‹ Histoire de l'hérérie de BéarnChapitre 33 sur 48 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De la guerre portée en Béarn par ordre du Roy de Franco, Charles neuf, et du siège de la ville de Navarrenx (1).

Pendant que les catholiques en Béarn obéissoient aux volontés de la Reyne, leur Dame souveraine, et que leur religion estoit opprimée, les prétendus réformés n'en faisoient pas ainsy dans la France. Ils faisoient la guerre contre le Roy, par des divers corps d'armées lesquels avoient leur rapport à leur généralle, qu'ils appelloient la chrétienne (2), laquelle ils disoienl tenir la campagne pour la gloire de Dieu et la deffence de la couronne du Roy, comme dit la commission de la Reyne, baillée à Mongomery (3), qui sera rapportée cy-après.

La Reyne sçachant que les peuples des provinces voisines estoient en armes et que le Roy vouloit envoyer la guerre dans ses Estais, se trouvant obligée de sortir de ce pays afin d'aller ailleurs, au secours (4) des hérétiques, créa le baron d'Arros général, aftin décommander <à ses armées et luy donna pouvoir ample pour la deffence de son royaume et pays souverain de Béarn, avec ordre à ses subjets de luy rendre le même respect et la même obéissance qu'ils rendroient à sa personne, par ses lettres patentes de 1568.

Le seigneur d'Arros prétend estre parmy la noblesse, la première dignité de la province, soit à raison de sa dignité, soit à raison de sa naissance (5). Ceux d'Andouins et de Navailles (6) ne le luy accordent pas. Il est toutes fois certain que sa baronnie est une

(1) La ville Ibrte et le seul boulevard du Béarn, aujourd'luii chef-lieu de canton.

(2) Les réformés IVaneais appelaient donc l'armée protestante, " la générale » et « la chrétienne ».

(3) Gabriel de Lorge, comte de Mongommery, avait tué le roi de France Henri II dans un tournoi. S'étant jeté alors dans le parti protestant, il leva des troupes et fut envoyé en Béarn par Jeanne d'Albret pour combattre les armées de Terride, commandant au nom de Charles IX — Voir son llinéruire en Gascogne (1569) dans les Huguenots en Béarn, p. 175.

(4) On donna le nom de « secours » à l'armée de Mongommery; celle de Terride était la « protection ». Nous l'avons déjà dit.

(5j Le baron d'Arros n'était le premier qu'en tant que représentant la reine, comme son lieutenant général.

(6) La baronnie d'Andoins était alors en mains de Corisande d'Andoins, femme d'Antoine de (iramont, bien connue dans riiistoire et la légende. Les iiarons de Xavailles ont reveii(li(|ué Ir titre de ' premier > baron de Béarn.

des douze (1) anciennes et premières, et que le baron d'Arros a toujours esté des premiers en TEstat de Béarn (2). 11 se trouve que le Conseil souverain voulant délibérer sur affaire concernant le service des Roy et Reyne et se fortifier de la présence et de l'avis des grands, appella à sa délibération Louys d'Albret (3), gouverneur, et le baron d'Arros, qui se trouva le troisième des juges présens à la délibération.

Le baron d'Arros général assembla la noblesse, l'exhorta de prendre les armes et les résolutions nécessaires affm de detfendre le pays (4), ainsy que prouvent les lettres qu'il escrivit à l'évesque de Lescar. Le Conseil souverain décerna quelque ordre pour la garnison que ce général avoit estably dans cette ville, par son arrest du 5'- novembre 1568, et ordonna que le dit seigneur seroit prié de visiter les peuples, de les exhorter à l'obéissance et à la fidélité qu'ils dévoient à la Reyne et réprimer l'audace des rebelles et séditieux, de faire lever les sommes nécessaires pour soustenir les frais de la guerre et pourvoir aux munitions des places fortes. Et qu'à ces fins, il le fairoit assister, sy bon luy sembloit, de deux conseillers du Conseil, tels qu'il luy plairoit de choisir, et un des gens du Roy. Ce que ce général (5) offrit de faire. Desjà ce général avoit muny les villes et les avoit mises hors de danger de surprise. De l'avis du Conseil, il lo^ea dans la ville de Lescar la garnison qui auparavant estoit à Pau, composée des compagnies du gouverneur de Navarrenx et du capitaine Cortade (0), comme prouve la lettre de ce général à l'évesque de Lescar, vers lequel il envoya un gentii-

(1) Les douze barons, de création fort ancienne, passaient les premiers aux Etats, dans la noblesse béarnaise.

(2) Salefranque ne dira pas du mal de cette baronnie, étant par sa femme allié aux d'Arros.

(3) C'est-à-dire l'évèque de Lescar.

(4) Non seulement la noblesse, mais tous les membres des Etats, sans distinction de culte, jurèrent de verser leur sang pour la patrie, le Ici' décembre 1568. Voir nos Uocum. et bibliogr. sur la Réforme, I, p. 129 : « Las g-ens deus prumer, segond et ters Estât haben prometut et jurât de viver et morir los ungs per los autres, sents différence de religion ».

(5) Cette expression dépasse la teneur des pouvoirs accordés au baron d'Arros. Le seul et véritable général fut Mongommery.

(p) Le capitaine protestant, Gmc Cortade, se retira à Navarrenx pendant le siège et lit d'heureuses sorties. Cf. Bgrdknave, Hist. de Béarn, à la Table.

homme pour liiy rendre raison du transport de cette garnison en la ville; mais il convoqua rassemblée des deux pi'emiers ordres (1) en la ville d'Orthez, au quatrième mars, aflln de marcher à cheval et en armes, à laquelle il estoit obligé pour raison de ses fiefs et de son hommage, oli ne s'estoit ny trouvé ny envoyé ('2). Le général le somma de rechef et néanmoins luy commanda, comme représentant la personne de la Reyne, d'envoyer des gens en bon équipage à l'assemblée qu'il assigna dans la ville de Lescar au vingtième mars, atTin de marcher en ordre de guerre, où le service de Sa Majesté et la detTense du pays les appelleroient. Et le Conseil affin de ne faiblir à son devoir, avoit arresté desjà certaines sommes, par arrest de janvier, auquel opinoit ce général, es mains des bourgeois des villes et autres provinciaux, et fait déposer icelles es mains du trésorier général affin de fournir aux frais de la guerre, moyennant l'assignation qui leur feust baillée snr la première recepte des deniers du domaine pour le paiement du principal et intérêts de ces sommes.

Le Roy, qui se detTendait en France contre la Reyne (3) qui luy faisoit la guerre avec les princes, déclara tant à la Reyne qu'à ses sujels de Navarre et ses ennemis (4) baille (5) commission au seigneur de Terride [6), gouverneur de Quercy (7), pour venir avec une armée faire la guerre dans le Béarn, assujettir le pays à son obéissance et y restablir la religion catholique. Et à mesme temps, le ss"" de Monlucq, lieutenant général pour le Pvoy au gouvernement de Guienne, saisit es landes de Bourdeaux tout le bestail appartenans à ceux de Béarn, de valeur de six cents mil livres, et flst

(1) Le clergé et la noblesse.

(2) Cette phrase, mal lue et mal faite, ne finit pas clairement.

(8) Le roi et la reine étaient Charles IX et Jeanne d'Albret. Les Princes étaient Condé et le roi de Navarre, Henri de Béarn.

(4) La Navarre, jadis souveraineté indépendante, dont la capitale fut Pampelune, était limitée, depuis 1512, par les Pyrénées et ne dépassait pas le village d'Arneguy. Les Basques bas navarrais étaient les ennemis de Jeanne d'Albret parce qu'ils étaient catholiques ardents.

(5) Dans le texte « baille ».

(6) Antoine de Lomagne, baron de Terride, passait pour un homme do guerre remarquable ; mais sa malheureuse campagne de Béarn révéla sa complète incapacité.

(7) Le chef-lieu de ce gouvernement était Cabors,

proclamer qu'on tist prisoniers de guerre touts ceux de Béarn qui se trouveroionteu ce gouvernement (1). Sur quoy les scindicqs Ç2) de Béarn, joints avec les gens de la Reyne au Conseil souverain, firent faire des informations, comme du tout apert de la lettre de S. Cricq, scindicq, au dit seigneur évesque, en 1568.

Tarride avançoit avec son armée. C'est pourquoy la Reyne voulant opposer force à force pour la delTense de son pays, alla bientôt à Niort (3), en" l'assemblée des princes, où elle résolut envoyer une armée, prend le sien avis (4) et envoyé bien en diligence la nouvelle par un exprès aux seigneurs de Gramont et d'Arros, comme prouve la lettre du Conseil à l'évesque de Lescar, de février 1,068. Et le Conseil fit aussy des commissaires affin de conférer avec l'évesque des choses concernant les affaires de la guerre.

Tarride et son armée estant arrivés à la frontière, les barons de Navailles, de Gerderest, d'Audaus, sénéchal, et Luger, scindicq, s'assemblèrent au lieu de Bordes (5) à près d'une lieiie de Pau, d'où ils escrivirent aux nobles, faisans (6), comme ils disoient, pour la plus grande partie de la noblesse, les prians de se trouver à ce lieu le treize d'avril, au point du jour ou le lendemain à midy, pour prendre la résolution nécessaire pour la conservation du pays, comme prouve la lettre signée de ces quattre, le l'2 avril 1568.

Tarride entra dans le Béarn avec son armée, le 28 mars 1568 (7). Cela se prouve parce que les fermiers des greffes du Conseil obtindrent décharge totalle du prix de leur bétail, depuis ce jour par arrest de juillet 1569, estant une condition en touts baux, afferme du domaine du Roy, que le fermier n'est pas tenu de rien payer, en cas de guerre, sy l'ennemy est entré dans le pays.

Peu de temps après, Tarride vint aux portes de la ville de Pau,

(1) C'est-à-dire de son gouvernement de Guyenne dont le siège était à Bordeaux.

(2) C'étaient des représentants et les commissaires des Etats.

(3) Chef-lieu actuel du département des Deux-Sèvres.

(4) Dans le texte « prend le sien amy! y<

(5) Les Bordes d'Espoey, près de Soumoulou, canton de Morlaàs, sur la route de Tarbes à Pau.

(6) C'est-à-dire « traitant ».

(7) Il faut lire -1569, l'année commençant encore le '25 mars, en plusieui'S pays, comme en Béarn.

lesquelles ayant trouvé lefuiées et les habitans eu volotité de se detïendre, il feust obligé d'arretter ses troupes es environs, attendant le canon, résolu de ne songer à autre expédition qu'il ne feust maistre de cette place, laquelle capitula bientost après (1) et se rendit. Ce fait, Tarride renvoya son armée de laquelle il fist investir Navarreux qui est la principalle forteresse de ce pays. Tarride ne suivit qu'après le 26 avril, ainsy que prouve la lettre qu'il escrivit à l'évesque de Lescar, dattée de Pau et de ce jour, en faveur d'un de ses canouiers malade.

Cependant que Tarride s'amusoit au siège de Pau, le baron d'Arros se jetta dans Navarrenx, dès le 20* mars, avec le meilleur de ce qu'il avoit attrapé, en suitte de l'assignation susdite baillée à ce jour. Cette ville est petite, mais très-forte, faitte telle en 1538 et suivantes années par le Roy Henry d'Albret, qui ne voyant pas un prompt moyen aftin de ravoir la Haute-Navarre, résolut d'avoir une forteresse considérable dans ce pays. Le baron d'Arros y fist aussy porter toute sorte de munitions avec toute la diligence possible, résolu de deffendre la place contre Tarride qui ne croyoit pas pouvoir estre le maistre dans le pays, s'il ne l'estoit plus tôt de cette forteresse.

Tarride s'estoit armé pour la protection de la religion catholique, ne parloit pas en ennemy du Béarn, ainsy que faisait Monlucq, mais en protecteur et deffenseur de ce pays, en laveur de la Reyne, Dame souveraine, selon la commission à luy baillée par le Roy, Charles neuvième. C'estoit des prétextes que ceux que la Reyne prenoit pour la guerre qu'elle faisoit en France pour la deffence, comme elle disoit, de la couronne et l'appuy de sa religion, exceptant (2) sans doupte ceux de l'assemblée de Lescar (3) dont les noms sont connus, en l'arrest de décret ordonné contre eux après la guerre, et dont les biens feurent unis au domaine de la Reyne par confisquation. Ce sont le sénéchal qui découvrit la conspiration des Espagnols sur la personne de la Reyne en 1566, quattre barons des douze qui sont en Bearn de toute ancienneté, scavoir les deux susdits et ceux de Gayrosse et de Moneing, car

(1) Bordenave raconte mieux les faits, Pau résista ; Tarride entra à Lescar et revint sur Pau. Hist. de Bémm, p. 222.

(2) Dans le texte « estans ».

