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Clarendon

Edward Hyde, depuis 1661 Lord Clarendon, né 1609àDinton, Wiltshire, 1640 membre du court et du long Parlement, adhérent du parti réformiste modéré, passe au roi quand celui-ci est tombé en minorité, 1642; après la défaite de 1645 quitte l'Angleterre avec le futur Charles II, demeure dans son entourage immédiat et prend en mains 1654 la direction des affaires royales; nommé 1658 lord chancelier; destitué 1667, se réfugie en France, mort 1674 à Rouen. Il est l'auteur de History ofthe Rébellion and Civil Wars in Englaad (1628 à 1660). Les livres I à VII dans la première rédaction furent écrits pendant son exil aux îles Scilly, et à Jersey 1646-1647, les autres livres 1670 et 1671 en France.

La rédaction définitive (1671-1672) consistait en une fusion de cette première ébauche avec l'Autobiographie (1609 à 1660) qui avait été composée de 1668 à 1670 (éditée pour autant qu'elle n'était pas contenue déjà dans VHistory, comme Life of Edw. Earl of CL, Oxford 4759; nouv. édit. 1857 ; continuation jusqu'à 1667 dans l'ouvrage composé pour les enfants de Clarendon, Reflectionsupon the mostmaterialpastiages which happened after the King's resioration to the time of ihe Chancellors banishment, ordinairement publié avec la Vie). Cependant il ne s'agissait pas d'une simple compilation ; Clarendon retrancha bien des choses qui figuraient dans les deux rédactions et en ajouta d'autres. — J''<= édition de VHistory avec des suppressions, des adoucissements, etc., Oxford 1702 à 1704, d'après une copie faite sous les yeux de l'auteur 1827 ; la plus complète par W.-D. Macray, 1^8.

Cf. L. V. Ranke, Analekten zur englischen Geschichte (Werke 21) 212 ss., l'appréciation la plus fine d'un ancien historien que Ranke ait peut-être écrite ; Firth, Clarendon's Eiatory dans Engl. Hist. Rev., XIX (1904) ; du même un petit ouvrage encore 1908 ; A. Buff, Das 6. Bach von Cl. Hist. (Diss. de Bonn 1868). C'est au genre biographique qu'appartient le livre à tendance apologétique de Henry Craik The Life of Edtoard Hyde, Earl of Cl. 1911.

Origine et tendance de l'histoire de la Révolution. — Nous pouvons suivre encore dans le détail la formation du premier et plus remarquable ouvrage de cette catégorie.

L'Histoire de la rébellion anglaise de Clarendon repose sur deux écrits différents. Les premiers livres, non destinés d'abord à la publication, devaient, dans la rédaction originale, justilier aux yeux de la Couronne l'attitude que le parti de Clarendon avait prise dans les premières années de la Révolution et démontrer que ce n'était pas à lui, mais au parti royaliste qu'il fallait imputer la défaite de la royauté. Les autres parties nous reportent à une autobiographie, dont l'auteur agença aussi des fragments dans la rédaction définitive des premiers livres.

L'origine de ÏHistory ressemble donc à celle de beaucoup de Mémoires français (ci-dessus, p. 148 ss.). La première moitié est conçue à la manière de Commines, la seconde à celle de Monluc. Elle a le caractère mémorialiste de bien des ouvrages français.

Pour recueillir les matériaux, Clarendon procédait à peu près comme les mémorialistes français. Il s'appuyait pour l'essentiel sur sa mémoire ; là où elle lui faisait défaut, il prenait des informations auprès de témoins oculaires et souvent insérait leurs dires mot pour mot dans sa narration. Ses descriptions de batailles en particulier sont généralement d'une main étrangère ; les connaissances militaires de Clarendon étaient assez faibles.

Il n'est pas impossible que les analogies qu'on découvre entre Clarendon et les mémorialistes français aient une autre cause qu'une coïncidence fortuite. La forme de mémoires qu'a prise VHistory s'explique naturellement par les circonstances de la vie de l'auteur et l'époque où il l'a rédigée. Mais nous savons d'autre part qu'à Jersey, pendant qu'il travaillait à son histoire, Clarendon s'occupait de Mémoires français. On peut donc admettre que des influences littéraires aient agi sur la composition de son ouvrage. Il dépend d'ailleurs visiblement, comme écrivain, de la littérature française, témoin les portraits historiques très soignés qu'il insère dans son exposé : il n'en trouvait les modèles ni dans la vieille historiographie anglaise ni dans celle des humanistes, mais bien dans la littérature française contemporaine, orientée vers l'analyse psychologique.

Les différences n'en ressortent que mieux.

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Chez Clarendon, une théorie politique est de nouveau à la base de la narration. Non pas une doctrine spéculative, comme chez Machiavel. Pas plus que les Français, Clarendon ne regarde hors de son pays et du moment actuel. Ses tendances de vieux-libéral s'appuient sur des considérations légales plutôt que politiques : il reconnaît la constitution parlementaire comme une nécessité, mais repousse aussi résolument les empiétements du Parlement sur la prérogative royale. Mais ses vues sont déjà fixées en un programme défini. Elles sont devenues la plate-forme dun parti. Dans la lutte avec d'autres, son système a pris des contours fermes. Il a affaire à des adversaires de ses principes et pas seulement de sa personne. Dans son histoire s'opposent non seulement des individus, mais des groupes.

