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Camden

William Camden, né 1551 à Londres, d'abord professeur à l'école de Westminster, élevé 1597 à la dignité de Clarencieux King-at-Arms qui fît de lui un homme indépendant, en relations étroites avec la Cour sous Elisabeth et Jacques P'' ; mort 1623 à Chislehurst. Composa :

1° Britannia, description topographiqne et géographique de l'Angleterre, de TEcosse et de l'Irlande, divisée par comtés. Travail fait exactement sur le modèle de Blondus [Italia illustrala) : comme l'Italien, Camden avait fait des voyages systématiques dans son pays. Première édition, Londres 1586, la plus étendue 1607. Souvent éditée aussi en anglais.

2° Annales reriim Anglicarum et Hibernicarum régnante Elizabetha. D'après la préface, Camden fut poussé à ce travail par Burleigh 1597; mais il ne le commença qu'en 1608, c'est-à-dire sous Jacques I'^''. La première partie (Jusqu'à 1588), parut pour lajpremière fois à Londres 1615; la fin seulement après la mort de l'auteur en même temps que la première partie, Leyde 1625. Nouvelle édition par Hearne, Oxford 1717. Camden projetait encore une continuation; mais des Annales de Jacques P'' nous n'avons que l'ébauche (pub. à la fin de Camdeni Epistolae, Londres 1691).

Camden se rattacha comme Polydore Virgile à la direction de Blondus. Sa Britannia est le pendant anglais de Vltalia illustrata. Dans son ouvrage d'exposition, les Annales de la reine Elisabeth, il s'appuya consciencieusement, sauf pour l'histoire d'Ecosse, sur des documents officiels. Ranke {Engl. Gesch., II, 91) lui reconnaît Zitverlàssigkeit in den Tatsachen und eine aus sicheren Mitteilungenentnoynmene gtUe Kenntniss der Motive^; cet éloge sera confirmé

1. Exactitude dans les faits et bonne connaissance des motifs puisée dans des renseignements sûrs.

par tous ceux qui confronteront les Annales avec les actes. Il est vrai que cette sûreté ne pouvait être acquise que par une soumission complète h ses sources. Il donne des Regestes, non une histoire. Quand il veut s'élever, par delà ses documents, à une considération d'ensemble, son jugement historique est en défaut. Il n'est d'ailleurs pas sans prévention. 11 évite le langage haineux de la polémique confessionnelle d'alors. Mais c'est un mérite littéraire plutôt qu'historique. Il l'ait quand même absolument œuvre d'homme de parti. L'Anglais loyaliste, le protestant convaincu, ont seuls la parole.

Camden, dans sa position semi-officielle, devait naturellement aussi avoir des égards pour des personnes encore vivantes. Mais il n'aimait pas, semble-t-il, à faire des concessions de cette nature : pour n'être pas forcé d'accorder plus qu'il n'était nécessaire, il publia intentionnellement ses Annales en latin et il réserva jusqu'après sa mort la publication de la seconde partie, qui aurait pu davantage encore scandaliser la génération vivante.

Notons quelques innovations dans la forme. Comme l'école de Blondus préférait à un travail guidé par des vues historiques le résumé savant et impersonnel, il était à propos de faire disparaître les derniers restes de l'historiographie rhétoricienne. La division par annales est extérieurement observée chez Camden; l'ordre du lexique se donnait pour ce qu'il était, et l'auteur n'essayait plus d'éveiller l'impression trompeuse d'une forme artistique. Camden ne traduisait plus partout des expressions techniques de droit en latin de Cicéron.

Chose plus importante, Camden rompit sciemment avec le parti pris de l'historiographie humaniste et osa dans ses Annales traiter des affaires ecclésiastiques. Il n'aimait pas à s'élever contre la tradition et ne faisait pas dans la révolte plus de pas qu'il était nécessaire. Mais le progrès dans les principes restait intact. Camden le premier énonça clairement que pour son temps au moins l'histoire politique et l'histoire ecclésiastique ne pouvaient pas être séparées : quamvis me miîiime lateat, %okz\j.i-)i.à et TzoX'.xiy.i. -maxime propria esse hisloriae, ecclesiastica tamen necpotuinec sane debuipraetermittere. Inter Religionem enim et Rempublicam divortium esse non potest. Sed cum ecclesiasticae hisloriae scriptor haec suo sibi jure vindicet, ego nonisi levi et quasi pendenti quidem manu attigi (Préface). Il

n'alla pas plus loin : l'histoire de la civilisation et de l'économie politique l'occupa aussi peu que les autres humanistes.

Le livre de Nicolas SANDERSSur le schisme d'Angleterre appartient au contraire tout à fait à la polémique confessionnelle. Ses données reposent sur des informations meilleures que ne le prétendait l'apologétique protestante: mais le tout n'en est pas moins un écrit de parti haineux. Je ne le nomme ici que parce qu'il a longtemps exercé une influence décisive (et pas seulement dans les pays catholiques) sur la conception traditionnelle de la Réformation anglaise. Sanders avait un style coulant et agréable; et précisément parce qu'il n'épargnait au lecteur rien de ce qu'il savait des propos scandaleux tenus sur Henri VIII et Anne de Boleyn, son ouvrage devint extrêmement populaire. Les poètes espagnols surtout ont exploité cette riche matière.

N. Sanders (proprement Sander) né vers 1530 à Charlwood en Surrey, professeur de droit canon à Oxford, quitte l'Angleterre à l'avènement d'Elisabeth, reçoit la prêtrise à Rome; de 1565 à 1572, professeur de théologie à Louvain, depuis 1573 à Madrid; 1579 en Irlande pour soutenir l'insurrection catholique; y meurt en 1581. Il a écrit : De origine ac progressu schismatis anglicani (inachevé ; conduit par Sanders lui-même seulement jusqu'à 1559). Première édition Rishton, Cologne 1585. Cf. l'Introduction à la traduction anglaise de D. Lewis, 1877.

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