(3) On ne voit pas ce que veut dire tout ce texte falsifié, mais les Etata assemblés à Lescar étaient pour la reine. Bordknavk, Ihid., p. 220.

Luxe est l)aron navarrais, six S"' Golome, deux Béarn, Peyré, Guy de Gohas, son gendre, Bonasse, Méritein, Gandau, Lassalle, deux Su us, deux Labarthe, abbé de Baringue, Laos, Idron, Visanos, Meilhon, Gaubios, Denguin fils, Baure fils, deux Sanson-Peyrelongue, deux Gassagnère, deux Soulé, Gofite, Abère, Nostin, Aren, Bordes, Sentebit, Abidos capitaine, Guilhassot, Arrac de Gan, Eslayou, l'abbé d'Arrien, de Vignerte, de Simpceu (1), de Labeyrie. Il y en aencore dans l'arrest, quarante cinq ou cinquante, outre les susdits, sçavoir l'évesque d'Oloron, sept conseillers et les autres des jurats et touts décrétés, non pas pour avoir porté les armes contre la Reyne, mais bien pour avoir receu la protection de Tarride (2) et fait les fonctions de leurs charges de conseillers et de jurats, soubs son authorité, et feurent leurs biens confisqués.

Pendant que Tarride estoit au siège de Navarrenx, Gohas, son lieutenant à Pau, fist pendre le président Lavigne, comme il conste de l'arrest du septième septembre L569 (3). Tarride restablit la justice dans le Béarn, laquelle cessoit depuis le 28 mars et la fist exercer au nom de la Reyne, dame souveraine, soubs la protection du Roy très-chrétien, par les sieurs de Bordenave, Sponde, Marca et de Puy (4), conseillers de la Reyne dans la Gour, et les sieurs de Sorberio et d'Arbusio (5) qu'il adjouta et mit le nommé Supersanctis (6) en la place du sieur de Gassion, procureur général, qui s'estoit jette dans Navarrenx avec le dit sieur d'Arros, affin d'y servir la Reyne et la province de la force de ses armes, comme il l'avoit servie toute sa vie en diverses charges et qu'il a servi du depuis en l'office de président, dont il feust pourveu quelque temps après ce siège (7). Ges juges travaillèrent au jugement des procès

(1) Dans le texte : Simset.

(2) liordenave, ibiiL, donne un récit qui explique tout. Les Etats acceptèrent la protection, mais « sous la domination de lad. Dame >.

(3) Bordenave dit que Lavigne fut pendu par ordre de Pevre, le 10 août 1569. Hist., p. 264.

(4) Nous avons déjà parlé de ces conseillers catholiques, sauf de Sponde, mis là par erreur pour Spona, sans doute.

(5) Sorberio, jurât de Lescar, demeurera fidèle à ses convictions; Arbusio embrassera la Réforme, il sera admis dans la magistrature par la reine.

(6) Jean de Supersantis, ardent catholique d'Aspe, remplaça Jean de Gassion. Hist. de Béarn, p. 255.

(7) Jean de Gassion succéda comme 3c président à Jérôme de Marca, le 21 octobre 1584. Mém. mss., p. 503, et Bull. de. la Soc. de Pau, XXV, p. 130. Salefranque, allié également des Gassion, les vante ici sincèrement.

depuis le 23 juillet jusques au troisième d'aoust inclusivement, ainsi que prouve le registre.

Tarride pareillement assigna les principaux des trois ordres de ce pays au lieu de Bugnein, près Navarrenx, ainsi que (l) le prouve la lettre qu'il escrivit à Tévesque de Lescai-, l'assignant aux Estats et par avance tist enregistrer deux ordonnances faites quelques jours avant la lecture d'icelles. Il veut par la [jreniière qu'on saisisse les biens de ceux de la l'eligion prétendue l'ét'ormèe, lesquels ayant accepté la protection du Roy ont quitté le pays, de mesme que les biens de ceux qui ont refusé la dite protection ; ordonnant que touts ceux de ceste religion qui ont capitulé et qui s'estant soumis à ceste protection n'ont pas porté les armes à son préjudice jouissent de leurs biens entièrement et paisiblement. Il detTend par la seconde de recevoir à faire les fonctions d'advocat, de greffier, ny de clercq, aucun de ceux de la religion prétendue réfoi'mée. Ces ordonnances sont des 8 et 16 juillet 15G9, registrées le 27.

Après trois mois de siège pendant lesquels on avoit inutilement battu ceste place du canon et de toute autre sorte dont on se sert pour la prise des places fortes, la Reyne expédia commission en faveur du comte Mongoméry par ses lettres patentes, contenans que les ennemis ont envahy son pays de Béarn par l'intelligence pratiquée avec quelques uns de ses sujets, à la réserve de la ville et forteresse de Navarrenx, laquelle ils tiennent assiégée depuis longtemps, leurs etïorts ayant esté rendus inutiiles par la valeur de ses bons sujets au secours (!2) desquels voulant envoyer une armée royalle, elle choisit ce comte pour ses rares qualités et luy donne l'ordre de prendre les troupes nécessaires de l'armée généralle, qu'elle nomme chrétienne, qui tenait en France la campagne pour la gloire de Dieu, et la defTense de la couronne du Roy, son sei" gneur, le fait son lieutenant général avec toute l'autorité nécessaire. Dattées à Larrochelle, le dixième juillet 1509, et enregistrées le 123 aoust en suivant.

En vertu de cette commission, iMongoméry print des forces avec Icsfjuelles il entra dans le Béarn, avec une diligence incroyable, au

(1) Dans le texte : « Aiiisy qu il ».

(2) L'armée de Monjjornmery était « le sccuurs

commencement, le 20 d'aoust (i) près Bétharram, marchant vers Navarrenx, dont les nouvelles effrayèrent sy fort Gohas (2), gouverneur à Pau, que les ayant receiies en dînant, il quitta le repas et fuit vers le camp, où l'épouvante feust si grande que d'abord que l'armée de Mongoméry commença de paraistre, celle de ïarride print la fuitte, se jetta dans la ville d'Orthez où Mongoméry la suivit, print la ville, le onzième d'aoust (3) et la fist toute passer au fd de l'épée, à la réserve de quelques prisonniers, de sorte que le sang des rues list un ruisseau, qui coula durant quelques jours par le milieu des rues de ceste ville, comme dit la tradition (4). Tarride et quelques chefs s'enfermèrent au château de ceste ville contre lequel Mongoméry fist incontinent braquer le canon qu'il trouva dans la ville, au bruit duquel ces effrayés se rendirent incontinent à discrétion. Mongoméry bailla liberté à Tarride et aux siens, arresta les autres, lesquels pour estre sujets naturels de la Reyne, il list traduire es prisons de Navarrenx affin de leur y faire faire le procès par les officiers du Conseil à l'assistance du baron d'Arros, ordonna pour cest eftect le transport du Conseil (5) à Navarrenx, composé des officiers qui n'avoient pas esté du party de Tarride, comme dit la déclaration de Mongoméry du 25 d'aoust, qui contient en outre (jiie le siège susdit avoit duré quattre mois.

Ceux qui t'eurent prisonniers et envoyés à Navarrenx sont sans doubte ceux qui feurent mis au roUe des morts après cette guerre, car la nouvelle de cette victoire ayant été portée à la Reyne avec les noms des prisonniers, elle commanda de les exterminer, sans observation des formalités de justice; (ils] feurent ensuite touts tuez en la prison (6). Leurs noms (7) sont le baron de Gerderest,

(1) Bordenave, historien plus exact que Salefranq'ue. dit que Mongommery passa à Coarraze, le 7 août. Voir son Hist. de Béarn, p. '259.

(2) C'était de Peyre, qui était gouverneur à Pau et non Gohas.

(3) Les articles de la capitulation sont du 15 août. Les Huguenots en Béarn, p. 3, donnent ce texte curieux. Donc, plus haut, le 20 août est une erreur.

(4) Salefranque n'avait qu'à citer VHist. de Faix et Béarn d'Olhagaray, p. 617.

(h) A^oici un renseignement important, relatif au massacre de Navarrenx, qui ne se trouve nulle autre part.

(6) Salefranque aurait dû citer un document contemporain pouj' une accusation si grave. C'est peut-être la plus grande lacune de son histoire.

(7) Bordenave n'en cite que huit : Siu Colonie, (ierderest, Gohas, Abidos,

trois S'e Colonime, Bonasse, Gohas, Méritaing, Béarn dit le capitaine Salies, Idron, Abidos, Abère, Candau, Domecq de Sentebit, Sans près Borgaber, Vispalie, Lassalle dit fray Joan(l). f^tquoy que Sainte Colomme Ç2), seigneur d'Esgoarrebacque, père des deux susdits, soit de ce nombre, et du Tilh, capitaine avec Bordenave, du Puy, conseillers, et Supersantis, ils ne feurent pas pourtant du nombre des prisonniers et ne moureurent en ce siège, car après il l'eut deftendu de reconnaître S'^ Colomme pour gouverneur d'Aspe, Barétons et parsan d'Oloron ; du Tilh pour capitaine entretenu, par ordonnance de Mongomery, dattée à Navarrenx, le 24 septembre, pour cette raison que, mesmes après ce siège, ils persévéroient en leur félonie et portoient les armes contre le service de la Reyne.

Cette armée victorieuse fist ensuite des cruautés extrêmes en la ville d'Orthez. On tua touls les religieux qu'on attrapa et un grand noml)re de prêtres séculiers. Après ce massacre, l'on rechercha touts les ecclésiastiques estans es environs ; on les posa un à un ou deux à deux sur le pont qui est en la ville sur la rivière, d'une extrême hauteur, d'oi^i l'on les précipitoit en la rivière. Le trou par lequel on les précipitoit se nomme toujours depuis ce temps-là Fenettre des prêtres, siiv laquelle on a érigé une croix de fer par ordre de l'évesque diocésain, depuis le restablissement de la religion catholique, en mémoire de cette cruauté (3).

Les religieux trinitaires du couvent de cette ville se sauvèrent touts, voyans les ennemis en la ville, un desquels cacha les tittres de la maison et les mit en dépost chez le marquis d'Amou, gentil-

Candau, Salies, Sus, Pordiac, plus un serviteur de ce dernier. Salefranque se trompe manifestement, car Idron, Bonasse et deux Ste Colome furent tués au siège de Taibes, Hist. de Béarn, pp. 282 et 303. Cette nomenclature est cependant très importante parce qu'elle nous donne une liste de catlioliques tués à l'occasion des guerres de religion en Béarn. Mais on doit regretter que Salefranque n'ait pas soigné tout spécialement cette partie de son travail. ♦

(i) Ce frère Jean figure dans la saisie des biens de Navarrenx. Il fut exécuté « exécutât à mort » ArcJi. B.-P., B. 2162, f. 16 ro. Bordenave parle aussi de son exécution, p. 245.

(2) Lui et les suivants survécurent à la crise.

(3) Le témoignage de Salefranque est précieux parce que sa famille était originaire de Gastétis et d'Orthez et que probablement il avait été élevé lui-même dans l'Université d'Orthez.

homme' catholique, près de ce pays, et s'estant retu-é en France dans un convent, il escrivit une lettre quelques années après au supérieur de Tholoze par laquelle il luy rend compte des religieux d'Orthez et de Testât auquel estoit le convent lorsqu'il l'ahandonna, lui déclarant la maison oi^i les titres se trouveront par luy déposés affin qu'après son décès [on les puisse recouvrer] (1) quand Nostre Seigneur aura restably la foy catholique dans le Béarn et les religieux de l'Ordre. [Getle lettre fut gardée] dans le convent de Tholose jusques en 1G20, qu'elle feust envoyée par le supérieur aux religieux restablis au couvent d'Ortès, qui s'en servirent utillement et la conservèrent avec soin (2).

Les religieuses de saint Benoist (3) du couvent de ceste ville n'avoient pas abbesse depuis 1568 ; la place avoit esté supprimée et sa portion saisie, d'où le receveur ecclésiastique faisoit recepte. Cette place avoit été refusée au capitaine Gratian (4), qui l'avoit demandée à la Reyne pour en marier sa belle-sœur. Ces religieuses estoient sorties et, quoy que sollicitées par la Reyne de se marier, soubs l'oITre qu'elle leur faisoit de laisser en ce à chacune la jouissance de sa portion pendant toute leur vie, elles vescurent toutes foix suivant leur vœu. Aussy ayans formé des oppositions à la saisie faite de leurs biens, elles en furent déboutées pour n'avoir pas accepté son ofire dans son temps.

Preuve.

