‹ Histoire de l'hérésie de BéarnChapitre 4 sur 16 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Suite de la décadence de l'hérésie jus que s à la fin du gouvernement de M. de Laforce, sous le Hou Louis le Juste.

Comme la naissance et l'avancement de l'hérésie ont esté ci devant l'humiliation et le préjudice de la religion catholique, le restablissement de son exercice et les avantages qu'elle a gagnés et qu'elle gagne chaque année sont la décadence de

l'hérésie; c'est ce que les Estats de Béarn reeognoissoient et narroient au feu Roy par leur caher de 1607, articles 8 et 9. Et quoiqu'ils avançassent sans raison, que la R. P. R. est en Béarn ce qu'est en France la catholique, ceux de cette religion confessent que leur naissance n'est que depuis 1556, puisqu'en leur caher de février 1604 ils disoient au Roy que leur religion avoit été plantée de la main de la Reyne Jeanne, sa mère, et cultivée de la main de S. M.; partant c'est sans raison qu'ils avançoient que la R. P. R., dans le Béarn, est la maistresse, comme la catholique l'est en France, soubs prétexte que la R. P. R. se trouve plantée de la main de la Reyne, puisque, d'un costé, ce n'est pas aux hommes de faire des religions, et que s'il faut raisonner sur les avantages octroyés à l'Eglise par les souverains, la catholique les possédoit sans nombre, devant l'attentat de la Reyne. et ne se trouvera point de seigneur souverain, qui n'ait octroyé des faveurs et des grâces à l'Eglise, considérables, et si la Reyne eust suivi l'exemple du Roy, son père, elle n'auroit en garde de commettre les violences qu'elle commit et de supprimer l'exercice de la religion que le Roy, son père, avoit si catholiquement défendue contre les embûches de l'hérésie.

Le Roy, de l'avis de la Reyne régente, sa mère, confirma les édicts du feu Roy et responees aux divers cahers susdits, tant en faveur des catholiques que de ceux de la R. P. R.. par sa déclaration du 25 nov, 1610, qui fut regislrée le 12 février 1611. Mais le s' de Maitie. évesque d'Oloron, qui travailloit pour le restablissement de l'exercice de la religion catholique, plus pour l'intérêt du service de Dieu que du sien, tesmoigna son zèle lorsque, jouissant seul de tout le revenu de son évesché. particulièrement des droits seigneuriaux de Sainte-Marie et de Saint-Pé de Cation, il supplia S. M. de restablir les chanoines du Chapitre pour faire le service divin avec la décence et l'honneur qui se devoit, offrant de leur quitter la moitié de ces seigneuries; et le Roy, qui déjà songeoit à l'augmentation de l'Eglise, accorda facilement à cet évesque ce qu'il demandoit; et par son édict du 8 mai 1611, de l'avis de la Reyne, sa mère, restablit les chanoines du chapitre d'Oloron en la moitié des seigneuries de Sainte-Marie et de Saint-Pé de Catron qui leur apartenoient de toute

antiquité par la concession des seigneurs souverains et ne réserva au seigneur évesque que le droit de taire seul le baile du lieu et faire jouir les jurats créés par cet évesque de leurs charges, et ce, pendant sa vie, sans que ses successeurs pussent, en vertu de ceste grâce, prétendre ce droit, mais qu'avenant vacation ou changement dès jurats, l'évesque et chapitre y procéderont conjointement, ainsi qu'on avoit accoustunié devant le changement en la religion, lequel édict feut registre par arrest du 9 septembre 1611, duquel il conste que cet évesque se départit mesme du droit de faire le baile seul et vouleust que le chapitre entrât en part avec luy pour cela mesme, quittant la réserve que S. M. lui faisoit par son édict, pour ne rien réserver en particulier. Et quoique ceux de la R. P. R. tesmoignassent des aversions extrêmes contre les religieux de la Société, nommée de Jésus, qu'ils craignoient leur zèle et leur savoir, et qu'ils eussent mesme supplié par leurs cahers de ne pas faire venir ces religieux en Béarn, il fallut pourtant le souffrir, déjà en 1612, 1613 et 1614, en chacune desquelles années, un des Pères Jésuites vint prêcher en la ville d'Oloron, après avoir preste le serment d'estre fidelles au Roy, en mains de M. de Laforce et du magistrat, à quoi ils se trouvèrent assujettis par la malice des hérétiques. Le Roy avoit accordé cela, dès l'an 1608, par ses lettres patentes registrées, le 14 mars 1608, et le Conseil agréa la vocation faite par le seigneur évesque d'Oloron, le seigneur de Maitie, du R. P. Baile, par sond. arrest, à condition de suivre les règlements ci-devant ordonnés.

