SUITE DE LA DÉCADENCE JUSQUES AU DÉCEDS DU ROY, LOUIS LE JUSTE
Ceste obéissance que ceux de la R. P. R. ont rendu aux volontés du Roy en rendant aux éclésiastiques les biens qu'ils avoient ravis à l'Eglise, paraît estre forcée; et que les officiers lesquels avoient registre les édicts en avoient donné
l'arrest plus par la crainte de quelque plus grande peine que par ce principe de religion qui soumet les sujets à la royauté et les oblige à son obéissance; c'est de là que sont venus les mouvemens qu'on a faits, après le départ du Roy de la province, les entreprises sur la ville de Navarrens et sur la tour de Mongiscart et autres désordres qui se verront en la suite. C'est pour cella qu'en diverses communautés où ceux de la R. P. R. se trouvent les plus forts, il feust résolu que ceux de la R. P. R. ne paieroient pas les dixmes et prémices aux curés des lieux ou autres éclésiastiques, mais qu'ils les paieroient à leurs ministres, ce qui feust condamné par le parlement comme séditieux et tous ceux de ceste faction condamnés au payement des dixmes et des prémices, comme avant le changement avenu dans la religion.
Le Roy, n'ayant rien tant à cœur que la gloire de Dieu et le salut de ses sujets, expliqua la sainteté de ses intentions par ses lettres patentes du mois de Jenvier 1622 par lesquelles, après avoir fait les éloges de la Société des PP. Jésuites, il ordonne leur establissement en la ville de Pau, dans laquelle S. M. fonde un collège de douze mil livres de rente; et ce que ceux de la R. P. R. fuyoieint avec tant de crainte, c'est à sçavoir l'estabSissement de cest Ordre, ils feurent constraints de le souffrir et le parlement de vérifier et enregistrer les lettres patentes touchant oest establissement par arrest du 22 aoust 1622. Ces religieux y avoient esté receus auparavant, c'est à savoir un à la fois au diocèse d'Oloron. On le traitoit avec ceste injure qu'on l'obligeoit à jurer en main d'un commissaire devant que de le recevoir après. Le premier feut le P. Auxion en 1613, le second, le P. Pitard, en la même année; le 3e feut le P. Boucher etn 1617, qui feurent obligés de faire ce serinent auparavant estre admis à la prédication pour laquelle M. l'évesque d'Oloron les avoit appelés. Mais, en 1622, toute la Société, en un collège, feut establie dans la ville de Pau où ils firent bastir un des plus beaux collèges du royaume et travaillèrent fort utilement à la conversion des hérétiques.
Jean de Lavie, de la ville d'Ortés, conseiller du Roy au Conseil susd. souverain, moureust environ l'an 1546, auquel temps l'hérésie commencea de paroistre dans ce pays; il
sembla que Nostre Seigneur retira ce personnage pour le délivrer du malheur auquel tomba toute la compagnie et préserva ceste famille de la cruauté de l'hérésie. Ceux de ceste famille quittèrent mesme la Province, s'habituèrent en la ville de Bourdeaux et n'en parut aucun jusques en 1622 que Nostre Seigneur suscita Bernad de Lavie, président au parlement de Bourdeaux, auquel le Boy bailla l'office de Premier Président en ce parlement de Pau, tant pour les services par lui rendus à S. M. et aux Boys, ses prédécesseurs, que parce qu'il estoit catholique. La cour le receust, le 3e septembre 1622 par arrest, et depuis sa réception, il s'est toujours proposé la gloire de Dieu, l'avancement de son service, l'humiliation de l'hérésie et l'exaltation de la religion catholique, n'ayant passé jamais occasion en laquelle il n'ayt fait voir que ses volontés estoient toutes tournées à cella. Il a trouvé des contradictions à ses desseins et si pourtant il n'a perdu jamais le dessein de faire ses services à Dieu qui l'a comblé de bénédictions temporelles en ce monde et des éternelles en l'autre (1).
Pierre de Sorberio, advocat, feust aussi pourveu d'un office de conseiller, parce qu'il estoit catholique. C'estoit le fils de Bernad de Sorberio, lequel avoit servi le Boy en diverses commissions et qui feust establi conseiller au Conseil comme zélé catholique par le sr de Tarride, lieutenant général du Boy Charles neufiesme; mais n'ayant pas voulu faire comme les autres et quitter la religion catholique, il resta homme privé tout le reste de sa vie, laissant à sa postérité cest exemple signalé de sa bonne conscience et cest honneur à sa famille qu'elle a resté peut-estre la seule d'entre les familles de condition qui n'a pas produit aucun hérétique, car ils ont touts esté catholiques (2). Notre Seigneur rendit à celuici parce qu'il estoit catholique l'office de conseiller que son père perdit parce qu'il ne vouleut pas cesser de l'estre et ne vouleut pas faire comme les autres officiers qui se firent touts
(1) Sur tout ceci, v. Louis XI11 et le Béarn et l'Histoire du Lycée de, Pau.