9S. — Lettres patentes de Jeanne d'Albret nommant Bernard d'Arros, lieutenant général en Béarn (1568) (5). Jeanne, par la grâce de Dieu, Reyne de Navarre, dame souveraine de Béarn, etc. à touts ceux qui ces présentes verront, salut. Pour ce que nous avons résolu, pour le bien de nos affaires et la satisfaction de nos subjets, soubs l'obéissance du Roy très-chrétien, mon seigneur, et pour la conservation aussi de nostre propre patrimoine, sur lequel on a en plusieurs endroits excessivement usurpé, de visiter nos terres et susdits subjets et que, pour ce faire, nous soyons desjà acheminée et arrivée en nostre duché d'Albret, délibérant de passer outre en

(1) Phrase incomplète et incorrecte.

('2) Cette curieuse lettre est aux Preuves des Pièces justificatives.

(3) C'étaient plutôt des religieuses cisterciennes, dites de S. Sigismond.

(4) Gratien de Lurbe, dit le capitaine Gratian, commandait le château d'Orthez et capitula devant Terride. Bordexave, Hist. de Béarn, pp. 181, 213.

(5) Nous avons déjà publié ces lettres patentes dans nos Docum. II, p. 219. Tl y a peu de variantes.

nos dites terres pour faire le semblable, au moyen de quoy nous ne pouvons juger le temps de notre absence de nos royaumes deçà ports et pays souverain de Béarn, auxquels il ne peut estre que pendant nostre absence il n'avienne une inlinité d'affaires méritant prompte provision pour l'expédition desquelles, spéciallement de celles qui concernent le fait des armes, sy l'on avoit à recourir devers nous aussy souvent qu'il se présenteroit quelque occasion, il pourroit avenir plusieurs inconvéniens à nostre service. Pour ce, aflin de lever toutes incommodités et asseurer nos subjets naturels, royaume et pays souverain, par la présence d'aucun nostre bon et loyal serviteur, personne de qualité et suflisance requise, qui par le pouvoir et autorité qu'il aura de nous, puisse tenir nos subjets, royaume et pays, en paix et seureté, les conserver et deffendre et repousser les entreprises qu'on y voudra faire, scavoir faisons que ces choses considérées et pour l'entière confiance que nous avons de la vaillance, expérience et fidélité de nostre très cher et bien amé le sieur d'Arros, baron en nostre dit pays souverain, nous l'avons, pendant et devant nostre absence, créé, institué et ordonné chef et conducteur et capitaine général des armées en nostre dit royaume et pays souverain pour commander pour nostre service sur le fait et expédition et exécution d'icelles et de tout ce qui en dépend, soit dans nos villes, châteaux et forteresses, toust ainsy et en pareille forme et autorité que nous tairions et faire pourrions, sy présente en personne y étions; voulons et nous plait que tout ce que le dit sieur d'Arros ordonnera et commandera soit suivi et obéi de nos dits sujets, de quelque estât, qualité et condition qu'ils soient, et semblable respect et alïection, que nous pourrions, y estans en propre personne, donnant en outre mandement à nos amés et féaux, les gens tenans la chancellerie de nostre royaume et cour souveraine de Béarn, et touts autres nos justiciers et officiers au dit pays, chacun en droict soy, comme il apparaîtra, prester au dit sieur baron d'Arros en la dite charge [et pour les effects d'icelle], la mesme obéissance et respect, que dit est, et tenir la main q.a'il ne soit fait chose contraire, etc (1).

Donné à Nérac, le pénultième jour d'aoust, 1568. Jeanne. Plus bas. Martreï.

(•1) Cet etc. est remplacé par huit lignes dans l'original. Voir nos Docton. 77, p. 214.

96. — Lettre de M. d'Arros à Monseigneur Vévesque de Lescar [sur la défense du pays]. Monseigneur. A la Reyne a plagat en son absencie, me constituir capitaine gênerai suas lou feyt de las armes en son royaume et souverain estât de Bearn, ainsy que chascun sçap, et veden que nostres circonvoisins et autres se esmabin de cade part, qui non pot estar cheins périls d'attentat suus l'Estat de Sa Majestat et ruine deu présent pais, jou ey escriut à Messieurs de la noblesse, et pregat, cum estans de qui dépend la grandour de Sa Majestat, de se troubar dixapte, 25 deu présent me's, en la présente ville de Pau, aHîn de lous touts ensemble conferir etavisar seo qui sera plus expedien et requerit per son servicy et conservation deu présent pays; jou espery et m'assegury que aucun nou y faillira; de vostre part, Monseignour, jou vous preguy vouler far lou semblable, esperan vous y beder. Nou vous fare plus longue lettre, pregan Diu vous donnar, Monseignour, seo que plus desirats. De Pau, lou 19 septembre 1568. Vostre très humble et affectionnât servidour. D'Arros.

A Monseigneur, Monseigneur de Lesear.

97. — Autre lettre. Monseignour, depuis ti'es jours jou vous ey escriut et pregat per lou servicy de la Régine et deffence deu présent pays de Bearn, vous vouler tenir prest de toutes vostres pouder et moyens per resistir à las surpreses qui se pouyren far per l'invasion deu dit pays. A présent per sço que lous affaires pressen, souy encoere constret de nabet vous pregar bien affectuosament vous vouler trouvar en la présente ville de Pau, lou 30 deu présent mees, ond la noblesse se assemblara per donar ourdi à sço qui sera avisât. Et en aquet endret pregarey (i) Diu vous donnar, Monseignour, en sanctat bonne et longue vitte. De Pau, lou 26 de nouvembre 1568. Vostre tres-humble et alTectionnat servidour. D'Arros.

A Monseigneur, Monseigneur de Lescar.

98. — Extrait des registres de Parlement [sur le logement des soldais à Pau], Lou 5 de novembre 1568, fou délibérât suus la

(1) Dans le texte <i pregare )h

lot

remonstrance deu sieur de Bassilhon (1) et lou capitany Cortade (2), Arnaud Gailhem Dhereter, M^ Bernard de Lacrouts, M" Bernard de S' Cricq, et M'^ Joan D'Hereter, jiirats de la présente ville de Pau, présents, disens que lous dits jurats et deputats de la dite ville nou tienen compte de lodjar lou dit capitainy Gourtade, ny à 50 soldats qui eren en la ville, seguien lou commandement de M'd'Arros, capitany gént'ral, ab lou avis deu Conseil, despuix très jours, per vaquar à la defience et protection dequere, attendude la nécessitât qui se présente, ny deliberaben de lour pagar et fournir so qui es necessary, seguien l'intention deu dit seignour d'Arros, et audits suus seo lous dits jurats et lour responce, allegans absencie,dylation de (3) gens deuConseildeladite ville. Restât que de nabet es feyt commandement aux dits jurats de obediret satisfar incontinent aux dits precedens commandemens et sço fasent, lodjar lou dit capitany et 50 soldats, lou plus commodément que far s'en poyra, prestar toute obédience necessary au dit capitainy per far sa charge, taillar et cotisar la somme de très cents livres tourneses, tant surs lou corps de la dite ville que villes et villadges qui son de las aydes dequere, et troubar moyen incontinent aber diners per far la monstre et pagamen à chacun soldat de (4) la somme de sieix livres tourneses per mees, ensemble lous fournir poudre, corde et plom, surs et en déduction de la dite solde et à d'aqueres fins probedir per toutes vies et rigours de justice et far rapport au Conseil, deus rebelles per estar constrets, amendais et punits, ainsy que de rason, et à la charge de res.poner de touts damnadges et inconveniens qui poyren avenir, tant au publicq que au particulier, à faute de y obedir. Actum à Pau, en Conseil, lou dit jour et an.

99. — Extrait des registres de Parlement [sur la fidélité à la Reine]. Lou 30 décembre 1568, per Messieurs d'Etchard, président, Bordenave, Gassou, Los, Laborde, Lamothe, Fenario, Tisnees, Gillot et Gazenave, restât ({ue Monsieur d'Arros, gouverneur et

(1) Bertrand cleBassillon, gouverneur protestant de Navarrenx, soupçonné de tratiison, assassiné par ordre de Mongommery en 1569. Hist. de Béarn de Bordenave, pp. 284, 287.

(2) Guillaume de Cortade, capitaine protestant, défenseur de Navarrenx, souvent mentionné par Bordenave. Ihid., pp. 129, 249, 250.

(3) Dans le texte « et ».

(4) Nous ajoutons « de » pour le sens.

capitany gênerai, sans lou feit de las armes, sera pregat se transportar per toutes las villes, bourgs, vallées, et autre endrets, ond Ijesoin sera, deu présent pays, per visitar lou poble et l'exhortar de se contenir en l'obédience et fidelitat qui de])in à la Régine et reprimir l'audace et temeritat deus sedicious et rebelles ; aussy per procurar argen per soustenir lous fres et charges de la guerre, per don gratuit, empcount et autre moyen qui poderan et per medix moyen avisar à la munition des vivres necessaris, tant per las places fortes que per la campagne. Et que a d'aqueres fins lou dit'Sieur, sy lou plats, lou fara assistir per deux de Messieurs deu Conseil, taus que chausira, ensemble l'advocat gênerai de la dite Dame, et que per far las dites diligencies sera mandat lou tesaurer de Bearn, ou sons commis frayar la despence necessary et pregar lou dit seignour d'Arros commensar lou dit viadge incontinent après que las monstres de las compagnies seran feytes, sço que este déclarât au dit sieur d'Arros, qui ofTery far sço dessus et incontinent, après las dites monstres, commensaran (i) promptement Monsieur lou président Lavigne et de Marca. Es mandat au notary deu Conseil far entender so dessus promptement aux dits sieurs de Lavigne et de Marca, et l'advocat gênerai, Actum à Pau, en Conseil, lou dit jour et an.

1 00. — Lettre de M. d'Arros à Monseigneur Vévesque de Lescar [sur la défense de la ville]. Monseigneur, suivant le pouvoir qu'a pieu à la Reyne [me donner] (2) pour commander en son royaume et pays souverain, sur le fait des armes avec au préalable avis de Messieurs de son Conseil, je n'ay peu faire de moins, suivant leur dit avis, que d'envoyer M. le gouverneur de Navarrenx et le capitaine Cortade, avec leurs compagnies, à Lescar, tant pour le service de Sa Majesté que protection de la dite ville, comme il a esté bien avisé par les dits Messieurs du Conseil, et pour les raisons que j'ai prié M. d'Eslayu (3), porteur de la présente, vous faire

(1) Dans le texte « commensar ». Le verbe au futur donne un meilleur sens; Jérôme de Marca, dit Bordenave, fut chargé d'approvisionner Navarrenx. T/isL de Béarn, p. 19L

(2) Ces mots ajoutés complètent le sens.

(3) Sans doute Jacques de Menvielle, seigneur d'Eslayou, catholique, ennemi d'Arros et condamné à mort. Hist. de Béarn de Bordenave, p. 206, et la Réforme en Béarn (Docum. inédits, Arch. hist. de la Gironde, XXXI)> Arch. B.-P., B. 2161.

entendre, m'asseui'aiit le ci'oirés, comme bien atïectueusement vous prie le croire ; sa suffisance megardera vous dire autre chose, mais seulement vos bonnes grâces et mes très humbles recommandations (i), suppliant le Créateur vous donner, Monsieur, en partaitte santé très heureuse et longue vie. De Navarrenx, ce 4'' janvier 1568. Vostre très humble etobéissant serviteur. D'Arros. A Monseigneur, Monseigneur de Lescar.

101. — Autre lettre [Co7ivocalion à Orthez]. Monseigneur. Per aucunes causes concernens lou servicy de la Régine, nostre Dame souvirane, bien et repaus, tuition et delTence deu pays, ey convoquât et assignat lous Messieurs deu purmer et second Estât à se troubar à cliibal et en armes, au meilhour esquipadge (2) qui sera possible, en la ville d'Orthez, au quatte deu mes de mars. Et que vous ey voulut avertir, vous pregan bien atfectuosament vous vouler trouvar en la dite asseml)lade, accompagnât de vostresgens, ou lous remetter en l'équipadge que dessus ou autre meillour qui pouyrats, prests per marchar ainsy que lour sera ordonnât, et m'asseguran nou y voulerats faillir, p regare (3) lou Greatou, Monseigneur, vous donnar en santat bonne, longue et heureuse vitte. A Pau, lou darrer de février 1568. Vostre obéissant et affectionnât servidour. D'Arros.

A Monseigneur, Monseigneur de Lescar.

lOS. — Autre lettre [Mise en demeure de Vévèque de servir la Reiiie]. Monseigneur.* Jou ey recebut vostre lettre contenente nou vous poudets trouvar à Ortez au jour de l'assignation baillade aux prélats, barons et autres nobles deu présent pays, et que per lou regard de vostre personne vostres excuses [sien] admetudes. Mes de tant es à présent question deu servicy de la Régine, noustre souviranne Dame, et que chacun sy non pot far lou deber qui es tiengut, à cause de son bien temporal, fins et autres drets et biens nobles, en personne, y deu treinetter personnages adrets, montats et armais en bon equipadge, per satisfar à son deber, de que vous ey voulut avertir, vous pregan, nou remeins, enjoignem et exortam, comme representan la personne de la Régine, en aquesto

(1) 11 y a là quelciuc mot omis, mais le sens se comprend.

