II. — L'historiographie provinciale et locale
Les principes de l'historiographie humaniste d'Italie ne trouvèrent non plus qu'un faible accès dans l'histoire locale. En Italie, les vrais disciples de Bruni avaient écarté partout les histoires merveilleuses de fondations et d'origines. En Allemagne, les humanistes laissèrent généralement intact l'échafaudage des fables antiques. C'est ici encore la vanité nationale qu'il faut en accuser. On ne voulait pas laisser aux villes et aux États italiens le privilège de remonter à un passé glorieux, à une origine romaine. Pas plus que les Écossais et les Espagnols, les historiens allemands ne convenaient volontiers qu'au temps où Grecs et Romains rapportaient des hauts faits nationaux, on ne savait de leur peuple rien qui pût entrer en parallèle avec eux. A défaut d'une tradition authentique, ils s'attachèrent aux fables de fabrication médiévale, aux faux d'Annius de Viterbe ou à leurs propres combinaisons plus ou moins loyales. La voie préférée fut celle que Jordanis avait ouverte, l'identification d'un nom de peuple moderne avec un nom trouvé chez les historiens anciens. Krantz, par exemple, assimila les "Vandales aux Wendes et dans son histoire des "Wendes d'Allemagne traita de la chute du royaume des Vandales en Afrique. Aventin identifia les Illyriens avec les Bavarois (il mit même ainsi ses compatriotes en relation avec Alexandre le
Grand), et l'd vaincre les Romains par le chef suève Brennus. La conséquence naturelle fut que non seulement les histoires des tribus allemandes furent surchargées d'une préhistoire sans valeur, mais manquèrent de toute proportion artistique.