(2) On dit cela également de la famille Brosser sur une pierre tombale de Balirac, de Lannecaube ou de Moustrou.
hérétiques, afin d'obéir à la Reyne, comme il a esté monstre ci-dessus.
Cependant ceux de la R. P. R. faisoient la guerre contre le Roy de France. S. M. leur accorda la paix par son édict du 20 octobre 1622, par lequel il protesta qu'il a prins les armes affin de deffendre son autorité royalle et ramener ses sujets à leur devoir et à la concorde entre eux soubs le bénéfice des édicts, ordonne que l'édict de Nantes et déclarations vérifiées et registrées es parlemens seront exécutées de bonne foi; que l'exercice de la religion catholique sera remis en touts lieux, deffendant à toutes personnes de porter aucun empêchement à peine de crime de lèze Majesté, et celui de la R. P. R. dans les lieux où elle estoit auparavant les mouvemens, ordonne que la Chambre de l'édict, laquelle estoit à Nérac, sera mise où il sera avisé par S. M.; que les fortifications nouvelles seront rasées et démolies, lesquelles avoient esté faites par ceux de la R. P. R. dans les isles de Ré (Oléron) et autres places, ce qui feut également ordonné par S. M. par ses lettres patentes du dernier juillet 1626, registrées le 10 mars 1627 que toutes les places occupées par ceux de la R. P. R. qui se soumettront volontairement dans quinsaine après à l'obéissance du Roy, ouvrant les portes à S. M., jouiront de l'effect et du bénéfice de cest édict, deffend à ceux de la R. P. R. de faire désormais aucunes assemblées généralles ou particulières, cercles, conseils, abrégés de sinodes et autres, à peine de crime de lèze Majesté, leur permetant les assemblées de consistoires, colloques et sinodes, seulement pour affaires éclésiastiques et non autrement, moyenant quoi touts actes d'hostilité demeurent abolis, à la réserve des cas exécrables, et S. M. dit que pour l'observation de ceste déclaration, elle faira deux commissaires qui seront l'un catholique et l'autre de la R. P. R. qui seront envoyés es provinces. Cest édict feust registre par arrest de la cour du 5 décembre 1622. Ils ne cessèrent pas pourtant en Béarn de vexer les catholiques et quoique ceux de la R. P. R. deussent en justice rebâtir les églises qu'ils avoient démolies, ils ne vouloient pas le faire, mais prétendoient constraindre les catholiques à contribuer à la construction de leurs temples, ce que S. M. régla par arrest de son Conseil du 28 aoust 1623,
qui décharge les catholiques de la prétention de ceux de la R. P. R. et ceux de cette religion à contribuer aux réparations des églises des catholiques. M. de Gramon feust pourveu de l'office de gouverneur et lieutenant général du Roy en Navarre et Réarn, le 10e juin 1624, par le déceds de M. de Gondrin.