(2) Dans le texte « qui padge ».

(3) Ou plutôt <; prcgarey ».

endret, de vostre part tremetter tais personnages en l'equipadge que deus qui se troben en la ville de Lescar, Ion vingtal jour de présent mes, ond nouvelle assemblade es assignade, prêts per marchar là part qui sera avisât, ab intimation qu'à tau te de so far, sera procedit à ouverture de manmisede vostres biens temporaux, fins et autres drets, deus quoals ets hommageable à Sa Majestat, pregan Diu, Monseigneur, vous donnar en santat bonne et longue vitte. De Pau, lou 13 de mars 1568. Vostre obeissen et affectionnât servidour. D'Arros.

A Monseigneur, Monseigneur de Lesear.

103. — Extrait des Registres du Parlement. [Mainmise sur l'argent des particuliers.] Lou 26 de janvier 1568, per Messieurs d'Arros, gouverneur et loctenent gênerai per las armes, Lavigne et Etchard, presidens, Bordenave, Casa, Spona, Los, Laborde, Lamote, Poey, Marca, Tisnee, Fenario, Gillot et Gasenave, Ions touts assemblats et tractans deus affars extraordinaris etoccurens perlatuition et deffence deu présent pays et conservation de l'autoritat de Sa Majestat, et considerats lous esforts qui se t'en de toutes parts fore lou présent pays, ab intelligence de plusiours personnadges, et que per y prouvedir es besoin Ihevar augunes sommes suus lous personnadges quiauran commoditat d'en fournir et per aqueds metter en mààs deu tesaurer de la dite Dame ou de son commis, per la solde de las compagnies ordonnades per la deffence que dessus, juus bonne assegurancc et rescription, qui en sera autrejade aux dits personnadges suus lous biens et domany de la dite Dame, tant deu principau que intérêts. Restât que. touts et chascuns dinars qui se troubaran tant en mààs deus bourges que autres negociadours, en lou présent pays, sien habitans ou estrangers, seran arrestats et incontinen metuts en maas deu tesaurer, ou son commis, per estar emplegats à las tins que dessus, et per assegurance de toutes et chascunes las sommes qui seran per so dessus recebudes, sera baillade assegurancc aux dits personnadges et ehascun de lour respectivamens suus touts et chascuns lours biens, qui après sera avisât plus commode per lous dits marchands, et rescription suus lou dit tesaurer ou son commis, tant per lou pagamen deu principal que deus intérêts, deus purmers diners qui seran et prouviendi'an deu dit domany, ab assignation que entro au pagament de la somme principalle, lous intérêts dequere seran pagats cheins difficultat per lou dit tesaurer, et au raedix

tesaiirer lais pagaiiieiis autreyats et passais en la despencc de sons comples. Actum à Pan, en Ion Conseil, Ion dit jonret an. D'Ai{Hus, G. Di-: Lavigne, signés snr le registre.

104. — Lettre de Vddvocat général à Af'' Vévesque [sur des restitutions de bétail]. Monseignenr. Ayant entendu par ce porteur que desirez seavoir de moy nouvelles sur le fait des marchands d'Ossau, Aspe, Barétons, et autres de ce pays, qui ont souffert jacture de leurs biens qui ont esté pris par commandement de M. de Monluc, vous avertis que certains personnages des dits vais et autres sont venus présenter au Conseil requêtes aux tins qu'ils eussent quelques moyens et remèdes convenables pour leur estre restitué à chacun le bien qui a esté prins, signantement le bestail gros, qui valoit plus de deux cents mil escus, ainsy qu'ils disent, ausquelles requettes ils n'ont eu appointement que au préalable ne soit enquis sommairement de la pulilication et exécution de l'édict du dit seigneur de Monluc, par lequel il declaroit touts les Béarnais, qui seront trouvés en son gouvernement de Guienne, prisonniers de bonne guerre jusques a tant que par le Pvoy de France autrement y sera pourveu ; sur laquelle provision les sindicqs du pays, joints avec Messieurs les advocats et procureurs généraux de la Beyne, ont commence d'enquérir de la publication et exécution du dit édict. Nous n'avons autres nouvelles par deçà qui méritent vous estre escrittes là-dessus pour la fin de la présente, après avoir prié [Dieu], Monseigneur, vous augmenter ses saintes grâces, me recommandant très humblement aux vostres. De Pau, ce 15 février 1068. Yostre très-humble serviteur. De S. Cricq (1). A Monseigneur, Monseigneur de Lescar.

105. — Lettre à Monseigneur de Lescar [sur les projets de Jeanne d'Aibret]. Monseigneur. Ce jourd'huy est passé icy un messager des parts de la Beyne allant devers M'« de Grammont et d'Arros, leur porter lettres de sa Majesté, laquelle, à ce que le dit messager nous a assuré, se porte fort bien, comme le sont aussy Monseigneur et Madame, ses enfans (2); et aussi qu'elle estoit allée

(1) Sans doute Bernard dn Saint-Cricq, reçu conseiller le 13 novembre l."')7(l, à la place de J. de (lassion. {'l) Henri et Clatlierine.

à l'assemblée des princes à Niort (1) pour résoudre ce qui leur convient faire et que cependant Sa Majesté envoyé des grandes forces de par deçà, pour garder son pays et son peuple d'oppression, et l'a dit non pas pour l'avoir ouy dire, mais pour avoir laissé et veu les compagnies près Bergerac pourparler avec Monsieur de Monluc. Et par ce que nous vous assurons, ne vous sçaurions mander nouvelles plus agréables, estant vous sy prochain de Sa Majesté et qu'avez désiré toujours, comme le faites, son bien, repos et accroissement de sa grandeur, avons député Messieurs de Laborde et de Tisnées, les conseillers, pour les vous apporter avec cette présente, ensemble pour vous monstrer et supplier de quelque chose pour son service et vostre et bien publicq, vous priant les croire comme venans de ceste compagnie qui est entièrement atTectionnee à vous faire service, d'aussy bon cœur que saluons vos bonnes grâces et prions le Sauveur du monde, Monseigneur, vous donner en parfaite santé, longue et heureuse vie. De Pau, ce premier février 1568, vos humbles et affectionnés serviteurs, les gens tenans le Conseil de la Reynesceant à Pau. DeSalette(2). L'original (3).

A Monseigneur, Monseigneur de Lescar.

106. — Autre lettre. [Uévèque est convoqué à Lescar pour la défense du pays]. Monseigneur. Estants assy assemblats per la conservation deu pays, nous, au nom et pregaries de la plus grande part de la noblesse, abem voulut escriber la présente, per vous pregar que per la conservation deu pays, vous vous bouillais troubar dimerx au see, qui es lou 13 deu présent mes d'avril, ou lou quatorze, à disnar en la ville de Lescar, per conferir deus affaires qui se presenten, vous pregan de nobeig, per lou bien deu pays, non bouillats faillir à estar l'un deus dits jours au dit Lescar, pregan Diu, Monseigneur, que vous donne sa grâce, et me recommandant bien à la vostre. De Boudes, aquest dimars matin,

(1) C'est-à-dire l'armée des Princes de Condé et de Navarre. Elle se trouvait, en décembre 1568, avec l'amiral de Coligny, à Niort, où la reine de Navarre les vint trouver. « On résolut, disent les Mémoires de Tavannes, de vendre et engager le temporel des ecclésiastiques pour subvenir aux affaires de leur parti. » Niort est leclief-lieu actuel du département des Deux-Sèvres.

(2) Le président Jean de Salettes, qui mourra en juin 1571. Ne pas oublier que février i5()8 est, en réalité, 1.5(i0.

(3) Sic.

12 d'avril 1569. Vos plus obeissens compagnons. Signats à Toriginal. Lou sencchal baron de Gcrderest, baron de Na vailles, cl de Luger, scindicq de Bcarn (i).

A Monseigneur, Monseigneur de Lescar.

107. — Extrait des Registres du Parlement [sur les impôts des greffes]. Vistes las reqiiestes presentades per M*'» Pees de Lajusan et consorts, rendadours deus greffes deu Conseil de la crampe criminalle et cour deu senechal, notaris, pedanes, et aussy deus fermiers de las baylies, peadges, pontadges et capsoos, lous touts supplicans à M. de Tarride, loctenent gênerai, per obtenir rebaix de las sommes per luy distreytes (2) per estar deu tout aquitats, et aussy la requeste deu sindicq deu pays, procédure feyte per Me Jean de Bordenave, conseiller et commissary, et lou diser deus procurary gênerai et sindicq deu pays : Restât lou Conseil es d'avis que lous rendadours son tienguts de pagar au prorata deu temps qui lour an jouit integramen deus esmolumens deus dits greffes, sçaber despuix lou jour et teste de la Toussaints proche passât, seguien lous termis et contenguts de lours obligations, suus so per lous dits greffiers autrejades. Aussy lous semble que lous dits greffiers deben estar quittis de tout so qui lour pouyre estar demandât per lous mees d'avril, may et juin, que aussy per lou présent mees de juillet, attendut per la incommoditat de la guerre, notoriment appar que lous dits greffiers son estais privais deus esmolumens deus dits greffes pendent lous dits quoatte mees. Et neaiimeins, attendudes las urgentes nécessitais et que lous dits greffiers eren tienguts pagar à termis desja passais so que lous pot toquar per raison deu dit mees de may, deben estar constrets à pagar so que deben et estar compellits de avancar so que lous toque per lou mees d'aoust prochain venentetadjustan lou dit mees de may ab lous très d'aoust, septembre et octobre prochains venens, lous dits quoatte mees ensemble joints fasent lou darrer pacq. Lous dits greffiers pagaran lou compliment intègre deu dit dairer pacq, à la teste de Saint Miqueu, prochain venent, à la charge que lour continuaran l'exercicy deus dits greffes et y faran touts actes

(1) Ce sont les chefs du p;irti ciitlioiique. Sans doute, le pauvre évèquo donnait des gages aux deux partis. Le baron de Navaiiles (tait Henri de Peyre.

(2) Dans le texte " [)er lour distrest ».

reqiierits entro à la fin de la présente anneye. Et per lou regard deus fermiers de las notariés, cours pedanea, etc., etc., Ions dits fermiers deben pagar lous pacqs entro à présent escaduts, cheins prejudicy de se retirar en Conseil per estar enquérit deus damnadges qui pretenden aber patits à occasion de la guerre per après lour estar feit rebaix suus lour darrer pacq ainsy que de rason. Feit à Lescar, lou 24 de jener, 1569 (1).

108. — Lettre de Tarride à M. de Lescar [au sujet d'un blessé]. Monseigneur. Parce que Thomas Dagien. pauvre canonier, a esté blessé en faisant service au Roy et qu'il a esté constraint à séjourner en quelque lieu pour se faire guérir, attendant que j'aye quelque plus grand moyen de le récompenser et qu'on aye averty le Roy, je vous prie luy vouloir faire donner nourriture en vostre maison, car outre que fairés au nom de charité, je ne faudray aussy à faire entendre à Sa Majesté avec la bonne atïection que vous avez à son service, qui, pour la fin de la présente, après m'estre recommandé bien humblement à vostre bonne grâce, prie Dieu, Monseigneur, vous donner sainte, longue et bonne vie. De Pau, le 28 avril 1569. Vostre bon et aftéctionné amy à vous faire service. Tahride.

Et au dessus. A Monse'ujncnr, Monseigneur de Lescar, à Lescar.

109. — Extrait des registres du Parlement. A Pau, lou 30 de juillet 1538, per Messieurs d'Escure, Neys, Marca, Poey, Candau, fou visitades las pesses produsides per devant Messieur de Foix, comme députât per lou rey à la construction et bastiment deu fort qui s'en fé en la ville de Navarrenx, per part de Jeanne de Fargouries, habat de Suus et hereters deTaillac, touquant la réparation et la estime (2) de la dite mayson sie deliuradeà la dite Joanne, Ion r (3) au préalable empero se obligan baillar fermance sufficiente de restituir et tournar talle estime et diners, quoan per justicie sera ordonnât, et de estar a dret complir et pagar, toute cause connegude et judjade. entro la dite somme, et qu'aquets (4) pretendens aber intrests à la dite estime, perseguiran et demandaran loiirs

(1) Janvier 1570.

(2) Dans le te.\te « de la estime ».

CÀ) Dans le texte « luy ».

{\) Dans le texte « quagen ».

lins per justicie ordonnar ciiin bon et vist loar sera. A Pau eu Conseil, lou dit jour et an.