Le Roy pourveut M. le marquis de Laforce, fds dud. seigr gouverneur, de cest office en survivance par ses lettres patentes du 24 avril 1613; mais, soit à cause de la religion, soit pour autre chose, les seigneurs de Gramon, de Miossens et de Bénac, se rendirent opposants à l'enregistrement de ces lettres, lesquelles furent enregistrées par arrest du Conseil, du 12 novembre 1613, nonobstant ces oppositions, mais, à mesme temps, le Roy pourveut M. de Gramon de l'office de sénéchal par le moyen duquel ce seigneur fit de grandes contradictions à M. de Laforce, comme firent aussi les autres seigneurs qui s'estoient opposés à sa survivance. Cela feust suivi de querelles et feust la cause d'un défi que le comte de Lausun en-

voya à M. de Laforce par un page qui feust arresté, mis en prison et congédié bientost après. Tout ce qui sembloit estre contre ceux de la R. P. R., le Conseil le traitoit avec des longueurs si grandes que la Reyne régente luy envoya le sr de Laclaverie avec une lettre de créance laquelle il explique au Conseil, le mercredi 8 janvier 1614; dit que la Reyne croyoit que le Conseil avoit pris à tasehe de désobéir à ses commandements, attendu que depuis la mort du feu Roy, le Conseil refusoit de vérifier toutes les lettres patentes qu'elle lui envoyoit, qu'il avoit vérifié celles de M. le marquis de Laforce, lorsqu'il luy avoit pieu et comme il luy avoit pieu, que la longueur qu'il y avoit apportée avoit esté cause de la dépense et de la fâcherie que la Reyne en avoit eu et du danger auquel le Conseil avoit esté; qu'il avoit congédié sans punition aucune le page de M. de Lausun qui portoit un billet de défi; que la Reyne vouloit, entendoit et enjoignoit au Conseil, particulièrement aux gens du Roy, qu'à l'avenir des contraventions aux édicts semblables feussent punies; que le Conseil n'avoit pas vérifié l'entrée des évesques au Conseil, ni de M. de Marca, ni la cure de Lixos, ni le restablissement de l'exercice de la religion catholique dans la ville de Pau; que la Reyne seroit constrainte, en cas de continuation du refus, d'y apporter quelque remède fâcheux à la compagnie, ce qu'elle luy avoit fait dire par les députés.

M. de Casaux, Premier Président, respondit que les difficultés au restablissement de la messe dans Pau et à la réception des évesques avoient esté faites, mesme pendant la vie du feu Roy qui l'avoit supporté, sachant les affections du Conseil à son service qui n'estoient pas moindres à l'obéissance qu'on devoit à la Reyne; (pie, depuis le retour des députés du Conseil, en cour, dont il s'estoit passé plus d'un an, les évesques n'avoient pas pressé, et le s' de M... montra la justesse de l'arrest touchant la cure de Lixos et qu'on avoit vérifié le restablissement de l'exercice de la religion catholique dans les faubourgs de Pau; le Premier Président concluant en outre de justifier la compagnie touchant le page du sr de Lausun, led. sr de Laclaverie lui dit qu'il n'en estoit pas besoin parce qu'après les difficultés qu'il avoit vu naistre en la réception de M. de Gramon en l'office de sénéchal, il co-

[14 — gnoissoit assez combien le Conseil estoit soigneux du service du Roy. mais qu'il croyoit que le Conseil n'avoit pas assez fait pour les catholiques de Pau, le suppliant de lui donner moyen de les servir envers la Reyne, de quoi S. M. feust satisfaite, comme tesmoigne la lettre de M. le Chancelier au Conseil. Le Conseil refusa l'entrée aux évesques sur les oppositions de ceux de la R. P. R. et l'exercice de la religion catholique n'avoit pas été remis encore en novemhre 1615, car il se trouve dans les Mémoires de M. de Lescun, conseiller, qu'en novemhre 1615 M. de Caumartin, conseiller d'Estat, envoyé par la Reyne feust obligé d'aller à Jurançon à la messe, qui est un village fort près de Pau, où l'exercice avoit esté restahli.