De tous ces groupes, un seul a raison. Jamais Clarendon ne s'élève au-dessus de son parti. Si sa partialité a moins frappé que celle d'autres historiens de parti, c'est que la position de juste-milieu de son groupe a devancé pour ainsi dire le jugement des générations suivantes, avant tout celui des hommes d'État qui arrivèrent au pouvoir après 1688.

Manière de voir de Clarendon sur la Révolution anglaise. — Il conçoit d'une manière tout extérieure l'opposition des partis dans la Révolution anglaise. Il écrit, comme Commines, au point de vue de l'homme d'État pratique. On ne saurait mieux l'exprimer que ne l'a fait Ranke (p. 219) : Man hat hier keinen Historiker von Fach vor sich, welcher den entfernt liegenden Ursachen mit Eifer nachforscht und etva, loie es unsere Absicht loar, die Gegensàtze der welthistorischen Elemente in dem Kampf nachzuweisen strebt; hier spricht ein Mitlebender, der die handelnden Personen von Angesichtkennt, und ihre Eigenschaften witrdigt ; ein Minister, der mit seinen ErfahruTigen sich eine Vorstellung darûber gebildet hat, wie man die Dinge hdtte angreifen sollen und welche Fehler man begangen hatK Aussi Clarendon n'a-t-il pas d'yeux pour la partie politique d'un

1. « On n'a pas ici devant soi un historien de profession, qui recherche avidement les causes lointaines et s'efforce, comme c'était notre intention à nous-même, de montrer les éléments d'importance mondiale en lutte les uns contre les autres; nous entendons un contemporain, qui connaît personnellementles acteurs, et apprécie leurs qualités: un ministre que son expérience aide à imaginer comment on aurait dû s'y prendre et quelles fautes on a commises. »

mouvement en apparence purement religieux tel que le Presbytérianisme.

Lhonime d'État est exposé à la hilte contre des personnes et des partis déterminés. Comme historien, il est tenté de ne voir qu'eux ; il n'est pas touché par les oppositions fondamentales dont les conflits des personnes et des partis ne peuvent être que des symboles ; elles se sont développées sans qu'il y soit pour rien, souvent sans qu'il le sache. Pour expliquer la rébellion, Clarendon n'invoque ni les grands changements économiques dans la vie anglaise pendant le xvi^ siècle, ni le nouveau classement social de la population opéré par les Tudors, ni le changement d'attitude de l'Angleterre dans la politique extérieure, ni l'esprit calviniste d'organisation communale arrivé au pouvoir avec le presbytérianisme. Tout le mal vient de... Buckingham. Unzeilige ministérielle Missgriffe (Ranke, 22 1), ' « des mesures maladroites » seules ont amené les funestes dissensions entre le roi et l'Ecosse.

L'exposition. — Prenons les premiers livres de l'histoire de Clarendon pour ce qu'ils veulent être, savoir une critique de la politique du gouvernement anglais dans les années 1628 à 1645 au point de vue d'un royaliste modéré : nous ne saurions leur refuser les plus grands éloges. Ein lebendiger^ sinnvoller, krdfliger Geist (Pianke), « un esprit vif, sagace, vigoureux » s'y manifeste. Un homme d'Etat plein de sagesse et d'expérience exprime ses opinions; son jugement est réfléchi; un enchaîuement intérieur est établi entre une masse de faits. La narration est souvent prolixe pour les détails, mais dans l'ensemble claire et ferme. L'art de Clarendon atteint son apogée dans les portraits, qu'il dessine avec amour. Ils sont sans rivaux dans l'ancienne historiographie. Comme, à côté d'eux, ceux des grands Florentins paraissent abstraits et de politique étroite ! Combien la psychologie de l'Anglais est plus iîne, et comme le sens de la nuance est plus développé chez lui !

Cela n'est vrai que des cas où Clarendon dépeint des personnages de la même classe ou du même esprit que lui. Les fanatiques en religion, il ne les comprend pas, surtout quand ils n'ont pas l'usage du monde du cavalier. Il n'a l'entendement ouvert que pour des personnes qui poursuivent des desseins modérés et se déterminent dans leur

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conduite par des raisons réfléchies. Son analyse psychologique utilisait encore les concepts de la philosophie populaire de l'Antiquité; elle n'avait pour correctif pratique que les observations qu'il avait pu faire sur soi-même et sur ses égaux.

L'influence de Clarendon. — Elle a été immense pour former la tradition sur la Révolution anglaise. Commines et Guichardin seuls en ont exercé une pareille. Die geistreichsten Autoren haben seine Auffassung wiederholt ; auch die, welche siebekdmpfen, bleiben doch innerhalb der von ihm gegebenen Gesichlspunkte ; sie widerlegen ihn im einzelnen^ lassen ihn aber im ganzen bestehen ^ (Ranke). L'intelligence politique et le talent de l'écrivain y contribuèrent, mais aussi la loyauté personnelle de l'auteur. L'historien et l'homme d'Etat forment une figure d'un seul bloc. Clarendon, ainsi que les deux auteurs nommés, écrivait comme il pensait. Il apportait plus de soin au style que Commines ; mais pas plus que lui il ne sacrifiait le fond à la forme.

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