110. — Tableau des proscrits, public le 9 novembre l.~69 (1). Lou 9 de nouvemljre, à Pau, en Conseil, fou vistes las sentencies pujjjiquades contre Messieurs Claude Regin (2), evesque d'Oloron, \P' Joaii de Bordenave (3), Hieronim de Marca (4), Bernard de Poey (5), Guilhaunie Laborde (6), Frances du Puy (7), conseiller cydaban de la Régine, Armand de Gontaud, S"" d'Audaus, senechal qui soûle estar de Bearn (8), Bernard de Gastesbaiq, baron adventicy de Navailles (9), Gabriel de Bearn, l)aron de Gerderest (10), Valentin Domasan, baron de Moneing (11), Joan de Vielepinte,

(i) Voici un document qu'on peut qualifier de tout premier ordre et inconnu jusqu'à ce jour. Quelques noms sont mal écrits, mais la plupart peuvent être idendifiés. Cf. Procès-verbal de la ferme... à Morlaàs, etc., p. xix.

(2) Claude Regin passa en Espagne d'où il revint à Vendôme; il y mourut vers 1595.

(3) Jean de Bordenave, nommé président du Conseil souverain par le parti catholique.

(4) Jérôme de Marca, grand-père de l'historien du Béarn.

(5) Bernard de Poey revint en grâce, car il est remplacé le 5 novembre 1576 par Bernard de Saint-Cricq, comme conseiller, d'après VÉtat des officiers souvent cité.

(6) Guillaume de Laborde fut remplacé en 1576 par Jean de Boeil. 11 est mentionné par l'historien Bordenave, p. 131.

(7) François du Puy sera un des nouveau.v membre^ du Conseil souverain établi par Terride. Les deux frères du Puy ou du Poey étaient de Lescar. Il y avait deux frères, François et Jacques. Ce dernier fut pendu par ordre de Mongommery le 24 août 1569 avec le chanoine Bertrand de Latorte. Leur sœur, Bernardine, était alors veuve de l'avocat Martin de Lacu. Leurs biens furent saisis et confisqués. A'oir notre travail La Réforme en Béarn, publié en 1896 dans les Arch. /u',s<. de la (lirunde (tir. à part, p. 21) et Bordenave, p. 281.

(8) Personnage très connu et variable. Après avoir été catholique très militant, il devint lieutenant général dii Béarn en 1.584. Cf. Les lIt<(jue)iols dans le Béarn, p. 99.

(9) A identifier.

(10) Massacré à Navarrenx avec les autres seigneurs catholiques en août 15(i9.

(11) V. de Domezain, capitaine catlH)li([ue basque bien connu. Bortlenave cite ses hauts faits, p«.s,si>».

baron de Gayrosse (1), Charles, seigneur et baron de Luxe (2), Jacmot de S'« Colonie, seigneur d'Esgoarrebacque (3), Jacques, son purmer fils, Tristan, abat de Sauvelade, son autre fils (4), Antony de Montesqiu, seignour de S'^ Colomnie, capitaini Bernard de S'" Colomme, son fray (5), Henri de Navailles s"" de Peyre (6), Guy de Gohas, son gendre (7), Frances de Bearn, dit lou capitainy Bonasse (8), Frances de Meriteing (9), Frances de Lassalle, s'' de Candau (10), Pierre de Lassalle, son fray, Antony s^ de Suus (11),

(1) Ce baron de Gayrosse, J. de Viellepinte, est mentionné par Planté dans son ouvrage sur la Baronnie de Gai/rosse. Cf. Bull, de la Soc. de Pau, t. XIX, p. 67. II est en Béarn en 1571 et vend la baronnie en 1582. Ihid.

(2) Charles de Luxe, chef catholique basque très connu. Cf. tous les auteurs du temps et surtout Les Hiujuenots dans le Béarn.

(3) Jacques, père des deux suivants. On ne dit pas ce qu'il devint.

(4) Les deux fils de Sainte-Colomme furent tués au siège de Tarbes, raconte Bordenave, p. 303.

(5) Antoine, fils d'Imbert, va à Tarbes en 1587, Bernard est gouverneur de Metz en 1582. Voir leurs notices dans Les Huguenots dans le Béarn, pp. 50 et 127, et Les Huguenots en Bigorre, pp. 205, 238 et 278. Il est facile de se tromper sur la parenté des Sainte-Colomme. D'après Les Huguenots en Bigorre, Antoine de Lomagne, seigneur de Sainte-Colomme, fils unique de Jean-Thomas et de Mengette de Sainte-Colomme, fut massacré à Navarrenx, le 25 août 1569. Ses biens passèrent aux Montesquiou sur la tète d'Imbert, son cousin germain, d'Antoine et de Bernard de Montesquiou. Il s'ensuit que les Sainte-Colomme, de Béarn, tués au siège de Tarbes, étaient d'une autre branche.

(6) Gouverneur de Pau, établi par Terride. On lui reproche le meurtre de plusieurs protestants de marque. Il parvint à s'enfuir après les victoires de Mongommery. Henri de Navailles, seigneur de Peyre et d'Arbus, était marié avec Michelle de Courcelles, qui fut obligée de quitter le château d'Arbus. Leurs biens fui'ent confisqués et vendus. Cf. La Réforme en Béarn dans les Arch. Hist. de la Gironde, de 1896. Henri de Navailles, seigneur de Peyre, ne fut pas tué sous le pont de Hagetmau par le capitaine Saint-Lizier, comme on fa écrit. Il mariait sa fille, veuve de Guy de Gohas, massacré à Navarrenx, avec le baron de Méritein-Lagor, le l''i" janvier 1.573. Voir Les Huguenots dans le Béarn, p. 59, n. 1.

(7) Massacré à Navarrenx.

(8) Tué au siège de Tarbes.

(9) Ce Méritein s'était marié en pays basque. — Voir sur (iohas, Arcli. B.-P., E. 1489. — Voir la supplique d'Anne de Domezain, veuve de François de Méritein, et les lettres de grâce du 16 avril 1571. Ihid., B. 2187.

(10) Massacré à Navarrenx.

(H) .\ntoine (iabriel, massacré à Navarrenx.

loLi capitainy Salies ( l ), Forpelat, s"" de Laas (2), Messieurs Joan, S"" d'Ydron (3), Lanusse s'" de Maillon (4), Caubios (5), l'abbat d'Eslayou (6), loii puriner fil h deu s'" de Danguin, abat de Lendresse (7), loii cadet de Baure (8), Bertrand de Miossens (9), s"" de S. Faust (10), son fray, lou protpnotari Cassagnère (11), Soler, abat d'Eslorenties, Soler, son fray, lou rectour (12), Cofite (13), abat de

(1) Massacré à Xavarrenx.

('2) Peraniaïul de Forpelat, tué à Oloron, cité par Bordenave, p. 196. (!3) Jean d'Idron, chanoine de Lescar, tué au siège de Tarbes. Ibid., p. 303.

(4) Meillon, commune de Tarrondissement de Pau. Antoine de Lanusse eut ses biens confisqués. Les Huguenots dans le Béarn, p. 91.

(5) Le seigneur de Caubios, réfugié à Toulouse, est indiqué comme absent et fugitif dans le Procès-verbal de la ferme... des biens de Lescar, Caidiios, etc. Arch. B.-P., B. -lUii, et Arcli. Hist. de la Gironde, XXXI, p. 54 du tirage à part. Sa femme, Jeanne de Brualh ou Bonal, était encore à Caubios le 16 mars 1570. Ibid. et p. 53.

(6) Jacques de Minvielle, seigneur d'Eslayou, ibid., p. 8. Jean de Soulenx, seigneur d'Eslayou, de Lescar, était dans le même cas; Procès-verbal de la ferme... à Morlaàs. Toulouse, Privât, Bibl. mèridion., t. VI, in-8o, p. 44.

(7) Denguin, commune du canton de Lescar. Lendresse, du canton de Lagor. Nous n'avons pas de renseignements sur les deu.x personnages mentionnés ici.

(8) Le château de Baure est à Sainte-Suzanne.

(9) Bertrand de Miossens, seigneur de Samsons, lieutenant du seigneur de Peyre, gouverneur de Pau. Ses biens furent confisqués. Les Huguenots dans le Béarn, p. 86, et Arch. B.-P., E. 340.

(10) Il doit y avoir une faute de lecture, car c'étaient l'évêque et le chapitre de Lescar qui étaient seigneurs de Saint-Faust.

(11) Les deu.v frères étaient Bernard, seigneur du lieu de Peyrelongue, et Gratieii, <: dit lo coledjat ». Leurs biens furent confisqués. Voir le Procèsverbal de la ferme... à Morlaàs, Lembeije, etc., p. 155, la procédure faite, pour la forme, de ces biens ; nous y parlons à tort, en note, des lettres de grâce de Bernard. Le « protonotaire » était le collégiat Gratien.

(12) Bernard de Soler, absent et fugitif, ibid., p. 86. Ses biens sont vendus. ibid. Sa femme était Anne de Candau, p. 237. Ses lettres de grâce sont ibid, à la p. XXVI. Jacques de Soler était curé de Sedzère, ibid., p. 129. Les deux quartiers principaux .sont Eslourenties, daban et darrer.

(13) Les membres de cette famille étaient Gauthier, Domenge, curé de Lucarré et Labatut, Pierre, Catherine et Madeleine. Gauthier s'était enfui. Domenge, curé, très vieux et boiteux, était encore là en 1570. Passim au Procès-verbal déjà cité.

Lucarre, Abère (i) Joan de Sulis (2), mandata Labadie(?) l'abat de S^ Armo (3), l'abat d'Arrien (4), Bernard de Pées de Labarthe (5), frays abats de Barinque (6), S' Martin d'Abos (7), l'abat de Sinceu (8), Badet de Lucq (9), Lartet s'' de Labeyrie (10), l'abat de

(1) Johaiinot de Gauna, seigneur d'Abère, tué au siège de Navarrenx, dont les biens furent confisqués; la vente eut lieu à Abère le 10 mars 1570. Cf. Proci-s-verbal de Morlaùs, p. 51.

(2) Le capitaine catholique Sus, massacré à Navarrenx, s'appelait Antoine- Gabriel. Un autre capitaine catholique, Sus de Bougarber, est aussi mentionné par Bordenave, p. 202. Peut-être s'agit-il ici du dernier, cité encore dans le Procès-verbal de la ferme... à Mo)'Iaas, p. 209. — 1! y a ensuite des fautes de lecture.

(3) Dans le texte « debaig de S. Armo » que nous corrigeons en l'abat. Arnaud d'Abbadie, abbé de S. Armou, est cité dans le Procès-verbal de Morlaùs, p. 92.

(4) La cure d'Arrien (canton de Morlaàs) fut affermée, dit le Procès-verbal, souvent cité, mais on ne parle pas de l'abbé laïque.

(5) A voir ce texte, on se demande s'il ne faut pas lire : « Bernard et Pées de Labarthe.

(6) Les deux abbés de Barinque (canton de Morlaàs) étaient Bilhére et son frère, Pierris, « abscentz et fugitius », dit le Procès-verbal de la vente de leurs biens, p. 24.

(7) Il y a deux Abos, de Monein et de Lembeye. Nous ne savons pas d'où était le proscrit.

(8) Simpceu, ancienne paroisse, commune de Lasclaveries, dans le canton de Thèze. Le Procès-verbal des saisies nous révèle le nom de cet abbé laïque, Odet d'Abbadie, « ung. deus d. conjurais », et de N. F. de Bordenave, sa femme, pp. 19 et 20.

(9) Badet, de Lucq. Ils y étaient nombreux et apparentés à ceux de Monein. Nous n'avons pas les éléments nécessaires pour identifier celui-ci.

(10) Les Lartet étaient d'Orthez. La mère de notre grand Marca était Catherine de Lartet, fille de Bernard de Lartet, seigneur de Labeyrie, et d'Isabeau d'Abbadie. Voir nos Documents sur Marca et sa famille, dans le t. XXXIX du Bull, de lu Soc. de Pau, au nom de Lartet.

Vignertes (1), Nostiu (2), Soncolan (3), Bordes (4), Sentabit (5), Visanos, capitaine (6"), Giiillafort, capitaine (7), Arrac capitainy (8), Pierre, ca[)itainc (H), Arnaud Gazenave (iO), de Riiignein, Arnaud de Lacondie (Il ), Manescau, de Nay (12), Montant, de Bielle (13), Sabatter (14), Précillon (IT)), Aren(16\ LalVargue, juge d'Ortès (17),

(i) Vignerto, aljhaye laïque do Saucède, canton d'OIoron.

("2) Xousti, commune du canton de Pau-est. Le seigneur Candau de Lassalle d'Assat, massacré à Navarrenx, y avait des biens. Rôle des saisies par Fenario. Les Hiujuoiots dans Je Béarn, p. 00.

(3) Nom mal copié. Peut-être Sainte-Colomme? La saisie est indiquée ibid. p. 88.

(4) Impossible à identifier. Peut-être du canton de Nay, ihid. p. 84.

(.5) Saint-Abit est un village du canton de Nay. La maison du curé fut saisie. Cf. Les Hugitenols dcDis le Béavn, p. 89.

