Du Bellay
Martin du Bellay, né vers la fin du xv'- siècle, 1513, à la (]our de France, soldat et officier des armées françaises, dans ses dernières années lieutenant général du roi en Normandie, mort 1559 à Glatigny. Dans les années 1555-56 il composa ses Mémoires' (1513-1552). 1"^' édition. Paris 1569. Nouvelle édition critique d'après l'édition princeps par V.-L. Bourrilly et Fleury Vindry pour la Soc. de l'Hist. de France, commencée en 19U8 : les volumes pjirus vont de 1513 à 1536. —Cf. Ranke, ZurKritik, l.'W s.; Bourrilly. Guillaume du BeUan (1904), 386 ss.
L'ouvrage de Commines dut en grande partie son influence durable à ce fait, que sa forme singulière eut pour la génération suivante une autorité canonique. Du Bellay rendit à sa Chronique de Louis XI le même service que Xénophon rendit à Thucydide : par son imitation d'un plus grand que lui, il fit de la création de celui-ci, avec toutes les particularités de la personne et du sujet, un modèle universel. C'est là ce qui donne de l'importance à ses Mémoires. En dépit du grand succès qu'ils obtinrent dès le début, leur valeur est minime. La composition est tout à fait défectueuse. Certains événements sont exposés avec un détail excessif, d'autres, tout aussi importants, sont racontés brièvement ou pas du tout. Et cela uniquement parce que l'auteur avait dans le premier cas d'abondants matériaux à sa disposition et n'en avait pas dans le second.
Ce ne serait rien si l'ouvrage était réellement ce que le titre fait attendre. Mais ce que Du Bellay nous donne, ce n'est rien moins que ses Mémoires. La personnalité de l'auteur s'efface ; la narration cherche à se donner l'apparence d'une histoire complète. Plusieurs portions en sont tirées de relations étrangères et de documents officiels.
Du Bellay ne saurait d'ailleurs, comme penseur politique, soutenir la comparaison avec Commines. 11 n'a pas l'intelligence pénétrante, le jugement politique précis de son modèle. Il veut instruire moralement, non politiquement. Il ne défend pas une opinion personnelle, il ne fait que répéter la manière de voir officieuse. Souvent les documents qu'il utilise sont simplement analysés, ou bien transcrits in
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extenso. Il semble avoir dû le plus gros de son succès au fait qu'il traita pour la première fois dans son ensemble l'histoire de François i^'.
Pour une partie de ses Mémoires, Martin du Bellay put faire usage de travaux préparatoires de son frère Guillaume.
Guillaume du Bellay, né 1491 dans la seigneurie de Langey, a reçu l'éducation humaniste; d'abord soldat, puis diplomate au service de la France; 1324 nommé chambellan, 1537 à 1539 gouverneur de Turin, 1540 à 1542 du Piémont, mort 1543 à Saint-Symphorien-en-Laye. Il commença 1523-24 une histoire latine de François 1'='', les Ocjdoades, inachevées (à partir de 1513; fragments publiés par Bourrilly, Fragments de la première Ogdoade de G. du Bellay, 1904 (thèse). Sur le désir du roi, il continua plus tard son ouvrage en français. Trois livres de la huitième Ogdoade (1536) passèrent dans les Mémoires de Martin où ils forment les livres V à VU; une partie du reste est conservée à l'état d'esquisse (1531 à 1533). Cf. Bourrilly, G. du Bellay, 1904 (thèse). — L'Epitome de Vantiquité des Gaules et de France de Du Bellay (Paris 1556) est un extrait des Ogdoades.
Guillaume du Bellay s'essaya d'abord comme imitateur des humanistes italiens. U voulait faire pour l'histoire de François I*"" ce que Paul-Émile avait fait pour les temps antérieurs. Mais ses Ogdoades restèrent bien au-dessous de leur modèle. Du Bellay était plus royaliste que le roi ; il chargea en écolier la fiction courtisanesque de ses modèles ; chez lui, François I^'" remporte la victoire de Marignan en se précipitant en personne dans la mêlée et en inspirant par là aux lansquenets du courage, et aux ennemis la terreur (p. 9).
Cet ouvrage flotte déjà d'une façon caractéristique entre les Mémoires et l'Histoire. Du Bellay part toujours de ses propres aventures. Il traite très brièvemenent les années 1515 à 1521, parce que pendant cette période il était absent de France. Dans les dernières parties, qu'il écrivit comme diplomate, la politique est au premier plan ; dans les premières, qu'il compose étant soldat, c'est l'histoire des guerres. Son ouvrage ne diffère donc pas beaucoup de celui de son frère.