L HISTORIOGRAPHIE PROTESTANTE
laires comme ceux que nous avons nommés, et de véritables ouvrages d'histoire. Si l'historiographie allemande s'occupe des premiers, son excuse est qu'eux seuls ont pendant longtemps représenté l'histoire en Allemagne; mais ce n'est pas une justification pour elle. On trouvera d'autres renseignements chez H. Wesendonck. Gatterer und Schlôzer{i81&) 11 ss. et M. Bûdinger dans Hist. Ztschr. VII, 108 ss.
3. C'est parmi les littérateurs, non parmi les historiens qu'il faut placer Sébastien Franck, né 1499 à Donauwôrth, ecclésiastique d'abord catholique, puis protestant, finalement libre écrivain, mort vers 1542 à Bâle, auteur de la Geschichtsbibel [Cronica, Zeitbuch und Geschichtsbibel von Anbeginnbis 1531; imprimée d'abord à Strasbourg 1531) et de Chronicon Germaniae [Chronica des ganzen teuUchen Lands etc., Francfort 1538).
Des compilations de Schedel et d'autres, Franck tira une nouvelle compilation et dépassa, s'il était possible, ses devanciers par son absence de critique, de forme, de travail sérieux. L'historien qui étudie l'esprit du xvi° siècle, n'a pas le droit de laisser de côté cette tète originale, qui considéra l'histoire politique du point de vue démocratique et l'histoire de l'Eglise du point de vue de la Mystique. Notre histoire, à nous, n'a pas à s'y arrêter. Franck ne sut pas faire profiter ses tendances à l'histoire. Il rattachait ses considérations à des matières historiques ; mais il ne songeait pas à modeler la matière historique elle-même d'après ses idées. II n'a pas introduit plus d'ordre qu'un Schedel dans la masse incohérente de la tradition. Au point de vue de la philologie germanique, on peut louer sa maîtrise de la langue; l'histoire ne peut oublier que les parties où Franck montre son individualité sont de purs hors-d'œuvre historiques.
Il y a un témoignage qu'on ne peut lui refuser : c'est qu'il s'est donné franchement pour un compilateur (dans la préface de la Geschichtsbibel). 11 est presque le seul historien, hors de l'Italie, qui se donne pour ce qu'il est. Presque tous les autres jettent de la poudre aux yeux du lecteur : Franck insiste sur le fait qu'il ne tient beaucoup de ses autorités que de seconde main. Son catalogue des auteurs ne nomme pas seulement, selon l'usage, les sources qu'il connaît par oui-dire, mais signale celles qu'il a utilisées réellement. Sans doute, Franck non plus ne dit pas tout. On n'apprend pas par ses aveux jusqu'à quel point il s'est appuyé sur des autorités non pas seulement de seconde mais de troisième main. Les nouvelles études seules ont mis à nu les fondements croulants de ses œuvres. Cf. spécialement M. Prenzel, Kritische Untersuchung und Wûrdigung von S. Francks Chronicon Germaniae (Diss. de Marbourg 1908). En outre : H. Oncken dans Hist. Ztschr. 82 (1899). Moins utile : Bischof, S. F. und die deutsche Geschichtschreibung 1857. Sur Franck en général cf. encore Eric Schmidt Deutsche Volkskunde im Zeitalter des Humanismus und der Reformation (1904) Hist. Studien, édit. Ebering 47 ; A. Hegler, Beitràge zur Geschichte der Mystik in der Reformationszeit, édit. Kohler 1905.
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b. — L Imtoriographie impériale officieuse.
L'attitudo que prirent les empereurs allemands vis-à-vis de l'historiographie nationale est une complète anomalie. Elle ne peut être expliquée que par la situation politique particulière de l'empire d'Allemagne.