Ceux de la R. P. R. ne cessoient jamais de troubler; ils songeoient tousjours à remonter, malgré la volonté du Roy. La ville de Larochelle leur offroit un lieu de refuge, leur espérance consistoit en icelle, le Roi songeoit à la reprendre et ceux de la R. P. R. de la conserver à eux contre S. M. Ceux de Réarn estoient d'intelligence avec ceux de France; c'est pourquoi le Roy donna ses ordres à M. de Gramon affin d'empêcher qu'aucun de ceux de ceste province n'allast pas à Larochelle, ce que la cour leur deffendit aussi par son arrest du 7 janvier 1626 et en outre d'aller en aucune ville des rebelles; ils firent la guerre longuement contre le Roy, mais enfin ayans eu recours à la bonté du Roy, ils obtinrent pardon de leurs crimes et la paix par édict du mois de février 1626, pareil à celui de 1622. Et pour establir une bonne paix, S. M. convoqua dans sa ville de Paris une assemblée des notables, sur l'avis de laquelle S. M. donna son édict du 6 février 1627 dans lequel le Roy déclare la sincérité de ses intentions et dit que pour y pourveoir, il est nécessaire d'obtenir de la miséricorde de Dieu la réunion de ses sujets à l'unité de l'Eglise catholique, apostolique, romaine, restablir la splendeur et dignité de l'Eglise par l'observation des constitutions, maintenir ses sujets de la R. P. R. en la liberté qui leur avoit esté accordée et au bénéfice des édict s, attendant que Nostre Seigneur illumine leurs cœurs et les rameirie dans le giron de l'Eglise, affin que nul d'eux ne se laisse séduire par ceux qui désirent les précipiter en des rebellions. Peu de temps après, S. M. fit sa déclaration touchant les assemblées politiques de ceux de la R. P. R. par laquelle elle deffend d'en faire aucune sans la permission et sans l'assistance d'un commissaire, deffend aux ministres de la R. P. R. de se mesler d'aucun affaire politique ni d'autres que de sa profession, ni mesme de se trouver en aucunes desd. assemblées, deffend de recevoir en la fonction de ministres aucun
étranger qui ne soit regnicole, deffend de prester des ministres aux princes et républiques, ni de sortir du royaume sans la permission de S. M. Mais comme ceux de la R. P. R. entretenoient des intelligences secrètes avec les rebelles de France, le parlement donna deux arrêts le 22 septembre 1627 par le premier desquels il est ordonné qu'il sera informé des contreventions aux édicts par ceux de la R. P. R. et leur fait inhibitions et deffences de faire des levées de deniers soubs quelque prétexte que ce soit, sans permission du Roy ou de la cour; le second commet les gens du Roy pour informer contre ceux qui détractent contre le service du Roy et, par un autre arrest du 27 juillet 1627, il est fait deffences à touts les sujets du Roy de sortir du pays pour aller porter les armes contre le service de S. M. Peu de temps après, le Roy fit sa déclaration contre le sr de Soubise et touts ceux de la R. P. R. qui se seroient joints ou se joindroient à lui et aux Anglais, du 5e août 1627; et le parlement arresta les menasses que faisaient ceux de la R. P. R. contre les catholiques par son arrest du 28e aoust 1628. Cependant le Roy avoit assiégé la ville de Larochelle dans laquelle s'estoient jetés plusieurs de la R. P. R. pour la deffendre contre le Roy; mais enfin se trouvant en la nécessité d'obéir et de se soumettre, le Roy leur accorde pardon de leur rébellion et la ville se rendit au Roy le 30e octobre 1628, moyenant quoi MM. de Marillac et de Hallier leur promirent de la part du Roy le pardon, l'exercice de la R. P. R. dans la ville, le restablissement en leurs biens. La rébellion estoit non seulement en ce qu'ils avoient fait fermer les portes au Roy, mais qu'ils avoient appelle à leurs services les Anglais et leur avoient livré la ville. Le Roy y entra le jour susdit, 30 octobre 1628, et parce que plusieurs restoient dans la rébellion et les armes à la main, le Roy leur commanda de poser les armes et se réduire à son obéissance par sa déclaration de décembre 1628.
Les evesques et autres éclésiastiques de Béarn présentèrent deux cahers de grief au Roy. Le premier feust respondu par S. M. à Paris, le dernier d'octobre 1623 en huict articles, et le second respondu par S. M. à Paris, le 26 mars 1626.
Par le premier article du premier caher les evesques et autres éclésiastiques se plaignent de la mauvaise administra-
tion des deniers des hospitaux, à quoi le Roy respond que le compte du revenu des hospitaux sera rendu par devant ceux par devant lesquels il les faut rendre, suivant la fondation, et ainsi qu'il se pratiquoit avant la saisie des biens éclésiastiques.
Par le second, ils déposent que comme les dixmes estoient avant leur inféodation le patrimoine de l'Eglise, ceux qui vouloient vendre quelque dixme pratiquoient anciennement d'interpeller le curé du lieu, puis à son refus l'évesque, puis à son refus le chapitre, d'achepter cette dixme à prix raisonnable, supplient S. M. de restablir ceste susd. coutume déclarant nulles toutes ventes de dixmes qu'on faira sans cesle formalité; le Roy respond qu'il faira justice après qu'il se sera plustost informé de l'usage ancien.
Par le troisiesme se plaignent de ce que la princesse Caterine ayant permis aux patrons de retirer les petites prébendes, on s'immagine posséder ce bien éclésiastique, qui n'a pu estre distrait de l'Eglise. Le Roy respond qu'ayant mis les éclésiastiques en la possession de tous les biens à eux appartenant, il entend que cella soit exécuté, mesme pour les menues prébendes; que les fondations soient entretenues et accomplies, et, à ces fins, que les patrons y nomment dans les termes de droit et que les nommés et pourveus en jouissent, ainsi qu'ils faisoient avant lad. saisie et donation.
