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III. — L'historiographie de parti moderne en Grande-Bretagne

Origine de l'historiographie de parti anglaise. — Les œuvres d'histoire, jusqu'à présent, n'étaient pas inféodées à une théorie. Les historiens officieux avaient moins soutenu une doctrine politique que

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défendu dans un style de publicistes la conduite de leurs mandants. Le petit nombre d'exposés historiques qui étaient partis de l'initiative privée, s'ils suivaient des tendances politiques, ne représentaient pas en général un système, mais seulement les opinions personnelles de leurs auteurs. Un autre esprit s'était développé dans riiistoriographie ecclésiastique. Depuis la Réformation, des organisations et des systèmes fermés s'opposaient l'un à l'autre dans l'intérieur même de l'Église. Ici il était possible à l'individu de s'effacer complètement derrière son parti. Ce n'est pas par hasard que les centuriateurs de Magdebourg (ci-dessous p. 309 ss.) ont composé la première histoire de parti dans le sens propre du mot. Des germes d'entreprises de ce genre, sur le terrain de l'histoire politique, ne se rencontrent qu'à Florence à l'époque révolutionnaire. On pourrait appeler Guichardin l'historien des Oltimati, Pitti celui des Popolani. Mais les luttes de partis à Florence, n'étaient, au fond, qu'un court épisode dans l'histoire de l'Europe, et les ouvrages qui s'en occupaient ne furent pas publiés d'abord. Ceux-là seuls eurent une influence universelle, qui n'étaient pas proprement des histoires de partis : l'Histoire florentine de Machiavel et l'Histoire d'Italie de Guichardin (qui ne traite qu'en passant l'histoire intérieure de Florence). Et même si les exposés de l'histoire florentine de Guichardin, de Varchi et de Pitti avaient été imprimés, ils n'auraient pas aisément trouvé des successeurs. Sous le gouvernement absolu, il n'y eut pas de partis politiques, ni surtout pas de lutte ouverte des partis.

Gela changea quand la révolution anglaise du xvii^ siècle eut amené la formation de grands partis bien arrêtés.

Le temps des troubles était peu favorable à l'historiographie. L'histoire officieuse de l'époque eut les défauts communs à tous les anciens ouvrages écrits par ordre ; elle tenait plus à légitimer juridiquement la conduite de ses inspirateurs qu a la justifier politiquement, et par suite elle négligea les points essentiels pour l'histoire. I^Pans les exposés privés, la tendance apologétique refoula naturellement à l'arrière-plan les points de vue généraux. Mais quand la tempête révolutionnaire eut passé, il sortit de ces tentatives de publicité historique un tout nouveau genre d'historiographie. On vit naître l'histoire de parti indépendante. L'auteur juge en homme de parti et emprunte ses critères historiques au programme d'un parti. Mais il

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n'y est pas (UHerminé parun mandatonicicl. Son jug-cment peut être, subjeclivement, absolument honnête. Si ses principes personnels ne sont pas identiques avec ceux du parti, il a pour eux au moins, quand il est, comme c'est ordinairement le cas, un politique engagé dans l'action, la vénération et l'attachement qu'inspirent les affaires auxquelles on s'est longtemps consacré.

Son influence sur le développement de l'historiographie anglaise. — On sait que ce genre a impnmé son sceau jusqu a nos jours a 1 historiographie de l'Angleterre, si bien que la plupart des ouvrages anglais sur l'histoire ancienne ne sont que des écrits de partis déguisés. On sait moins que ce même genre a seul préservé l'historiographie anglaise de tomber, sous le règne de l'humanisme, dans le marasme. Sans la révolution et ses suites, elle se serait, au siècle qui a précédé YAufkldrung, montrée aussi stérile que la production historique de l'humanisme dans tous les autres pays (l'histoire archéologique des moines de Saint-Maur et de leurs élèves n'a pas sa place ici, et les mémorialistes français, qui ne sont pas restés sans influence, semble-t-il, sur les Anglais au point de vue de la forme [cf. ci-dessous, p. 2161 ne sont pas non plus des historiens). La tâche imposée par l'humanisme à l'histoire nationale avait été parfaitement remplie d'après les exigences du classicisme. On ne pouvait aller au delà qu'en rompant avec l'école rhétoricienne. Combien Herbert de Cherbury lui-même avait su peu profiter de l'exemple de Bacon ! Une histoire réaliste et vivante ne naquit en Angleterre que quand l'historiographie eut cessé d'être une branche de la littérature.

Caractères particuliers de l'historiographie de parti. — Cette nouvelle historiographie avait aussi ses défauts. La partialité était le moindre. Un grand nombre d'historiens le partagent ; il ne suffit pas à un auteur d'être en dehors de la politique pour nous garantir que des tendances politiques n'influencent pas sa manière de présenter les choses. Un autre défaut, presque inévitable, était plus dangereux. Tout parti est enclin à s'appuyer sur la tradition et à contester qu'il ait jamais été infidèle à ses principes. Or les principes et les mots de passe changent rapidement dans une vie politique intense,

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et avec eux la position des partis : on ne peut couvrir la contradiction qui existe entre la tactique actuelle d'un parti et l'ancienne qu'en altérant le passé en faveur du présent. L'historien de parti transporte dans le récit d'événements antérieurs des vues et des tendances qui ne se sont développées que plus tard — -non pas par irréflexion naïve, comme cela se rencontre aussi ailleurs, mais avec l'intention de donner à la politique du parti l'apparence d'une invariable fixité. Les cguliiciaisurs retrouvaient dans les Evangiles toute la dogmatique luthérienne, et imaginaient pour le moyen âge un parti d'opposition antipapiste et luthérien. En Angleterre, Burnet (Ranke l'a démontré) modifiait sa narration d'une rédaction à l'autre d'après la constellation du moment, sans avoir égard à l'exactitude historique.

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