Dans tous les autres pays (France, Angleterre, Ecosse, Espagne, Pologne, Hongrie, etc.,) les monarques, vers la fin du xv^ siècle, favorisèrent l'histoire humaniste de leur pays. Maximilien resta étranger à ces efforts. Il se sentait trop souverain autrichien et empereur pour prendre à l'histoire d'Allemagne un intérêt bien vif; sa politique semblait pouvoir tirer peu de profit de cette histoire traitée pour le grand public. Aussi le seul grand ouvrage humaniste qu'il commanda n'est-il qu'une histoire, orientée sur la dynastie autrichienne, des empereurs romains jusqu'au temps actuel. Charles- Quint eut ensuite des raisons naturelles pour ne pas s'intéresser à l'histoire d'Allemagne.
Cf. sur les Caesares tout à fait médiocres de Cuspinian Joachimsen, Geschichtsauffassung I. 209 ss. .Johannes Spiessheimer, appelé Cuspinianus, né 1473 à Schweinfurt, mort 1529 à Vienne, où il avait succédé comme professeur à GelLis, avait déjà terminé l'ébauche de ses Caesares en 1512 ; l'ouvrage ne fut cependant imprimé qu'en 1540. Il va de Jules César à Maximilien et traite aussi des empereurs d'Orient. L'Austria de Cuspinian, description du pays, parut en 1553
Ce sont d'insignifiants éloges qu'a composés Joseph Grùnpeck, né à Burghausen sur l'inn dans le 3« quart du 15<= siècle, 1497 secrétaire intime de Maximilien et Historiens kais. Majestàt, plus tard professeur humaniste errant, mort vers 1532. Ses biographies de Frédéric III et de Maximilien l^" furent écrites entre 1514 et 1516 : f*^ édit., Oesterr. Geschiehtsforscher, I, édit. Chmel. Cf. l'introduction à la traduction de l'Hisfom, par Th. Ilgen Geschichtschreiber der deutschen Vorzeit 1891.
Frédéric III avait déjà eu vis-à-vis de l'historiographie humaniste la même attitude que Maximilien (voir ci-dessus p. 140).
2. — L école de Blondus et les études préparatoires pour une « Germania illustrata ».
Vaines tentatives pour imiter « l'Italia illustrata ». — Les humanistes allemands semblaient pouvoir se rattacher à la manière archéologique de Blondus plutôt qu'aux annales rhétoriciennes de
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l'école de Bruni. La méthode de Vltalia illustrata avait moins d'exigences de style, et surtout elle ne demandait pas que le sujet d'un ouvrage d'histoire fût délimité d'après une unité politique existante. L'Italie, dont Blondus avait décrit les antiquités, était plus encore que la Germanie des humanistes allemands, une pure expression géographique. La division administrative de l'empire romain que Blondus retint, avait aussi peu de rapport avec la formation des États contemporains que les tribus de la Germania de Tacite avec les souverainetés territoriales de l'Allemagne du xv^ siècle. De tous les travaux italiens ceux de Blondus étaient les seuls qui, dans le langage des humanistes allemands, auraient pu être qualifiés de nationaux.
Aussi les Allemands se proposèrent-ils de bonne heure de donner un pendant national à Vltalia illustrata, de créer une Germania illustrata. Ils n'ont pas réalisé cette intention, et ils n'en étaient pas capables. Leurs efforts scientifiques étaient trop mêlés à des émotions patriotiques pour leur permettre de travailler avec autant de sang-froid et ide soin que Blondus. Ils n'étaient pas assez indépendants vis-à-vis des légendes nationales et ils manquaient de sens critique aussi bien que d'érudition méthodique. Aussi en restèrentils à des tentatives. Le poète Celtis se contenta de pompeuses annonces et Aventin (ci-dessous p. 238 ss.) demeura court dès les premiers débuts, débuts qui promettaient peu d'ailleurs, car ils reproduisaient surtout, dans un cadre patriotique, les récits du faux Bérose. La Germaniae exegesis d'Irenicus (Franz Fritz, né vers 1495 à Ettlingen, mort vers 1559 à Gemmingen ; 1'* édit., Haguenau, 1518), le seul ouvrage qui traitât le sujet, extérieurement au moins, d'une manière complète, fut mal accueilli même par les contemporains en Allemagne.