Au 4e, se plaignent de ce qu'ils n'ont peu se restablir en la juridiction éclésiastique, dépravée par les ordonnances de la Reyne Jeanne, demandent d'y estre restablis et d'en jouir comme les officiaux de Tholose et Bourdeaux et particulièrement de la contrevention aux festes. A quoi le Roy respond qu'il veust que les éclésiastiques de Béarn soient maintenus en la juridiction qui leur appartient par les saints décrets et ordonnances de son royaume.
Par le 5e, se plaignent de ce que les gentilhommes et officiers se rendent fermiers des biens éclésiastiques et par ce moyen ostent aux éclésiastiques la liberté, demandent de leur deffendre, à peine de dégradation de noblesse et autres peines, et le Roy leur accorde que les ordonnances qui deffendent aux gentilhommes et officiers de prendre à ferme les
biens des éclésiastiques soient observées sous les peines y contenues.
Au sixiesme, disent que si un jurât establi faisant profession de la R. P. R., ne devoit pas estre privé de sa charge s'il se faisoit catholique, demandent l'ordonner ainsi. S. M. respond que lorsqu'il y aura quelque convention sur cela, elle y pourvoira.
Par le 7e, se plaignent de ce que pendant la saisie, divers décrets ont esté faits des maisons sur lesquelles les éclésiastiques prenoient des refiefs sous le nom d'obits et qu'on refuse de les payer sous prétexte de ces décrets, demandent que nonobstant ces décrets on payera les refiefs et S. M. l'accorde.
Par l'art. 8e, demandent prorogation affin d'agir en répétition des biens éclésiastiques; le Roy leur proroge le terme pour retirer les biens pour trois ans, et de deux affin d'agir contre les arrests. sentences et jugemens.
Le 1er article du 2e caher est touchant le viquariat de l'archevêque d'Auch métropolitain et le Roy respond que l'archevêque a esté ouï par devant son Conseil et qu'il ordonne qu'il baillera son viquariat à personne suffisante qui résidera dans la province pour juger les appels des officiaux des évesques, ses suffragans (1).
L'art. 3 qui suit est une demande de quelque somme pour relever l'église cathédralle de Lescar et le Roy respond qu'ayant en singulière recommandation le restablissement de ceste église pour y estre les sépultures de ses prédécesseurs, de glorieuse mémoire, pourvoira, le plus tost qu'il lui sera possible, à ces réparations et destinera pour cella tel fonds que la commodité de ses affaires pourra souffrir (2).
(1) Salefranque fut juge métropolitain. Cf. Hist. de l'hérésie, I, p.
(2) On peut s'étonner que Salefranque, qui a supprimé, dans ses documents, le Cahier catholique, si important de 1617, où il est question du célèbre tombeau des rois de Navarre (inconnu depuis trop longtemps) et que nous avons pu publier clans le Bulletin de 1929, passe encore si légèrement sur le Cahier des cathodiques de 1626. Heureusement, M. Henri Courteault, le nouveau Directeur des Archives nationales, a trouvé ce texte qu'il nous a adressé dès le 26 octobre 1929, et dont nous le remercions bien vivement :
En l'art. 4°, ils demandent establir des conseillers éclésiastiques au parlement, à l'exemple des autres de France, sur quoi le Roy respond que les trois premiers offices de conseiller qui viendront à vaquer soient remplis de trois éclésiastiques et ces offices réputés à l'avenir offices de conseiller éclésiastique, sans qu'autres en puissent estre pourveus, à peine de nullité.