(6) Le capitaine Rizanos nous est inconnu. Les Yigneau étaient seigneurs du lieu.

(7) Raymond d'Ostabent, dit le capitaine (luilliassot (et non (luilbafort), est cité par Tbistoi-ien Rordenave, p. 305, Les Huyuenols dans le Béarn, et noivo Procès-re}'hal de la ferme... à Morlaàs, etc. Sa maison seigneuriale était à Gerderest, où ses biens furent confisqués et vendus, pp. 01, 159, ainsi qu'à Juilhac, p. 07.

(8) Le capitaine Pierre d'Arrac, de Gan, dont la mère fut Gratienne de Lugéi", était le frère d'Arnaudine d'Aifl'ac, femme de Jérôme de Marca.

. Les Huguenots dans le Béarn, p. 88, et surtout nos Documents sur Marca .f>l mr sa famille, dans le Bull, de la Soc. de Pau, t. XXXIX (et tir. à part,

p. 49). il était marié avec Catherine d'Abbadie, de Maslac([. (9; Le capitaine Pierre du Tilh, d'abord protestant, puis catholique,

appelé tout court « le capitaine Pierre » par Bordenave, p. 132.

(10) Rugnein, village à côté de Navarrenx. Il y avait, en 15(51, un Pierre de Gazanave, marchand à Navarrenx, dit Rordenave, p. 130, note 0.

(11) Ce nom a sans doute été mal lu.

(12) Nom bien béarnais, personnage inconnu.

(13) Raymond, dans son édition de Bordenave, p. 246, note 3, nous apprend que les biens de Montant furent confisqués. Arch. B.-P., 2154, p. 11, E. 1739, 18.59.

(14) Inconnu. A moins que ce ne soit un qualificatif de profession « cordonnier ».

(15) Précillon, commune voisine d'OIoron. Johannot de Luger était seigneur de Précillon. Ses biens furent confisciués. Voir nos Docum., 1, p. 153.

(1(3) Nous ne connaissons pas les seigneurs de Geus et d'Aron. Les inventaires des saisies dans, ces paroisses ont disparu.

(17) Il est beaucoup question de M" Pierre de Lafargue, juge d'Orthez, dans l'enquête sur B. de Coulomme, relative à la prise de Salies par les catholiques. Voir nos Documents, t. I, pp. 173-177.

Luger, scindicq deBéarn(l), Sorberio(2), Narbeja(3),SLipei'santis(4) et Lataste (5), advocats, de Lapadu (6), procurayre, Rospide, jurât de Navarrenx (7), Gramont, jurât de Morlaas (8), Se m mol un (9), jurât de Sauveterre, Gasenave, abbat de Lareule (10), Laclau (11), officiai d'Ortes, Lartet (12), de Luger (13), canonges, Abbadie, rectour de Barcus (14), Lassalle, Moto, Pausader, Garsusan, Marsiens

(1) Martin de Luger, l'un de nos plus grands partisans catholiques, dont le nom et les faits se trouvent partout dans les documents de l'époque. Il fut syndic des États de'Béarn.

(2) Bernard de Sorbério, de Lescar, avocat, dont parle Bordenave, p. 254, et dont nous avons publié l'inventaire et la saisie des biens, Dociim., I, p. 137. Son valet, Raymond de Pérer, le trahit amplement.

(3) L'inventaire de la saisie des biens de Mo Jean de Naiberia à Oloron, le 22 décembre 1569, est indiqué dans nos Docmn., I, p. L53.

(4) Jean de Supersantis, l'avocat et le partisan catholique de la vallée d'Aspe, est partout mentionné dans les récits du temps. Nous verrons qu'il mourut assez vite après 1569.

(5) Un Lataste était capitaine huguenot, d'après Bordenave, p. 303; donc pas celui-ci.

(6) Lapadu est un nom de Salies, mais nous n'avons trouvé nulle part mention de ce personnage.

(7) L'inventaire des saisies de Navarrenx est perdu.

(8) Johanolou de Gramont est bien connu. Voir notre Procès-verbal de la ferme... à Morlaàs, etc. Il fut gracié, ibid., p. xxx, note 1, el; Arch. B.-P., B. 2173.

(9) Ce nom a été manifestement estropié.

(10) La Reule, commune du canton d'Arzacq; abbaye bénédictine fondée en 977. Il s'agit certainement ici de l'abbé laïque. Autre La Reule en Bigorre.

(11) Bernard vie Laclau, curé de Saint-Pierre d'Orthez et officiai, alla à Salies, commissionné par Terride, pour y rétablir les autels. Enquête, déjà citée. DocAim., I, p. 194. Plus tard, il oublia sa vaillance, renonça à sa foi et retourna à Orthez où il devint avocat. Poeydavant, Hist. des troubles, II, p. 16 (in-8o, Pau, Tonnet, 1819).

(12) Tristan de Lartet, chanoine de Lescar, un des chefs catholiques, qui se réfugia à Toulouse. Yoir l'historien Bordenave, pp. 127, 128. C'était un oncle ou grand-oncle maternel de Marca.

(13) Arnaud de Luger. Cf. Le Protestantisme en Béarn, p. 389, eVArch. B.-P., E. 1286, fo 296.

(14) Barcus est en Soûle, alors pays de France, et non de Béarn, ni de Navarre. Ce curé avait dû suivre Luxe ; on ne pouvait pas le poursuivre hors du Béarn.

et Poey (i), canonges, Lagnant d'Anoye (2), Gestas de Pochan (3), obrer et lou cardayre Moreu, Carosse et Pistolet (4), Joan et Antony de d'Esporry (5), Lassalle de Sansoii (6), Tausiet (7) d'Oloron, Tasta de S'"' Marie (8), Petreigne, apperat lou capitani Posquite (9), Poyane de S'--- Marie (10), Golomer de Precillon (II). Et restât, en interinen (12) las lins deii procurayre gênerai, a unit et incorporât touts lous biens saisits, appartenents aux dits personnadges, au patrimony de Sa Majestat, et ordonnât que dorsenavant lous dits biens seran regits de la mediche sorte que lous autres biens de Sa dite Majestat per son tresaurer ordinary deu présent pays,auquoal sera baillât double de las dites sentencies et procédures en bonne forme, et aqueres pourtades en la Crampe de Comptes per lou procurayre gênerai, aux fins y estar enregistrades en la medicbe forme que tous autres biens deu patrimony de Sa dite Majestat. Actum à Pau, en Conseil, lou dit jour et an.

(1) Tous noms inconnus. Carsuzan et Jean de Poey étaient clianoines d'OIoron. Voir Bordenave, pp. 127, 128. Marsiens (?).

(2) Anoye, canton de Lenibeye. Le nom du proscrit a été mal lu.

(3) Mauvaise lecture, certainement du nom de résidence de cet ouvrier, cardeur de laine.

(4) Moreu, Carosse, Pistolet, des inconnus.

(5) Bordenave raconte, p. 248, que Jean Despourrin dOloron fit massacrer les ministres de cette ville, Bertrand de Ponteto et Antoine Buisson.

("fi) La Salle de Sanson, inconnu. Peut-être faudrait-il v et S^insons ».

(7) Tausiet, inconnu.

(8) AVamanet de Tasta, avocat catholique très actif dont Bordenave parle beaucoup, p. 113. 11 souleva Oloron contre les protestants, p. 126.

(9) Peut être deux noms. Bordenave parle du cordelier Pesquitez, qui excita une sédition à Oloron, p. 131.

(10) Inconnu.

(11) Un Colomer était conseiller en 15.52, d'après le Bulletin de Pau, t. XXXV, p. .52.

(12) Dans le texte « intervienen » qui n'a aucun sens. Nous avons corrigé ainsi : « En entérinant les conclusions du Procureur général. »

— \bî —

111. — Ordonnance de Terridc, étahlisi^anl un Conseil do justice. Antoine de Lomagne, seigneur et baron de Tarride, viscomte de Gimois (1), chevalier de l'ordre du Roy, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, Heatenant général, chef et conducteur de l'armée par Sa Majesté ordonnée pour la protection (2) et sauvegarde du pays de Béarn. à tous ceux qui ces présentes verront, Salut. Sçavoir faisons que comme à l'occasion des troubles de guerre* qui ont duré en ce pays, l'exercice de la justice aye cessé jusques à présent, lequel est (3) nécessaire pour contenir le peuple en honnesteté de vie et bonnes mœurs, empèclier les offences des uns et des autres, châtier et punir les vices et attribuer à un chascun ce qui luy appartient, d'où dépend l'union et concorde publique et l'obéissance deue aux supérieurs et la conservation des monarchies, et qu'il soit dangereux que de la cessation du dit exercice adviennent tous les maux. Pour ce est-il que nous avons ordonné et ordonnons que désormais le dit exercice de justice sera ouvert et continuera au dit pays, suivant les anciens foors, privilèges et coustumes. Et d'autant que par iceux pour tenir le Conseil est précis et statué le nombre de sept conseillers, voulons et déclarons que M'' Jean de Bordenave, Fortis d'Espona, Guillaume Laborde, Jerosme de Marca et François du Puy (4), conseilhers du dit Conseil, continuent l'exercice de leurs estats, vaquent et procèdent à l'instruction et jugement des causes et matières, selon la forme establie par les dits foors et coustumes. Et, pour faire le dit nombre, avons, à la nomination des sus nommés, commis et créé par provision et jusques à ce qu'autrement par Sa Majesté en soit ordonné, maistres Bernard de Sorber et Pierre Arbusio (5), docteurs ès-droits, lesquels sept conseillers seulement tiendront doresnavent le dit Conseil, fairont et rendront

(1) Dans le texte « (Tuirriet »; mais Bordenave donne la bonne leçon, p. -218.

C2) C'est de là que rarmée de Terri de fut appelée « la protection » et celle de Mongommery « le secours ».

(3) Dans le texte « soit ».

(4) Tous ces personnages nous sont connus; mais non pas ce document. Bordenave lui-même, p. 254, est incomplet.

(.")) Voir BonDENAVE, Hist. de Béarn, p. 254.

droitetjiistice, comme appartiendra, et toutainsy qu'anciennement estoit acconstumé. Donné au camp devant Navarrenx, le sixième juillet 1569. Signé, Tahrihe. Et plus bas, Chirouse (1). Lecta et publicata, lou i:) de juillet 1569.

112. — Ordonnance de Tcrride )wm/inant Jean de Supcrsanlis, pt'ocurcui' (jùnùral. Antoine de Lomagne, seigneur et baron de Tarride, viscomte de Gimois, chevalier de l'ordre du Roy, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, lieutenant général, clief et conducteur de l'armée par Sa Majesté ordonnée pour la protection et sauvegarde du pays de Béarn, à M^ Jean de Supersantis, docteur es droits. Salut. Comme, à cause des troubles et guerres. Testât et ofllce de procureur général de la Reyne, dame souveraine de ce pays de Béarn, soubs la protection du Roy, soit vaquant, nous conlians de vos sens, suffisance et fidélité, litérature et expérience en droit et pratique, par le bon rapport qui nous a été fait par plusieurs notables seigneurs et gentilhommes du dit pays et gens du Conseil ordinaire, vous avons commis et ordonné pour tenir et exercer le dit estât de procureur et advocat général, et ce par provision et jusques à tant qu'autrement par Sa dite Majesté soit ordonné. Sy donnons en mandement aux gens tenants le dit Conseil que, pris et receu de vous le serment requis, vous instituent en pocession du dit office, vous faisant jouir d'icelluy. En foy de quoy, vous avons fait expédier ces dites lettres signées et scellées de nos seing et armes. Données au lieu de Lucq, le cinquième juillet 1569. Signé Tarride. Et plus bas, Chirouse.

Lou 19 jour de juillet 1569, lou dit ('2) Supersantis feust receu après avoir preste le serment requis.

113. — Lettre de Tarride (3) à Vévesquc de Lescar. [Convocation des États à Bugnein.] Monseigneur. Pour ce que j'ai mandé au premier d'aoust prochain assembler au lieu de Bugnein (4), une bonne partie des principaux habitans des trois Estats du présent pays, je vous prie, comme estant des principaux, vous y vouloir trouver pour entendre ce que j'ai à vous remoustrer, tant en général qu'en particulier, concernant le bien et profit du pays, et au cas vous ny pourriez venir, envoyez votre viquaire ou autres ayant charge de

(1) Dans le texte « Lhirouzc ». Bordenave, p. 219.

(2) Dans le texte, cette phrase est ainsi écrite moitié en béarnais. (iH) Le texte dit toujours « Tarride ».

(4) Petit village, à côté de Navarrenx.

*voiis, espérant que ny faudrés. Je me recommanderai de bien bon c(Diir à vostre bonne grâce, priant Dieu, Monseigneur, vous donner en santé longue et heureuse vie. Du camp devant Navarrenx, le 27 jnillet 1569, Vostre bien bon et afTectionné amy, à vous faire plaisir et service, Tarride.

