‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 102 sur 341 · Retz · texte numérisé non relu

Retz

François-Paul de Gondi, appelé le Cardinal de Retz (Rais), né 1613 à Montmirail. prêtre. 1643, coadjuteur de son oncle l'archevêque de Paris; pendant la Fronde, du parti du Parlement et du duc d'Orléans; 1651 cardinal; après la défaite de la Fronde, 1652 arrêté ; s'échappe 1654 et vit à l'étranger jusqu'en 1662; employé plusieurs fois par Louis XIV à des ambassades; mort 1679 à Paris. 11 a écrit :

1° Vie (ou Mémoires) du cardinal de Retz (1613 à 1655). N'est conservé qu'avec des lacunes; r" édition, Amsterdam 1717. Edité pour la première fois d'après le manuscrit autographe retrouvé, mais déjà mutilé, 1837. Édition critique dans les Œuvres du Card. de Retz [Grands écrivains de la France), 1 à 5 (1870 à 1880) par Feillet, Gourdault et Chantelauze. — Retz paraît avoir conçu 1652 le plan d'un ouvrage historique; il pensait d'abord à une histoire en latin de la Fronde. Il commença sans doute la première rédaction de ses Mémoires peu après son évasion (1654); il y travailla jusque dans ses dernières années (1675).

2° La conjuration du comte Jean-Louis de Fiesque. Composé d'après son dire en 1632, en réalité pas avant 1639. Il appuya ce travail sur A. Mascardi, Congiura del conte G. L. de Fieschi, compilation sans originalité, reposant en grande partie sur Foglietta (ci-dessus, p. 146s.). A son tour, il fut utilisé par Schiller. 1''^^ édition, Paris 1655, sous une forme remaniée, ibid., 1682. Edition critique dans les Œuvres V (1880).

Littérature. — Les Mémoires de Retz avaient été presque universellement traités en sources historiques sérieuses, quand Bazin, auteur d'une Histoire de France sous Louis XIII (1838) les soumit, le premier, à la critique. Il imputa au Cardinal de nombreuses inventions pures et des mensonges tendancieux (ses recherches sont publiées en grande partie dans la nouvelle édition des Mémoires). Il fut suivi par Ranke, Analekten zur franzôsischen Geschichte (1870) et M. Topin, Le Card. de Retz (1872. Quelques renseignements aussi sur la Conjuration de Fiesque). Cf. en outre : L. Curnier, Le Card. de Retz et son temps, 1863; A. Gazier, Les dernières années du Card. de Retz, 1875; Normand, Le Card.de Retz, 1895.

Les Mémoires de Retz, c'est comme qui dirait Guichardin transporté dans la France du xvii'' siècle. Il écrit, comme l'Italien, pour instruire. Seulement, le politique auquel il adresse ses leçons est bien différent de l'homme d'État idéal de Machiavel et de Guichardin. Le héros des Florentins était en face de plus grands problèmes que celui du cardinal français. La politique se présente à Retz sous l'image de la Fronde, comme une lutte de différentes cliques de la

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noblesse entre elles et contre la Couronne. L'intriguant accompli, les conspirateurs, voilà ses idéals. Ni le peuple, ni la politique extérieure n'existent pour lui, si ce nest comme tremplin pour le politicien qui veut arriver au pouvoir. L'Église non plus n'est qu'un moyen de faire sa carrière. Il n'y a pour lui qu'un problème, celui de la liberté, c'est-à-dire jusqu'à quel point les droits de la noblesse peuvent être restreints au profit de la Couronne. Les Florentins avaient cherché les moyens de donner à leur pays l'indépendance et une bonne constitution ; Retz ne pensait qu'à l'avantage de sa personne, peut-être de sa classe.

Il expose ouvertement ces vues. On dirait que le sang florentin de sa famille se réveillait en lui. Dès sa jeunesse il avait, contre des écrits moralisants, pris la défense du conspirateur Fiesco. Il ne tient pas un autre langage dans ses Mémoires. U juge les actes politiques uniquement d'après leur opportunité, non d'après la moralité des moyens employés, et les hommes d'après leur intelligence et leur force de volonté, non d'après leur caractère moral. Il parle de luimême aussi ouvertement que d'autrui. Il est capable de se faire même plus mauvais qu'il n'était, pour avoir l'air plus fin et plus audacieux. Indépendamment du but d'instruction, il éprouvait à l'analyse des sentiments et des passions un vif intérêt psychologique. (Cf. le curieux propos, I, 191 édit. Feillet.) Autant il se distinguait par là des Florentins, dont la préoccupation était exclusivement politique, autant il se trouvait d'accord avec lesFrançais cuUivés de son temps.

Il ne rentre pas dans mes attributions de dépeindre les qualités littéraires des Mémoires. C'est aux historiens de la littérature de faire ressortir l'art de conter, la langue vigoureuse, riche en incorrections et ennéologismes personnels, de ce cavaHer ecclésiastique. Mais il faut rappeler que Retz ne nous donne pas non plus des Mémoires au sens propre du mot. Originairement, il voulait écrire une histoire de la Fronde, et tout en disposant plus tard sa matière en autobiographie, il se servit plusieurs fois, comme Du Bellay et d'autres, de relations étrangères. Et pas toujours d'une manière irréprochable. U lui arrivait, comme à Brantôme, de s'approprier sans façon les aventures d'autrui. Il ne se refusait pas, au besoin, à inventer des scènes entières. On peut alléguer en sa faveur qu'alors

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il blesse rarement la vérité typique et que ses inventions reposent sur la réalité et non sur les conceptions conventionnelles de la rhétorique.

Tallemaxt des Réaux a. pour ainsi dire, écrit les Mémoires dea autres. (iédéon Tallenianl, seigneur des Réaux, né 1619 à La Rochelle, mort 1692 à Paris où il avait passé la plus grande partie de sa vie, écrivit 1657-58 (additions postérieures) ses biographies, appelées à cause de leur caractère anecdotique Historiettes (1"'^ édit. 1834-35, avec quelques retranchements, par P. Paris et de Monmerqué 1862), qui traitent do presque tous les personnages marquants de la France depuis Henri IV. Elles ont un fond absolument mémorialiste. Tallemant avait recueilli ses matériaux dans la conversation des salons et il répète ce que contait leur médisance.

Son ouvrage est particulièrement précieux. Tallemant avait beaucoup entendu et bien observé. Il s'entendait aux portraits. Son langage expressif, familier, semé d'idiotismes, exprime tout carrément et n'est jamais embarrassé pour trouver le mot propre. Il écrit, selon la formule incomparable de Sainte-Beuve, en Gaulois attique qui a passé par la place Maubert. II est en général impartial. S'il fait, en bourgeois qu'il est, bon accueil à de méchants racontars sur la noblesse (surtout quand il s'agit de scandales), on n'a pu le convaincre d'une altération intentionnelle de la vérité. Sans doute, il ne livre que des matériaux pour une histoire de la civilisation contemporaine, et non cette histoire même. Ses Mémoires sur la régence d\inne d'Autriche, qui devaient compléter ses Historiettes et auxquels il renvoie à plusieurs reprises, n'ont jamais été écrits. — Cf. outre l'introduction à l'édition de P. Paris, un court essai de R. de Gourmont dans ses Promenades littéraires 111 (1909).

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