Le sixiesme est une plainte de ce que le parlement n'avoit pas encore vérifié le caher de 1623 et le Roy respond qu'il veust que toutes lettres nécessaires soient expédiées par les-
Extrait d'une requête au roi] (non datée, mais vraisemblablement du
début de 162(5) par « les évesques et autres ecclésiastiques de vostre
pais de Béarn. »
Art. 3. « Lesd. ecclésiastiques vous auroient représenté par l'onziesme article de leur cahier au temps qu'ilz obtinrent de Vostre Majesté leur restablissement, qu'en l'Eglize cathédrale de Lascar sont les sépultures des roys de Navarre, vos prédécesseurs, dans lesquels reposent entre autres de fraische memoyre les roys Jehan et Henry second et la royne Margueritte, sœur du feu roy François premier, vos bisayeuls, et que tout le cœur de lad. eglize où sont lesd. sepulchres est tombé par terre, en telle sorte qu'ilz sont exposez à l'injure du temps, sans avoir autre couvert que le ciel : vous suppliant à ce que led. chœur et sepulchres fussent honorablement restablis; à quoy Vostre Majesté auroit respondu qu'au retour du commissaire qui seroit baillé pour l'exécution dud. cahier, il y seroit pourveu ; mais les sieurs de Marca, président, et Du Pont, conseiller en vostre cour de Parlement de Navarre, ayans esté à ces fins commis sur les lieux, l'affaire seroit demeurée au mesme point; qui est cause que lesd. ecclésiastiques supplient derechef très humblement Vostre Majesté d'ordonner telle somme de deniers qu'elle jugera suffisante pour remettre en quelque estât honorable lesd. sepulchres, estant chose honteuse de les veoir comme ils sont aujourd'huy, ainsy qu'il est mesme notoire à plusieurs de vos conseillers d'Estat et maistres des requestes, qui furent en Bearn lorsque Vostre Majesté s'y transporta elle mesme ». (Arch. nat., E. 1685 (Conseil d'Etat), f° 79 v°.) « Responces faiietes par le Roy sur le cahier qui luy a esté présenté par
les évesques et autres ecclesiasti<jues de Béarn » (Paris, 26 mars 1626).
Sur le troisiesme article, concernant la réparation de l'église de l'Ascar et des sépultures des roys et roynes de Navarre, Sa Majesté, ayant en singulière recommandation le restablissement et entretenement des eglizes et sépultures de ses prédécesseurs, de louable mémoire, pourvoira le plus tost qu'il luy sera possible aux réparations nécessaires à faire en lad. eglize de Lascar et sépultures, et pour cet effect destinera tel fonds que la commodité de ses affaires pourra permettre. (Ibid., t° 83 r° v°.)
quelles il soit enjoint au parlement de vérifier et enregistrer ledit caher, suivant sa forme et teneur, et que le terme qu'avoient obtenu les éclésiastiques ne se comptera que du jour de l'enregistrement. Au regard des dixmes le Roy avoit ordonné par sa response du précédent caher qu'il se faisoit informer touchant l'ancien usage; les éclésiastiques revinrent au Roy par l'art. 2 du second caher et demandèrent au Roy la préférence des dixmes, comme au précédent caher* et le Roy la leur accorda par sa response. Ces cahers feurent présentés au parlement et enregistrés (1) par arrest du 3e avril 1629, sauf que pour le regard des offices de conseiller clerc, il y sera pourveu lorsque la cour jouira paisiblement du ressort du pays de Soûle.
Le Roy songeoit tousjours aux moyens de la décadence de l'hérésie et de l'exaltation de la religion catholique. C'est pourquoi par son arrest du 24 décembre 1629, il ordonna que les officiers faisant profession de la R. P. R. dans le parlement ne présideroient jamais et que les catholiques, quoique postérieurs en réception, présideroient sur les hérétiques. L'édict feust registre par arrest du 23 avril 1630 et le parlement, secondant les intentions de S. M., deffendit à ceux de la R. P. R. de faire publiquement aucun jeûne sans la permission de la cour. Ce qui feust la raison de cet arrest feut un jeûne publié par un ministre, délibéré dans un sinode tenu dans la Normandie, ce qui leur feust signifié le 19 septembre 1630, et par délibération de la cour, le 27 avril 1645, et ceux de la R. P. R. promirent d'obéir laquelle ne pouvant souffrir de vaquer aux affaires es jours de fêtes marqués par la coustume décida par arest que le parlement vaqueroit es jours de St Louis et de St Yves par arrest du 17 mai 1631; et parce que ceux de la R. P. R. s'estoient imaginé de jouir du bénéfice de l'édict de Nantes accordé pour ceux de la R. P. R. de France, lequel n'avoit esté fait pour eux et l'avoient même refusé, tandis que (2) dura leur tyrannie.
il) On regrettera que Salefranque ne nous ait pas donné ces Cahiers intégralement. Ne s'occupa-t-on des tombeaux de Lescar qu'après l'enregistrement du 3 avril 1629 au Parlement de Navarre?
(2) Tant que.
