et Madame (6), pour les arrêts qui sont intervenus et exécutés. Et l'avertissement que Mgr d'Arros me donne que M. de Luxe a commission de mettre en la main du Roy très-chrétien les royaume de Navarre et souveraineté de Béarn. Dieu par sa sainte grâce veuille assister leurs Majestés et consoler et nous donner une telle et sy seure paix qu'ils puissent estre remis en leur Estât et leurs sujets vivre en toute tranquillité d'esprit et de corps soubs leur domination. Non i^ossiim iemperare à lacrimis ny vous escrire plus au long, que de vous supplier de m'avertir de vostre estât que je scay n'estre meilleur que le mien. Le dit seigneur d'Arros m'admoneste de laire ce que je poui'rais pour leur service. C'est chose à quoy je ne manquerai jamais, etc., etc. A S''^' Marie, maison vostre (7), ce 124 novembre 1568, vostre bien (8) humble frère, à vous faire service. IIegin, évesque d'Oloron.

A Monseigneur, Monseigneur Vévesque de Lescar.

(1) Dans le texte « truitioii ».

(2) La date manque.

(3) Dans le texte « pour p.

(4) Jeanne d'Albret.

(5) Henri de Béarn, le futur Henri IV.

(6) Catherine de Bourbon, plus tard duchesse de Bar, sœur d'Henri IV.

(7) Sans doute, formule de politesse.

(8) Dans le texte « bon ».

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