A Monseigneur, Monseigneur de Lescar.

114. — Ordonnance de Terride pour sai!:iir les biens des réformés fugitifs. — Que tous biens de las gens de la religion pretendude qui non an recebut la protection deii Rey, que aussy dequets qui, après l'aber recebude, s'en son ajjscentats et renduts fugitifs, restreignen (1) lou beneficy de (2) la dite protection, seran saisits et arrestats(3) per lous commissaris per nousad aqueres fins députais, sy feyt non an, lousquoals reinetteran (4) lou régime deus dits biens en maas de personnadges fidelles et responsables. Et tais dits commetuts faran amassar lous fructs dequets et touts autres qui, de lour autoritat privade ou autrement, an palpât lous biens deu paferimony et domanyde la Régine, Dame souviranne deu présent pays, juus la protection deu Rey, et deus dits rebelles, portar et tremetter devers lou Conseil, fens très jours, après la publication de las présentes, lous procès verbals, rollous, inventaris et denom- ])ramens dens dits biens per lour saisits, à peine d'estar punits ; et per obviar que, en recueillin lous fructs deus dits biens, y nou sie commettut abus ny larcin per lous collectours, es enjoint au.x commendataris y tenir Toeilh, et d'autant que plusiours deus dits rebelles auren lechat et abandonnât lours dits mouilhers et enfans chens aucun moyen de se entretenir, voulem que las gens deu dit Gonseilh pousquen deputar lous jurats deus locqs, ou autres commissaris que bon lour seml)lara, per y estar probedit, seguien la nécessitât et qualitat deus dits biens. Et quoant aux biens deus gentius et nobles qui sont à Navarrenx et autres locqs, portans armes, seran inventerisats et saisits, sy autrement non y es estât probedit, baillatsen commande per un deus seignours deu Conseil, ou autre commissary per lour députât, assisten ab kiy lou gouvernadour deus parsans ond lous dits biens son situats.

(1) Dans le texte « instreignin ». Le sens du mot à corriger est « méprisant ».

(2) Dans le texte « et ».

(:^) Dans le texte « annotats ».

(4) Dans le texte « romonstran ».

Et per loii regard deus biens deiis de la religion pretendude retbriiiade, qui se soîi sousmetiits jiuis la dite protection et sauvegarde et non an pourtat ny porten armes, ensemble de aqueds qui an ab nous capitulât, voulem et declaram que lour jouesquen deus dits biens deusquoals lour bailham manlhevade, en cas fossen saisits, déclarai! nulles toutes saisides qui en son et seran estades teites. Et affin que personne non y pretendie cause d'ignorance, etc. Feyt au camp daban Xavarren.x, Ion 8 de juillet 1569. Tarridi:. Et plus bas, C/(iro«se.

Lecta et publicata en audience publicpie, en Conseil, à Pau, luu 27 de juillet 1569.

115. — Ordonnance de Terridc siippriniant Ions les officiers de jndicalure prolcsianls. Antoine de Lomaigne, seigneur et baron de Tarride, chevalier de 1 ordre du Roy, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, lieutenant général, chef et conducteur de l'armée ordonnée par .Sa Majesté pour la protection et detlence du pays de Béarn, aux gens tenans le Conseil ordinaire de Béarn, sénéchal du pays de Béarn ou ses lieutenans. Salut. Nous, pour certaines considérations, par avis et délibération de plusieurs et notables seigneurs chevaliers, de l'ordre du Roy et autres de nostre Conseil, avons déclaré et ordonné n'estre permis aux advocats, leurs substituts, notaires et greffiers, estans de la prétendue nouvelle religion, faire exercice de leurs dits escrits et offices. Et ce par manière de provision et jusque à ce qu'autrement par Sa dite Majesté y soit ordonné. Et pour le regard de ceux qui se sont réduits ou se réduiront à la religion catholique et par leurs actions monstrant bon zèle, i)ouri'ont estre receus au dit exercice de leui's dits estais et oflices, comme par le dit Conseil sera avisé, vous inandans nostre présente déclaration faire publier et enregistrer et icelle faire observer. Donné au camp devant Navarrenx, le 16 jour de juillet 1569. Tarride. Et plus bas, Chirouse.

Lecta, publicata <à f*au, en Conseil, en audience, lou 27 de juillet 1569.

116. — Ordonnance de Jeanne d'Albrel nommant Mongommenj à la tète de ses troupes (I). Jeanne, par la la grâce de Dieu, Reyne

(1) Ce document, si important, e.st inédit et n';i jamais été publié. Voici quel titre on lui donne dans des Mémoires, aujourd'hui perdus : « Commission de la Reyne Jeanne, en date de La Rochelle, 10 juillet 1569, en faveur de .M. le comte de Mongomery, pour remettre le royaume de

de Navarre, Dame souviranne deBéarn, duchesse de Nemours, etc. A nostre très-cher et bien-aimé Mons'' le comte de Montgomery, salut et dilection. Comme il soit notoire à un chacun que les ennemis de cette couronne se soient, depuis peu de temps, avec les secrettes intelligences d'aucuns de nos subjets félons et rebelles, saisis et emparés de nos royaume et pays souverain et, avec force d'armes et toute voye d'hostilité, prins nos villes et châteaux et en icelles mis garnisons; assiégé et battu notre ville de Navarrenx, sur laquelle ils n'ont peu, moyennant la faveur et acistance de Dieu et de plusieurs nos bons et fidelles subjets estans dans icelle, rien entreprendre qu'à leur honte et confusion. Et davantage, ce qui nous revient à plus grand déplaisir, est la dissipation des églises réformées en nostre dit royaume et pays souverain, emprisonnemens des ministres et autres forces et violences dont les dits ennemis usent en toutes sortes de cruautés, lesquelles désirans, par l'aide et secours de l'armée chrétienne, estant de présent en campagne pour le soulèvement (1), et la gloire et honneur de Dieu et conservation de l'Estat et couronne du Roy Monseigneur, repousser, pour remettre nos dits royaume et payssoubs notre obéissance et au premier estât, nous, pour l'entière et parfaite confiance et asseurance que nous avons de vous, de vos vertus, prudence, dextérité, expérience et singulière alTection, vous avons commis et député, et par ces présentes commettons et députons pour, suivant la charge que vous avez de nostre très-cher et très-aimé fils, vous transporter en toute diligence avec les forces qui vous ont été données, en nostre dit royaume et pays souverain, et en iceux faire touts exploits d'armes pour chasser et deffaire les dits ennemis, pour réduire et remettre toutes choses en nostre obéissance, mestre garnisons et vivres en toutes nos villes, places et chasteaux, de sorte que la force vous en demeure, faire cliastier touts rebelles, félons, séditieux et désobéissans et qui, contre la fidélité qu'ils nous doivent, se sont élevés en armes avec les dits ennemis (2), et

Navarre et pays souverain de Béarii, sous Tobéissance de S. M. et punir les rebelles qui s'estoicnt révoltés, a voient pillé les églises réformées et emprisonné les ministres, s'estoient saisis des villes et chasteaux et même assiégé Navarrenx qu'ils n'avoient pourtant pu prendre. Lad. commission en français, publiée au Conseil, le i^'"' aoust 15(3!). » (V. I)i;hau.\t, Le Protestant isme en Bearn, p. 158, n. 3.)

(1) Erreur de copie.

(2) C'est le texte qu'on invoque pour excuser le massacre de Navarrenx.

générallement faii'e en toutes choses tout ce qu'un l)on vaillant et prudent capitaine, chef et conducteur de gens de guerre, doit et peut taire. De ce faire vous avons donné et donnons plain pouvoir et autorité et commission par ces présentes, par lesquelles commandons à tous nos gouverneurs, capitaines, soldats, officiers, justiciers et subjels qu'il appartiendra, vous respecter et obéir, comme nostre propre personne, assister et prester toute main forte, aide et secours au commandement que vous leur en fairés soubs peine et désobéissance et pour tels estre punis, car tel est nostre plaisir. En tesmoin de quoy, avons signé ces présentes de nostre main et fait mettre le scel. Donné à Larrochelle, le 10'^ juillet 1569. Jeanne. Et plus bas. Par la Reyne Dame souveraine de Béarn, Pellelie)'. — Lecta et publicata et registrata in auditorio, sedente curia, requirente procuratore generali. Pâli, ultima augusti, 1569.

117. — Ordonnance de Monyo}nmcvij, cliargeanl le Conseil souverain de juger à Navarrenx ceux qui avaient capitnlê à Orlliez (1). Gabriel, comte de Mongomery, lieutenant général pour la Pveyne en ses royaume de Navarre et pays souverain de Béarn et toutes ses autres terres, seigneuries et provinces, à touls ceux qui ces présentes verront. Salut. Sçavoir faisons qu'estant Sa Majesté avertie et duement certifiée des conspirations dès longtemps traictées et entreprises contre son Estât par la pluspart des barons et autres nobles du dit royaume et pays de Béarn, lesquels avec certaines intelligences auroient non seulement séduit le peuple, mais aussy pour mettre à ed'ect leurs damnables desseins, associoient avec eux (2) un grand nombre d'autres gentilhommes et plusieurs estrangers avec lesquels s'estant élevés en armes auroient envahi les dits royaume et pays souverain, forsans les villes, châteaux et places fortes, et saccageans les villages, bourgs, bordes et maisons, avec des outrages [)lus que barbares, jusques à s'emparer de tout le pays et icelluy réduire à leur dévotion, excepté la ville et forteresse de Navarrenx, deyant laquelle ils avançoient avec une grande et forte armée, tant de cavalerie qu'infanterie, avec grand nombre de piesses d'artillerie, comme gros canons, columbrines et autres de batterie, et iceux s'estans furieusement campés, y auroient tenu

(1) Original aux Arch. Nation., T. 1536. Document inédit. Ce te.xte ici n'a pas de fitre.

(2) Dans le texte >.< <ivec lu y ».

le siège par l'espace de quattre mois, gaslé en plusieurs endroits les maisons de la dite ville, tué plusieurs capitaines, soldats et autres bons serviteurs de Sa Majesté et, par mesme moyen, fait plusieurs imposts et levée de deniers, assemblée et congrégation d'Estats généraux, et supprimé l'ordre ancien de la justice, au très-grand détriment publicq. Et pour remettre le tout à son premier estât et la deiie obéissance de Sa Majesté, nous aurait adressé puissance suffisante e*t lieutenance généralle en vertu de laquelle nous serions acheminés en armes sur le dit pays, ayans les dites conspirations entendu nostre venue, auroient levé le dit siège, et s'enfuyant en armes, retirés dans la ville et château d'Ortez par eux ci-devant occupés, laquelle aurions prise d'assaut et taillé en pièces une partie de ceux qui y aurions trouvé et, de mesme pas, constraint le reste se serrer dans le château, et estans assiégés, leur chef avec la plupart des capitaines conspirateurs et soldats, se seroient rendus à nous, lesquels du depuis aurions fait mener prisonniers en la ville de Xavarrenx à Mons'' d'Arros (1), capitaine et lieutenant général au fait des armes pour la dite Majesté, pour les faire obéir à droit. Et pour ce qu'il est expédient que justice exemplaire soit faite des dits conspirateurs et rebelles par les gens du Conseil ordinaire afin qu'il en soU perpétuelle mémoire, au lemps avenir, par la prompte exécution contre les coupables ; à cette cause, désirans au tout promptement pourvoir, selon l'intention de Sa Majesté, ayant trouvé la dite Cour supprimée par les dits chefs et conspirateurs qui avoient dressé un Conseil tout nouveau de ceux de leur religion pour servir à leur dévotion, avons, avant toutes choses, restabli icelluy Conseil en la mesme autorité que Sa dite Majesté l'avoit laissé au dit Pau à son partement par tous ceux (2) qu'avons trouvés estre demeurés fidelles à Dieu et à elle, la justice estre rendue. Et parce que voyans estre nécessaire de faire transporter le dit Conseil d'icy, on hors où est le siège accoutumé, en la dite ville de Navarrenx pour pouvoir procéder promptement à la dite punition, avons, en vertu de Jiotre dit pouvoir, donné puissance et mandement spécial aux sieurs de la dite Cour souveraine, d'aller tenir le siège au dit Navarrenx et autres parts de ce pays, où besoin sera, pour, par ensemble avec le dit sieur d'Arros, s'il luy plait d'y assister, y tenir la dite Cour et Conseil, faire et parfaire touts procès contre touts coupables de crimes de lèse-

(1) Indication importante [)our établir les responsabilités, Ci) Dans le texte « pour toutes fois »,

majesté et autres que besoin sera, prendre avis, interloquer, juger deftinitivement et exécuter touts jugemens qu'auront ari-estés contre iceux coupables, avec tout ce qui en dépend, de la même autorité et manière qu'est accoustumé estre fait par le dit Conseil estant au dit Pau, autorisant leurs jugemens et donnant même force que s'ils avoient esté arrestés au dit siège des majeurs (i) au dit Pau, mandons à touts capitaines gouverneurs, lieutenants et à à touts autres portans les armes et à touts autres, qu'en ce faisant, obéissant à la dite Cour, prêtent tous services, aide et force dont seront requis pour cest etïet, car tel est le plaisir de Sa Majesté et le nostre. En foy de quoy, avons signé les présentes de nostre main et fait apposer nostre scel. A Pau, ce 23 aoust 1569. Mungomery. Plus bas, Du Parc.