Le Roy déclara par ses lettres patentes du 10 décembre 1626 qu'il n'entendoit pas que ceux de Béarn en peussent jouir ni prétendre à chambre d'édict ni mesme évocation des procès à quelque chambre, mais à un parlement seulement. Et par ses lettres patentes du 5 mai 1630, donna commission à la cour de régler les hospitaux de Navarre et de Ste-Cristine (1) fondés pour la retraite des pauvres passans pèlerins, et transporta le service de la prébende royale fondée dans !a ville d'Ortès (2) dans celle de Pau pour augmenter en ceste ville le nombre des prestres et le service divin. Et le parlement animé par son premier président très catholique trouvant que la clause de la religion catholique, apostolique, romaine, n'avoit pas été mise es provisions d'un office de procureur de parçan et seulement le mot de religion, l'officier espérant estre receu par là, quoique de la R. P. R., la cour ordonna que copie de ces lettres seroit envoyée à S. M. et que cependant la réception surseoiroit.
En ce temps feut fondée la chapelle illustre et dévote de Bétarram envers laquelle le Roy tesmoigna sa piété par ses lettres patentes du mois d'aoust 1633 (3) [et] en l'establissement de la Confrérie des pénitens bleus en ceste ville de Pau par arrest de la cour du 4 juin 1635.
Le sr de Salettes, évesque de Lescar, après avoir longuement travaillé à la conversion des hérétiques et au restablissement de la religion catholique dans ce pays, résigna son évesché en faveur du sr de Salettes, son nepveu, auquel le Roy le nomma de bon cœur, suivant le désir de l'oncle, auquel il réserva les honneurs d'entrée et de suffrage dans le parlement par ses lettres patentes du 26 avril 1631.
(1) Un des quatre hôpitaux de la chrétienté, au moyen âge, situé après le Somport d'Aspe.
(2) La Chapelle royale fut fondée en 1426. Salefranque en fut titulaire. V. t. I, p. XLIV.
(3) Ces lettres patentes se trouvent dans Bétharram et le Mont Valérien, p. 78. On peut y deviner que c'est bien l'évêque de Lescar qui changea l'antique nom de Gataram en celui de Bétharam. La découverte de la carte du Béarn, publiée en 1642 par le ministre combatif Lafite, le prouve surabondamment (Nouvelle description de la souveraineté de Béarn, par le sieur Sollon la Fite, Bearnois M. D. S. E. [ministre du S, Evangile] ». Cet auteur dit encore alors : Nostre Dame de Gatarran.
M. de Maitie feust fait coadjuteur de ce grand et premier Maitie, évesque d'Oloron, en 1622, et pourveu des abbayes de Saubalade, Luc et St Pée. Ceux de la R. P. R. délibérèrent de faire une assemblée de trois colloques contre les ordres et les ordonnances du Roy, mais la cour le leur deffendit par arrest du 10 novembre 1639, à peine d'estre procédé contre eux, comme contre des criminels de lèze Majesté. Et comme ces hommes prétendent une indépendance et n'ont autre reigle que leur caprice, lorsqu'ils parloient de leur religion, ils n'ajoutoient jamais les termes P. R. qui sont pourtant adjoutés tousjours au terme de religion par les ordonnances royaux; c'est pourquoi le parlement par son arrest délibéré, chambres assemblées, du 23 juillet 1640, fit commandement aux avocats et praticiens d'adjouter tousjours, en parlant et écrivant, au terme de religion, ceux de P. R. et semblablement aux catholiques, de ne les traiter pas des noms de huguenots et hérétiques, mais seulement de R. P. R. lis vouleurent encore empescher que les enfants de ceux de la R. P. R. n'allassent pas étudier au collège des PP. Jésuites establi dans la ville de Pau par S. M.; les ministres allèrent solliciter Tes pères de retirer ceux qu'ils y avoient envoyés et deffendre d'en y envoyer d'autres; c'esioit contre les édicts qui non seulement ordonnent la liberté de conscience, mais qui permettent à chacun d'envoyer les enfants à ce collège, qui par les soins de Sad. M. feust establi dans ceste ville pour l'avantage de ses sujets. Le parlement ayant sceu ceste contrevention y pourveut par arrest du 24 novembre 1642, par lequel il ordonna qu'il seroit informé de ceste contrevention et des inductions que les ministres avoient fait d'envoyer les enfans à l'école, et des écoles qu'ils avoient fait establir en ceste ville sans aucune autorité que la leur.
Ce Roy si catholique décéda dans le mois de mai 1643, auquel succéda Louis 14e, son fds, qui soudain avertit la cour de parlement de ceste perte et de ce que la Reyne, sa mère, estoit régente dans le royaume.