MÉMORIALISTES (COMMINES
coup de vieilles institutions à un état de choses tout différent : il allait de soi que les politiques dirigeants s'appuyassent sur la tradition et l'expérience politique. Jusqu'à quel point s'accordaient-elles avec les leçons de la théologie morale ? on ne se le demandait pas. Gommines pouvait donc en principe s'en tenir sans embarras à la pieuse conception du moyen âge et écrire sur l'action de Dieu dans l'histoire des considérations qui ont rencontré l'approbation complète de Ranke. Il était d'ailleurs relativiste déclaré. Le plus sage calcul peut tromper si le sort en a décidé autrement. Donc la décision suprême, selon lui, est en Dieu. Seulement la victoire appartient en général au plus fort et au plus fin.
x\u reste, Gommines était bien moins historien que les Florentins. ^ Guichardin, Nerli et les autres ne se contentaient pas de décrire les événements auxquels ils avaient pris une part active. A l'aide d'un travail scientifique ils élargissaient leurs souvenirs en une œuvre historique. Tandis que Gommines se reposait sur sa seule mémoire *} et se rendait coupable des plus grossières erreurs chronologiques,]! les Florentins fouillaient les documents, et la matière de leurs recherches n'était pas limitée par les hasards de la vie d'un auteur, mais fixée par des points de vue historique généraux. Gommines ne donne qu'une tranche arbitraire de vie, les Florentins un morceau d'histoire.
Effet produit en France. — La Chronique de Gommines n'est donc au fond qu'un livre de Mémoires, comme on lui en a donné le nom plus tard. G'est comme telle qu'elle a, ainsi que nous l'avons dit, fortement influencé l'historiographie française. Aucun des autres mémorialistes n'est à la hauteur de Gommines comme penseur politique. Quelques-uns ont cherché, à l'exemple de Du Bellay, une forme plus concise et plus ferme. Mais l'adoption dans la littérature des Mémoires de certains dehors de l'historiographie humaniste ne fit pas faire de progrès à la manipulation intérieure de la matière. L'auteur est-il un homme intelligent et qui sait raconter (ce qui est souvent le cas à partir du xvii'' siècle) ? ces prétendus Mémoires peuvent être très agréables à lire. Dans notre histoire, nous sommes^ forcés de ne faire qu'un choix restreint. Et ce n'est pas leur valeur comme sources ni leur qualité littéraire qui déterminera ce choix.
180 llIST<tllîK 1)K |/hIsIiMU(M",15M'IIIK MODKllNK
mais uniquement leur importance historiographique. Considérons d'abord les Mémorialistes qui prétendent donner un morceau d'histoire.