Lecla, pnblicala et rcgistrala, in auditorio, sedcnte cuvia, requivenie procuratorc gencrali. iillinm augusti, 1509, Pâli, presentihas, etc. (2).

118. — Rôle et lahlcaii des proscrits, morts acioit le t?/ décembre lolO. Lou 'il décembre 1570, à Pau, en Conseil, fon vistes las Ijatentes deu perdon gênerai, autreyades per la Régine à Larrochelle, lou darrer de may de la dite anneye, et autres patentes declaratoris (3) deu dit perdon, deu i nouvembre darrer passât, las procédures contre tous criminels de lèze-majestat, lou diser et conclusions deu procurayre gênerai, restât que, seguien las dites patentes, lous dejuus nommats seran déclarais, lours nomset cognoms (4) prescriuts en un tableu qui sera mettut et aftligit au daban l'auditori (5) deu senecbal de la présente ville, tant lous vifs que moi'ts, attents et condamnais d'estar caps, officiers et principaus conductours, factions etconspiradoiu's (6), deus rebelles et conjurais contre la dite Dame, cum estant exceptais (7) et indignes deu perdon gênerai autreyat per sa dite Majestat, aux

(1) Sans doute pour dire « ancêtres « le siège se tenant toujours à Pau.

(2) Ce texte, mystérieux et de tout premier oriire, semble contenir de terribles menaces.

(3) Dans le texte " déclarations ».

(4) Nous avons supprimé « et » pour plus de clarté dans cette phrase où il manque quelque mot.

(5) « Ils seront alTicliés devant la salle d'audience du sénéclial. >>

(6) Dans le texte « completadours ».

Ç) Dans le texte « deceptats ».

autres sons subjets, coupables deu dit crime de lèze-majestat, per servir d'exemple à perpétuelle memorie en la forme que s'en seq :

Rolle deus persoiinadges, tant viveyis que mourls, condamnais comme criminels de lèze majcstat, exceptats deu perdon général per la Régine, nosire Dame soaviranne, autreyal, etc. etc,

Rolle deus monrls (i). M« Joan de Bordenave, conseiller de la Régine, Gabriel de Béarn, seigneur et baron de Gerderest, Antoni de Montesquiu, Sb'"' de S'" Golomme, Jacques de S''' Golomme, son pnrmer tilh, Tristant de S''' Golomme, son second filh, abbat de Sauvelade, Jacques de S'° Golomme s?'' d'Esgoarrebaque, Francès de Béarn, dit loa capitaini Bonasse, Guy de Gohas, gendre deu s"" d'Arbus, Francès, s'' de Meriteing, Bertrand de Bearn, dit lou capitaini Salies, Jean, s'' d'Idron, Henric, s'' d'Abidos, Joanot, s'" d'Abere, près Morlaas, Jacques de Lassalle, s'" de Gandau, Domecq de S' Abit, près Nay, Jean de Suus, près Bourgarber, gendre a L'abadie débat S' Armou, Pierre deu Tilh, dit lou capitaini Pierre, messieurs Jean du Puy, sollicitadoiir, Jean de Supersanctis,advocat, Jacques de Vispalie, contreroUou de Navarren.x, Forticq de Lassalle, et fray Joan de Navarrenx.

119. — Révocation des s'^ d'Audaux et •S''-' Colomme et du capitaine Pierre du Tilh. Gabriel, comte de Mongomery, lieutenant général de la Beyne, dame souveraine de Béarn, à touts ceux qui ces présentes verront. Salut. Nous, estans bien advertis que Arnaud de Gontaut, s' d'Audaus, sénécbal de Béarn, Jacques de S'« Golomme d'Esgoarrebaque, capitaine et gouverneur des vallées d'Aspe, Baretous, ville et parçan d'Oloron, et Pierre du Tilh, sy bien capitaine, sy bien entretenu (2) au présent pays, ont fait et font journellement plusieurs commandemens soubs le nom et prétexte de leurs estats et offices, donnant à entendre au peuple qu'ils le font pour le service de Sa Majesté, combien que leurs estats tendent au contraire et que ces prétextes et couvertures d'estats et offices séduisent plusieurs personnages à faire tout autrement qu'ils n'ont volonté. Sgavoir faisons que nous, pour obviera toutes déceptions et oster l'excuse qui pourroit entretenir les hommes en désobéissance, et qu'outre qu'il est notoire que les dits sieurs d'Audaus, Esgoaniebaque et du Tilh ont porté et encore portent les armes

(1) Il n'y a ici que le catalogue des morts, presque tous signalés déjà. Celui des vivants, qui n'est pas ici, se trouve plus haut.

(2) Mauvaise lecture.

contre la dite Dame, leur Revue, avons déclaré et déclarons par ces présentes vacquans les dits offices de sénéchal, gouverneuret capitaine. Sy donnons en mandement à toiits lesgentilhommes et touts autres subjets de Sa Majesté universellement de ne reconnaître cyaprès le dit d'Audaus pour sénéchal, le dit d'Esgoarrebaque pour capitaine et gouverneur aux dites vallées et parçans d'Oloron, Pierre du Tilh pour capitaine susdit, ny leur obéir soubs le nom et autorité des dits offices, ains les tenir pour ennemis de la dite Dame, leur detTendre et empêcher tout accès, entrée et demeure au dit pays par force d'armes, les saisissant, sy faire se peut, au corps, morts ou vifs, à peine d'estre réputés rebelles et associés aux dits ennemis de Sa Majesté et punis comme tels. Et affin que personne n'en prétende cause d'ignorance, etc., etc. Données à Navarrenx, le 24 septembre 1569. Munoommkhy. Et plus bas, Duparc. Publié et enregistré à Pau, le cinquième octobre, 1569.

ISO. — Lettre du religieux de la Trinité d^Ortèa, au ministre de la Trinité de Tholoze. Monsieur, La commodité de ce présent m'a induit vous escrire cette présente pour vous certiorer qu'est devenue la bonne compagnie de nos confrères et religieux du convent de la ville d'Ortès. 11 a fait treize ans, ce mois d'aoust dernier, que nous fûmes absolument bannis et exilés, tant du dit convent que des biens, comme crois avez entendu. Quant à nous antres religieux, quand nous sortîmes du convent, estions le nombre de neuf, touts prestres, et nous retirâmes à Bayonne, et feumes logés, par commandement du gouverneur de la dite ville, au convent des Jacobins, et là mourut et descéda nostre ministre, frère Bertrand de Goalayson (1), en l'an 1570. Quant à frère Pierre Costa, archiprestre de Pardies (2), il se rendit au bout de quelque (3) temps, quand la première paix feust publiée, moine de S' Benoist à S' Seber (4), lequel décéda bien tost; deux autres se sont rendus huguenots et ont pris party de mariage. L'un desquels, il a fait quattre ou cinq ans qu'il mour-eut, et l'autre est en vie, demeurant au dit Ortès. Les autres sont décédés ça et là, sauf toutes fois le

(1) Peut-être pour « Guaraison *.

(2) Pardies, canton de Moncin, dont la cure était possédée par les Trinitaires d'Orthez.

(3) Nous avons ajouté le mot « quelque ».

(4) L'abbaye bénédictine de Saint-Sevcr (I^andes) au diocèse d'Aire.

frère Bertrand Locoaque, basque, demeurant à Pampalona, ctiez un chanoine, duquel j'ai receu nouvelles naguières. Quand à nos biens (1), le Roy de Navarre en a fait à son plaisir et les a vendus. Toutestoix, je fis mon devoir, d'autant (2) promptenient; voyant que l'assaut se présentoit contre la ville, lis extrêmement diligence que de garder les documens et papiers de la maison. Et comme espérant que la malice de l'ennemy s'appaisàt et amortit, ce que ne fait encore, et que par après nous eussions moyen d'estre remis en nos droits conventuels, lesquels documens, sy Dieu permettoit que l'exercice feut retourné en nostre pays, se trouveront entre les mains et puissance de un seigneur noble, appelle Mons'd'Amou(3), nostre grand amy, qui a un château et village à deux lieues de Rayonne, nommé le village S' Pée (4). Et à cause que nous ne sommes perpétuels, ny ne sommes au monde pour jamais, et espérant que toute obéissance continuera en vostre ville de Toloze, tant de Dieu que de son saint service, et craignant estre surpris de mes derniers jours, veux, s'il vous plaist, que cette présente vous serve de mémoire des dits documens pour monstrer à l'advenir de quoy nous estions fondez et garnis, pour abréger propos (5). Et c'est avec ceux qui ont achepté les dits biens, de quoy principalement vous ay voulu avertir, et vous prie avec ce présent, me mander de vos nouvelles, et de tout vostre convent (6), auquel je me recommande très-atïeclueusementetde me avoir pour recommandé en vos prières et oraisons, comme je vous ay en singulière recommandation es miennes, priant le protoplaste (7) et rédempteur du monde, Monsieur, vous perpétuer et continuer es siennes que aussy à toute la lionnorable compagnie, avec très-longue et heureuse vie. De Rion, près Tartas(8), ce lli avril 1582. Vostre confrère et amy à vous obéir. Jean de SalefrcDique.

(1) Dans le texte « quant à nous tous ».

(2) Dans le texte « que tout ».

(3) Amou, chef-lieu de canton (Landes).

(4) Saint-Pé-de-Nivelle, canton d'Ustarits (B.-P.), dont les Caupenne d'Aniou furent seiyneurs.

(Ô) Texte incorrect : « Pour abréger propos est cest avec », etc. Inintelligible.

(6) Dans le texte « Et de toute cette vostre auquel ».

(7) Protoplaste : celui qui a été formé le premier, avant toutes choses.

(8) l{ion et 'fartas, chefs-lieux de canton (Landes).

Vous supplie présenter nos IiuiiiIjIos recommandations à mes condisciples et compagnons, noinhiatim, s'ils sont en vie, frère Ramon Machinât et frère Jacques, neveu de frère feu Jacques Girard, et que j'entende encore derechef de vos nouvelles. —

Geste lettre feust envoyée au Père ministre de Tholoze par un religieux du Gonvent de la S'*^ Trinité de la ville d'Ortez, lors de la saisie généralle des hiens ecclésiastiques, lequel extrait a esté tin"' de l'original par moy. Signé Damase VenUer, commissaire du convent d'Ortès.

La preuve du reste de l'article est en la première partie, chapittre de Testât de l'Eglise.

lâl. — E.vtrail des regislrei^ du Co)iseil eéclésiasliqne [sur Vahbaye de S. Sigismond^.Xene la requette du capitaine Gracian (I ) et par Sa Majesté renvoyée céans, affin que ce Gonseil luy donne avis sur le contenu, qui est qu'il soit son bon plaisir, pourvoir Margueritte, sa belle-sœur, de la place d'abbesse (2) des nonains du convent d'Ortez, laquelle abbesse est décédée six mois passez, afni que sa belle-sœur se puisse marier, n'ayant autre moyen de s'entretenir. Sur quoi a été avisé que Sa Majesté sera suppliée ne faire ceste ouverture et bailler ceste place, ny autres choses vaquantes, à personne, ains que le tout soit supprimé et réduit à un vray et légitime usage pour l'entretien des ministres, collège, et pauvres. Toutesfois, sy la dite Margueritte est sy pauvre que dit le capitaine Gracian, le Gonseil luy faira quelque subjection pour se marier, suivant la puissance des deniers de l'Église, et pour remonstrer ce dessus à Sa dite Majesté, les députés en ont prins la charge.

Délibéré à Pau, au dit Gonseil, le 10 juin 1568.

Les députés ontsupplié Sa Majesté ne donner la place de l'abbesse décédée du convent des nonains d'Ortès à personne; mais qu'elle soit supprimée avec toutes les autres places qui vaquent au dit convent; ont rapporté que Sa dite Majesté veut que la dite place soit supprimée, et mesme entendu que les nonains du dit convent soient en liberté de se marier et sortir du dit convent avec permission de jouir de la pension accoustumée, tant qu'elles vivront. B'ait au dit Gonseil, le 18 juin 1568.

(!) Gratien de Lurbo, protestant, commandant le château d'Orthez. Voir Piordenave, pp. IHl et 21)}.

(2) Abbesse, pour les revenus seulement.

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