M. de Marca ne peust estre reeeu par le Conseil jusques au 12 novemhre 1616, parce qu'il estoit catholique.

Cependant les choses se trouhloient dehors et dedans le pays, à cause de la religion; on f ai soit des astroupemens en Béarn, qui feurenl fort rigoureusement défendus par les arrests du Conseil du 2 de juin et 12 d'octohre 1615; défendu mesme de sortir hors le pays, à peine de crime de lèse-majesté. Les esprits estoient fort divisés; M. de Sarriac, fils de M. de Bénac. envoya un page déguisé vers M. de Laforce avecdeux lettres, l'une par laquelle il lui disoit qu'on avoit entreprins sur la ville, demandant aide pour le service du Roy, l'autre par laquelle il le prioit de s'avancer seul jusques au lieu où son valet le mèneroit et où il l'attendroit seul. Ce page print le temps que M. de Laforce sortoit du prêche, à l'issue duquel il lui bailla la lettre, laquelle ayant été lue, ce seigneur mit et la lettre et le page entre les mains du capitaine Lamote pour le mener au Conseil; on recueille de l'audition du page que M. de Bénac est auprès de la ville bien armé et bien monté, seul avec un laquais; mais ce page feust fouillé et on trouva dans un de ses souliers un billet par lequel M. de Bénac écrivoit à M. de Laforce qu'au cas où il feust empesché d'aller où il l'avoit assigné, le supplioit de l'assigner en quelque lieu où il peust le voir seul: sur quoy le Conseil décréta le s' de Sarriac de prinse de corps et, pour le prendre, commanda le capitaine Lamote qui s'estant transporté sur le lieu de l'assignation, y trouva led. s' de Sarriac,

— Unie fit prisonnier et le mena à Pau au Conseil où leri. sr de Laforce déclara qu'il ne vouloit pas poursuivre led. sr de Bénac pour son intérest particulier, et le Conseil averti que les enfans dud. seig' de Bénac estoient en ville, leur fit dire de se retirer jusques à midi.

Cependant on parle d'accorder les parties et sur quoy le Conseil ayant trouvé des difficultés, il se résoleut de terminer l'affaire pour étouffer les disputes qui pourroient s'en ensuivre; c'est pourquoi, le Conseil fit venir led. seig' de Sarriac sur le bureau. On le fit asseoir sur un banc, on le fit couvrir et M. de Cazaux, Premier Président, ayant esté déclaré suspect, M. de Gassion, président, commença sa réprimande par le commandement qu'il avoit eu dans le pays sur les armes et le rang de lieutenant général qu'il avoit tenu par ses longs et fidèles services, qui lui dévoient avoir appris le respect qui se devoit aux édicts du Roy et à la personne de son lieutenant général, lequel il avoit osé d'appeler au combat, car quel déguisement qu'il y eust apporté, la compagnie jugeoit (pie son billet estoit un véritable défi, et par ce moyen, ayant contrevenu aux édicts, la compagnie estoit obligée de le punir d'autant plus que lui qui n'eust peu souffrir d'autres fois qu'on eust usé contre lui d'une pareille action, sembloit par son exemple d'appeler les autres à pareille faute; toutesfois, qu'ayant esgard à sa qualité et service, espérant qu'à l'advenir il rendroit à M. de Laforce le respect qu'il doit à sa charge, et tiendroit ses promesses, le Conseil ordonnoit son eslargissement et en avoit desjà fait arrest. M. de Bénac se découvrit et dit qu'il n'avoit jamais eu dessein de se battre contre M. de Laforce; son dessein estoit le service du Roy, comme il a dit en sa déposition, il remercia la compagnie, l'assura de son service; le peuple le salua avec grand applaudissement, en se retirant, tant pour le regret qu'on avoit de le voir prisonnier que par la crainte qu'on avoit des suites. On obligea les parties à nommer des arbitres et le Conseil avertit le Roy de tout ce qui s'estoit passé, de quoi le Roy l'eut très satisfait et M. le Chancelier le lui tesmoigna par sa lettre du 4 juin Kil4, comme il appert du tout, des Mémoires de M. de Lescun.

Il ne feust pas possible d'empescher le combat d'entre M.

de Laforce et M. Théobon appelons, et M. de Gramon et M. Nadales, son écuyer; les principales parties se battirent à cheval et les seconds à pied. Le combat feust fait entre ces seigneurs, estant à la suite de la cour, en décembre 1614. Lesdits seigneurs de Gramon et de Nadales feurent désarmés, mais la Reyne les fit accorder le 3 mars 1615 par Mrs de Mayenne et Legrand, arbitres pour M. de Gramon, et par M. de Rohan et de Sévilli pour le marquis de Laforfce, tous choisis et nommés par la Reyne. L'accord feust au gré de toutes les parties. Feust signé, exécuté et retenu par M. de Loménie. Appert des Mémoires de M. de Lescun.