Beatus Rhenanus. — Un seul auteur fut au-dessus de cette désagréable historiographie tendancieuse. Beatus Rhenanus (né en 1486 à Schlettstadt, mort 1547 à Strasbourg, de 1511 à 1527 à Bàle) résolut pour une partie du sujet le problème d'appliquer la méthode de Blondus à l'histoire d'Allemagne.
L'humaniste de Schlettstadt n'avait pas entretenu sans fruit des relations intimes avec Érasme. Il avait appris de lui les principes d'une
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critique sans passion et d'un solide travail scientifique. Il s'efforça d'interpréter les sources de l'histoire ancienne de l'Allemagne avec la froideur d'un philologue, comme faisait son maître pour les autorités de la doctrine ecclésiastique, il n'y gagna que d'être parmi les historiographes allemands aussi isolé que l'était Érasme au milieu des humanistes allemands en général.
Beatus était guidé dans ses recherches par un intérêt vraiment scientifique. L'amour des connaissances historiques l'emportait chez lui sur le zèle pour une patriotique édification. Il voulait avant tout se rendre clairement compte de la situation réelle. 11 n'était pas sans prévention ; il était, en histoire aussi, le champion du point de vue national allemand ; mais ses tendances ne le poussèrent jamais à faire violence aux faits.
Peu de productions de l'école de Blondus peuvent rivaliser pour la critique et l'érudition avec ses Trois livres d'histoire allemande (Rerum germanicarum II. III, Bâle 1S31). Beatus Rhenanus remontait toujours aux sources et les citait avec soin. Il rejeta résolument les faux d'Annius de Viterbe et de Tritheim. Il était, comme Blondus, mal disposé pour la rhétorique et renonçait à toute composition plutôt que de faire des concessions aux stylistes. 11 rangea les témoignages des sources sur les mœurs et le droit des Germains dans un ordre aussi extérieur que Blondus ses notices dans la Borna triumphans, qui lui servit sans doute de modèle. Gomme critique, il l'emporta sur l'Italien en ce qu'il eut à se débattre au milieu d'un fourré de fables tendancieuses et de faux raffinés que Blondus n'avait pas trouvé sur son chemin.
Pas plus que ce dernier, il est vrai, il ne sut remplacer par autre chose l'ordonnance artistique. Beatus Rhenanus était un philologue de talent, et son mérite n'est pas diminué par le fait que ses conjectures et ses hypothèses, souvent très hardies, touchent rarement le but. Son jugement est toujours intelligent et réfléchi, souvent aussi heureusement formulé. Mais il manqua de force pour concentrer son histoire. Il ne sut pas rassembler les faits en un exposé de grand style. Il livra un bon et honnête travail préliminaire qui aurait pu frayer la voie à un Machiavel allemand, s'il s'en était présenté un, tout aussi bien que les Décades de Blondus ont préparé l'auteur de VHistoire florentine. Ce n'est pas la faute de Beatus s'il n'a pas eu
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un pareil successeur et si en général son œuvre ne produisit pas un effet profond.
Malheureusement aussi, ses Res germanicae restèrent à l'état de fragments. Beatus Rhenanus n'a conduit sa narration que jusqu'à l'époque des empereurs saxons et n'a traité en détail que les temps de la domination romaine et de l'invasion des Barbares. C'est une perte irréparable pour l'historiographie allemande, qu'il n'ait pu raconter le moyen âge. Lui seul eût été à même de le faire en critique. Ainsi la Germania illustrata n'a jamais été écrite.
Sur les plans pour cet ouvrage et sur Beatus Rhenanus cf. les 5" et 6^ chap. de P. Joachimsen, Geschichtsauffassiing und Geschichtschreibimg I (1910) auquel nous renvoyons aussi pour la littérature.