Burnet
Gilbert Burnet, né 1643 à Edimbourg-, ecclésiastique de la tendance épiscopale, 1669 professeur de théologie à Glasgow, 1674 prédicateur à Londres, 1684 destitué, semble-t-il, à cause de la raideur de son attitude anticatholique, 1687 à La Haye au nombre des conseillers du futur roi Guillaume III, élevé par lui 1689 au siège épiscopal de Salisbury ; mort 1715 à Londres, Ses grands travaux historiques sont :
1" History of the reformation ofthe church ofEngland (1509 à 1567 ; l''^ édit. 1679 à 1714 ; nouv. édit. avec introduction de N. Pocock, 1865). Apologie de Henri VIII et de la réformation anglaise, surtout contre les attaques de Sanders (ci-dessus, p. 205).
2° History ofmy own Urne (1660 à 1713, avec une introduction sur l'histoire antérieure de la Grande-Bretagne depuis Jacques I'^'') l-""^ édition (avec des suppressions) 1724 à 1734; plus complète 1823. Une nouvelle édition a commencé à paraître sous la direction de 0. Airy, 1897. — L'ébauche manuscrite présentant de fortes différences, est conservée en partie. Elle a été publiée par H. G. Foxcroft dans le Supplément to Burnet's History, i902. — Cf. Ranke, Analekten zur engl. Gesch. (Werke 21), 261 ss.; T. E. S. Clarke et H. G. Foxcroft, A life of G. B (1907) avec une introduction de Firth sur Burnet historien.
1. « Les auteurs les plus intelligents ont répété son jugement ; même ceux qui le combattent restent au même point de vue que lui ; ils le réfutent en détail, mais n'entament pas l'ensemble. »
L'historien Clarendon trouva un successeur en Burnet, dont VHistoire contemporaine est également « un mélange de mémoires et d'histoire » (Ranke, 289) . Mais Clarendon se sentait homme d'Etat, d'abord, homme de parti ensuite : Burnet est presque exclusivement ce dernier. Son premier inlérêt, comme il convenait à sa profession, était pour l'Église. Il était politique surtout quand l'Kglise était en cause. Roide envers les catholiques, il cherchait à faire prévaloir dans la législation des principes latitudinaires vis-à-vis des sectes protestantes. Il allait de soi que dans la politique de parti il devait se rattacher aux Whigs. Surtout dans la politique intérieure. Les affaires étrangères lui sont plus indifférentes. Il n'en a qu'une connaissance insuffisante, et est capable d'ajouter foi à des bruits puérils.
Par contre, Burnet est passé maître dans le récit des négociations et des intrigues parlementaires. Clarendon avait eu en somme à décrire les mesures illégales d'une époque révolutionnaire. Le tableau du conflit entre le Parlement et la Couronne, qui [ne pouvait être résolu par des moyens pacifiques, efïace chez lui le récit des querelles entre les groupes parlementaires eux-mêmes. Burnet représente l'époque qui a suivi la glorieuse Révolution, époque où l'on ne pouvait plus parler sérieusement d'une balance entre les trois pouvoirs, 011 la Couronne était forcée de s'appuyer sur l'un des partis.
Le théâtre de l'action historique est changé. C'est dans le Parlement même que sont prises les plus importantes décisions. Burnet est le premier historien qui ait exposé en connaissance de cause et dans tout leur réalisme les débats parlementaires tels qu'ils se déroulent en des temps normaux. Il débarrasse l'histoire de cette fiction, que le dernier mot appartient, dans les assemblées délibérantes, au hasard et à la rhétorique. Il sait qu'on n'a pas raison d'oppositions profondes par des votes habilement machinés, et qu'un parti ne peut être gagné par des discours, mais bien par des concessions. Quel contraste entre ses comptes rendus et les misérables discussions dans les œuvres des historiographes humanistes ! Mais ce n'est pas tout : les discours en style antique dans les œuvres des grands Florentins et les anecdotes malicieuses des mémorialistes français, qui sont censées motiver mainte crise historique, ne soutiennent pas non plus la comparaison avec ces parties chez Burnet. Il est souvent tendancieux, on peut lui reprocher d'avoir tourné bien des faits au désa-