Ceux de la R. P. R. de France convoquèrent une assemblée à Grenoble à laquelle ceux de Béarn furent appelés et s'estant fait une assemblée de ministres en la ville d'Ortès, sous prétexte de l'examen des écoliers du Collège, ils députèrent à lad. assemblée de France les srs de Brassalai, gentilhomme, et de Bourgade, ministre, contre les défenses du Roy portées par ses édicts. La députation ayant esté connue au Conseil et rapportée par le procureur général, le Conseil cessa la députation et défendit à ces prétendus députés d'aller à lad. assemblée et fit signifier l'arrest aux députés en leur domicile, et les ministres s'adressèrent au Conseil par requeste, demandèrent retracter l'arrest, attendu que M's les évesques estoient partis afin de se trouver à l'Assemblée générale du Clergé contre lesquels les ministres demandoient estre informé. Le Conseil ordonna que le Roy seroit averti de tout et que cependant les choses demeureroient en Testât. Ceste contravention obligea la Reyne de faire dire au Conseil par M. de Gilot, conseiller, député de la compagnie, que S. M. feroit ceste compagnie subalterne, si elle n'empeschoit les ministres de Béarn d'envoyer au synode de France, si plutost les ministres n'aimoient obtenir du Roy permission au Conseil, ce qui feust dit en pleine assemblée du Conseil, le 13 aoust 1615, par led. sr de Gilot. Appert des Mémoires du sj de Lescun (1). Le Roy

(1) Salefranque cite souvent ces Mémoires. Mais, par une délicatesse qu'il faut admirer, il ne dit rien du supplice de Lescun, fort ami de son père et parrain d'un de ses frères, comme nous l'avons dit dans l'Introduction.

cependant confirma les grâces octroyées par ses édicts et ceux de ses prédécesseurs en faveur de ceux de lad. R. P. R. par sa Déclaration du 29 décembre 1615. Tous les troubles cessent en France par la paix générale que le Roy donna à ses sujets par son édict du mois de mai 1616, registrée par le Conseil, le 9 juin 1616. Le Conseil est cependant averti que ceux de la R. P. R. convoquèrent une assemblée dans la ville de la Rochelle où ceux de Réarn voulurent envoyer; il le leur deff endit par arrest du 16 d'avril 1617. Le Roy resta fort satisfait de la conduite du Conseil et le lui tesmoigna par sa lettre de cachet du 28 du mesme mois de l'avertir de ce qui se passera touchant ce qui concerne son service.

Ceux de la R. P. R. craignant ce qui leur est depuis arrivé, présentèrent au Roy leur caher demandant confirmation des responces qui leur avoient esté faites à leur caher à Fontainebleau, en 1611. Par l'art. 4, ceux de ceste religion exposèrent que le nombre de leurs ministres estoit ci-devant de 80; qu'ils avoient esté réduits à 60. sauf à augmenter; que plusieurs lieux sont à présent sans ministres, demandèrent augmenter ce nombre jusqu'à 70; à quoi le Roy leur respond que quoiqu'il ne feust pas obligé de leur rien augmenter, néanmoins il n'augmente pas le nombre des ministres, mais il augmente de 30 livres les gages de chacun de ces ministres.

Par l'art, ô, demandoient une somme de 100 1. pour ïe ministre qui visiteroit l'église prétendue de laquelle le ministre seroit mort, pour droit de visite. Le Roy leur accorda la somme susd., tant pour le précédent que pour cest article. Laquelle responce sera encore pour l'art. 6e dans laquelle ils demandèrent augmentation de gages. Par l'art. 8e, ils demandent que la somme de 6.000 1. qui leur feust accordée par le feu Roy soit annuellement remise dans la main du payeur du collège. Le Roy le leur accorde, et leur donna sur ce des lettres patentes, au mois de janvier 1614. Les troubles feurent apaisés et le Roy donna la paix à ses sujets par édict de Rlois, au mois de mai 1616, par lequel il fit commandement à M. de Laforce. Messieurs de Gondrin, Gramon, Miossens, Poyanne et autres de poser les armes, et à ses sujets de vivre en bonne union, sans se rien reprocher du passé, ce qui feut registre le 9 juin 1616.

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